‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 30 sur 40 · DE L'EMPIRE BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

DE L'EMPIRE BRITANNIQUE

(Juin 1808.)

M. "Whitebread présente plusieurs questions sur l'état intérieur de l'Angleterre , et sur ses rapports avec l'extérieur ; il espère être excusé dans ses recherches.

M. Canning repond ainsi :

L'honorable membre ne doit pas d'excuse pour adresser des questions aux ministres de sa majesté. Je vais lui donner des explications avec toute la franchise dont je suis capable. Je commencerai par répondre d'abord au dernier objet dont il nous a occupés. Il s'étonne de ce que l'armement destiné a assister le roi de Suède n'a pas encore commencé ses opérations. La réponse est dans l'expression même de la destination de cet armement ; il est destiné à coopérer avec les forces d'un allié, et à être soumis au plan que cet allié peut avoir adopté. Si» depuis le moment où cette mesure a été décidée , des changemens sont venus rendre la position de cet allié différente, alors notre assistance peut devenir moins nécessaire et nos troupes rester dans l'inactivité.

Si on avait des objections k présenter k cet égard, ce ne pourrait être que sur le principe de l'opération et sur l'activité de sa mise a exécution. L'honorable membre s'étonne de voir, k la tête de cette expédition, un commandant employé ailleurs. J'ai déjà donné, a ce sujet, des explications ; je les répéterai : sir John Moore commandait les forces britanniques en Sicile, et reçut des ordres pour se porter à Gibraltar dans le but de coopérer a un plan projeté, et pour lequel il était important de réunir des forces. 11 arriva en effet a Gibraltar vers la fin de novembre , deux jours après l'émigration de la famille royale de Portugal. Ayant attendu la jonction de sir Sidney Smith pendant quelque temps, il reçut de nouveaux ordres de revenir en Angleterre, et non pas par suite d'une erreur, comme il a été dit , mais par suite d'une combinaison, relativement au danger d'avoir laissé la Sicile dégarnie. Je conviens qu'il a existé. Il n'est pas toujours possible de faire coïncider les mesures , et souvent il faut s'exposer à un petit danger pour en éviter un plus grand ; au surplus, la chambre décidera si, dans cette circonstance, les ministres sont répréhensibles. Maintenant, je vais répondre k la question de l'honorable membre, en ce qui concerne notre commerce. Il a demandé si le gouvernement avait des motifs de sécurité dans l'opération de Suède pour les transactions commerciales. Je répondrai ^u'un traité doit être signé en ce moment k Stockholm k cet effet ; rien ne peut nous fere douter que ce ne soit effectué. Au moment

36o où le gouvernement suédois a connu ce que nous désirions , sans attendre les formalités d'un traité , il s'y est soumis; cependant, il est convenable qu'un traité soit passé , et, je le répète , je ne puis douter qu'il ne soit signé en cet instant.

L'Amérique est le sujet qui a occupé l'honorable membre après cela. Le public connaît presque tout ce qui a eu lieu entre notre gouvernement et celui d'Amérique; je ne pense pas que l'honorable membre veuille blâmer les ministres de n'avoir pas fait ces communications au parlement, car sans doute il l'eût demandé s'il les avait jugées nécessaires. Les ministres ont pensé que, comme ces transactions restent encore pendantes , un appel du gouvernement au parlement serait leur donner l'apparence d'être conclues. J'ajouterai que , relativement à la conduite du gouvernement par rapport à l'affaire de Chesapeak , on a tâché de suivre le principe qui avait d'abord été adopté , savoir, de faire franchement des réparations pour ce qui avait décidément été mal , sans toutefois se relâcher en rien des droits que la majorité de la nation a toujours regardés comme tenant à ses plus chers intérêts. J'en appelle à la correspondance ici déposée sur le bureau , pour décider si cette ligne de conduite a été bien observée par les ministres. Il est prouvé que la rupture des négociations n'a eu rien d'hostile dans son principe. Cette réparation a été refusée par l'Amérique, qui n'a pas voulu consentir à la révocation de la proclamation par laquelle les vais seaux anglais ne devaient pas être reçus dans ls

56 1 ports américains , tandis que ceux des autres nations y étaient admis. Cette réparation cependant, et la manière dont elle était offerte , étaient conformes aux lois du plus strict honneur, et nous ne doutons pas que le gouvernement américain ne l'ait envisagée autrement.

