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rets de sa localité, et de lui conserver la paix et la tranquillité ; un autre devoir est d'améliorer ses institutions et ses lois , comme aussi les droits civils et politiques de son peuple. En quoi la réunion pourrait -elle affecter ces droits du parlement d'Irlande? Ne conserverait-il pas les mêmes moyens d'apaiser les dissensions religieuses et les animosités qui s'ensuivent ; et , n'étant pas sur les lieux mêmes , et entraîné par l'effervescence populaire , n'aurait-il pas plus de moyens encore d'en détruire les causes? Il deviendrait un juge calme et impartial , et allouerait aux catholiques ce qui peut leur être accordé sans exposer à voir ses intentions mal interprétées. Si nous examinons les objets de législation , de commerce et de liberté civile et politique , seront-ils moins respectés parce que les membres du parlement irlandais siégeront avec les conservateurs de la constitution anglaise, et quand aucune proposition ne sera faite concernant l'Irlande sans trouver dans ce parlement d'Angleterre de nombreux appuis pour leur propre intérêt? Relativement a la question de guerre et de paix avec un autre pays, quel avantage le parlement d'Irlande perdrait-il à la réunion? Loin d'éprouver des sacrifices , ce pays aurait tout à y gagner.
Il en est temps encore , et au lieu de repousser la mesure proposée de l'union , reconnaissons tous les avantages qui en doivent résulter pour les deux pays , et principalement pour l'Irlande.
Je n'abuserai pas des momens de la chambre pour retracer les malheurs qui ont accablé l'Ir-
lande; ils ne sont que trop réels, et personne ne peut les ignorer. Ils sont tels , qu'il a fallu un grand effort pour sauver ce pays et par suite l'empire. C'est a ce sujet que j'ai dû relever une expression d'un honorable baronnet (sir F. Burdett), qui tendait à rejeter sur mon honorable ami (M. Pitt) tout le blâme de cette affreuse position, disant qu'il était cause des insurrections et révoltes qui avaient eu lieu; que lui seul a armé la populace effrénée contre le gouvernement, contre les lois, contre l'ordre public, et même contre les principes de l'humanité; tout cela dans le but d'avoir l'Irlande encore plus en son pouvoir : enfin , il a dit que le but de l'union proposée était de remédier aux maux qu'il avait fait naître lui-même. Cette accusation est aussi extraordinaire en elle-même, que curieuse par le raisonnement qui la soutient.
Je n'ose entreprendre d'y répondre , car , je le vois , la chambre entend d'elle-même tout ce que j'aurais à dire ; néanmoins l'accusation contre mon honorable ami reste dans toute sa force , et les honorables membres de l'autre côté de cette chambre, qui sont toujours prêts à lui attribuer tout le mal qu'ils peuvent entrevoir, ne songent pas que pour être coupable de semblables crimes , il lui faudrait manquer , non-seulement d'humanité , mais aussi de sens commun ; il faudrait qu'il fut un monstre de méchanceté et d'absurdité. Dans la dernière session, on a dit que l'Irlande était le théâtre de toutes les iniquités causées par mon honorable ami. On con-
venait qu'ici il y avait un parlement qui pouvait l'arrêter dans cette noble carrière, mais qu'en Irlande rien n'était là pour l'arrêter; le parlement était plutôt disposé à l'aider dans ses excès qu'à le réprimer. Mais, s'il en est ainsi, que deviendra l'accusation portée en ce moment contre lui? car du moment qu'il est sûr de ce pays, à quoi bon proposer une mesure qui lui ôterait ce pouvoir sur le parlement d'Irlande? S'il en est ainsi, ce n'est pas seulement un criminel, mais c'est un assassin maladroit qui se blesse avec son propre poignard. Je n'ose poursuivre ce raisonnement , car la chambre sait assez quel est le caractère de mon honorable ami.
Cependant ces honorables membres ont cité des faits ; ils ont dit que mon honorable ami avait excité la rébellion par le rappel de lord Fitzwilliam. Sans doute il a cru nécessaire cette mesure sévère , et personne n'en ignore aujourd'hui les motifs. On sait que quand lord Fitzwilliam a été envoyé en Irlande , il n'était nullement question de l'émancipation des catholiques. Quand on s'est occupé de cette mesure, il a bien fallu le rappeler. On a dit aussitôt qu'il en résulterait de grands événemens, et les personnes qui s'empressent à prédire le mal ont dit tout ce qui peut être dit à ce sujet. Je suis loin de vouloir insinuer la moindre chose contre ce noble personnage, mais j'ai la conviction que le mal ne provient pas de son rappel. J ai vu que de pareils troubles avaient lieu dans d'autres parties de l'Europe, et je suis loin de l'en rendre responsable.
Relativement aux graves prédictions que nous avons entendues , elles me rappellent un fait historique que chacun connaît. Après que Christophe Colomb eut soumis les Indiens , ils commencèrent à sentir son joug, et se levèrent un jour avec la détermination de lui refuser les vivres nécessaires à son armée. Colomb, dont le génie ne restait jamais en arrière , sentit la nécessité d'en imposer à ce peuple ignorant , et leur prédit qu'à un jour indiqué, s'ils ne faisaient pas leur soumission, le ciel s'obscurcirait, le soleil se cacherait, et qu'au milieu de l'obscurité ils seraient bien forcés de reconnaître leur erreur.
