‹ Recueil des antiquitéz du PercheChapitre 49 sur 67 · ORATSOX A LA BIENHEUREUSE PRINCESSE · texte numérisé non relu

ORATSOX A LA BIENHEUREUSE PRINCESSE

MADAME MARYE d'aRMAGNAC, DUCHESSE d'aLENÇON

VISITANT SON TOMBEAU EN l'eSGLIZE COLLÉGIALE DE TOUSSAINCT

Bienheureuse princesse, qui par le mespris des richesses et vains honneurs de la Cour, par dédain de l'éclat de l'or et du brillant des perles de la Couronne, par le don de ta pourpre précieuse, par tes prières ferventes et ta fidélité au service de ton Dieu, par tes abaissemens et humiliations dans les grandeurs du monde et par les pieuses affections et charitables entretiens qu'icy-bas tu exerçois continuellement envers les pauvres affligés, as trouvé le trésor précieux des grâces célestes, as mérité la couronne de gloire et as été revêtue de la robe d'immortalité et élevée au séjour des bienheureux pour jouyr à jamais de l'éternelle béatitude, fais, ô nostre unique tutélaire, qu'il te plaise par ta saincte intercession, en visitant ton sacré tombeau, que je puisse mériter la grâce de mon Dieu après le pardon de mes offenses et continuant journellement et plus puissamment tes pieux exercices et le prompt secours que tu transmets du ciel icy-bas envers les pauvres languissants et affligés qui dévotement implorent tes faveurs. Je me présente, ù saincte hospitalhère, pour te suplier qu'elles me soient propices afin que, recevant soulagement en mes détresses, patience en mes tribulations, une douce et perpétuelle conciliation dans mes sens et du ressentiment de mes infirmités une entière et parfaicte satisfaction, je puisse par après t'en rendre grâces et donner louange et gloire éternelle à mon Dieu dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il (1).

TESTAMENT DE MADAME d' ARMAGNAC (2).

« In nomine sanctae et individus Triuitatis, Palris et Filii et Spiritus Sancli. Amen.

(1) L'invocation à madame d'Armagnac a été publiée au xvic ou XVII" siècle en 3 pages in-'16, précédées d'une gravure sur bois, représentant le Christ en croix et sainte Madeleine à ses pieds. Cette impression accompagne le manuscrit de Versailles.

(2) Ce testament ne se trouve que dans le manuscrit de M. de la Sicotière, d'où nous l'extrayons, et dans le manuscrit de Versailles.

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Tassin Thiboust, clerc, garde des sceaux de la chastellenye de Mortaigne et tabellion du dicl lieu, salut. Savoir faisons que, en nostrc présence, très haute et puissante princesse et ma très redoutée dame, Marye d'Armagnac, duchesse d'Alenron, feist cstablir et ordonna son testament et dernière volonté en la forme et manière qui suit :

« Sous le digne et noble vouloir du Roy, nostre sire et de nostre très-redouté seigneur Monseigneur le duc d'Alençon, son mary, absent, en suppliant au lloy, nostre dict seigneur et requérant son dict seigneur espoux sur leur plaisir d'avoir agréable, faire et entretenir la dicte ordonnance, testament et dernière volonté, lesquels sous leur autorité et grâce elle l'a fait et ordonné en la forme et manière qui suit :

« Premièrement, la dicte dame, congnoissant que c'esloit voie universelle à tous humains et naturel estre l'àmc d'avec le corps séparée et que rien n'est plus incertain que l'heure d'icelle séparation, voulant prévoir à son fait et estât tant de son âme que des autres choses caduques pour le bien d'icelle devant toutes choses, elle donna et commanda son âme à Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Sainct-Esprit, un seul Dieu en Trinité, protestant que en sa foy et loy elle vouloit vivre tant comme il luy plaisoit et mourir semblablement quand s'en seroit en faire son commandement et, au regard de son corps, elle ordonna iceluy estre mis, inhumé et ensépulturé en l'esglize collégiale de Toussainct de Mortaigne devant le crucifix ou ailleurs et autre endroit d'icelle esglize ainsi que par ses exécuteurs il sera advisé.

