‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 10 sur 40 · A L'UNION AVEC L'IRLANDE · texte numérisé non relu

A L'UNION AVEC L'IRLANDE

(Avril 1799.)

Une adresse des lords à sa majesté , relativement à l'acte de l'union de l'Irlande, est prise en considération.

Cette adresse exprime les vœux de la chambre des pairs pour voir effectuer l'union des deux royaumes , comme le seul moyen d'opérer le bien des deux pays , en leur donnant des lois et une constitution semblables fondées sur les mêmes principes de justice , d'équité et de libéralité.

M. Pitt demande que la chambre des communes émette un vœu pareil à celui de la chambre des pairs.

Sir F. Burdett dit que de toutes les personnes qui pourraient opérer ce bienfait, le chancelier de l'échiquier, M. Pitt, est le moins capable de l'effectuer, parce qu'il ne pourrait pas, sans manquer aux principes qu'il a professés, atteindre les hommes qui, dans ces derniers temps , se sont montrés si hostiles à l'Irlande. Il pense donc que si la chambre , ainsi que la nation , désire l'union des deux pays, on doit choisir un autre ministre pour y parvenir. « Cette union, ajoute-t-il, est désirable, si le peuple irlandais est bien convaincu des avantages qu'elle peut procurer; mais elle serait pernicieuse si elle est entreprise d'après le vote seulement d'un parlement corrompu appuyé de la force militaire. Le moment actuel

n'est pas plus convenable pour cette mesure que le ministère n'en est capable. En conséquence, il s'oppose à la motion.

M. Buxton blarne la manière dont l'honorable baronnet parle de la conduite du ministère et des personnes des ministres. Il dit qu'il est le seul dans toute l'Angleterre qui voulût avancer que le chancelier de l'échiquier est coupable des troubles d'Irlande ; pour lui , il croit fermement que, si l'union n'est pas adoptée, l'Irlande deviendra sous peu une province de France.

Le général Fitzpatrick, ancien secrétaire d'Irlande sous l'administration, dans ce pays, du duc de Portland, se lève et dit que la question est de savoir si la chambre voudra présenter le résultat de ses délibérations aux pieds du trône. Comme il a été reconnu que rien ne devait être fait tant que l'Irlande n'aura pas déclaré, par son propre parlement, son consentement à la mesure, il pense qu'il n'y a pas lieu jusque-là h s'en occuper : au moment des divisions qui existent dans ce pays, il serait dangereux d'en appeler à sa majesté sur les différends qui existent entre les deux législatures.

M» Ganning prend la parole et dit :

Je n'abuserai pas des momens de la chambre > parce qu'elle attend sûrement des explications de la part de l'honorable chancelier de l'échiquier, d'après ce qui vient d'être dit. Je ne répondrai pas à la partie du discours de l'honorable général qui tend à prouver que le duc de Portland , pendant son administration en Irlande , avait eu connaissance de la mesure proposée pour l'union en 1782. 11 me paraît qu'il y a peu d'importance dans ce fait ; mais je ne puis passer 1. i3

sous srenc° les motifs qu'il a donnés pour engager la chambre à ne pas poursuivre la mesure comme le propose, dune manière positive , la demande dune adresse au roi. Il nous a dit que c'était un point délicat autant pour le souverain que pour le parlement d'Irlande , et que cette mesure produirait probablement de grands malheurs dans ce pays.

Je répondrai d'abord a la crainte de manquer d'égards envers le souverain , qu'il me semble que ce serait une nouvelle manière de montrer son respect que de refuser de voter une adresse à un message d'une semblable importance. Sa majesté recommande a l'attention des parlemens d'Irlande et d'Angleterre une mesure qui renferme les plus grands intérêts de l'empire; elle désire être éclairée par leur opinion ; et on voudrait garder le silence , ne pas répondre , ne pas donner d'avis, dédaigner enfin l'appel fait par le souverain , et le mettre dans la nécessité de dire au parlement d'Irlande qu'il n'a rien a lui proposer, parce que le parlement d'Angleterre a reçu son message avec indifférence et dédain !

