‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 13 sur 40 · IO · texte numérisé non relu

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quenccs qu'il en a tirées; je suis loin surtout de penser comme lui qu'il soit inutile d'examiner attentivement, avant tout, le caractère et les dispositions du premier consul.

En admettant cette opinion, il n'y aurait plus de motif de discussion pour la chambre; en effet, si d'un côte on ne prend pas en considération les adressions de la France, et que de l'autre on néglige d'examiner la qualité de celui qui propose la paix, comme chef, en ce moment, du gouvernement de la France ; alors nous n'avons plus besoin d'apprécier le refus qu'on ferait de ces ouvertures, ou l'assentiment qu'on pourrait y donner. Comment juger la conduite que tiendra la France dans cette circonstance , si on ne recherche pas celle qu'elle a tenue jusque-là ? Comment connaître quel degré de confiance il faut accorder à la personne qui est à la tête du gouvernement de la France , pour arriver a un résultat certain?

Toutefois il est assez remarquable que tandis que l'honorable membre refuse, au côté de la chambre où je siège , le droit d'examiner la conduite de la France envers les autres nations, et l'avantage d'établir un contraste entre la profession de foi actuelle du premier consul et ses anciens principes; il ne balance pas, lui, a prendre cette liberté relativement à son propre pays, qu'il accuse de manquer d'égards pour notre ennemi. Il fait plus , il ose parler des crimes et des erreurs des monarques français ! de l'ambition de Louis XIV ! et avance que l'usurpation de

Bonaparte est un cas exempt de censure et d'enquête.

La conduite de l'Angleterre , dans le commencement de la guerre , a été critiquée bien sévèrement par l'honorable membre; il Fa taxée de manque de principes et d'agressions envers d'autres nations , dune manière , dit-il , si répréhensible, que tout ce qu'on a dit de la France ne peut y être comparé. Les violations de traités , le mépris des droits des nations, rien n'est égal, selon l'honorable membre , à la conduite de l'Angleterre envers Genève et la Toscane.

Il me paraît prouvé que l'on fait une grande méprise relativement à ces deux objets ; les faits sont faciles à représenter: Gênes était considérée comme neutre au commencement de la guerre , et comme telle a été respectée , par la Hotte de sa majesté , dans la Méditerranée, jusqu'à ce qu'il ait été prouvé que sous ce prétexte de neutralité, le gouvernement de Gênes fournissait à l'armée française tout ce dont elle avait besoin , nonobstant les constantes observations du commandant de cette flotte et de l'agent britannique à Gênes; c'était sans doute agir contre les lois établies, et les remontrances auraient dû être entendues. Il fallut en venir aux menaces , mais on doit se souvenir qu'elles n'ont jamais été mises à exécution. Peut-être même le seul reproche qu'on aurait à faire au gouvernement de sa majesté, serait d'avoir usé de trop de modération; il en est résulté que plus on a mis de réserve, et plus la France a usé de son pouvoir, au point que le pays sentit

la nécessité de faire toutes les concessions qui lui étaient demandées pour préserver son territoire.

Quant à la Toscane , les mêmes explications doivent servir ; la France a continué d'en recevoir des approvisionnemens , et l'Angleterre n'a cessé d'observer combien la neutralité était mal observée. Au surplus cette conduite était aussi nuisible aux intérêts du grand-duc qu'à ceux de son peuple. La Toscane a été le centre de la conspiration française contre la paix et l'indépendance de l'Italie , et il a été facile de reconnaître que même dans le conseil du grand- duc il s'était glissé une influence française, aussi dangereuse pour ses États que pour ceux de ses voisins. Dans ces circonstances il était du devoir de l'Angleterre

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démontrer de la fermeté pour soutenir ses droits, et se faire respecter comme elle doit l'être, eu représentant au gouvernement de Toscane le double danger de sa conduite , soit du côté de ses alliés , soit par rapport à la domination que la France exerçait sur elle. Lord Hervey, ministre d'Angleterre à Florence, fut chargé de faire des représentations , et si cet ambassadeur , dans son zèle pour le service de son souverain, s'est porté à quelque excès de langage, et même à un manque de respect , on doit savoir que la demande du grand-duc de le rappeler a été immédiatement accordée ; de cette manière la plus complète réparation a été effectuée , et l'honneur de l'Angleterre préservé. Mais la conduite de lord Hervey a été bien loin d'être aussi blâmable que l'on

s'est plu à la représenter; d'après les documens que renferment le traité de Pavie et les articles secrets du traité de Pilnitz , on voit une prétendue lettre de lord lïervey au grand-duc, lettre qui n'a jamais existé, et qui n'est qu'une imputation mensongère ainsi que les traités euxmêmes.

