‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 22 sur 40 · DES DETTES DE M. PITT · texte numérisé non relu

DES DETTES DE M. PITT

( Février 1806. )

M. Cartwright propose qu'une adresse soit présentée à sa majesté , à l'effet de pourvoir au paiement des dettes énormes de M. Pitt, que la vente de ses propriétés n'a pu couvrir à l'époque de sa mort. Cette demande est faite dans le sentiment du respect à la mémoire de ce grand ministre. En conséquence, sa majesté est humblement suppliée d'avancer une somme qui n'excéderait pas celle de dix mille livres sterling pour acquitler lesdiles dettes , assurant que la chambre reconnaîtrait cette dépense comme étant nationale.

M. Wyndham appuie la proposition. Il atteste que les dettes de M. Pitt ne sont pas le résultat de la profusion et des excès de luxe.

M. Fox donne son adhésion à la proposition, motivée sur ce que c'est un tribut de reconnaissance et une marque de la munificence nationale, pour lesquelles il sera toujours disposé à voter. Toutefois il désire qu'il soit bien entendu qu'il conserve sa première et constante opinion sur les mesures qu'a prises le ministre , et dit que si cette proposition exprime l'approbation de ces mesures , alors il sera forcé de s'y opposer. Il convient qu'il y a eu , pendant les vingt années du ministère de M. Pitt, un désintéressement bien rare.

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M» Canning prend la parole et s'exprime ainsi :

j'avais espéré que je ne serais pas appelé à parler dans celte douloureuse circonstance , mais j'ai entendu quelques assertions qui ne peuvent passer sans réponse. Je ne m'écarterai pas de la modération si remarquable de l'autre côté de la chambre , mais j'éprouve le besoin de vous présenter quelques réflexions.

Les honorables orateurs veulent que le parlement consente à payer les dettes de mon honorable ami, comme une générosité nationale envers un ancien serviteur; mais je désire qu'il soit bien entendu que les amis de cette illustre personne n'accepteront jamais ce don comme le don de la pitié et de la compassion , mais comme un devoir de gratitude h remplir. Déjà , à l'époque des débats qui ont eu lieu a l'occasion de la cérémonie et du lieu d'enterrement de mon honorable ami , j'ai eu lieu d'observer que la résolution proposée à ce sujet a été adoptée avec une sorte de froideur et d'indifférence bien différente des sentimens de ceux qui la présentaient ; comme à cette époque , je suis loin d'espérer de rencontrer l'unanimité dans la question qui nous occupe en ce moment , mais je désire au moins que les grands services que cet homme d'Etat a rendus soient généralement reconnus : quand les amis de ce grand ministre ont consenti a surmonter l'expression de leur douleur, dans le but de réunir les opinions ; quand

3n ils se sont décidés à faire taire leur sentiment pénible pour ne s'occuper que des formes et des statuts que présente le passé , ils ont éprouvé ce que j'ai toujours remarqué dans le cours de ma vie politique , c'est que jamais on n'obtient quelque chose par le moyen des concessions.

M. C. Wynne demande que l'orateur soit rappelé à Tordre pour avoir parlé d'un débat passé.

M. Canning répond :

Mon intention n'est pas telle que l'honorable membre l'a cru. J'ai voulu montrer que la cause des différences d'opinion , en ce moment , vient de l'autre côté de la chambre. On a espéré que la proposition , faite en termes généraux , serait généralement adoptée; on croyait que, dans une circonstance semblable , toutes les discussions politiques seraient oubliées dans la nuit du tombeau. On supposait qu'une carrière aussi brillante de splendeur et de gloire mériterait l'admiration comme la reconnaissance ? mais il nous a fallu entendre des membres refuser leur assentiment. Toutefois je ne puis résister à me plaindre de l'assertion avancée par un honorable membre de l'autre côté de cette chambre (M. Fox) , tendant à prouver que toute la durée du règne pendant lequel mon honorable ami a été si long-temps à la tête des affaires doit être frappée d'un stigmate 7 pour le système qu'il a suivi. Une semblable opinion n'est pas d'accord avec sa générosité; et

je l'engagerai à ne considérer que le point sous lequel cette proposition a été présentée. Certainement ceux qui ne voteront pas cette motion en raison du mérite et des qualités de M. Pitt , feront mieux de s'y opposer ouvertement. Nous, ses amis , nous ne demandons en cela que le tribut du mérite et la récompense des services rendus.

La proposition est adoptée à une grande majorité.

Après la mort de M. Pitt, le 10 janvier 1806, un nouveau ministère whig est formé sous la présidence de lord Grewville, et M. Fox aux affaires étrangères; M. Skcridan remplace M. Ganning comme trésorier de la marine, et celui-ci se trouve à la tête de la nouvelle opposition.

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