Relativement k la délicatesse envers le parlement d'Irlande et au respect que l'on doit k ses décisions, j'ignore jusqu'à quel point on peut regarder que ce parlement a pris une décision; mais il est k remarquer que la chambre des communes d'Irlande a fait exactement ce qu'indique l'honorable général , quand il a parlé de la conduite que devrait tenir le parlement d'Angleterre, L'adresse kla couronne a été ajournée, et

ig5 ce qui est remarquable , c'est que l'honorable général , en en parlant , nous a dit que cette conduite était équivalente à un refus. Il y a sans doute un peu de contradiction en cela. Il en sera ce qu'on voudra ; mais si le silence du parlement irlandais est cause de nos discussions ici, en Angleterre , pour savoir s'il a rejeté la mesure ou non , quel motif y a-t-il pour que le parlement d'Angleterre suive la même conduite ? Si, comme il est d'usage dans toute négociation , la plus forte puissance parle la première , alors celle qui a intérêt de conférer commencera au lieu que ce soit celle qui reçoit l'obligation. Cette marche ne peut alarmer l'Irlande; mais il n'en a pas été ainsi, et chacun le sait, le même message a été envoyé en même temps aux deux parlemens , chacun d'eux a procédé le même jour à la discussion, et on ne peut s'étonner ni l'attribuer à une trop grande précipitation si , du côté de l'Angleterre, le parlement a déterminé sur-le-champ d'exprimer à sa majesté ses sentimens concernant cette mesure. Maintenant, relativement aux malheurs que l'honorable général annonce devoir être la conséquence de la mesure par rapport au peuple irlandais , en ce qu'il a pu regarder les choses comme définitivement fixées , d'après le traité de 1782 , je pense qu'il y a à peine une réponse à faire à ces craintes : ce qui pouvait être convenable dans un temps peut ne plus l'être dans un autre. Cet arrangement n'a pu être considéré comme un nec plus ultra politique à toutes les concessions passées , présentes et futures. Et si ;

ig6 à cette époque , il a réparé de grands maux , il ne peut pas remédier à ceux qui n'étaient pas prévus quand on l'a établi , bien moins encore à ceux qui ont eu lieu depuis.

Il ne reste plus qu'à répondre à l'objection que nous ne devons pas nous hâter d'adopter une mesure pour laquelle le parlement d'Irlande, comme la nation , ont manifesté leur désapprobation. En admettant que cette désapprobation soit un fait , et qu'elle se soit manifestée par des clameurs et des violences , supposant enfin que cette mesure, aussi essentielle a la paix de l'Irlande qu'à la sécurité de l'empire, ne soit pas en définitive acceptée par le parlement d'Angleterre , je le demanderai encore , quelle offense y aurait-il pour l'Irlande de lui faire connaître les vrais motifs de ce refus ? Cette déclaration franche me paraît convenable pour le succès de la mesure ; et dans le cas où elle ne serait pas adoptée , notre justification serait faite aux yeux de l'Irlande et du monde entier, en prouvant l'intention qui nous animait, et en démontrant les dispositions libérales et généreuses de la Grande-Bretagne.

Mais pourquoi désespérer du succès ? Serait-ce parce que les orateurs de l'autre côté de la chambre le regardent comme dangereux? J'observerai alors que les mêmes orateurs ont déprécié de la même manière des propositions du gouvernement bien aussi sérieuses; que n'ont-ils pas dit pour entamer des négociations de paix? Avec quelle véhémence n'ont -ils pas accusé les ministres de manquer de sincérité dans les négo-

*97 dations? N'ont-ils pas reproché au gouvernement de ne s'être pas assez prêté aux négociations? et quand plus tard, et après avoir reconnu l'impossibilité de traiter sur les bases offertes , tant à Lille que plus tard à Paris, les ministres sont venus déclarer que les négociations devaient être rompues, ces mêmes honorables membres ne se sont-ils pas écriés : Quoi ! rompre des négociations entamées quand les propositions faites ont été approuvées par les deux conseils de la législature de France, et rejetées hautement, et sans discussion , par la troisième branche de cette législature ! poursuivez vos efforts avec persévérance, et nous aurons la paix. Je pourrais sans doute établir une comparaison entre ce que je viens de citer et la question qui nous occupe ; mais je craindrais de manquer d'égards pour l'Irlande : toutefois je ne pourrai jamais concevoir d'après quel principe ce qui a été regardé et vanté comme présage de succès dans un cas , pourrait dans un autre être envisagé comme une cause de revers.

Convaincu de l'importance de la mesure proposée pour opérer le bien général, et principalement pour le salut de l'Irlande, je crois que le parlement ne serait pas pardonnable s'il abandonnait ce plan , si complètement fait pour recevoir l'approbation des deux pays , convaincu en outre de l'efficacité de cette mesure pour unir , par des liens indissolubles , les deux royaumes de cet empire. Je m'abstiendrai, toutefois, d'en presser trop fortement l'adoption, de crainte de

i98 froisser les intérêts mal représentés de l'Irlande , et me bornerai à répondre aux argumens avancés concernant l'indépendance de l'Irlande , que l'on dit avoir été violée.