J'ajouterai encore un mot relativement a la Toscane : l'honorable membre paraît rejeter sur l'Angleterre la cause de la conduite de la France envers les nations neutres, principalement envers la Toscane lors de l'invasion de Livourne , et il attribue à ce motif la saisie des propriétés anglaises qui eut lieu en 1797. J'ai déjà expliqué pourquoi l'Angleterre ne s'était pas conduite comme on l'aurait voulu , et j'ai prouvé que dans cette circonstance elle avait donné toutes les satisfactions qui avaient pu lui être demandées. La France ne peut prétendre que l'Angleterre ait agi trop sévèrement contre elle, puisque par l'interm édiaire même de lord Hervey la Toscane a conclu une paix séparée avec la république française ; et c'est en violation de ce traité que l'armée française sous les ordres du général Bonaparte a pris possession de Livourne , et s'est emparée des propriétés anglaises , déposées sur la garantie de la neutralité de la Toscane et s'élevant a des sommes considérables, violation sans exemple dans les annales des nations , et si affreuse qu'un gouvernement qui la tolère, ou, ce qui est de même , qui ne la réprime pas quand il le peut , devient responsable auprès du pays dont les su-

jets ont été ainsi opprimés. C'était donc un droit pour l'Angleterre, et si elle ne l'a pas réclamé, c'est dans le but de conserver intact son caractère de magnanimité , de générosité et de tolérance. •

L'honorable membre nous a dit que les ministres de sa majesté avaient perdu le droit de revenir sur le passé en étant entrés en négociation de paix à Paris et à Lille ; il affirme que la déclaration de ces mêmes ministres a la conclusion de chacune de ces négociations , forcera le gouvernement d'en entamer de nouvelles aussitôt que l'ennemi en montrera la disposition. Cet argument est loin de me paraître plausible. Jamais il ne peut exister un semblable engagement et une pareille obligation. En examinant ces déclarations on verra qu'elles sont loin d'impliquer cette conséquence, et principalement celle quia terminé la négociation de Lille , qui est claire et positive, et limitée par les circonstances. En effet lord Malraesbury a été chargé d'offrir la paix avec des conditions si libérales et si avantageuses à la France, qu'il a fallu pour autoriser cette démarche que le bienfait de cette paix eût été vivement désiré en Angleterre. Toutefois la Providence est venue à notre secours , et à peine la négociation de Lille a- 1- elle été rompue, qu'une des plus brillantes victoires de notre flotte nous a remis dans la position dont nous n'aurions jamais dû sortir. Et cependant les ministres de sa majesté ont encore cherché à renouer la paix , et, pour que la France ne croie pas qu'enorgueil-

lis par notre succès, nous demandions des conditions meilleures, ils ont fait connaître a la France qu'ils désiraient traiter sur les mêmes bases : l'ennemi aurait pu les prendre au mot; mais heureusement il n'en a pas été ainsi. Seraitil raisonnable de conclure qu'une semblable disposition, et dans de telles circonstances, puisse engagera jamais l'Angleterre; que parce que des ministres auraient cru , par une erreur fâcheuse, que la paix était préférable aux avantages que pouvait procurer une grande victoire (et quelle paix ! ) , ils n'auraient pas le droit d'ouvrir les yeux? Non , sûrement , ce raisonnement ne peut être admissible.