Si j'osais avancer ma propre opinion, je dirais que l'irritation qui a eu lieu en Amérique tient aux discussions qui ont pris place dans cette chambre. Je dirais plus, il m'est démontré que l'Amérique est entrée en négociations avec la France, de manière à arriver à quelque résultat. Je ne crois pas que l'on attende de moi de faire connaître les vues du gouvernement à cet égard. Il doit suffire de dire qu'il attache autant de prix à la continuation de la bonne intelligence avec l'Amérique que qui que ce soit , qu'il est déterminé d'obtenir cette continuation par tous les moyens possibles ; il en a donné la preuve par sa conduite , et elle a été approuvée par le parlement; mais cependant il ne sacrifiera jamais ce qui tient aux droits de la nation , sur lesquels repose la prépondérance navale de l'empire britannique. J'ai , à ce que j'espère , répondu à toutes les observations présentées par l'honorable membre; il ne me reste qu'à parler des différens comités de cette chambre et des opérations parlementaires , ainsi que de la coopération des membres de cette chambre pendant la présente session. Je conviendrai , comme mes collègues , et principalement avec l'honorable chancelier de l'échiquier, qui siège à mes côtés , que cette session a

été une des plus laborieuses ; et si l'honorable membre parle de la part qu'il y a prise y nous nous flattons aussi d'y avoir apporté toute notre attention , et nous la voyons finir avec le sentiment de satisfaction personnelle d'avoir rempli notre devoir.

Je terminerai en disant que le gouvernement a positivement le désir de rétablir la paix, de manière à garantir l'honneur et l'indépendance de la nation. Nous déclarons n'avoir pas changé les dispositions du cabinet à cet égard ; mais nous pensons que , dans les circonstances où se trouve l'empire , nous ne pouvons rien anticiper dans l'avenir. L'honorable membre peut être assuré , comme tous les membres de cette chambre , que nous sentons les difficultés du présent , mais nous sommes pleins d'espérance en raison de l'énergie de la nation et de ses efforts pour obtenir le maintien de son indépendance. Dire plus sur la possibilité de la paix serait la rendre encore plus difficile , et il est de mon devoir de garder le silence.

CAMPAGNE DESPAGNE.

( Février 1 809. )

M. Ponsomby propose que la chambre fasse une enquête sur les causes et les événemens de la dernière guerre d'Espagne.

M. Tierney appuie cette proposition.

Lord Castlereagh s'y oppose.

M. Ganning se loue de n'avoir pas pris la parole au moment où il en avait l'intention , et il est satisfait d'avoir entendu les orateurs qui viennent de parler, principalement le noble lord qui , dans sa position et possédant , comme il doit le présumer, la confiance de l'autre côté de cette chambre, vient de prouver combien les argumens que l'on a Tintention d'avancer se réduisent a peu de chose. Parmi les motifs que l'on a présentés pour autoriser une enquête, une méprise évidente a été mise en avant. On a employé des moyens capables d'induire la chambre dans une fausse route ; l'honorable membre qui a fait la proposition a commencé cette méprise ; il a donné comme faits ce qu'il ne sait que d'après des rapports généraux , et il les a avancés comme certains. Il me sera facile de prouver son er~ reur.

L'honorable membre a dit que l'armée, après la campagne de Portugal , fut destinée pour l'Espagne. Il en fait un reproche aux ministres de sa majesté, et il ajoute, car je me servirai de ses propres expressions , que rien ne pouvait être plus absurde que de diviser une armée en trois colonnes en les étendant dans ce pays de manière à rendre la coopération de celle du centre impossible , sans exposer la division dont elle s'écarterait ; je répondrai que cette combinaison n'est pas celle du gouvernement. Mais il a avancé que tous les jours il y avait un changement d'opération , de système et de mesure , de telle manière qu'il était impossible de définir la marche de cette armée en Espagne. Je le répète , les ministres de sa majesté n'ont pas été assez absurdes pour dicter une marche précise à suivre ; ils ont envoyé des ordres généraux au commandant en chef, quand l'armée a dû marcher du Portugal vers l'Espagne , en lui faisant connaître qu'une force considérable était destinée pour la Corogne, et que les vaisseaux qui devaient la transporter devaient se rendre dans le Tage , pour y rester à sa disposition. C'était donc à lui à décider s'il se rendrait en Espagne par terre ou par mer. Sir John Moore a choisi le premier moyen, comme il paraît par les pièces qui sont déposées ici sur ce bureau , et que l'honorable membre aurait pu consulter, s'il n'avait pas préféré rester dans l'ignorance ; si ce général a préféré ce moyen à celui de la mer, c'est que sans doute il l'a trouvé préférable.

