‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 27 sur 40 · COMMUNICATION OFFICIELLE · texte numérisé non relu

COMMUNICATION OFFICIELLE

(Mars 1808.)

M. Adam fait la proposition que la chambre décide :

« Qu'il paraît prouvé à la chambre qu'un des ministres « de sa majesté aurait lu des dépêches et correspondances « des ambassadeurs anglais à certaines cours, relatives à « leur mission, ayant rapport à des transactions de ce « pays avec des puissances étrangères, dont la commu- « nication n'aurait pas été faite à cette chambre, et que « cetle chambre a trouvée inconvenante à publier; que « cette conduite est contraire aux usages du parlement, « destructive de toute discussion et décision , et ne peut « que porter préjudice à l'intérêt public. En conséquence, « la chambre ne peut que désapprouver une pareille con- « duite de la part des ministres. »

M. Canning répond en ces termes :

En demandant la parole je ne m'attendais pas à la confiance que j'éprouve en considérant le grand talent, les connaissances profondes , et les recherches parlementaires de l'honorable membre qui vient de parler. Je m'attendais, toutefois, que d'un talent aussi supérieur devaient sortir des idées qui changeassent totalement la question. Je désire donc que ce docte membre soit aussi

satisfait de son discours que je le suis moi-même > car il m'a débarrassé de tout ce qui venait entourer ma situation.

L'honorable membre a pris beaucoup de peine pour prouver que l'avantage d'une position élevée n'était rien pour la chambre , et que nulle information ne devait arriver au parlement que dans les formes régulières , c'est-à-dire soit par une communication de sa majesté, ou par suite d'une adresse. Cependant si cette formule était suivie trop rigoureusement , il serait impossible que les affaires pussent suivre leur marche habituelle. Quelle est la limite que l'honorable membre veut établir? veut-il qu'il n'y ait qu'une réponse a faire aux questions posées?

Il nous a dit que plusieurs personnes , d'un caractère diplomatique , sont répréhensibles d'avoir lu seulement une partie de la correspondance a laquelle il faisait allusion. 11 me semble qu'il en a toujours été ainsi. L'honorable membre nous a cité deux exemples, comme preuves de son assertion : la première est le duc de Newcastle qui a été repris pour avoir lu l'extrait seulement d'une dépêche. L'autre est celui de lord Melville qui a été réprimandé par M. Fox, pour un objet semblable. Mais, a-t-il dit , jamais M. Pitt ne s'est livré à un tel écart. Je répondrai que si l'honorable membre recherchait dans les actes de ce temps avec la même exactitude qu'il l'a fait pour les journaux du parlement, il aurait vu cet acte autorisé par la conduite de ce ministre lui-même. En 1800, à l'époque des ouvertures pour des

négociations , la discussion eut lieu sur la disposition pacifique de l'administration. A cette occasion , M. Pitt , dans un de ses plus beaux discours , chef-d'œuvre d'éloquence , qui si souvent a retenti dans cette chambre , a donné un précis historique des mesures que le gouvernement avait prises dans ses efforts pour parvenir à la paix , et , dans le but de prouver ce qu'il avançait , il tira de sa poche un extrait d'une dépêche écrite cinq ans avant à la cour de Saint-Pétersbourg, et la lut entièrement de sa place. Que fit M. Fox dans cette circonstance ? loin de blâmer la forme employée , il dit qu'il n'avait pas encore entendu parler de cette circonstance, mais qu'il approuvait entièrement le document présenté.

Je pourrais citer bien d'autres exemples à l'appui de ce que je viens d'avancer, tous prouvant de même que la culpabilité n'a jamais été établie sur ce point.

Cependant l'honorable membre m'accuse personnellement d'avoir manqué à la bonne foi. Si jamais cette accusation se trouvait fondée, je mériterais d'en être puni, soit comme Fa été le duc de Newcastle que j'ai cité tout à l'heure , soit comme l'a été lord Melviîlc par M. Fox; mais dans ce cas , M. Pitt eût mérité le même traitement, comme tant d'autres orateurs qui ont lu des extraits.

Au surplus, pour répondre d'une manière plus positive a cette accusation, je dirai que chaque ministre est honoré de la confiance du roi ? chacun dans son département ; et que cette

35o confiance nécessite une discrétion convenable ; s'il fallait suivre toujours les formes dont nous a parlé l'honorable membre , les affaires seraient souvent suspendues , et le pays resterait pour ainsi dire sans gouvernement. Toutefois, dit-il en finissant son discours , comme il existe une accusation contre moi devant cette chambre , je dois me retirer et attendre son jugement.

M. Canning sort de la chambre aux cris de la question!

Le chancelier de l'échiquier demande la question préalable.

Le résultat du scrutin est : pour, 168; contre, 67. Majorité, 101.

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