‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 26 sur 40 · EXPÉDITION DE COPENHAGUE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE COPENHAGUE

(Février 1808.)

M. Ponsomby fait la molion qu'il avait annoncée, concernant l'expédition de Copenhague. Son but est de déterminer les motifs qui ont pu porter les ministres de sa majesté à lui conseiller cette expédition ; il cherche à découvrir quelle était la disposition du Danemark, quelle a été la conduite de la Russie , enfin quels moyens avait la France d'agir hostilement dans la Baltique.

Après de longues considérations sur la position des choses, il propose une adresse au roi., pour le supplier de faire déposer sur le bureau de la eharn&re les pièces concernant la correspondance des ministres de sa majesté à la cour de Copenhague pendant l'année qui vient de s'écouler, renfermant les détails des forces navales du Danemark et des mesures prises pour les augmenter.

M. Canning se lève et dit 1

Le moment est enfin arrivé où les honorables membres de l'autre côté de ce tte chambre peuvent rechercher la conduite de leurs successeurs, et les accuser de ce que, dans leur opinion, ils regardent comme une des eau ses de la sécurité de la nation. Les ministres de sa majesté sont donc appelés , non pour rendre compte des causes de désastres et de revers, mais, pour répondre k

une accusation de succès, et pour justifier des causes d'un service éminent. Quelle que soit la décision de la chambre, je m'estimerai toujours heureux d'avoir été accusé de cette manière. Ce sera toujours une chose remarquable que, dans cette circonstance, nulle imputation ne puisse être attribuée aux honorables auteurs de cette motion d'agir par esprit de parti , comme il arrive quelquefois aux successeurs d'une administration laissée en possession d'une gloire ternie par leurs prédécesseurs. Il ne peut y avoir aucun sentiment d'envie de leur part ; car quand rien n'a été fait par des hommes en place , on ne peut trouver aucuns faits qui puissent se mettre en comparaison avec ce qui a été fait par d'autres.

La chambre trouvera une satisfaction à reconnaître qu'elle n'a pas à s'occuper d'un danger imminent, mais des moyens de continuer la sécurité dont nous jouissons. D'après l'honorable membre qui siège en face de moi, ce moyen existe dans le rétablissement de la flotte danoise; car certainement s'il a été reconnu injuste de s'emparer de cette flotte , on ne pourrait approuver l'acte de la garder.

L'honorable membre a bien expliqué que la disposition du Danemark et de la Paissie , et les moyens de la France , doivent faire toute la question aux yeux de la chambre. Mais je prie l'honorable membre de se souvenir que jamais les ministres de sa majesté n'ont avancé que le Danemark désirât la guerre avec l'Angleterre. Il est bien vrai qu'un de ses amis, M, Sheridan, a dit i. 22

dernièrement que la faiblesse du Danemark , et sa détermination de profiter de cette faiblesse envers la France, avait pu décider la conduite du gouvernement britannique. Je suis loin de vouloir parler des animosités des nations; mais il est cependant certain que, dès le commencement de la neutralité armée en 1780, il y a eu de la part du Danemark sinon une disposition d'hostilité envers ce pays-ci , au moins un éloignenient d'amitié entre les deux nations.

Chacun sait quelle a été la conduite du Danemark à la fm des deux dernières guerres ; il est certain pareillement qu'en 1800, quand il a abandonné le système de neutralité armée, il est entré dans une confédération contre la Grande - Bretagne. N'est-ce pas suffisant pour déterminer les intentions du Danemark? n'était- il pas naturel que l'Angleterre fût sur ses gardes pour résister à de pareilles manifestations ? ne devait-on pas s'attendre que le Danemark , par force ou de plein gré , ferait partie de cette confédération? Le projet favori de Bonaparte , depuis qu'il avait renoncé à sa descente, était de détruire notre commerce et de réunir des forces navales assez considérables pour écraser nos flottes. Il n'a pas fait un traité sans que la destruction des marchandises anglaises y fût stipulée en première ligne. Enfin il a déclaré son intention de réunir toutes les puissances de l'Europe pour agir contre l'Angleterre : le Danemark pouvait-il être excepté de ce projet ? Non sans doute , il n'y avait pas de raison pour cela. L'honorable membre nous dit

que le Danemark s'était préparé contre toute attaque de la part de la France , qui avait une force militaire dans le Holstein ; certes , le moment du danger pour ce pays était quand la France occupait le Hanovre avec des forces considérables ; à cette époque , il n'y avait pas un seul homme dans le Holstein. Il faudrait adopter une singulière manière de raisonner pour dire qu'alors l'Angleterre était l'objet des vœux du Danemark et la France son effroi. Après la bataille d'Iena, le territoire du Danemark a été violé par un détachement français à la poursuite des Prussiens : alors il y eut une escarmouche avec un corps danois, dans laquelle le général fut pris et envoyé au quartier général français , où il fut loin d'être traité comme devait l'attendre le général d'une nation amie : on le renvoya , après lui avoir pris ses chevaux, accablé de toutes les injures de la soldatesque française. Ce lait arriva pendant que l'armée danoise se réunissait pour couvrir la neutralité du Holstein, et qu'elle était dans les environs. Qu'est-il arrivé? L'armée danoise, au lieu d'avancer, s'est retirée, et notre gouvernement a pensé convenable d'en adresser des remontrances , pour avoir négligé de venger la neutralité. Je cite cette circonstance afin de détruire l'accusation que l'on avait portée contre l'Angleterre , en disant que l'armée danoise était restée dans le Holstein d'après son propre désir, et dans le but de rendre plus certaine l'expédition contre Copenhague.

