LES MANUSCRITS
Il nous reste maintenant à examiner les différents manuscrits du Recueil des Antiquités du Perche. Ils sont assez nombreux, dispersés dans plusieurs bibliothèques publiques ou privées et offrent des variantes et interpolations qu'il est bon de signaler.
Manuscrit du Vatican. — Ce manuscrit a pour titre : Recueil des Antiquitez du Perche, comtes et seigneurs du pays, fondations et bastimens de monastaires et choses mémorables du dict pays, par Léonard Bart de Mortaigne au Perche, sieur des Boulais. C'est un petit in-folio en papier (283 mill. sur 204) de 182 feuillets, relié en cuir rouge, portant au dos, en haut, les armes du Pape Alexandre YIII Ottoboui, audessous un écusson surmonté de trois couronnes, deux et une (1); au bas les armes du Cardinal Brancatus de Lauria, bibliothécaire de la Vaticane sous Innocent XI et Alexandre YIII. Il possède le numéro 950 du fonds Reginensis ou fonds de la reine de Suède; sur le premier feuillet est un ancien numéro d'ordre 2107 (2). Il provient de la célèbre bibliothèque de Christine de Suède. On sait que cette grande reine mettait toute son ambition à former la plus riche collection possible, tant en tableaux, antiques, médailles, qu'en livres ou manuscrits. Dans ce but non seulement elle s'était mise en relations avec les savants du monde entier, mais elle avait à son service une sorte d'équipe d'hommes de confiance qu'elle envoyait de tous côtés à la recherche des raretés en tout genre. Elle se procurait ainsi à prix fous jusqu'à des bibliothèques entières afin qu'aucune ne pût rivaliser avec la sienne. Ces messagers avaient chacun leur itinéraire tracé. Celui qui par-
(1) (( Presque tous ces livres (provenant de la même source) sont marqués au dos de trois couronnes qui sont les armes de Suède. » (Mém. conc. Christ, de Suède., II, 323.)
(2) C'est le numéro que lui donne D. Montfoucon dans sa Bibliotheca Bibliuthecarum manuscriptorum nova. 1739. I, 61 a. Il l'indique ainsi : Léonard de Mortagne, sieur de Boulais. Recueil des Antiquités du Perche.
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courait la France était IsaacVossius (1) et ce fut sans doute lui qui rapporta en Suéde le manuscrit de Bart. II est peu probable qu'il fit j)arlie de la collection de Mazarin qui fut acquise par Christine. Nous avons la liste de celle de Petau également achetée par Vossius : il ne s'y trouve pas. Il fut sans aucun doute recuiMlli avec plusieurs manuscrits normands et, plus heureux que d'autres qui disparurent avant la mort de Christine, il parvint sans encombre jusqu'au Vatican (2). Le pape Alexandre Mil, de la famille d'Oltoboni, acheta la bibliothèque de la reine pour le prix minime de huit mille écus. Il conserva dix-neuf cents volumes pour le Vatican et donna le reste à son neveu (3).
Ce manuscrit est donc certainement du commencement du xvii" siècle, peut-être contemporain de Bart. Il présente d'ailleurs tous les caractères de cette époque. Il a toujours passé jusqu'à présent pour le manuscrit original, mais d'après les renseignements qui nous ont été fournis, n'ayant pu malheureusement le contrôler nous-même, cette opinion doit être écartée. L'écriture a été soigneusement comparée avec celle de Bart (4) et il résulte de cet examen que nous sommes en présence d'une copie, copie excellente puisqu'elle a dû être collationnéc .sur l'original. Mais n'avons-nous pas là un remaniement de l'auteur ? La dédicace porte
(!) « Vossius rùda par tous les Païs-Bas, pai' la France et par l'Allemagne, où rien ne lui échappa de tout ce qu'il crut diîrne de la curiosité de Christine en fait de livres et de manuscrits... Il est à présumer qu'il avoit carte bh^nche de Christine pour lui faire ses commissions à tout prix. » {Mém. conc. Christ. I, 268). C'est lui qui acheta 40,000 livres la fameuse bibliotlioque de M. Petau, conseiller de la Cour, qui forme aujourd'hui un fonds considérable au Vatican.
(2) Il porte le nom de Bourdelot, ce qui pourrait faire supposer que l'acquisition est due à ce médecin français qui obtint pendant quelque temps les faveurs de la reine.
(3) Il désira que cette augmentation au Vatican portât le nom de Bibliothèque Alexandrine. C'est aujourd'liui simplement le fonds de la reine Christine.