La France montre , disent les honorables membres de l'autre côté de la chambre , le projet d'amener nos ministres à déclarer la prédilection qui les domine en faveur de l'ancienne monarchie française ; et rien , disent - ils , n'est plus insultant pour le peuple français que l'idée d'un retour à l'ancienne monarchie. Il n'y a pas de doute que ce désir a été avoué , et, pour ma part, je ne puis concevoir en quoi cela peut irriter les Français. Si on peut imaginer qu'il existe encore en France une masse de républicains sincères, qui chérissent la pureté de principes de ce système de gouvernement et croient qu'il peut être adapté à la France , et considèrent le retour des Bourbons comme contraire a leurs projets; et s'il existe encore , dis- je, des gens assez fous pour penser ainsi, après les tyrannies de Robespierre , je conviendrai alors que l'idée du retour a l'an-

cienne monarchie peut être offensante ; mais je ne puis croire que le nombre de ces hommes soit encore considérable ni en France ni ailleurs. Si, au contraire , la majorité des Français , fatiguée des horreurs de la révolution, honteuse d'avoir cherché pendant dix ans ces principes de la liberté dans le sang et les massacres , reconnaît qu'ils ont renversé l'ancien gouvernement , brisé un sceptre pour le remplacer, après tant d'horreurs , par une épée ; si enfin ils voient qu'ils n'ont détruit de la monarchie que ce qu'il fallait pour la rendre dangereuse , pourquoi penserions-nous qu'ils sont effrayés d'entendre parler du rétablissement de l'ancien gouvernement? qu'ils préféreraient offrir leur respect et leurs hommages à une indigne usurpation ? qu'ils pourraient préférer une couronne chancelante et ridicule , à celle sous laquelle leurs pères ont joui du bonheur et de la tranquillité? Je le répète , ces suppositions ne sont pas possibles. Y a-t-il dans cette chambre une seule personne qui puisse douter que les premiers efforts de Bonaparte ont été de rétablir la monarchie ; qu'il n'y a pas loin du gouvernement d'un seul homme a celui d'un roi légitime ; que ce changement peut naturellement provenir des circonstances qui ont amené tant de variations dans la constitution de France, depuis l'abolition de la monarchie ; que l'on s'occupe beaucoup plus de ce changement? et l'on a dû observer que ceux qui craignent le retour à la monarchie sont, en ce moment ? plus effrayés qu'à aucune époque

depuis la révolution ; je dirai plus , il est constant qu'ils s'accoutument à cette idée et seraient disposés à faire l'abandon de leurs rêves.

Mais on a dit que mettre en avant cette supposition est prendre une sorte d'engagement que la paix ne sera jamais faite sans le rétablissement de la monarchie, on en a conclu que notre gouvernement fait cause commune avec le parti royaliste. Il nen est pas ainsi; les expressions de la note officielle en peuvent donner la preuve : il serait plutôt possible d'y voir la preuve que le parti royaliste doit ne compter en rien sur l'appui de l'Angleterre , en ce qui concerne l'objet de ses illusions , mais qu'il peut avoir confiance sur la loyauté du gouvernement anglais.

Toutefois il est certain qu'à bien dire, le parti royaliste et le gouvernement , bien que divisés d'intérêts , ont une cause commune ; ils peuvent donc agir d'un commun accord : c'est une sorte de société faite entre eux dans laquelle les royalistes ont mis toute leur fortune, tandis que ce pays n'en a engagé qu'une partie. Si nous pouvions servir la cause des royalistes en poursuivant nos intérêts, certes ce serait une chose heureuse et honorable ; mais rien ne nous lie et ne nous engage à continuer au-delà de ce que nous pensons être utile à notre pays. Il nous reste la faculté de nous retirer quand nous le jugerons bien, mais, tant que nous poursuivrons, il est généreux de faire tous nos efforts pour servir ce parti royaliste.

L'honorable membre nous a dit que nous n'a-

vions pas d'intérêt a voir la monarchie rétablie en France , que nous devions , au contraire , envisager cet événement avec jalousie et une sorte d'appréhension. Je ne puis croire que cette assertion soit avancée sérieusement. Quoi î l'Angleterre, le monde entier, n'auraient pas d'intérêt à voir l'ordre se rétablir ? 11 faudrait préférer l'anarchie et l'impiété ! Et ne serait-ce donc rien pour ce pays que de pouvoir conclure une paix stable, une paix qui rétablirait les rapports commerciaux entre les deux pays? L'honorable membre pense-t-il que nous puissions autrement faire la paix , comme nous devons la désirer, comme il la désire lui-même? Je n'imagine pas, pour ma part , qu'il y ait un autre moyen d'obtenir ce bienfait que la restauration de l'ancienne monarchie , et j'en conclus que la manifestation que l'on peut en faire n'est pas aussi dangereuse qu'on le représente pour la France et peut avoir un grand intérêt pour ce pays-ci.