« Item, et au regard des biens, elle disposa qu'elle voulust, et ordonna et donna à la dicte esglize de Toussainct de Mortaigne deux de ses robes de drap d'or, dont l'une est fourrée d'hermine et l'autre non, pour d'icelles faire ornemens au service de Dieu et de la dicte esglize ainsi comme par les doyen et chanoynes sera advisé pour la décoration d'icelle esglize.

« Item, la dicte dame a aussy laissé et donné à la dicte esglize de Toussainct de Mortaigne la somme de cent escus d'or pour estre dict et célébré une annuelle de vigiles et messes à notes pour chacun jour du dict avec recommandation singulière sur sa sépulture pour son àme envers Dieu nostre créateur.

« Item, veut en oultre icelle dame, ordonna et en chargea haut et puissant seigneur Monseigneur le comte du Perche, son fils, absent, et haute et puissante dame , Madame Catherine

d'Alençon, comtesse de Montfort, sa fille, présente à ce, sur le debvoir naturel et de leur consentement, qu'ils ordonnent, assient, baillent et délivrent à la dicte esglize de Toussainct de Mortaigne cent livres tournoys de rente jDayables chacun an ou mille livres tournoys une fois payées pour estre converties et employées en semblable somme de cent livres tournoys de rente, au profict de la dicte esglize pour ouïr et célébrer chacun jour perpétuellement et à tousjoursmais une messe basse avec recommandation spéciale à la fin d'icelle messe et généralement pour estre elle et ses nobles prédécesseurs et successeurs accompagnés et participant en toutes les oraisons, messes, suffrages et autres bienfaits qui se font et à jamais se feront.

« Item, la dicte dame donna et donne aux Jacobins de la ville d'Argentan dix livres tournoys une fois payées.

« Item, au couvent des Frères Mineurs de Sees quinze livres une fois payées.

« Item, aux religieux du Val-Dieu, aux religieux de Ghartraige, aux religieux de la Trappe, c'est asçavoir à chacun collège d'iceulx lieux, dix livres une fois payées.

« Item, aux religieux de Sainct-Eloy cent sols tournoys une fois payés pour estre pareillement la dicte dame et ses nobles prédécesseurs et successeurs accompagnés et participans en tous les bienfaits, messes, prières et oraisons, jeûnes et abstinences et autres suffrages qui à jamais seront faits es dicts raonastaires.

« Item, la dicte dame a donné, laissé et élargi de ses biens aux esglizes de Loysé. Sainct-Jehan, Sainct-Maslo et Nostre-Dame de Mortaigne, à chacune d'elles, la somme de quarante sols tournoys applicables, moitié à la fabrique et moitié aux curés des dictes esglizes une fois payées.

« Item, à l'hospital et Maison-Dieu du dict Mortaigne, pour récompense de ce qu'elle y a logé par certain tems et de plusieurs choses qui avoyent esté prises en icelle maison et aussy pour estre accompagnée des offices, messes, prières et oraisons qui y sont faits chacun jour, la somme de quarante livres tournoys une fois payées.

« Item, à frère Richard Tournebeuf la somme de cinquante livres tournoys, une fois payée, pour estre convertie, employée à avoir pour luy, pour en faire ce que bon luy semblera.

« Item, la dicte dame a voulu et ordonné par ces présentes, veut et ordonne les personnes cy-après déclarées, à avoir les

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sommes cy-dessus énoncées en recognoissance des grands biens et services que chacun d'eulx selon leur estât luy ont fait en sa vie.

((■ Premièrement, en contemplation des choses susdictcs, icelle ■dame donna à I^a liunoche, son escuier tranchant, la somme de quatre vingts livres une fois payée.

« Item, à noble homme Geoffroy de Beauvais, escuier de cuisine, pareille somme une fois payée.

« Item, à demoiselle

« Item, à demoiselle Martine do Gouselle,;cinquante livres une fois payées.

« Item, à Guillaume Mabou, son quatre vinglz livres,

etc

« Item, à Robert la somme de quinze livres.

« Item, aux serviteurs de son échaussonnerye. Colas, Blanchet et autres, deux cens livres pour estre distribuées entre eulx par ses exécuteurs.

« Item, à x\mbroise Hermillon, la somme de vingt livres, oultre et par dessus sa portion qu'il aura avec les autres.