Il n'est sans doute pas nécessaire d'ajouter qu'au moyen d'un simple almanach , Colomb savait qu'il y avait ce jour-là une éclipse de soleil, et que les Indiens n'avaient pas encore d' almanach. L'événement annoncé arrivant , ils reconnurent la supériorité de Colomb , et firent leur paix avec lui.
Je conviens que dans la question qui nous occupe , il ne faut pas beaucoup plus de connaissance morale qu'en avait Colomb pour reconnaître que, dans la disposition de l'Irlande, il suffit d'une seule étincelle provenant de la conflagration de la révolution française pour mettre le feu partout , et je ne puis accorder un grand don de sagacité à ceux qui ont fait les prédictions que nous avons entendues : mais les attribuer au rappel de lord Fitzwilliam, je pense qu'il n'y a pas plus de motif pour cela que si on disait que l'em-
2o5 barras où se trouvait Christophe Colomb a été cause de l'éclipsé.
Quelles que soient les causes de la situation fâcheuse de l'Irlande , les honorables membres de l'autre côté de la chambre y assignent un autre motif pour repousser la mesure de l'union. Ils disent qu'elle provient de l'aveuglement du ministère et de ce que les actes de mon honorable ami M. Pitt ne sont pas contrôlés ; que la confiance qu'on met en lui est une puissance que jamais ministre n'a eue avant lui; qu'il est temps d'y mettre un frein. Je ne disconviendrai pas qu'il a su créer un degré de confiance inconnu jusqu'à ce jour; mais quand cette confiance est accordée par le parlement et par la nation , il n'y a pas lieu de la suspecter. Un ministre n'est pas accusable pour la confiance qu'il a su inspirer, mais bien pour l'usage qu'il en fait. C'est à lui d'avoir soin de ne pas abuser de cette confiance qui lui est accordée , car il en est responsable aux yeux de son souverain qui l'emploie , du parlement qui se fie a lui, et de ses concitoyens dont les intérêts lui sont confiés.
Si nous consultons l'histoire de l'Irlande , nous verrons que la position précaire et inquiétante de ce pays tient à un manque de gouvernement stable et positif; que ceux qui ont conduit les affaires dans ce pays, l'ont bien fait avec vigueur et fermeté pour le moment où ils ont agi , mais sans entrevoir les moyens d'aller plus loin pour le bien général , sans pouvoir procurer à ce pays la moindre amélioration dans ses
institutions. C'est un grand malheur auquel la mesure proposée de l'union peut remédier.
Si, (l'un autre côté, nous examinons l'histoire d'Angleterre, nous voyons que ce qui distingue le plus particulièrement l'espace de temps qui s'est écoulé depuis l'heureux établissement de la famille qui est sur le trône, c'est que jamais l'Angleterre n'a été aussi florissante, aussi heureuse et aussi puissante , parce que jamais le gouvernement n'a été aussi fort qu'il l'a été depuis cette époque; et cependant on ne peut citer qu'il ait été fait plus pour la postérité pendant ce temps que dans tout autre; on ne peut marquer des institutions importantes , des perfectionnemens ; il y a mieux , les hommes d'Etat n'ont pas été en grand nombre. J'attribue cet effet à toute autre cause ; il me semble que les agitations politiques, les conflits de partis, ont occasioné ce résultat. Je sais que l'on me citera l'administration de sir Robert Walpole , comme ayant assez de prépondérance pour avoir osé entreprendre et exécuter des plans vastes et de grande utilité. Cependant cela se borne à deux institutions qu'il a laissées à la postérité. Je veux parler du système de l'établissement de l'amortissement, qu'il regardait comme son plus bel ouvrage et qu'il a commencé lui-même : excepté cela, il a paisiblement administré. Je ne blâme ni ne loue ce ministre, je rapporte des faits. Mais peut-on en conclure que si cette conduite est exempte de blâme, il faut mettre en accusation celui qui, dans d'autres temps, et avec des circonstances
différentes, étant parvenu à obtenir une puissance bien plus réelle, a voulu procurer à son pays des avantages tels que son système , une fois établi, puisse passer à la postérité?
Mais je dois réclamer l'indulgence de la chambre pour m être livré ainsi à une argumentation de cette nature, et pour avoir occupé plus de temps que je ne me le proposais quand je me suis levé pour parler. Je n'ajouterai qu'un seul mot : nous sommes tous bien convaincus qu'il n'y a qu'une union d'affection qui puisse être avantageuse et durable. Douter que l'union proposée soit de cette nature, ce serait nier les avantages qui doivent en résulter. Le peuple irlandais, tout ardent qu'il est, n'en est pas moins capable d'apprécier ces avantages. C'est là le but de l'adresse proposée; n'imaginons pas que l'offre que fait l'Angleterre de cette union puisse être faussement interprétée comme une insulte. Non , la nation irlandaise a un sens trop droit pour cela.
C'est par toutes ces considérations que je vote pour l'adresse , en pensant qu'en cela je remplis mon devoir comme membre du parlement d'Angleterre. Mon désir est de consolider et d'augmenter même la force et les ressources de l'empire britannique , en assurant la prospérité future de l'Irlande.
L'adresse est mise aux voix et adoptée.
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