(4) « L'écriture en est ferme, régulière, petite, penchée, moins anguleuse que celle du fragment autographe de Bai-t, avec lequel je l'ai confrontée; cependant on lui trouverait quehjue ressemblance avec celle de l'auteur. Ce qui me porte à croire qu'il n'est pas autographe c'est que ce n'e.st pas Bart qui a signé la dédicace à M. de Catinat. La dédicace est signée I3ar (sans t) et l'écriture ne ressemble nullement à la signature que j'ai de Bart. Celle-ci est d'une autre main que celle qui a écrit le manuscrit; je la mettrais facilement sur le compte de son filleul, le sieur Rodolphe, si tant est que les deux quatrains composés par le dit filleul aient été écrits par lui. » (Note communiquée par le R. P. Edouard, d'Alençon.)
en effet la date du 26 janvier 1617 (1) et la rédaction diffère beaucoup de la copie de Morlagne que nous avons choisie pour texte et qui porte celle du 4 décembre 1613. Ou bien ces interpolations ne seraient-elles pas l'œuvre d'un contemporain de Bart, de son filleul peut-être ? Cette dernière supposition est peu probable. Toujours est-il que ce manuscrit nous fournit de curieuses variantes qui se rapprochent de celles du manuscrit publié incomplètement par M. Massiot à Mortagne et malheureusement égaré (2).
Fragment autographe à M. de La Sicotière. — Petit in- Mo sur papier de 120 feuillets (paginé anciennement, sur le recto seulement, 51 à 116), cart. marbré vert, dos toile marron. Il présente une lacune du feuillet 99 verso au feuillet 107 recto (anc. pag.). Dans notre publication il occupe les pages 136 à 224 et 237 à 254. Nous avons tout lieu de croire que ce fragment fit partie de l'original (3) même de Bart, peut-être même qu'il fut écrit de sa main. Ce qui le ferait supposer c'est la similitude d'écriture avec celle de l'auteur. (4) et les nombreuses ratures dont il est couvert, non des lapsus rectifiés de copiste, mais des modifications de termes et des additions ou suppressions. Il est identique comme texte à ceux de Mortagne et de M. de Souancé et complètement différent des autres. C'est ce qui nous fait croire, puisqu'il est contemporain de celui du Vatican, que deux rédactions primitives ont existé, deux éditions si l'on veut, la seconde ayant été considérablement augmentée. Ce fragment a été sauvé par M. de La Sicotière; sans lui que serait-il devenu? Tout en
(1) CeUe date n'est même pas exacte, car dans le cours de l'ouvrage il est question d'événements postérieui's.
(2j Le Vatican n'autorisant jamais le déplacement de ses manuscrits, nous avons eu le vif regret de ne pouvoir publier ces variantes. Nous pensons toutefois qu'elles ne devaient pas dillerer beaucoup de celles que nous avons rapportées.
(3) « Ces fragments des Antiquités du Perche de Bart des Boullais paraissent contemporains de Bart lui-même. Ils proviennent de la bibliothèque de la famille Duval, d'Alençon, famille aujourd'hui éteinte, mais qui joua un rôle assez important dans l'histoire de cette ville. Un de ses membres a laissé un journal manuscrit qui se trouve aujourd'hui en ma possession (1). Les ratures et les corrections qui se trouvent dans ces fragments me porteraient à penser qu'ils sont autographes. » (Note de M. de La Sicotière en tête de ce manuscrit.)
(4) Nous avons pu la comparer avec une lettre autographe signée de Bart. Il ne peut y avoir de doute.
■(1) Voir : Od. Desnos, Mém. hist. sur Al. et sur ses seigneurs, II, 531.
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regrettant ses lacunes, nous devons vivement remercier son possesseur de nous l'avoir conservé.
Fragment autographe à M. Besnard. — 2 p. 3/4 in-fol. sur papier. Tout minime qu'il est, ce fragment est des plus précieux, car il est certainement autographe. Il commence par ces mots après le titre : « Il n'y a province en France fors le Perche... » (p. 11 de notre publication), et se termine ainsi : « ... trois hospitaux, deux léproseryes, cent soixante-dix paroisses » (p. 15). Sa rédaction est conforme à celle du manuscrit de M. Olivier. Il provient de M. Boudin, de la Mesnière, ancien jardinier des de Puisaye (1).
Manuscrit du vicomte de Souancé. — Petit in-fol. sur papier de 288-18 feuillets, rel. en vélin. Transcrit par Sorel, sieur de la Chapelle en 1745. Bonne copie du texte primitif.
