‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 24 sur 40 · DES COMMISSAIRES DU ROI · texte numérisé non relu

DES COMMISSAIRES DU ROI

▲ L'OUVERTURE DE Là SESSION.

( Décembre 1806. )

Le nouveau parlement s'est rassemblé le 16 décembre , et la session a élé ouverte par le discours du chancelier et des commissaires du roi , à la chambre des pairs.

A son retour dans la chambre des communes, le président annonce que, dans le but d'éviter toute espèce de méprise, il a obtenu copie du discours d'ouverture de la session , et demande la permission de le lire.

Après la lecture de ce discours, M. Lamb, fils de lord Melbourne , propose l'adresse suivante, qui n'est que la paraphrase du discours du chancelier.

Il y est exprimé, en outre, des remercîmens de la chambre pour la communication qu'il a plu à sa majesté de lui donner des pièces relatives aux négociations avec la France ; qu'elle voit avec peine que tous ses efforts pour parvenir à ce but ont été inutiles , et qu'une nouvelle guerre se prépare dans l'Europe entière; qu'elle approuve les tentatives faites pour unir la Prusse aux intérêts de l'Angleterre contre l'ennemi commun; que, parmi les puissances étrangères qui restent unies avec l'Angleterre, elle voit avec plaisir la conduite ferme de la Suède et la continuation d'amitié de la Russie ; qu'avec l'appui de la Providence, la chambre espère voir triompher toutes les tentatives des forces de sa majesté pour assurer l'indépendance de l'empire britannique.

M. Canning dit qu'il n'a jamais pris la parole avec plus de plaisir que dans cette circonstance , parce qu'il sent , autant qu'aucun autre membre de cette chambre, l'importance de la crise , et la îécessité d'aviser au moyen d'en sortir. Mais en poursuivant ce but il est nécessaire de ne rien faire qui puisse paralyser l'ardeur et l'énergie de la nation , dans un moment où il est si précieux de l'accroître. Il donne l'assurance a la chambre, d'après la connaissance qu'il a de la vérité, qu'il existe des ressources suffisantes pour se préserver de tous les dangers qui menacent.

II dit qu'il est du devoir de tous les citoyens, même d'un simple particulier comme lui, de suggérer au gouvernement les idées qu'a pu lui procurer l'attention qu'il a apportée aux affaires publiques , sans avoir égard aux personnes qui le composent. Dans un moment semblable, ajoute-t-il, quelle que soit l'opposition que l'on professe , il faut savoir se rallier à un intérêt commun.

Toutefois, cependant, quoique la nécessité d'une unanimité soit bien prouvée, il en est de plusieurs sortes. Il en est une, entre autres, qui aveugle tous les jugemens et fait trouver tout bien quand les ministres ont proposé. Mais la véritable est celle qui , après avoir pesé les actes , les iuçe conformément à la situation du monde et aussi a celle du pays.

Un nouveau parlement est appelé à examiner les actes de l'administration , composée d'hommes

de talent , qui ne sont à la tête des affaires que depuis dix mois environ , et qui y sont entrés avec l'idée que tous ceux qui les ont précédés ont suivi un faux système , que tout était déplacé , que les ressources du pays étaient épuisées , le crédit nul , la foi violée, et qu'il était impossible que F Angleterre conservât le rang qu'elle doit avoir parmi les autres nations. Qu'est-il arrivé? que peu de mois ont suffi pour leur démontrer qu'il restait encore des ressources jusqu'ici inconnues ; sans doute c'est un hommage fortement rendu à ceux contre lesquels on semblait n'avoir que des reproches à faire. Les personnes qui, par suite de leurs observations sur les principes de M. Pitt, lui sont restées attachées, n'ont pu entendre qu'avec peine la manière dont, dans le discours du roi , on attribue à cette administration la désunion des alliances faites avec l'Angleterre. Elles ont droit d'examiner quel est le nouveau système proposé. Au moment d'une nouvelle contestation, cet examen est un devoir pour tous les membres de cette chambre.

Le parlement doit exprimer son opinion , nonseulement sur les rapports du gouvernement avec les autres puissances , mais aussi du gouvernement avec l'intérieur du pays.