L'honorable membre a cru convenable de nous dire , que le rétablissement de la maison de Bourbon en France devait nous inquiéter, car, de tout temps , cette monarchie avait menacé l'Angleterre et souvent l'Europe entière. Il faut, en vérité , être bien aveuglé pour établir un semblable parallèle entre la monarchie de Louis XIV et le temps présent.

Moi aussi je puis me reporter à ce temps où nos libertés ont été menacées , mais rien ne me paraît pins admirable que l'accord qui existait entre le parlement et le gouvernement à ces jours de

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danger. Ce sont de ces souvenirs que j'engagerai l'honorable membre et ses amis d'avoir toujours présens à leur mémoire. C'est par ce moyen que les guerres se sont soutenues d'une manière ferme et honorable.

( M. Canning lit nue adresse de la chambre des communes an roi Guillaume, en 1696 , la huitième année de la guerre, renfermant la déclaration de soutenir sa majesté jusqu'à la dernière extrémité , afin d'obtenir , par cette guerre , une paix honorable et sûre. )

Cet exemple est digne d'éloge, sans doute, et l'honorable membre a eu bien raison d'y référer, tandis qtr'il ne peut rien gagner pour sa cause en nous parlant du temps de Louis XiV. Au surplus , que devons-nous conclure des citations qu'il a faites , sinon que nous sommes encore dignes de suivre ces nobles exemples. En effet, quels dangers l'ambition de Louis XIV n'a-t-elle pas attirés sur la France en éveillant notre énergie ? La crainte qu'il ne prît une trop grande influence dans le conseil d'Espagne nous a déterminés à lui faire la guerre. L'influence dans le conseil d'Espagne ! Plût a Dieu que ce soit aujourd'hui le seul danger que nous ayons a redouter; et cependant, pour cette cause, l'honorable membre pense que nous avons bien fait de faire la guerre tandis que, dit-il, il n'y a en ce moment aucun motif plausible , il n'y a pas de crainte maintenant que la France acquière une trop grande influence en Espagne. Et cependant la France dispose des

trésors de cette nation , de sa marine , de sa politique ; et on nous avance que la France n'a aucune influence sur l'Espagne, pas plus que sur ]a Hollande et les Pays-Bas , que sur la Suisse et l'Allemagne, que sur l'Egypte et sur l'Italie; on nous assure qu'il n'y a rien à redouter de son influence, de ses intrigues; que la balance de l'Europe est préservée, et qu'il n'y a pas de monarchies dans le monde entier qui ait à redouter la destruction de ses libertés , de sa religion et de ses constitutions!

Mais pour fixer nos idées sur les craintes que nous pouvons entretenir, et sur la nécessité oii nous pouvons être de continuer la guerre, il faut examiner le caractère personnel du premier consul et ]a conduite qu'il a tenue jusqu'ici. C'est bien malgré moi que j'entamerai cette investigation ; j'y suis forcé par les argumens de l'honorable membre; mais il est devenu impossible de prétendre qu'on ne fait pas attention à cet homme extraordinaire.

L'honorable membre nous a dit que si nous voulons commencer quelques négociations avec la France , il fallait le faire en ce moment ou le premier consul réunit toutes les qualités de stabilité, de puissance et de garantie envers les autres pays. En effet il a dit à sa majesté , dans la lettre qu'il lui a écrite , le pouvoir réside en moi , seul je puis vous offrir des sécurités suffisantes. Et quand il s'est agi d'examiner quel degré de confiance ces paroles pouvaient inspirer, l'honorable membre est venu nous dire qu'il serait