Manuscrit de Morlagne. — In-folio sur papier, de 233 feuillets, rel. en vélin ; copie transcrite par Lemarié, commis au bureau des gabelles de Mortagne en 1772. Nous avons cru bon de publier ce manuscrit in-extenso et de nous en servir pour établir notre texte. C'est en effet la copie la plus simple qui n'a subi aucune interpolation sinon quelques corrections souvent maladroites. Elle est identique à celle que possède M. de Souancé (2).
Manuscrit Delestang à M. de La Sicotière. — Pet. in4° sur papier, de 329 pages, rel. demi-v. fauve, plats pap. marbré. Porte le titre de : « Antiquités du Perche par Léonard Bart, sieur des Boullais, transcrites, rectifiées et augmentées en 1825 par L.-N.-C. Delestang, ancien sous-préfet de Varrondissement de Mortagne ». « Ce recueil », dit Delestang, en tête de cette copie, « Iransciit vers 1760 par messire Charles-Jacques de Bonvoust, né à Mortagne en 1736, dernier doyen de l'éghse collégiale et royale de Toussaint et officiai de Sées, l'un des administrateurs de l'Hôtel-Dieu du l"" janvier 1764 au 24 janvier 1766, président en 1767 du dép' de Mortagne remplaçant l'élection de son nom et de son bureau intermédiaire, décédé à sa terre de Champaillaume, en la commune de Loisail, dont il étoit maire,
(i) Nous savons en effet que le Mis de Puisaye, grand-bailli du Perche, avait en sa possession sinon, comme le dit le P. Lelong, l'original même, du moins une bonne copie du Recueil des antiquités.
(2) L'abbé Fret a dû s'en servir pour la rédaction de ses Chroniques percheronnes.
le 12 octobre 1805, m'a été gracieusement communiqué pour en prendre une copie, par messire Gueau, marquis de Reverseau, neveu du dit messire de Bonvoust du chef de dame Marie-Gliarlotle-Adélaïde, son épouse... » Cette copie est défectueuse; de plus le texte primitif a été profondément altéré par des interpolations nombreuses de Delestang. Le style n'a môme pas été respecté et le copiste a laissé passer des fautes qu'il aurait certainement corrigées s'il s'était donné la peine de relire son travail.
Manuscrit de Versailles. — In-4'' sur papier de 317 feuillets, rel. en vélin vert, portant au dos : « Antiquités du Perche ». Numéro actuel de l'inventaire : 93; catalogué sous les lettres ilj 1 et iLJ 33. Fait partie de la Bibliothèque de Versailles. Il provient de la même source que le manuscrit de M. de La Sicotière. C'est également une copie faite par Delestang sur le manuscrit de M. de Bonvoust. A la note que nous avons déjà rapportée, qui se trouve en tête, Delestang a ajouté : « Le recueil dont il s'agit contient des inexactitudes et des omissions qui paraissent provenir des transcriptions faites sur des manuscrits plus ou moins éloignés de l'original... » A la suite se trouvent plusieurs additions :
De Bart, Léonard, sieur des BouUais. f. 294,
Princes contemporains des premiers comtes du Perche depuis l'an 1000 jusqu'en 1226. f. 296.
Observations, f. 298.
Annales du Perche depuis 1593 jusqu'en 1790. f. 305.
Notice statistique sur le Perche, f. 307.
Manuscrit de Chartres. — In-fol. sur papier, de 125 feuillets (une grande partie du volume est en blanc), rel. plats papier, dos papier vert simulant le cuir. Fait partie de la bibliothèque publique de Chartres. -^- 111, 1116. Le titre est le suivant: « Antiquités du Perche par Bart des Boulais a Mortagne en 1613, augmentées des antiquités des cinq baronies du Perche-Goeth par Lejeune, bibliothécaire honoraire de la ville de Chartres en 1838 (1), transcrit par Lemarié, commis au bureau des gabelles de Mortagne, en Van 1777, et depuis par Magloire Bellanger, sculpteur, en 1837, sur le manuscrit fourni par M. Vabbé Fret, curé de Champs, près Mortagne ». C'est une copie du manuscrit de Mortagne:
Manuscrit de M. Olivier. — Nous n'avons pu découvrir ce (1) Cette addition ne se trouve pas dans le volume.
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manuscrit qui appartenait à M. Olivier, procureur de la République à Morlagne, et dont la publication avait été commencée en 1849 dans VÉcho de VOrne, pur les soins de M. Massiot, avocat à Mortagne (1). Il est vraiment regrettable que nous n'ayons pu en continuer les variantes, d'autant plus que sa rédaction se rapprochait beaucoup de celle du ms. du Vatican qu'il est si difficile de consulter.