M. Canning dit qu'il regrette plus que tout autre la perte que la chambre a faite d'un grand homme d'Etat ( M. Fox ) , dont les opinions politiques étaient totalement opposées aux siennes , mais dont le rare talent est si regrettable en ce moment. Son talent et son éloquence

étaient tellement puissans qu'ils inspiraient une sorte d'effroi à ceux qui lui étaient opposés. Il espère , après cette déclaration , n'être pas accusé de partialité dans ce qui lui reste à dire sur le sujet qui occupe.

Pour bien établir la situation de l'Angleterre , il pense qu'il faut se reporter à la dissolution de la coalition , et examiner la position de la Prusse et de la Russie , quelle a été la politique de la France et celle de l'Angleterre. Cette coalition, bien qu'elle ait été détruite, présentait encore des parties sans vie et sans vigueur; l'intérêt de l'Angleterre était de leur rendre la force d'une nouvelle union. La France, au contraire, devait employer tous ses moyens pour s'y opposer. Aussi, dans le moment même où la Prusse signait un traité , de nouvelles manifestations prouvaient qu'elle était , sinon disposée , au moins forcée à renouer des négociations avec la France. La conduite de l'Angleterre envers la Prusse a donc dû être de la supposer contrainte par la puissance de la France , et dès - lors d'observer seulement sa conduite , pour répondre aux vues ambitieuses de la France.

Il n'en a pas été ainsi , et par la conduite qu'ont tenue les ministres de sa majesté , la Prusse a été obligée d'agir sans nos avis, et a été entraînée dans une guerre que notre assistance aurait pu prévenir, ou au moins rendre meilleure.

Les honorables membres de l'autre côté de cette chambre eurent l'occasion de dire que rien n'était plus incapable que la diplomatie de l'Angle-

5^5 terre J ils ont été jusqu'à dire qu'il n'y avait dans aucune cour un homme en état d'écrire une lettre.

Faisant allusion à la lettre de M. Fox à M. de Talleyrand , il dit qu'il y avait mille moyens de communiquer ce qu'elle renferme, et il condamne l'accusé de réception qui lui en a été fait. Il dit que l'assertion que le gouvernement anglais commençait une nouvelle marche était dénuée de fondement; que jamais l'administration anglaise ne peut être complice d'assassinats; que s'il avait été dans la place de l'honorable membre , il aurait cru de son devoir de repousser cette accusation avec indignation.

Il a été dit aussi faussement que l'Angleterre avait refusé de traiter séparément et sans le concours de ses alliés. Comme il est question dans l'adresse du soin que sa majesté avait eu de ne pas abandonner ses alliés , et qu'il a été particulièrement question de la Russie et de la Suède , il est positif qu'il y a eu une erreur.

M. Canning procède à l'examen de l'intérieur; il ne peut, dit-il, envisager la force de ce pays sans songer à l'énergie qui l'accompagne. Il dit que dans la dissolution du dernier parlement il y a une différence bien établie entre l'indépendance de la prérogative royale, et celle de la convenance d'employer ce droit en ce moment. Si cette dissolution avait été commandée pour donner un triomphe aux ministres , et s'ils en profitaient pour renouveler les partis dans un moment où ils ne parlent que d'unanimité , alors leur con-

duite serait vraiment blâmable. Mais, dit-il, je conçois que les ministres ont des motifs pour espérer qu'ils gagneront un grand nombre de voix.

N'est-il pas surprenant , dit-il , de voir qu'en examinant le discours de la couronne , personne ne pourrait imaginer que la guerre existe? Rien n'y a rapport , pas plus qu'aux mesures que le gouvernement aurait prises l'année dernière relativement à la guerre; aucun plan d'hostilité , aucunes dispositions. 11 y a des flottes qui font voile de Plymouth pour aller aux dunes, et vice versa. Il lui est absolument impossible de se soumettre à ce silence de la part de la couronne ; aussi , ajoute-t-il , le parlement n'a pas pu dans sa réponse trouver l'occasion de placer un seul mot sur sa disposition ou son relus de vote. Il propose, en conséquence , d'ajouter à l'adresse la phrase suivante :

