PÉTITION DES CATHOLIQUES
(Mai 1808.)
M. Grattan , dans un discours éloquent, demande que la pétition des catholiques d'Irlande soit prise en considération.
M. Canning dit que si ses collègues et lui restent indifférens sur cette question, ce n'est sûrement pas par un manque de respect pour l'honorable membre qui a présenté cette affaire d'une manière si supérieure et si éloquente, mais bien par la coïncidence d'opinion qui existe entre eux et l'honorable membre. Si les ministres de sa majesté ne voient dans cette question aucun élément de succès, et au contraire de grands inconvéniens dans les débats qu'elle occasionera, n'est-il pas de leur devoir de garder le silence ? Cette conduite ne doit pas étonner les honorables membres de l'autre côté de cette chambre, et ils ne peuvent avoir oublié que, quand ils avaient le pouvoir, ils ont de même employé tous les moyens en leur pouvoir pour écarter une discussion de cette nature, qu'ils disent aujourd'hui impossible de différer davantage. Ils ne pouvaient avoir d'autres motifs que d'éviter des débats inutiles, à moins que ce ne
fût quelque intérêt personnel et particulier. Sans doute le moment n'est pas aujourd'hui plus convenable qu'alors pour agiter la chambre d'une affaire de cette nature.
Sans doute , il convient , avec l'honorable membre qui a présenté cette question, qu'il serait fort à souhaiter que les dissensions civiles pussent cesser, et que l'harmonie régnât entre tous les différons partis. Mais il faut en examiner la possibilité. Tout désirable qu'il soit que les personnes professant le christianisme aient une même pensée , il faut convenir que l'expérience prouve que des discussions auront toujours lieu, et que souvent plus on prend de peine à les éteindre , et plus elles augmentent. Il ne pense pas même qu'un discours aussi éloquent que celui de l'honorable membre puisse opérer le miracle si désirable ; malheureusement ce ne sont pas les avis pacifiques, et même les exemples méritoires de l'honorable membre, qui peuvent agir dans le sens de son intention louable. On ne peut se dissimuler qu'il existe dans le public peu de dispositions favorables aux catholiques; et ayant une fois reconnu cette vérité , on doit se dire qu'il y a du danger a en tenter l'exécution. Il serait illusoire d'avoir dans cette chambre une majorité à cet égard, si en dehors il y a une autre majorité inflammable contre la mesure. Le temps peut faire beaucoup , et la proposition de l'honorable membre , adoptée ou non , peut rendre de grands services , surtout si l'on considère la manière habile avec laquelle elle a été présentée.
Il conclut à ce que cette proposition ne soit pas renvoyée à une commission; mais, comme l'honorable membre lui-même, il désire qu'il ne s'engage pas de débats à ce sujet.
Le colonel Hutchinson propose comme amendement qu'on ajourne cette question.
On demande d'aller aux voix sur l'ajournement.
Le résultat du scrutin est : pour, 118; contre, 298.
Majorité contre l'ajournement, 180.
On met aux voix alors la proposition de M. Grattan pour le renvoi de la pétition au comité.
Le résultat du scrutin est : pour , i28; contre, 281.
Majorité contre, i53.
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