« Item, à Benoiste, sa lavandière, ([uiluy a fait plusieurs grands services, pour récompensation et pour ayder à maryer ses filles, la somme de cent livres tournoys.

« Item, à Gervays Foulard, vingt livres.

« Item, à Thiboust Tournelle, dix livres.

« Item, la dicte dame a voulu et ordonné, veut et ordonne par ces présentes ses debtes estre payées, c'est asçavoir :

« A noble homme Louys Labey, son maistrc d'hostel, la somme de six cens cinquante livres qu'elle conlesse lui debvoir avec quelques autres petites sommes et même partye dont icelle dame ne sçavoit la déclaration.

« A vénérable el discrète personne, maistre Jehan Gillain, licentié en droict, doyen de la dicte esglize de Mortaigne, la somme de vingt-huict escus, dont le dict maistre Jehan Gillain a gaige d'icelle dame et cédule de vingt-quatre escus.

« Aux dictz religieux du Val-Dieu la somme de soixante et une livres, dix-sept sols six deniers, qu'elle confessa leur debvoir à cause du prêt dont les dicts religieux ont cédule et gaige.

« A vénérable et discrète personne, maistre Jehan Le Grauc, la somme de quatre-vingtz hvres qu'elle confessa luy debvoir de prêt.

« A demoiselle Jehan de Rives la somme de troys cens escus restant des cinq cens escus qu'icelle dame confessa luy avoir donné et promis en son mariaige, faisant à Guillaume Morin cinquante escus pareillement, à luy dus au moien de la promesse à luy faite par la dicte dame au mariaige faisant de luy et de Robine, sa femme, fille de la dicte Obine Hue, l'une des dictes femmes de chambre ; voulant avec ce icelle dame les autres dettes estre entièrement payées, néantmoings qu'en ce présent testament n'y soit fait ny mention ny appel et que les créditeurs d'icelle qui ne pourroient montrer par ccdule d'elle ou de ses officiers, en soyent crus en affirmant par foy et serment qu'elles leur sont totalement dues, pourvu que ce soient personnes dignes de foy.

« Item aussy, veut et ordonne la dicte dame que les voituriers qui ont esté avec elle en voiage qu'elle a naguère fait devers le Roy, nostre sire, pour la conduicte et charrois des besoignes qu'elle faisoit mener pour son estât, soient bien et bellement contentés et en chargea les exécuteurs.

« Lesquels ses exécuteurs la dicte dame a nommé, étably, esleu et ordonné, c'est asçavoir mon dict seigneur le comte du Perche, son fils, absent, et ma dicte dame de Montfort, sa fille, à ce présente et, en leur ayde, le dict doien de Toussainct de Mortaigne et Jehan Le Granc, ses féaux et chers serviteurs, et lesquels ses exécuteurs elle chargea de déclarer recognoistre le premier ses autres serviteurs sy aucuns elle en avoit lesquels elle n'eust pas en ce présent testament duement satisfaits et contentés, voulant en oultre que les dicts doiens et Le Granc soyent par ses dicts exécuteurs duement satisfaits des peines et vacations et recommandations à l'exécution du présent testament.

« Item, la dicte dame a voulu et ordonné et par ces présentes veut et ordonne que nullement aucune détention soit faite de ses biens meubles que premièrement elle ne soit acquittée de ses debtes et son testament, ordonnance de dernière volonté, accompli. Et pour ce que la dicte dame scavoit et estoit avertie qu'elle n'avoit aucuns deniers comptant dont les dictes debtes et legs dessus dicts puissent estre solus et payés ny mesmc le fait de ses pitoyables funérailles, sy le cas advenoit, put estre accompli, ceste dame en confidence de la bonne grâce du Roy, nostre dict seigneur et en soumettant le tout à son plaisir et noble vouloir, luy a humblement supplié et supplie par ces présentes qu'il luy plaise de grâce et soit son noble vouloir luy laisser et faire avoir paie-

ment à ses dicts exécuteurs de la pension qu'il luy avoit pieu luy ordonner pour ceste présente année qui se monta à quatre mille livres; sur quoy la dicte dame avoit desjà rcceu ou }3aillé les descharges de mille livres afm que ce présent testament, dernière volonté, sortisse et puisse avoir son effect en l'honneur de Dieu, de la benoistc Vierge Marye et tous les saincts du paradis, bonne renommée et grande magnificence du Roy, nostre seigneur, à la descharge et allégement de l'âme de la dicte dame.