a La chambre assure sa majesté de la conti- « nuation de son affection et de ses sentimens « de loyauté , que sa neuvième réunion depuis « son avènement au trône n'a diminués en rien. « Elle ne cesse d'adresser des prières au ciel pour « qu'au milieu des préparatifs de guerre, rendus « si nécessaires par les succès d'un ennemi forte mklable , il plaise à la Providence d'accorder à a ce pays la prolongation des jours de sa majes- « té , lassurant en ou Ire des dispositions de la na- « tion entière pour l'aider, dans ces temps de « danger, à défendre les lois et les libertés dq « royaume.

« Que la chambre exprime ses regrets de ce ce que la politique adoptée envers la Prusse n'ait « pas eu lieu plus tôt, et que son ambassadeur « soit arrivé au moment même où sa présence « ne pouvait plus être utile.

« Qu'elle exprime a sa majesté ses remercî- « mens pour les pièces quelle a ordonné de « déposer sur le bureau, concernant les négoce ciations de paix qui ont eu lieu avec la France , w et montrant la loyauté du langage de sa majes- « té, aussi bien que l'astuce et les prétentions « de l'ennemi.

<( Que la chambre reçoit avec satisfaction les « preuves de la bonne intelligence qui règne « entre sa majesté et la cour de Saint-Péters- « bourg, espérant que rien ne la troublera, et t< ne lui fera perdre l'avantage d'un aussi bon « allié.

k La chambre ne peut négliger de lui signaler « le peu de zèle quelle a cru remarquer dans les « services tant de terre que de la marine, dans « le délai ou dans la non-exécution des expédier tions projetées.

ce- La chambre se réjouit avec sa majesté de « l'importante prise du cap de Bonne-Espérance , « et de la gloire qu'y ont acquise les officiers corner mandant les forces de sa majesté.

« Elle félicite également sa majesté des avance tages que ses armées ont obtenus dans l'établis- « sèment espagnol de Buenos- A jres , avantages ce qui , étant bien combinés , doivent procurer ce des améliorations si positives , et procureront

5*8 tt au commerce de l'Angleterre de nombreuses « et fructueuses entreprises, dans un moment t< oii les marchés de l'Europe sont obligés de nous « fermer leur accès.

« La chambre , en félicitant encore sa majesté « des succès que son armée a remportés en Este pagne sur une force française plus considé- « rable, voit que l'organisation de cette armée « n'est pas aussi impuissante qu'on s'est plu à le « représenter. Néanmoins, elle examinera avec « la plus scrupuleuse attention le nouveau sys- « tème soumis à la sanction du parlement, pour (( arriver à une juste augmentation de ses forces.

« La chambre désirerait terminer ainsi Tact dresse qu'elle fait en réponse au discours de sa « majesté; mais elle croirait manquer de sincérité « envers sa majesté et ne pas remplir son devoir « envers ses commettans, si elle lui cachait le « sentiment général qui prévaut , concernant les « opérations qui ont accompagné les dernières « élections. Elle est loin de vouloir attaquer les « prérogatives de sa couronne, mais elle ne peut « approuver les conseils perfides qui lui ont été « donnés pour la porter à la dissolution du der- « nier parlement au moment où le public attente dait tout de ses actes. Elle ajoutera même que « la voix générale blâme l'intervention que les « ministres de sa majesté ont cru nécessaire de « prendre dans les élections , d'autant plus fà- « cheuse , qu'en discréditant le gouvernement « de sa majesté , elle porte atteinte à l'indépen- « dancc du parlement. Toutefois, la chambre

« espère trouver, dans l'examen auquel elle se « livrera sur cet objet , l'assurance que ces accui< sations sont fausses et injustes. »

Suivent des expressions de dévouement unanime de tous les sujets de sa majesté , pour repousser avec force les attaques qui pourraient être portées contre l'Angleterre, et pour maintenir la gloire de son règne.

Après quelques discussions de lord JHowick, lord Castlereagh et lord H. Petty, la proposition originale de l'adresse est mise aux voix et adoptée.

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