La conduite de la France a l'égard de la Suède

a été bien différente quand la division sous les ordres de Murât est entrée a Lubeck, faisant deux mille prisonniers , mettant la ville au pillage, et envoyant le général suédois au roi de Suède par le général français , beau - frère de Bonaparte , en l'invitant de faire cause commune avec la France , et lui disant qu'il n'était pas naturel que le Danemark possédât la Norwège , qui nécessairement devait faire partie de la Suède. Quelle fut alors la conduite du roi de Suède? Il fit connaître immédiatement au roi de Danemark l'offre qui lui était faite, en lui offrant vingt mille Suédois pour voler à sa défense : le tout de concert avec l'Angleterre et sous sa recommandation. Cette offre fut rejetée par le Danemark, et dans sa communication il omit de parler de l'offre de la Norwège. L'honorable membre nous dirat-il qu'après une conduite semblable nous devions continuer à avoir confiance dans le Danemark ? Après la prise d'Hambourg , le fameux décret de Bonaparte eut lieu le 21 novembre. Il fut communiqué au Danemark , et il n'y eut aucune espèce de remontrance. Il n'en fut pas ainsi avec les magistrats d'Hambourg , qui envoyèrent une députation près de Bonaparte : dans leurs conférences , ils représentèrent quelle était la ruine du commerce de cette ville et combien les mesures de restrictions qu'il avait prises leur étaient fatales. Bonaparte répondit qu'il voulait détruire tout commerce , car le commerce et l'Angleterre sont toujours liés; et comme il avait le projet de détruire l'Angleterre, il devait commencer par

34i détruire le commerce. Il ajouta qu'il trouverait bien le moyen de se faire aider, dans ce projet, par les autres puissances. «Que ce petit prince prenne garde a lui , autrement je saurai bien le forcer d'agir dans nos intérêts. » Cette conversation n'a pas été particulière , mais bien devant toutes les personnes de sa cour. Mais que voulait dire Bonaparte , en parlant ainsi de ce prince du Danemark? Comment souffrir, sans une cause cachée , une insulte de cette nature ?

Quand les Français ont fermé l'Elbe et le Weser, le gouvernement danois n'a rien fait pour s'y opposer. Il paraît évident que le Danemark n'a pas eu l'intention de défendre le Holstein contre la France. L'honorable membre en a cherché la preuve dans les pièces déposées sur le bureau de cette chambre , mais il peut s'en rapporter à l'opinion générale. Au surplus voici des documens.

M. Canning lit des extraits de correspondance.

Telles ont été les démarches du ministère; et il ne serait pas juste à moi de retirer l'honneur qui en est dû à celui que j'ai eu l'honneur de remplacer dans le poste où sa majesté a daigné m'appeler. Ce noble lord avait donné des instructions à ses agens , pour déclarer que sa majesté ne souffrirait jamais que les vaisseaux du Danemark fussent mis à la disposition de la France.

(Grand mouvement de rumeur. )

Les cris des honorables membres de l'autre côté de la chambre , n'empêcheront pas la force de l'opinion. Sans doute le noble lord n'aura pas considéré la capture du Holstein comme un moyen de s'assurer de la flotte danoise , pas plus que celle d'Alexandrie pour la flotte turque. Tant il y a que les instructions portaient que si les Danois souffraient que les Français occupassent le Holstein, sa majesté ne pourrait s'empêcher de prendre tous les moyens convenables pour assurer F honneur de sa couronne et les intérêts de son peuple.

Je suis loin de partager les observations des honorables membres de l'autre côté de cette chambre , et je pense que les ministres de sa majesté ne sont nullement blâmables d'avoir exécuté la prise d'Alexandrie et des opérations des Dardanelles ; cependant ils auraient eu ce tort s'ils avaient demandé la flotte turque. L'expérience du passé a dû diriger la conduite du cabinet de sa majesté envers le Danemark. S'il n'avait pas déjà eu connaissance du danger qui menaçait , le bulletin rédigé par Bonaparte, après la bataille de Friedland , en disait assez , quand il dit : k Désormais le blocus de V Angleterre ne sera « plus un vain mot. » Le rétablissement des duchés de Mecklenbourg et Oldenbourg , avec la stricte condition de fermer leurs ports à l'Angleterre , montrait assez les véritables intentions de Bonaparte. J'ajouterai que l'arrivée de Bernadotte, pour prendre le commandement d'Hambourg , a été suivie immédiatement des ordres

donnés au bourgmestre de cette ville, pour préparer les logemens pour i oooo hommes destinés à une expédition qui ne le tiendrait pas longtemps absent de la ville. 11 y a plus, il est à peu près avéré que le général a eu une conférence avec le prince danois, à Kiel, et, dans toutes ces diverses circonstances , il n'a jamais caché l'intention de fermer ses ports à l'Angleterre. D'après tous ces faits, les ministres de sa majesté pouvaient-ils conserver confiance dans les promesses du Danemark?