« En témoin de ce, nous avons scellé ces lettres des sceaux dessus dicts.

« Fait et donné l'an de grâce mille quatre cens soixante-treze le jeudy vingt-deuxiesme jour du moys de juillet ôs présence de vénérable et discrète personne maistre Jehan Gillain dessusnommé, Françoys de Vaulerne, maistre d'hostel, maistre Pierre Le Roi, aumosnier de ma dicte dame de Montfort et autres. Signé Thiboust avec paraphe. »

La princesse Marye d'Armagnac estoit de l'illustre maison d'Armagnac qui finit en la personne de Louys d'Armagnac, duc de Nemours, tué à la bataille de Cerignolles au royaume de Naples en 1503. La tige de cette famille est Boggis, fils de Charibert, à qui Dagobert donna l'Aquitaine à titre dé duchié héréditaire; Charibert, roy d'une partie de l'Aquitaine en 628, estoit second fils de Clotaire II, qui après avoir été roy de Soissons réunit sur sa teste toute la monarchie françoise, et Clotaire estoit fils de Chilpéric P'', roy de Soissons, assassiné par sa femme Frédégonde, et petit-fils de Clotaire P'".

PIÈGES CONCERNANT l'eXÉGUTION DU TESTAMENT CY-DESSUS :

1. — De par la comtesse de Laval et de Montfort, dame de Vitré, salut :

Maisire GeofTroi Viel, maistre Châtelain et recepveur de Sonnoys et de Peray ou autre qui le sera pour le tems â venir, l'appointement fait entre nostre très redoutée dame et sœur madame la duchesse d'Alençon, les trésoriers, doyen et chapitre de l'esglize collégiale de Toussainct de Mortaigne, et nous, et pour estre et demeurer quitte du legs et ordonnance que feist pour son obit feu nostre très-chère mère et dame et mère madame la duchesse d'Alençon aux dicts doyen, chanoynes et chapitre, par son testament de dernière volonté, en quoy étions et sommes tenus en

partie faire l'acquit aux dessus dicts : Nous vous mandons que sur les deniers et revenus de nostre baronnie, terre, seigneurye du dict lieu du Sonnoys vous bailles et payes aux dessus dicts ou à leur recepveur la somme de cent livres tournoys par chacun an jusqu'au parfait de dix années entières qui sont pour icelies dix années à mille livres tournoys pour continuer le dict service et demeureres quittes vers eulx du dict legs et voulant icelle somme estre payée sur les premiers et les plus clairs deniers de la dicte recepte et que ces présentes sentent leur effect quelqu'autre mandement ou assignation donnée ou à donner et rapportant le double de ces présentes authentiquement fait pour une fois seulement, elles vous en vaudront à chacun de vos comptes comme appartiendra et voulons le dict paiement estre fait commençans scavoir à Pasques prochainement venant cent livres et cause entièrement par les ensuivantes années jusqu'au parfait paiement de

mille livres susdictes. Donné au 2^ jour de juing 1495;

signé : Catherine, et plus bas, R. Lamery avec paraphe.

2. — Lettre missive portant adressée à nos chers et bien aimés les doyen et chapitre de Toussainct de Mortaigne.

Chers et bien aimés, touchant l'appoinlement qui a esté fait avec vous par madame la duchesse d'Alençon pour la messe qui est dicte et célébrée en vostre collège de Toussainct à iMortaigne, à l'invitation de nostre très chère dame et mère madame la duchesse d'Alençon à qui Dieu pardonne, nous vous avons ordonné sur le revenu de nostre terre et seigneurye de Sonnoys d'huy en dix ans la somme de cent livres si plus tôt le pouvons faire. Chers

et bien aimés, nostre Seigneur soit gardé de vous; ce fait à

ce 3* jour de juing quatorze cens quatre-vingts-quinze. La comtesse de Laval, et au-dessous, signé : Catherine.

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