Telle est la force de vérité des renseignemens que nous a donnés l'honorable membre.

Ab uno disce omnes.

Toutefois je dois faire observer que, comme l'honorable membre s'est déjà rétracté d'une partie de son accusation, il y a lieu d'espérer qu'en reconnaissant combien ces faits sont peu exacts , il se rétractera du reste de cette accusation. Il ne peut sûrement pas supposer qu'une administration quelconque , même celle qui a précédé le présent ministère , puisse être assez faible pour donner des ordres a un général , employé sur le continent, de diviser son armée pour agir chacune d'une manière différente.

L'honorable membre n'a pas été plus heureux ni plus correct dans le récit qu'il a fait des opérations en Espagne. I! a dit que sir John Moore, apprenant la défaite des trois armées espagnoles , se proposait de tomber sur le Portugal , et envoya des ordres à sir David Baird d'opérer sa retraite aussi ; et afin de ne pas conserver plus loin l'exactitude de ses conjectures , il ajoute que sir John Moore a fait le mouvement contraire, contre son propre désir. Là, il y a erreur totale. Le fait est que Moore , ayant appris que les Espagnols avaient la détermination de défendre Madrid jusqu'à la dernière extrémité, avait suspendu sa retraite. Il avait reçu cette nouvelle des personnes chargées de diriger les efforts du peuple, et aussi par M. Frère, et il était bien convaincu de la résolution prise par les habitans de Madrid ; il

croyait bien sincèrement qu'ils voulaient s'enterrer sous les ruines de cette capitale. Mais la trahison ou la faiblesse de don Thomas Morla, un des plus chauds partisans de cette défense, avait tout à coup changé tout son plan. Sans doute il aurait pu réchauffer la première détermination de ces habitans ; mais aussi il avait à craindre que Madrid ne suivît l'exemple de Saragosse , et que ses habitans ne devinssent de nouveaux Palafox. Je suis loin de blâmer la réserve de sir John Moore; au contraire , je le blâmerais s'il avait agi autrement.

La conduite de cet officier général n'a pas seulement été dirigée par le rapport de ses agens , mais aussi par une lettre du général Berthier à Soult qu'il avait interceptée ; lettre dans laquelle, en lui enjoignant de se porter a tel endroit un tel jour, il lui promettait des renforts. Il en conclut qu'en s'avancant il pourrait couper cette armée et empêcher la jonction annoncée. Il a montré en cela non-seulement la conduite d'un militaire , mais aussi d'un homme d'Etat; car même en ne réussissant pas dans son intention, il p;agnait l'avantage de se trouver dans le sud de l'Espagne , qui avait conservé la plus grande irritation contre les Français , et il assurait la communication de Madrid avec les provinces.

On a dit que l'Angleterre, avant de faire une semblable expédition , aurait dû d'abord s'assurer si les Espagnols étaient bien réellement sous la domination des moines , et s'ils y étaient encouragés par la haute classe de la société et animés

par la superstition religieuse; s'ils tenaient à leurs anciennes institutions , ou s'ils étaient disposés à secouer le joug de leur ancien gouvernement; enfin s'ils voulaient abjurer les erreurs de leur religion, et renoncer au pouvoir du pape et du grand inquisiteur. Toutes ces questions sont de nature à demander plus de temps que les opérations de la guerre ne le permettent.

