‹ Recueil des discours prononcés au Parlement d'AngleterreChapitre 7 sur 40 · DE LA REUNION AVEC L'IRLANDE · texte numérisé non relu

DE LA REUNION AVEC L'IRLANDE

(22 janvier 1799.)

M. Dundas , ministre secrétaire d'Etat, présente à la chambre le message suivant :

« Sa majesté, convaincue des efforts que fait constani- « ment l'ennemi dans le but de séparer l'Irlande des « royaumes, demande à la chambre de prendre des me- « sures pour arrêter ce complot. Elle espère qu'une com- <* munication entière des pièces qui ont rapport à cet évé- « nement, de concert avec l'affection de ses sujets, four- « nira au parlement des deux royaumes le moyen d'aug- « mériter et de raffermir ce système si nécessaire pour « l'intérêt des deux pays , en donnant une nouvelle force « à l'empire britannique. »

Le lendemain , ce même ministre déposa sur le bureau de la chambre copie des pièces secrètes concernant des personnes et des sociétés, tant en Angleterre qu'en Irlande, tendant à les convaincre de conspiration et de rapports avec la France pour effectuer une division entre les deux royaumes, et il proposa une adresse de remercîment à sa majesté pour la communication qu'elle avait daigné faire à la chambre , en l'assurant qu'elle la prendrait dans la plus sérieuse considération.

M. Sheridan pense que des remercîmens à sa majesté ne sont pas, selon lui, suffîsans. Il croit qu'il est temps

de s'occuper de cette matière si importante .11 regarde comme juste que l'Irlande désire avoir une constitution libre et indépendante. « Sans doute, dit-il, l'empire britannique comprend ces deux pays réunis; mais le royaume d'Irlande est un domaine séparé et distinct où nul ne peut imposer des lois, si ce n'est le roi, leurs pairs, et leur chambre des communes. Ce pays a ce droit comme l'Angleterre l'a pour elle-même, et ce droit est inattaquable. Cependant les ministres, qui jusqu'ici reconnaissaient la nécessité de ne pas atténuer cette indépendance, viennent aujourd'hui proposer froidement d'annuler ces droits et de réunir les deux pays. » Il convient que la France agit pour opérer, au contraire, la séparation de ces pays ; mais qu'il faut se ressouvenir qu'une longue rébellion est à peine assoupie, et qu'en proposant la réunion trop subitement, il est indispensable que cela n'irrite des esprits à peine calmés ; que nécessairement il sera nécessaire de montrer de la défiance et du soupçon à des individus à peine ramenés à des idées d'ordre et de tranquillité. Il proposerait donc en conséquence un amendement à l'adresse : non pas dans le but d'ajourner la discussion ; il la croit, au contraire, indispensable tant ici qu'en Irlande. M. Sheridan avance que si une nouvelle rébellion avait lieu dans les circonstances actuelles, bien qu'elle ne puisse pas être plus justifiée , elle se montrerait cependant sous une apparence toute différente de la première. Les Irîandais ne seraient-ils pas autorisés à dire : Nous nous soulevons pour obtenir notre indépendance et notre existence; nous en avons été privés sans notre consentement? « En effet, dit-il, nous ne pouvons nier que la première insurrection de l'Irlande a été faite tant par les catholiques que par les presbytériens et les vrais républicains ; mais celle qui pourrait avoir lieu comprendrait tous les partis et n'aurait pour but que l'indépendance , et qui peut dire alors quelles en seraient les conséquences ? Après trois sièeies d'injustices envers l'Irlande, ce serait un vrai scandale de voir l'Angleterre

sommer ce pays, jouissant de ses droits depuis soixante ans, de renoncer à son parlement à qui elle doit son indépendance. Déjà nous voyons le lord lieutenant adopter un système bien dangereux en renvoyant des places de vieux serviteurs de la couronne qui ne veulent pas se soumettre à participer au système de la réunion. Où donc sont les choix libres ? enfin , dit-il, que dirait-on de la France si elle voulait entreprendre une opération semblable d'unir deux pays qui sont distincts dans leurs droits, mais dont les scniimcns de patriotisme sont les mêmes ? que dirions-nous du directoire s'il ôtait les places exactement à tous ceux qui ne partagent pas son opinion ? oserait-on assurer que cette union serait libre et du propre choix de ces pays? »

M. Sheridan s'attache ensuite à démontrer les inconvéniens de ia réunion du parlement irlandais avec celui d'Angleterre, et dit qu'un membre de cette première chambre serait privé des mojens de consulter ses commettans dans certaines occasions, où non-seulement c'est un droit, mais aussi un devoir, et termine ce discours en proposant comme amendement d'ajouter :

« Que la chambre voit avec peine dans le discours de sa majesté que l'accord qui a eu lieu entre les deux pays par suite des mesures prises en 1782 , plaçant chacun de ces pays dans des rapports convenables et indépendans , n'a pas produit l'effet qui en était attendu , et qu'au moment où les ministres de sa majesté se proposent de demander l'union de ces pays, la chambre des communes, fidèle à sou devoir et entrevoyant les fatales conséquences qui peuvent résulter de cette mesure , la supplie humblement de ne pas écouter le conseil de ministres qui n'ont pas égard aux circonstances pour proposer une mesure aussi dangereuse au repos des deux pays. »

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