11\ aussi inconvenant qu'inutile d'entrer dans cet examen ; que ce serait offenser le premier consul et la France elle-même. Mais l'honorable membre connaît bien peu le caractère de cette nation et son opinion sur le gouvernement actuel; car il n'eût pas sans doute voulu , en suivant les précautions qu'il nous engage de conserver, faire entendre tout ce qu'il vient de dire. En parlant de l'ambition de l'ancien gouvernement de France , il a autant manqué à la majesté de cette nation , que s'il avait voulu traduire Brissot ou Robespierre ou tel autre des tyrans qui se sont succédés si rapidement à l'échafaud. Il a compromis son propre pays en parlant comme il l'a fait de l'ambition blâmable de Louis XIV. Ne sait-il pas , ou a-t-il oublié en ce moment , que Rome a été pillée et saccagée sous le prétexte de venger la mémoire de Vercengetorix, a ce que je crois, un ancien roi des Gaules qui existait bien avant Louis XIV, et que Jules César^ avait offensé d'une cruelle manière ? Voudrait-il bien se rappeler qu'un des prétextes de l'invasion de la Suisse a été de réclamer les trophées remportés par les Bourguignons? Ne croyons donc pas que la France puisse oublier une injure; elle peut la retarder , mais , quand l'occasion se présente, elle sait en profiter comme elle l'a fait à Borne et en Suisse , et comme elle le ferait avec nous si on acceptait sans considération et sans garantie la paix que l'honorable membre nous engage à faire. L'insulte faite à son roi Louis XIV,

par l'honorable membre , serait une cause suffisante pour nous attirer la guerre.

Toutefois, puisque nous sommes amenés a examiner les vraies dispositions du premier consul, il est heureux d'avoir autant de faits qui peuvent nous éclairer. Je n'entreprendrai pas de suivre l'honorable membre dans tous les détails de la vie de ce général, et de sa conduite envers les divers États avec lesquels il s'est trouvé en rapport depuis sa première entrée en Italie a la tête d'une armée puissante , jusqu'à sa fuite d'Egypte. Ce sont des faits qui restent présens a la mémoire de tout le monde. A cela que pourrait-il répondre? Il dit que la déclaration personnelle de Bonaparte et celle de son ministre Talleyrand sont , sans contredit, un témoignage respectable. Il a bien montré qu'il est capable de faire un traité , mais il est plus embarrassé pour prouver que Bonaparte est fidèle à ces traités. N'a-t-il pas dit : « L'ancien directoire et moi nous avons fait des « traités parce que nous avions le talent néces- « saire , témoin le traité d'Amérique et celui du << Portugal; mais les exécuter c'était tout autre a chose. Aujourd'hui il n'en est pas ainsi, ajoute « M. de Talleyrand dans son admiration pour Bo- « naparte , voilà un homme qui sait les faire et « les tenir ! » Malheureusement nous avons entre nos mains des preuves de la fausseté et de la duplicité de ce diplomate , et les preuves sont écrites de sa propre main. Je veux parler de lettres interceptées dans son passage d'Egypte.

Mais on a dit, qu'il y avait quelque chose de

déloyal a publier des lettres que les hasards de la guerre avaient mis dans nos mains, que c'était contraire aux droits des nations civilisées. Je ne consulterai pas, pour répondre à cette accusation, le monde civilisé ; mais je pense que l'honorable membre ne disputera pas non plus les droits de sa propre nation, et j'ose espérer qu'il n'aura vu , dans toutes les périodes de notre histoire, qu'une conduite, de la part de l'Angleterre , exempte de ce reproche ; il en est ainsi , bien plus particulièrement encore, dans l'époque dont je parle. Les honorables membres ont souvent eu l'occasion de montrer leur admiration pour cette année 17^9, où la guerre a été poursuivie d'une manière si honorable par le père de mon honorable ami qui siège a mes côtés (M. Pitt).

Au surplus , sur quoi porte le reproche adressé au ministère? est-ce une conduite neuve que de profiter de lettres interceptées ? On a dit en effet, quelque part hors de cette chambre, que celui qui avait publié les lettres interceptées de Bonaparte , qui nous occupent en ce moment , était plus coupable que celui qui les avait écrites. Cette assertion est sévère. Comment veut-on disculper ce général? Sa conduite mérite-telle cette condescendance? Lisons un extrait du Moniteur, du ï 9 pluviôse de Fan v , renfermant une lettre de Bonaparte au directoire exécutif : « Citoyens « directeurs, vous trouverez, ci -inclus, quelce ques lettres qui ont été interceptées, qui « renferment quelque intérêt. Elles vous prou- « veront l'obstination de la cour de Rome. Suit

« une lettre, du cardinal secrétaire d'Etat à « Rome, à M. Albani, nonce à Vienne. »

Je prie ]a chambre de se souvenir qu'à cette époque Rome n'était pas en guerre avec la république française , et néanmoins on parle de la délicatesse de ce général !