Ce reproche est sans doute le plus grave de tous ceux que nous avons entendus, puisque Ton a ajouté qu'il n'y avait pas d'arrangement quelconque pour produire l'union qui pût avoir lieu sans l'accord des deux parlemens séparés. Cette opinion a été non-seulement avancée dans cette chambre , mais encore dans une publication portant le titre de Copie des discours d'une autorité , et aussi dans un pamphlet contre l'union , publié par M. Jebb, personne, m'a-t-on dit, de beaucoup de talent. Je l'avouerai, je suis si loin de partager cette opinion, que je veux chercher à démontrer que toute espèce d'arrangement autre qu'une union enlèverait au parlement d'Irlande cette indépendance dont on parle, et le priverait de cette dignité et de cette liberté si importantes à un parlement.

En effet, quelle est la chose la plus précieuse pour une chambre des communes? Quelles sont les fonctions sans lesquelles elle peut être un sénat , un conseil , une assemblée des représentais du peuple , mais jamais une chambre des communes selon l'esprit de notre constitution ? N'est-ce pas la disposition de l'argent et le contrôle qu'elle a sur la conduite des ministres, et qu'elle manifeste en accordant ou refusant de l'argent pour effectuer leurs mesures ? Voyons comment la mesure dont on a parlé , et qui ten-

*99 drait à établir un rapport de proportion entre les contributions des deux pays, pourrait assurer au parlement d'Irlande ces biens dont nous reconnaissons tous les avantages. Je l'avoue, je serais embarrassé de dire ce qu'on répondrait dans une chambre qui aurait sanctionné cette mesure , si quelqu'un de ses membres demandait des explications sur le système de cette opération , en admettant que ce soit a l'occasion d'un message du roi pour faire la guerre et pour demander les moyens de la faire. Sans doute ce membre , fier d'avoir conservé l'indépendance de son parlement, en ayant repoussé la mesure de l'union , proposerait d'examiner les motifs de cette guerre afin de juger la convenance d'accorder les fonds demandés. Mais que dirait -il si on lui observait que l'indépendance du parlement ne lui donne pas cette latitude, et que le parlement d'Angleterre ayant voté la somme demandée, il n'a d'autre chose à faire que de la voter aussi. Mais au moins, dirait-il, examinons le quantum. Épargnez - vous cette peine, lui répondrait-on, le même acte qui vous lie dans la question générale de l'allocation vous force aussi à ne pas vous occuper du quantum. Quand l'Angleterre a voté une somme quelconque , l'Irlande doit voter dans la proportion établie. C'est donc ainsi que serait garantie l'indépendance de l'Irlande par le rejet de l'union. La proportion des contributions a été la seule question à débattre. Peut-être alors cet honorable membre commencerait-il à comprendre quelles sont les fonctions

qu'il est appelé à remplir. Peut-être aussi trouverait-il que, ne s'être réservé que le droit de répartir la somme allouée et votée par le parlement d'Angleterre , n'est pas avoir conservé l'indépendance, la dignité, le pouvoir,- sa gloire d'avoir rejeté l'union en serait bientôt diminuée. Cependant, on ne peut nier que la contribution proportionnelle accorde d'autres droits que ceux que je viens de tracer, et on conviendra en même temps que jamais l'union des deux royaumes ne produira un état aussi dégradant pour l'Irlande.

Si on examine les droits d'un parlement, on reconnaîtra qu'ils ne peuvent se conserver au parlement séparé d'Irlande , dans l'embarras où il serait de les exercer. Par exemple, le droit d'accusation des ministres pourrait-il s'exercer par le parlement d'Irlande contre les ministres de l'Angleterre ? et cependant ce sont les conseillers de la couronne aussi bien pour un pays que pour l'autre. Le droit de modifier l'ordre de succession au trône est un droit du parlement seul; qui l'exercera? Il y aurait matière k trahison si ce droit était réclamé par le parlement d'Irlande : il n'y a donc pas d'égalité d'indépendance entre les deux parlemens.

Nous venons de comparer les droits , examinons maintenant quels seraient les privilèges que l'Irlande perdrait si son parlement était incorporé k celui de l'Angleterre pour ne faire qu'une seule législature de l'empire. Un des premiers devoirs du parlement d'un pays est de veiller aux inté-

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