Le gouvernement de sa majesté a pensé que les Espagnols avaient besoin de quelque chose de plus que des considérations politiques et des institutions municipales. Une armée anglaise était un secours plus réel, et, malgré le pouvoir du grand inquisiteur lui-même, quoique le peuple restât attaché a ses anciens préjugés , et que d'une main il attaquât Ferdinand VII et de l'autre il implorât Notre-Dame du Pilier pour le secourir et répondre à l'élan patriotique des Espagnols, il fallait des forces réelles. Ce n'est pas à nous, qui professons la tolérance, de dire que nous avons voulu diriger notre appui dans le sens seulement de nos principes , pour obtenir leur indépendance : il ne ous conviendrait pas d'agir avec l'épée dans une main et les droits de l'homme dans l'autre. Si les principes sur lesquels le gouvernement de sa majesté a agi, sont de nature à avoir paralysé les efforts de la nation espagnole, c'est alors que des hommes plus habiles doivent être appelés; mais nous avons la preuve que nous ne nous sommes pas trompés. L'enthousiasme des Espagnols est réel, et dans leur cœur comme dans leur langage.

Le gouvernement de sa majesté ne leur a pas dit que des secours ne leur seraient accordés que le jour où un gouvernement particulier et spécial serait adopté par eux : tous nos efforts ont été, au contraire , pour leur procurer un gouvernement quelconque , et pour porter les autres nations à nous aider dans cette entreprise.

L'honorable membre a dit qu'une mission de cette nature devait être donnée à tout autre qu'à un militaire.

N'est-il donc pas d'autre moyen de connaître l'état et la disposition d'un pays , que par les rapports d'agens envoyés sur plusieurs points pour tâcher de les découvrir? Les rapports d'un général en chef d'une armée, peuvent tenir à d'autres causes qu'à ce qui a rapport à la partie militaire.

Si quelqu'un désirait savoir ce qui se passe en Angleterre, ne rechercherait -il pas les rapports que peut avoir telle ou telle personne avec le ministère , ou encore avec les personnes marquantes en Europe? Ce moyen nous a été offert en Espagne , et nous avons pu établir des relations avec les hommes les plus à portée de bien connaître ce pays. Tels sont, en Catalogne, Espeleta, ancien gouverneur de l'Amérique du Sud et président du conseil de Castille ; en Castille , Cuesta était à la tête de l'armée ; en Murcie , le vénérable Florida Blanca, le plus grand homme d'État d'Europe, Saavedra et Jovellanos , le dernier, ministre des affaires étrangères, et l'autre du département de l'intérieur. Morla a été

56g pareillement un des partisans de cette cause nationale que depuis il a malheureusement abandonnée. Mais ce n'est pas tout ; parmi ceux qui ont suivi le souverain à Bayonne et qui ont cherché a rentrer dans leur patrie , étaient D. Pedro Cevallos et le duc d'/nfantado. Comment, avec de tels hommes , pouvait-on douter de la cause ? Aussi, les ministres de sa majesté s'y s'ont confiés : les opérations militaires ont pu éprouver des revers sans que l'espérance de cette cause fût douteuse. La puissance des Français n'était que dans leur force militaire ; le trône de Joseph a été élevé sur du sable, et devait être renversé au premier coup de vent. Bonaparte lui-même, en réussissant, ne trouvera qu'un allié turbulent, difficile à contenir.

L'Autriche et la Prusse ont été dominées par Bonaparte , mais ici il s'agit d'un peuple , et la cause de l'Espagne est devenue celle de l'Europe; et, quoique notre armée ait été forcée de se retirer, il ne serait pas juste d'en conclure que nous avons perdu notre honneur et cette cause.

Le principe de la liberté existe en Espagne , et la révolution espagnole est , selon moi , destinée par la Providence pour résister au despotisme français, et pour prouver que, malgré et avec les idées de liberté , une monarchie peut encore exister.

Tels ont été les principes des ministres de sa majesté et les vues qui les ont guidés.

Je ne puis entrevoir , dans la proposition de i. 24

l'honorable membre, que le désir de s'emparer des rênes du gouvernement en remplaçant les ministres actuels.

Au m ornent où le ministre terminait son discours, le bruit d'un incendie au théâtre de Drury - Lane arrive de toutes parts. Lord Temple propose d'ajourner la discussion, en raison de l'intérêt personnel que cet événement devait attirer sur un des membres de cette chambre (Sheridau).

M. Sheridan déclare que , malgré la part qu'il doit prendre à un aussi grand malheur, il ne pense pas qu'il soit de la dignité de la chambre de suspendre ses délibérations.

Le général Mathew demande l'ajournement , qui est repoussé.

Après une longue délibération, la proposition de M. Pon- 8omby est mise aux voix.

Le résultat du scrutin est : pour, 127; contre, 220.

Majorité contre, g3.

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