LA RÉCITATION DE L'EVANGILE
Qui craint les burlesques aigrettes que cocuage apprête à maint époux, avant que d'épouser doit se tâter le pouls
et supputer si ses mâles recettes pourront fournir aux dépenses secrètes, sans quoi, sans faute, on tombe dans le cas de ce pauvre Richard Quinzicas.
Maintien pieux, dévote remontrance.
crainte du dam ou telle autre leçon ne retardent point la façon du fameux bonnet d'ordonnance :
nonobstant tout on vous le met,
le présent conte en va faire la preuve.
Un vieux docteur qu'on appeloit Calmet s'étoit couplé d'une colombe neuve, simple, ce lui sembloit, et propre à mettre un front à couvert de tout affront, notre Hippocrate à face blême crut qu'aisément à sa moitié il feroit goûter le système de ce vieux fol, qui, sans pitié, faisoit faire à sa femme un éternel carême. Le voilà donc à la psalmodier
sur le ton du calendrier, à lui prouver qu'on doit, par la lecture des livres saints, rectifier le plaisir qu'à l'hymen attache la nature, que de ses passions qui veut être vainqueur
doit les avoir appris par cœur.
— Partant, Madame, il faut, dit le bélître, m'en réciter, tous les soirs, un chapitre, sans quoi, néant, et votre picotin vous ratera le lendemain matin.
La bonne dame ayant courte mémoire à cette tâche onc ne pouvoit fournir :
par quoi l'h^aTien pour l'en punir lui séquestroit la clef du réfectoire que bien savez ou le mari caduc la renvoyoit étudier saint Luc.
Mal s'en trouvoit et, grâce à l'Évangile,
près de l'époux la belle faisoit Gille point de remises pour de chétifs lots, falloit chanter sans un verset de manque
Miserere jusques à Vitulos ou le payeur s'abstenoit de la banque. Un paganiste épris de ses appas, gaillard et vif, lui sut, comme on peut croire, en peu de temps soulager la mémoire.
Mais le malheur voulut qu'entre ses bras
sire Calmet surprit la dame :
— Ah ! qu'est ceci, dit-il, traîtresse femme,
tu fais faux bond à ta fidélité?
— Moi, je suiSj reprit-elle, à vos ordres docile. Demandez à Monsieur : avant j'ai récité
un chapitre de l'Évangile.