Fragment de la. Bibliothèque Nationale. — Pour ne rien omettre, nous mentionnerons encore un « extrait du livre ms. intitulé les Antiquités du Perche, comtes et seigneurs du païs » qui se trouve dans le fonds français de la Bibliothèque Nationale, 20162,' in- fol. de 5 p. (2). En tête on ht : « Ce ms. communiqué par M. Robillon, grand archidiacre de Sais, 1658. » Ce sont des renseignements puisés dans Bart sur la généalogie des Gruel, seigneurs de la Frette.
Le Père Lelong, dans sa bibliothèque historique de la France (1771. III, p. 413, n" 35526), dit que « l'original est resté entre les mains de M. de la Coudrelle, marquis de Puisaye, grand-bailli du Perche et gouverneur de Mortagne (3) ». Outre cet exemplaire, dom Montfaucon (Bibliothéca Biblioth. manuscript. nova (1739 I, 61a) nous apprend qu'il y en a un chez M. Monfort de Lautour (4)
(i) Echo de VOrne : Avis de la publication, numéro du 24 juin 1849. — Commencée dans le numéro du 8 juillet et continuée dans ceux des 15, 22 juillet, 5, 12, 19, 2G août, 2, 9 septembre, 14, 21 octobre, 11, 25 novembre, 2, 16, 23 décembre, G, 13, 20, 27 janvier 1850, 10, 17, 24 février, 3, 31 mars, 7, 21 avril, 4, 19, 2G mai, 2, 30 juin, 14, 21, 28 juillet, 4, 11 août, 10 novembre, 8 décembre. — Imprimé de manière à pouvoir être réuni en volume, l'ouvrage forme un in-12 de 204 p.
(2) Recueil de pièces pour l'histoire de France. Extraits et mélanges, 7. f. 168-170.
(5) « André-Louis-Charles de Puisaye, chevalier. M''' de Puisaye, V'e de la Perrière auYal-Germond,sieurdeThéval, capitaine au régiment deBerry, cavalerie, chevalier de Saint-Louis, grand-bailli de la province du Perche et gouverneur de Mortagne. C'est en sa faveur que le roi Louis XV a réuni les terres et seigneuries de laMesnière, la Coudrelle, Lormoye, Beaumont, Longpont, Surmont, Milan et autres en dépendantes et les a érigées en marquisat sous la dénomination de Puisaye par lettres patentes du mois d'août 1758. » Il a épousé, le 19 février 1745, Marthe-Françoise Bibron de Cormery, dame des terres de Courgivaux, Nogentel, Montbérut et Maisoncelles-en-Brie. (De La Clienaye-Dubois.)
Il naquit le 9 novembre 1718, fut ondoyé le 11 du même mois et reçut le supplément des cérémonies du baptême le 6 décembre 1731, dans l'église paroissiale de N.-D. de Mortagne. (B.-N. Chérin, vol. 1G4.)
(4) François Lautour de Montfort, président du grenier à sel d'Argentan
à OrbeCj et un autre encore chez M. Odolant-Desnos, revu sur l'exemplaire original de M, de la Goudrelle. Aucun des manuscrits que nous avons mentionnés ne semblent provenir de ces sources. Il faut donc penser qu'ils ont été égarés ou qu'ils sont aujourd'hui oubliés dans quelque bibliothèque de province. L'exemplaire de M. de Bonvoust, passé dans la famille de Reverseaux, nous fait également défaut; du moins nous a-t-il été conservé par les copies de Delestang.
C'est un doux et heureux privilège pour tout auteur d'associer à l'œuvre qu'il termine tous ceux qui y ont participé. Nous ne voulons pas faillir à cet usage. Le R. P. Edouard d'Alençon, M. Ghartier, ancien Maire de Mortagne, M. le vicomte de Souancé, MM. Ernest Langlois et Enlart, anciens membres de l'Ecole française de Rome, M. Joseph Besnard, ont trop contribué, soit par leurs communications multiples, soit par le prêt de documents, à cette publication, pour que nous ne leur adressions pas ici nos plus chaleureux remerciements. Grâce à leur obligeant concours, ce travail est aussi complet que possible. Il pourrait l'être davantage si nous n'avions à déplorer la perte ou l'absence de plusieurs manuscrits. Nos lecteurs voudront bien néanmoins l'accepter tel qu'il est. Notre but était de rendre hommage à l'une des gloires passées du vieux Mortagne, il sera complètemement atteint s'il trouve un bon accueil chez tous les Percherons.
en 1740, né dans cette ville, est mort à Orbec. Il fit plusieurs ouvrages sur Argentan, une chronologie des évêques de Séez; quelques-uns sont restés manuscrits.