Mais l'honorable membre , en convenant de cela, dit néanmoins qu'il n'y avait pas de causes suffisantes pour autoriser les mesures du gouvernement de sa majesté ; pour moi je ne vois pas comment on aurait pu agir autrement.

Il ajoute : Pourquoi de semblables mesures n'ont-elles pas été employées envers la Russie ? Je répondrai que les ministres se flattaient que des moyens de conciliation ramèneraient bien plutôt la Russie a une politique plus convenable à ses propres intérêts; conséqucmment ils ont dû éviter toute mesure qui aurait tendu a jeter cette puissance dans les bras de la France. Mais dans ce cas, dit- il, pourquoi n'avoir pas attaqué la Russie? Parce que les intentions véritables de la Russie ne nous étaient pas encore bien connues , et que dans cette position il fallait attendre. Depuis ce moment est arrivée la conférence de Tilsit, et l'abandon complet de l'empereur Alexandre en faveur de Bonaparte; mais rien ne donnait même alors l'assurance aux ministres de sa ma-

jesté que cet abandon fût bien sincère , et ils espéraient toujours que les véritables intérêts de l'empereur Alexandre lui feraient ouvrir les yeux, non pas pour déclarer la guerre , mais pour garantir son empire. Dans cet état des choses, le cabinet anglais a dû espérer un changement occasioné par le moindre prétexte , de manière à ce que l'empereur Alexandre s'affranchît de l'embarras dans lequel la conférence de Tilsit l'avait entraîné; et quand on se représente l'anxiété que cette puissance a toujours montrée pour conserver son titre de protecteur du Nord de l'Europe, on conçoit aisément que les ministres de sa majesté devaient chercher a ne pas précipiter leur conduite.

Que répondre aux personnes qui disent pourquoi n'a-t-on pas dirigé des forces sur Gronstadt? pourquoi n'a-t-on pas attaqué l'empereur de Russie dans sa propre capitale? On oublie les relations commerciales de l'Angleterre avec le pays : comment risquer une semblable tentative toujours dangereuse pour obtenir un résultat si peu important , pour perdre en un instant toute la popularité d'un gouvernement comme le nôtre, qui doit toujours considérer le moyen de résistance ?

La conduite du gouvernement de sa majesté n'est pas sans précédens. En 1801 nous nous sommes emparés de lîle de Madère , dans la crainte qu'elle ne tombât au pouvoir de la France. Cependant le Portugal était une nation neutre et un ancien allié de l'Angleterre. Cette capture a

été faite sans avertissement en ver 9 la cour de Lisbonne ; des instructions avaient été, sans contredit , transmises pour requérir que le commandant de l'île eût l'ordre de se rendre volontairement, mais ces ordres ne sont pas arrivés à temps, et Madère a été attaquée et prise par notre flotte. Certes, cette conduite pouvait être mal interprétée, mais la nécessité a montré les motifs de cette mesure , et ce n'est pas la seule circonstance où une conduite pareille ait été tenue envers une nation neutre.

En 1 806 , le gouvernement français a montré l'intention d'envahir le Portugal; la conduite des ministres qui gouvernaient alors ne peut que leur mériter l'admiration de leurs compatriotes.

Le ministre lit le détail de cette opération et les instructions envoyées pour offrir de coopérer à la défense de ce pays contre les Français, ou de protéger l'émigration au Brésil de la cour de Portugal; enfm , dans le cas où ce parti ne serait pas adopté, de protéger le port de Lisbonne, et même l'évacuation de la cour en Angleterre ; on recommandait le plus strict secret , et de prendre les moyens les plus cachés pour l'exécution de ce plan.

Telles ont été les instructions données par le gouvernement, et tel est l'acte de moralité dont s'est vanté l'honorable membre; s'il existe une similitude avec celui qui nous occupe en ce moment, c'est que, dans ce dernier cas, on a agi ouvertement et sans craindre d'être découvert.

J'ai mis la plus grande attention à ne parler que de faits prouvés et reconnus par tout le

monde; si la conduite des ministres n'est pas approuvée , au moins le blâme qu'ils recevront ne sera pas de n'avoir pas accusé l'exacte vérité, les journaux donneront l'assurance que cette conduite n'est pas une chose neuve . Ayant retiré l'Angleterre de la position dangereuse où elle se trouvait , ils ont l'espérance que leurs actes seront appréciés tels qu'ils le méritent. C'est a la chambre à déterminer et à juger. Comme mes collègues, je me fie à la justice du parlement pour examiner tous les avantages que nous avons procurés.

M. Wyndham appuie la proposition de M. Ponsonby , et après une longue discussion qui ne se termine qu'à cinq heures du matin , on la met aux voix.

Le résultat du scrutin est : pour, 108 ; contre , 253.

Majorité de i45.

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