Mais nous arrivons à une considération plus importante, qu'il est absolument impossible de passer sous silence; je veux parler de la stabilité du gouvernement de Bonaparte , sans laquelle, il est bien évident , il ne peut y avoir aucune sécurité pour traiter de la paix. Il suffit, ce me semble , de dire que ce gouvernement ne repose sur aucun des principes reconnus. Cette république est fondée sur les ruines de la liberté , que mille classes, dans la nation, n'a intérêt a soutenir. C'est un despotisme sans lois, sans usages, sans habitudes; c'est un despotisme militaire proposant de se soutenir par le moyen de la paix générale. Ce sont autant d'anomalies que les honorables membres auraient eux-mêmes beaucoup de peine à expliquer, à moins qu'il n'existe quelques mystérieux principes de conservation pour les destinées de Bonaparte. Serait-il vrai, enfin, que comme Macbeth , étant redevable de sa couronne au sort et à un appui surnaturel, on espère que l'abbé Sieyes , cette puissance mystérieuse, aura le moyen de lui maintenir cette couronne, au moyen de quelque charme inconnu qui dérange toutes les combinaisons passées , présentes et futures?

L'honorable membre, après avoir fait valoir

toutes les raisons qui peuvent porter à faire la paix, a cherché à jeter l'alarme dans la chambre par clés prophéties des dangers et des désastres qui doivent être la conséquence de la guerre. Sur ce point, je n'entreprendrai pas de répondre, car c'est un sujet de conviction qui ne peut être réfuté par aucun argument; seulement je ferai observer que parmi rémunération de ces prétendus dangers, l'honorable membre parle de la désertion des alliés, et, a ce sujet, il accable ces puissances des plus violentes épithètes que son imagination puisse lui offrir; et je me permettrai de lui représenter que cette véhémence ne s'accorde pas avec le principe qu'il a avancé , de ne pas revenir sur le passé et d'éviter toute espèce de récrimination. Il aurait pu réfléchir qu'un pareil langage est capable de décourager les alliés. Mais peut-être est-il tellement convaincu de notre infériorité qu'il ne craint pas d'émouvoir tout ce qui peut agir contre nous. Toutefois, malgré la prédiction sinistre de l'honorable membre, je n'abuserai pas des moniens de la chambre en réfutant les argiimens qu'il nous a présentés. Il suffit de savoir si la chambre approuve la conduite du gouvernement. Loin de prévoir quels peuvent être les succès de la campagne prochaine, nous nous bornerons à faire observer que celle qui vient de se terminer a été aussi glorieuse qu'elle pouvait l'être : pour moi, je ne vois pas, dans l'état actuel de la France ou des puissances belligérantes , une seule chose qui puisse autoriser l'opinion que l'honorable membre a ï. \5

manifestée dans cette chambre, et, quand je me rappelle le nombre de prédictions factieuses que les honorables membres qui siègent de l'autre côté de cette chambre nous ont faites, prédictions dont aucune ne s'est réalisée, je ne vois rien qui puisse encore me décourager.

MM. Erskine et Fox prononcent des discours éloquens pour s'opposer à la proposition , qui, d'un autre côté , est soutenue par M. Pitt d'une manière remarquable : dans ce discours , il retrace toutes les mesures du gouvernement depuis le commence nent de la révolution française, et dit que l'Angleterre serait inexcusable, si, au moment d'obtenir le prix de tous ses sacrifices, elle abandonnait sa noble entreprise; que ce moment était loin d'être convenable pour entendre à une négociation de paix de la part de celui qui gouverne la France , sans toutefois prévoir qu'il n'arrivera pas des circonstances qui peuvent faire changer cette politique; qu'il est du devoir des ministres de sa majesté de surveiller les changemens que le temps produit, et Je régler leur conduite en conséquence.

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