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AOUT 186U

De 1853 à 1857, le« relations des Etats-Unis et du Paraguay, jusqu'alors amicales, prirent brusquement une tournure hostile. Trois faits rompirent l'harmonie : l'affaire Hopkins ; l'incident du Water Witch ; les difïicultés relatives à la ratification du traité de 1853 (1).

L'affaire Hopkins fut l'occasion des premiers refroidissements. En 1845, Edw. A. Hopkins, citoyen des États-Unis, ancien officier de la marine fédérale, avait été chargé d'une mission au Paraguay. Il en était revenu dans l'enthousiasme des débouchés qu'offrait ce pays, au double point de vue commercial et manufacturier. Pendant trente ans, le dictateur Francia avait exclu les étrangers et prohibé tout rapport avec les autres nations ; sa politique avait étouffé le commerce et paralysé l'industrie. Mais à sa mort, en 1840, son successeur, le président Carlos Antonio Lopez, avait pris le contrepied du système. Mettant à attirer les étrangers autant de soin que Francia à les éloigner, il encouragea l'introduction de nouvelles industries et seconda les projets d'Hopkins : confiant dans la faveur présidentielle, fort de l'appui financier d'un certain nombre de citoyens de Rhode Island, Hopkins fonda, en 1852, ÏUnited States and Paraguay Navigation Company, au capital fixe de 100,000 dollars avec faculté de l'élever à 1,000,000 de dollars. Sur ce premier capital, la Compagnie acquit un steamer, El Paraguay, qu'elle chargea des divers articles nécessaires à ses opérations agricoles et manufacturières ; mais le steamer fit naufrage, en 1853, sur la côte du Brésil. Un second navire, le Blodget, qui portait, en pièces, deux petits vapeurs démonta-

(1) Pour une analyse plus détaillée des faits qui sont ici résumés, v. Moore, International Arbitrations, II, p. 1485 et suiv. Adde, Senate Report, feb. 9, 1858, n* 60, réimprimé dans la Compilation of reports of Committee on foreign reiatrons, Washington, t. VI, 1901, Difficullies toith Paraguay, p. 131-188.

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bles, fit naufrage à son tour sur la côte de la République Argentine. Une partie de la cargaison du Paraguay put seule être sauvée. La réception cordiale du président Lopez consola Hopkins. Quand il arriva au Paraguay, en octobre 1853, unissant les fonctions de consul des Etats-Unis et d'agent général de la Compagnie, il trouva le meilleur accueil. Le président donna les ordres nécessaires pour lui procurer de la maind'œuvre indigène, mit à sa disposition une caserne et lui avança dix mille piastres. Mais, en juillet 1854, son attitude changea. Un soldat paraguayen,rencontré par le frère d'Hopkins, s'était montré insolent et brutal : il l'avait frappé de son sabre. Hopkins obtint la punition du soldat. Mais la réclamation fut faite en termes violents, en habit de cheval et le fouet à la main. Le ton du consul des Etats-Unis indisposa le président du Paraguay vis-à-vis de l'agent général de la Compagnie. Du consul, il se plaignit au gouvernement de Washington. De l'agent général, il fit supporter la conduite à V United States and Paraguay Navigation Company : le concours du travail indigène lui fut retiré ; une action en revendication des terrains qu'elle avait acquis lui fut intentée. Puis les vexations s'accrurent : Hopkins fut d'abord empêché de se servir de son titre d'agent général de la Compagnie, ensuite expulsé ; les affaires de la Compagnie s'arrêtèrent.

Pendant que ces difficultés, d'ordre privé, surgissaient, d'autres, d'ordre public, les aggravaient encore. En 1853, le département de la marine des Etats-Unis chargeait le Water Witch d'explorer, au point de vue hydrographique, le cours, et, au pointde vue commercial, la région des tributaires du Rio de la Plata. S'étant muni des permissions de l'empereur du Brésil et du directeur provisoire de la Confédération Argentine, pour pénétrer successivement dans les affluents de la Plata, le Parana, le Paraguay, le commandant de la mission, le lieutenant Page, poursuivait déjà ses travaux depuis un an et demi, quand, le 31 janvier 1855, il quitta le fleuve pour s'engager avec un petit steamer dans la rivière Salado, laissant le Water Witch au lieutenant William N. Jeffers, avec des instructions pour remonter le Parana aussi loin que le lui permettrait son tirant d'eau. Le navire l'avait suivi sur un certain nombre de milles quand, au point où le Parana forme frontière entre le Paraguay et la province argentine de Corrientes, près du fort paraguayen d'itîjpiru, il fut hélé, en une langue inconnue (l'espagnol^ et, comme il ne s'arrêtait pas, essuya le feu du fort. Le timonnier futtué. Le Water Witch, a son iouv, répondit, mais, trop faible, fut obligé de battre en retraite. Par une note du 4 février 1<S55, au secrétaire d'Etat, M. Marcy, le ministre des affaires étrangères du Paraguay, M. José Falcon, protesta contre cette entrée de vive force d'un vaisseau

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de guerre américain, malgré l'interdiction formelle des autorités locales, dans les eaux soumises à la juridiction du Paraguay. De son côté, le lieutenant Page se plaignit à son gouvernement de la fermeture du fleuve en un point où le Parana, n'étant navigable que sur la rive du Paraguay, le Wator Witch, chargé d'une mission scientifique, avait été forcé de quitter la rive de la République Argentine pour exercer le droit, qu'il tenait d'elle, de le remonter en suivant le chenal (1).

