ORANGE - RÉPUBLIQUE SUD-AFRICAINE
Affaire de la frontière de TEst
Quand, mécontents de l'administration anglaise, les colons boërs émigrèrent du Cap (1836) et du Natal (1843) vers l'intérieur, ils se divisèrent en deux groupes, dont l'un s'installa au delà du Vaal, et l'autre au delà de l'Orange. Ceux qui s'installèrent au delà de l'Orange retombèrent, en 1848, sous la domination anglaise, par suite de la réunion aux possessions britanniques, sous le nom de « Souveraineté de la rivière Orange», du territoire compris entre le cours supérieur de ce fleuve, la chaîne du Drakenberg et la rive gauche du Vaal. Ceux, au contraire, qui avaient émigré au delà du Vaal, fondèrent la République du Transvaal ou Sud-Africaine dont le gouvernement britannique reconnut l'indépendance par la convention de Sand River du 16 janvier 1852 (1). La frontière du territoire d'Orange et du nouvel Etat n'avait pas été fixée avec précision. On s'était borné à dire qu'elle était formée par le cours du Vaal depuis sa source dans le Drakenberg et qu'en cas de doute sur le point de savoir quelle était la véritable source du fleuve, la difficulté serait résolue par l'arbitrage d'une commission mixte. Deux ans plus tard, le gouvernement britannique résolut d'abandonner le territoire d'Orange aux Européens qui l'habitaient (2). Et, par une convention conclue avec les délégués des colons à Blœmfontein, le 23 février 1854 (3), il reconnut d'avance l'indépendance de l'État libre d'Orange qu'ils allaient y fonder.
Succédant à la « Souveraineté du territoire d'Orange », l'Etat libre
(1) V. le texte de cette convention dans W. J. Leyds, The firsl annexation of the Transvaal, Londres 1906, p. 83. — Comp. ci-après, pi 577, le début de la sentence.
(2) Sur les circonstances de cet abandon, v. plus loin, l'affaire des gisements diamantifères du Griqualand occidental (17 octobre 1871).
(3) V. le texte de cette convention dans W. J. Leyds, op. cil , p. 97.
AFFAIRE DE LA FRONTIÈRE DE l'EST 575
n'avait, du côté de la République Sud-Africaine, que la frontière vague fixée en 1852 sur le cours du Vaal, depuis sa source dans le Drakenberg. Les difïïcultés que les négociateurs de la convention de Sand River avaient eu en vue ne tardèrent pas à se présenter.
Lorsqu'on remonte le cours du Vaal, on constate qu'à sa formation concourent nombre d'affluents qui tous coulent du massif du Drakenberg: la Wilge, au Sud ; le Klip, au Sud-Est; la Likwa ou Kapok, au Nord. Pour l'État libre, il fallait choisir la Likwa ; pour la République Sud-Africaine, la Wilge ou tout au moins le Klip. La question était pour la République d'une importance capitale : limitée par le cours de la Likwa, elle eût perdu, avec les districts de Wakkerstroom et d'Utrecht, tout espoir d'expansion dans le Zululand et tout accès sur la colonie du Natal.
A différentes reprises, depuis 1854, les deux gouvernements essayèrent vainement de s'entendre à l'amiable. En janvier 1867,àlasuite d'une nouvelle tentative infructueuse, les présidents Brand et Pretorius furent convaincus que le seul moyen d'arriver à une solution était de recourir à l'arbitrage. Ils tombèrent d'accord pour en confier la charge à M. Robert William Keate, qui venait d'être nommé lieutenant gouverneur du Natal. Aussitôt arrivé en Afrique (mai 1867), M. R. W. Keate, sollicité, accepta. Les négociations s'engagèrent pour fixer les bases de l'arbitrage. Mais des incidents divers retardèrent la conclusion du compromis jusqu'au 30 octobre 1869 (1).
Compromis du 30 octobre 1869
L'acte conclu le 30 octobre 1869, par Marthinus Wessel Pretorius, président de la République Sud-Africaine, et Johannes Hendrikus Brand, président de l'Etat libre d'Orange, définissait le litige et indiquait l'accord des deux pays de recourir à l'arbitrage de M. Robert William Keate, lieutenant-gouverneur du Natal. Les deux gouvernements s'engageaient à exposer à l'arbitre leurs réclamations respectives, par l'organe de commissaires spéciaux, à lui fournir toutes les preuves nécessaires, et à considérer sa sentence comme définitive et obligatoire.
Le 14 janvier 1870, M. R. W. Keate réunit les commissaires nommés de part et d'autre, à Harrismith.
La commission sud-africaine était composée du président Pretorius,
(1) George M'Call Theal, History of South-Africa from 18H to 1872, Londres, 1889, p. 228.