‹ Recueil de poésies diversesChapitre 91 sur 100 · LE TEMOIN PERPLEXE · texte numérisé non relu

LE TEMOIN PERPLEXE

Lucas sur le tapis d'un pré

ayant pris Colinette en traître

si que du jeu peu mesuré

gentil poupon en devoit naître.

On exigeoit que, par un prêtre,

l'accouplement fût consacré,

le gars à qui le nœud sacré

ne plaisoit que de bonne sorte

bien que la fille fût accorte,

gente et mettant droit son bonnet

refuse de l'épouser net.

On s'emporte, on s'assigne, on plaide,

le gars ose nier le fait.

Que sert cela ? fille possède le droit d'être prise à sa foi, droit bien injuste selon moi, je donnerois bien ma pistole pour que quelqu'habile Bartole démontrât le faux de la loi.

Souvent mainte belle en abuse, mais ce n'étoit ici le cas.

Balthazar ayant pris Lucas dans le délit où l'on accuse à maint rieur l'avoit conté, en conséquence l'on l'assigne pour attester la vérité.

Comme du pauvre décrété il étoit familier insigne, l'amitié balance un moment entre Lucas et son serment :

— Ça, dit le juge au bon apôtre, contez-nous le fait simplement, il est du ministère notre.

— Pargoi, dit-il, je les ons vus

qui tous deux étiaus l'un sur l'autre, mais d'affirmer sur l'autre point s'ils foutiaus, ou ne foutiaus point, c'est ce que je ne saurions faire...

C'étoit bien se tirer d'affaire.

Page 1