Peu de temps auparavant, une autre question, moins grave, mais encore importante, s'était présentée. Le 4 mars 1853, les Etats-Unis avaient passé avec le Paraguay un traité, qui fut ratifié par le Paraguay le 12 mars. Dans ce traité, se trouvaient plusieurs erreurs, imputables à l'inadvertance du représentant des Etats-Unis, telles que l'emploi des noms « Etats-Unis de l'Amérique du Nord » et « Union nord-américaine » au lieu de « Etats-Unis d'Amérique «.Ces erreurs, assez nombreuses, furent rectifiées d'ofïice par le Sénat des Etats-Unis. Mais quand, le 2 juin 1854, M. Marcy chargea le lieutenant Page de l'échange des ratifications, le ministre des affaires étrangères Falcon refusa de lire la note qu'il lui fit porter par un de ses officiers, parce qu'elle était écrite en anglais, sans être suivie d'une traduction espagnole. Sans écouter l'avis de Page qui, dès ce moment, conseille l'emploi de la force, le gouvernement des Etats-Unis nomme, en août 1856, un commissaire, Richard Fitzpatrick, pour échanger à Assomption, avec le successeur de Falcon, Nicolas Vasquez, les ratifications du traité. Fitzpatrick lui explique la nature et la nécessité de ces corrections, qui n'affectent, en aucune manière, le sens du traité ; le ministre refuse d'examiner les changements de pure forme que les Etats-Unis réclament ; il déclare que, le traité ayant été pleinement et complètement ratifié parle président de la République peu de temps après sa signature, il ne peut être question de le soumettre à une nouvelle ratification, et, là-dessus, clôt la correspondance.

Le 8 décembre 1857, le président Buchanan, dans son message annuel, rendait compte au T/ongrès de ces événements. 11 regrettait que le président Lopez eût refusé de ratifier le traité. Pour le Water Witch, il maintenait que la prohibition du Paraguay ne pouvait s'appliquer ni à ce navire, qui, à proprement parler, n'était pas un vaisseau de guerre, ni au Parana, fleuve commun à l'endroit, ce qui rendait l'attaque du

(1) L'exploration du Water Witch a été racontée, dans tous ses détails, par le commandant même du navire, Th. .T. Pa^^e, sous ce titre : La Plala, the Argentine Confédération and Paraguay : being a narrative of the exploration of the tributaries of the river of Plaia and adjacent- co unir ies, London, 1859. Sur l'attitude des Etats-Unis, dans cet incident, cpr. Galvo, Droit international, 5e éd., UI, § 126S.

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Waiter Witch injustifiable. Arrivant à l'affaire Hopkins, il ajoutait que a des citoyens des Etats-Unis établis pour leurs affaires au Paraguay avaient été dépouillés de leur propriété et traités par les autorités d'une manière insultante et arbitraire, qui demandait réparation ». Il demandait au Congrès de voter les mesures nécessaires pour lui permettre d'agir avec fermeté. Le 2 juin 1858, une résolution conjointe, approuvée par le président, l'autorisait à prendre telles mesures qui lui paraîtraient nécessaires, au cas de refus d'une juste réparation par le gouvernement du Paraguay. Le 12 juin 1858, une allocation spéciale de 10,000 dollars était inscrite au budget de la marine à cette intention. Une expédition, composée de 19 vaisseaux, portant 200 canons et 2,500 hommes, partait de New- York, le 17 octobre 1858, pour appuyer dans ses négociations le commissaire nommé par les États-Unis, M. Bowlin, qui, du 30 décembre 1858 au 17 février 1859, terminait à Assomption toutes les difficultés pendantes d'une manière que, dans son message du 19 décembre 1859, le président Buchanan jugeait très satisfaisante (1). L'affaire du Wâter Witch se terminait par des excuses et le paiement à la famille du marin tué d'une indemnité de dix mille dollars. L'ancien traité, dont les ratifications n'avaient pu être échangées, était remplacé par une convention de commerce et de navigation, du 4 février 1859, qui concédait « au pavillon marchand des citoyens des États-Unis d'Amérique la libre navigation du Paraguay, jusqu'aux possessions de l'Empire du Brésil, et de la rive droite du Parana dans toute la partie de son cours, qui borde le territoire de la République » (2). Restait l'affaire de VUnited States and Paraguay Navigation Company. Le président Lopez et M. Bowlin convinrent de la soumettre au jugement de deux commissaires, nommés l'un par le Paraguay, l'autre par les États-Unis, avec intervention, en cas de désaccord, d^un tiers arbitre désigné de la manière prévue dans la convention suivante :

ÏI Convention du 4 février 1859 (3)

S. E. le Président des É.-U. d'A. et S. E. le Président de la République du P , désireux d'écarter tout motif susceptible de troubler la bonne entente et l'har-

(1) D'après Calvo {op. cit., 5« édit , III, § 1268, p. 126), le succès de ces négociations serait dû à l'habile médiation du président de la République Argentine.

(2) Moorc, Digest of international laiv, I, 640,

(3) Traduite de l'anglais d'après le texte donné dans Moore, International Arbitra lions, V, 4781 ; Martens, N. R. G., XVII, 1" partie, 255 ; La Fontaine, p. 37.

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