AFFAIRE D'ESPAGNE
(Juin 1808.)
M. Sheridan prononce un discours éloquent relativement aux affaires d'Espagne, et réclame l'assistance de l'Angleterre pour ce pays dans une crise aussi importante que celle où il se trouve.
Il est loin de vouloir engager le gouvernement de sa majesté dans une entreprise romanesque; mais si, en montrant bien l'état de l'esprit du peuple espagnol, on reconnaît qu'il est animé d'une ardeur enthousiaste, il peut être demandé que l'Angleterre réponde à cette disposition. Bonaparte a jusqu'ici été toujours victorieux; jusqu'ici il a eu à traiter avec des princes sans dignité et avec des ministres sans sagesse : les pays qu'il a conquis sont indiftérens à ses succès; il est temps de lui montrer ce qu'il doit redouter d'un pays animé d'un commun esprit pour lui résister. Jamais peuple ne s'est montré plus brave, plus généreux et plus noble que les Espagnols. Ils ont déclaré la guerre à Bonaparte avec magnanimité; ils n'ont pas de retraite, ils sont déterminés à vaincre ou à mourir pour l'honneur et l'indépendance de leur pays. « C'est, dit-il, dans le but de voir l'Angleterre venir au secours de ce peuple que j'ai fait ma proposition à la chambre.
0 Je demande donc qu'une adresse soit présentée à sa majesté , pour qu'il lui plaise de donner communication à la chambre des copies des proclamations qui ont eu lieu depuis l'entrée de l'armée française à Madrid. »
M. Canning se lève pour répondre , et dit :
Je suis très-disposé à rendre grâce a mon honorable ami, pour l'objet qu'il met en discussion en ce moment , et je l'assure qu'il serait fort dans l'erreur s'il imaginait que je puisse avoir eu l'idée de le contrarier, comme il a pu le croire d'après certaines paroles qui ont été récemment prononcées. A cette époque, j'avais des rapports avec lui , mais mes collègues n'ont pas eu comme moi cet avantage; toutefois , je puis l'assurer qu'il est impossible de produire les pièces qu'il réclame, soit parce que quelques-unes ne sont pas parvenues officiellement au gouvernement, soit aussi parce que les pièces ne sont pas suffisamment précisées dans sa proposition , et enfin parce que, si nous avions les documens dont il parle , il serait extrêmement imprudent de les rendre publics. Toutefois, mon honorable ami ne peut pas croire, je l'espère, que je veuille blâmer sa proposition , et que je n'apprécie pas l'espérance qu'il nous a donnée de son appui dans la part active qu'il recommande d'adopter par rapport a l'Espagne, d'autant plus qu'avec l'avantage de son vote , nous aurions aussi celui des honorables membres qui votent avec lui , et parmi lesquels il se distingue d'une manière aussi remarquable. Non, certes, j'aurais été loin de blâmer mon honorable ami, quand bien même il aurait voulu tracer aux ministres de sa majesté la route qu'ils avaient à suivre. Sa retenue
à cet égard, et la modération qu'il a montrée dans son discours, déterminent les ministres a lui faire connaître leur opinion sans pouvoir craindre les conséquences d'une semblable déclaration.
Les ministres de sa majesté voient avec un intérêt réel , et aussi sérieux que peut le faire mon honorable ami, l'heureuse et courageuse disposition de la nation espagnole à résister aux exigences de la France , et dans le but de conserver sa noble indépendance. Les ministres déclarent ici que l'Angleterre est très-disposée à l'aider dans cette entreprise magnanime , quel que soit l'état où nous nous trouvons par rapport à l'Espagne. Nous agissons d'après le principe , que toute nation de l'Europe qui se lève pour arrêter un pouvoir qui, sous les apparences de la paix, ne cherche qu'à faire la guerre , devient immédiatement notre alliée, quelles que soient les relations politiques de cette nation avec l'Angleterre. Dans cette détermination , les ministres de sa majesté ont trois objets en vue : le premier, de diriger les efforts communs vers un ennemi commun; le second , de rendre ces efforts avantageux pour ce nouvel allié; le troisième, de contribuer à ce que ces efforts soient aussi utiles aux intérêts de la Grande-Bretagne. Ce dernier motif, toutefois, doit ne nous occuper qu'après avoir vu les deux premiers remplis. Tels sont les sentimens du gouvernement de sa majesté, et pour lesquels il attend l'appui du parlement et de la nation. Je n'ai pas besoin de faire connaître ici le moment
ou nous pensons que cet appui soit utile ; i^ doit être suffisant de nous entendre faire cette déclaration et énoncer les motifs qui Font inspirée. Telles sont les raisons qui me portent à m' opposer a la proposition de mon honorable ami.
M. Sheridan réplique , et dit que son but a été d'éveiller la nation sur l'opportunité d'une démarche qui , si les renseignemens que l'on a de l'Espagne se vérifient , peut procurer l'affranchissement de ce paj's tombé sous la domination d'un oppresseur. Il exprime sa satisfaction de voir le gouvernement dans de si bonnes dispositions, et retire sa proposition.
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