‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 17 sur 40 · D'UNE LEVÉE DE MATELOTS · texte numérisé non relu

D'UNE LEVÉE DE MATELOTS

(Mars i8o3.)

M. Canning prend la parole pour appuyer la proposition , et dit :

Je suis impatient d'expliquer les motifs qui me portent a adopter la proposition. Je pense que ceux qui ont approuvé la guerre doivent appuyer tous les moyens de la continuer. Si on me demandait pourquoi j'appuie une proposition faite par des hommes dont je ne partage ni l'opinion ni le système politique, je répondrais que ce qui me détermine est de savoir que les armemens projetés sont destinés vers les ports de France; que d'ailleurs il existe en ce moment des pourparlers entre nous et la France, et que cela suffit pour me décider à voter pour le ministère. Je vote donc pour une nouvelle levée de 10,000 matelots, et j'en voterais plus encore si les ministres le demandaient, non-seulement pour mettre le gouvernement à même de résister à de nouvelles invasions ou a des agressions que nous indiquent les armemens de la France et de la Hollande pour telle partie du monde que ce soit et contre les intérêts de mon pays , mais aussi pour

mettre les ministres a même de terminer les discussions qui existent entre eux et le premier consul. J'ignore les causes de ces discussions; il est assez clair que plusieurs articles du traité d'Amiens n'ont pas été exécutés , et qu'il y a eu, de la part de la France, insulte, violence et outrages réitérés, pour lesquels les ministres ont raison de demander satisfaction. Je n'ai pas besoin d'en connaître le détail, mais je dois supposer que les ministres ne nous demandent les arméniens que pour terminer toutes les contestations qui durent depuis trop long-temps, qu'ils sont déterminés à n'être plus le jouet de la France , et qu'ils sentent que nous en avons souffert assez. J'attends ces actes des ministres , et j'espère qu'ils sont fatigués du rôle que nous jouons et dont l'histoire ne pourrait pas nous fournir d'autre exemple ; qu'ils ont l'intention de nous sortir de cet état, décrit si singulièrement par le chancelier de l'échiquier, comme n'étant pas une paix réelle , mais un état qui n'est ni guerre ni paix ; c'est une paix sans tranquillité , sans économie , sans sécurité ; une paix qui expose à une partie des dépenses de la guerre sans en avoir les avantages , sans présenter les chances de la gloire, et surtout sans l'espérance de la voir finir par une paix sûre et positive.

Je le répète donc , je pense bien que les ministres sont déterminés a changer cet état précaire pour obtenir , par le moyen de la guerre , une situation claire et positive. Je crois, noni. 18

seulement la chose possible , mais je suis convaincu que si ce moyen avait été employé plus tôt, les résultats auraient été tels que je le désire pour mon pays. Dans cette persuasion, et dans la conviction où je suis qu'ils nous rendront compte des moyens que nous allons mettre a leur disposition , je vote pour la demande qu'ils font à la chambre , les assurant toutefois , que si je ne vois pas clairement l'effet des intentions que je leur suppose, et si le résultat de leurs opérations n'est pas de procurer à mon pays cette sécurité qu'il a droit de réclamer, si je découvre des intentions secrètes , des menées sourdes, si, après tout, ils se jouent de la confiance que la chambre est disposée a leur accorder, alors c'est moi qui les mettrai en accusation pour avoir trompé le parlement et la nation entière. Tel est le vote que je donne en ce moment, et, au moyen de ces explications, je consens à leur accorder la mesure qu'ils réclament.

J'ajouterai un seul mot pour répondre à ce qui vient d'être dit, je veux parler du caractère et de la capacité des ministres. Il me paraît que ce n'est pas dans une position pareille à celle où nous sommes que nous devons faire cette question. La couronne requiert notre assistance, il n'est pas temps de considérer dans quelles mains nous allons la livrer. Grande est la responsabilité de ceux qui ont conseillé à sa majesté de faire une telle demande , le temps de l'examen viendra; mais, pour l'instant, n'hésitons pas à

accorder ce que le gouvernement demande de nous, dans l'espérance que les résultats seront tels , que non-seulement l'approbation sera unanime dans cette chambre 7 mais aussi dans le public en général.

DÉBATS

Page 1