‹ Recueil des divers écritsChapitre 12 sur 14 · AUX SIGNATAIRES DES ADRESSES · texte numérisé non relu

AUX SIGNATAIRES DES ADRESSES

Sur la proclamation du roi Angleterre i

relative auæ Droits de V homme.

Londres 5 le .. septembre 1792.

Si mes vœux avoient pu régler Tordre des événemens ^ je n’aurois pu rien desirer de plus favorable pour faire ouvrir les yeux au peuple, que la dernière proclamation du roi , et les nombreuses adresses qui ont été présentées à ce sujet par des corporations gagnées et des bourgs corrompus. Non-seulement cette proclamation et çes adresses ont été un avertissement pour qu’on se tînt sur ses gardes , mais elles ont excité un esprit de recherche et le désir de lire xes droits de d’homme , dans les endroits où ni cet esprit^ ni mon ouvrager îi^avoient encore pénétré.

Le peuple anglois fatigué , étourdi par les partis qui le divisent et qui le trompent tour à tour , avoit presque renoncé au prir

Vîlège de pénser. Il n’a volt mêmè plus de curiosité ; et une langueur indifférente couvroit son îîe. L’opposition n’étoit évidemment que la rivale du pouvoir, et la masse de la nation restoit stupidement prête à servir de proie au parti victorieux. j

G’est dans ces tristes circonstances, que je publiai la première partie des Droits de l’homme. Cet ouvrage avoit contre lui et les. préjugés et l’indifférence. Les papiers publics en dirent beaucoup de mal^ et malgré cela , il changea un peu l’idée que M. Burke avoit artificieusement donnée de la révolution de France.

Combien il est aisé au lecteur le plus ordinaire de distinguer les expressions spontanées du cœur, de ces phrases laborieusement compassées , qui ne partent que dé la tête I La vérité , toutes les fois qu’elle peut se manifester^ est si naturelle^ que notre ame raceueille avec transport. On ne connoît point encore de lumière artificielle qui ait le doux éclat des premiers rayons de l’aurore t il en est de même dés fictions ; les nlieux ourdies ne nous persuadent jamais comme la vérité.

Un jour suffit pour renverser l’édifice xm-

posteur de M. Burke. Aloi'S la phalange même des gens en place, des pensionnaires de la cour , qui avoient d’abord donné le ton à la multitude , pour célébrer les talens politiques de leur coriphée , fut réduite au silence ; et finalement comme son ouvrage s’étoit élevé avec l’éclat et la rapidité d’une fusée volante , il tomba obscurément comme le bâton qui la porte.

Rarement l’esprit se contente de la simple découverte d’une erreur. Une fois l’impulsion reçue , sa marche s’accélère ; en vain il se prescrit un but , il ne l’a pas plutôt atteint qu’il le franchit, et trouve sans cesse des raisons pour étendre sa carrière. Voilà ce qui vient d’arriver en Angleterre. Le peuple n’a pas été plutôt éclairé sur la fausseté des faits et l’inconséquence des raisonnemens de M. Burke , qu’il a | voulu s’instruire des premiers principes du j gouvernement; et voilà pourquoi, lui peuple, | étoit toujours laissé en arrière, invisible et | tOut-à-fait oublié.

La première partie des Droits de l’homme ; ayant d’abord fait beaucoup d’impression, I on jugea que cet ouvrage n’alloit pas assez i loin. Il découvroit des erreurs ;• il montroit j

des absurdités; 11 ébranloit récllfîce des superstitions politiques ; il créolt des idées nouvelles : mais il n’élevoit point un système de principes réguliers à la place de ceux qull renversoit ; et alors , si je ne me trompe ^ le parti du gouvernement considéra tout cela comme une bourrasque passagère ; et, semblable au marin que menace la tempête , il s^'abstint même de siffler , de peur d’accroître le vent. Enfin il n’osoit pas ouvrir la bouche.

Lorsque je fus prêt à publier la seconde partie de mon ouvrage , concernant la théorie et la pratique des droits de l’homme, le même parti de la cour montra pendant quelque temps la même indifférence qu’auparavant. Mais voyant bientôt que le silence ne réussissoit pas mieux à arrêter les progrès de mon livre qu’il n’auroit réussi à arrêter le cours du temps , il changea de plan , et affecta de traiter cet écrit avec le plus profond mépris. Les discoureurs pensionnés , ceux qui ont des places , ou qui en attendent dans l’une et l’autre chambre du parlement , ou hors du parlement ^ le représentèrent comme une chose insignifiante , déraisonnable , et qui n’étoit

propre qu’à exciter les dédains et Tîndigna^i tion du peuple. Mais telle étoit pourtant la mal-adresse des gens de ce parti , que les encouragemens même qu’ils se donnoient mutuellement et l’affectation d’une grande confiance, trahissoient leurs craintes.

Gomme beaucoup de gens qui ont signé les adresses des bourgs corrompus , sont obscurément cacliés dans leurs coins , et que les gazettes ne leur parviennent pas plus souvent que l’almanacb , ils n’ont vraisemblablement pas pu savoir comment avoit été jouée cette partie de la fkrce , ç’est-àdire , ce qui a précédé toutes les adresses. Je vais donc suspendre un moment l’objet le plus intéressant de ma lettre , et leur faire connoître deux ou trois discours prononcés dans la dernière session du parle- | ment. Gela fournira matière à leur politique jusqu’à ce que le parlement rentre de | nouveau.

Vous savez, messieurs, que la seconde partie des droits de l’homme , ce livre contre lequel vous avez présenté des adresses quoiqu’il soit très- probable que plusieurs de vous ne le connoissent pas ; vous savez, disqe , que la seconde partie alloit paroître j

|)récîsément au moment où le parlement rentra. Elle ne fqt pourtant publiée que quelques jours après : mais on savoit avant, qu’elle étoît prête à voir le jour ; et les orateurs parlementaires se coalisant bien cordialement pour la décrier , commencèrent leur attaque par célébrer les bienfaits de la constitution angloise.

Si le sort vous avoit rendus témoins de ces séances , vous n’auriez pas pu vous empêcher d’être émus des congratulations générales et de la sensibilité de cœur et de bouche qu’excitoient ces bienfaits de la constitution; car les gens d’un parti aussi bien que ceux de l’autre^ jouissent de pensions , d’emplois, de bénéfices , et sont tous dévotement attachés à l’ordre declîosesqul les leur procure.

Un des personnages les plus remarquables de ce grouppe bigarré, est le secrétaire de la cour du banc du roi, lequel s’appelle lord Stormont. Il est aussi grand juge d’Ecosse , ( bien digne membre de l’opposition ! ) et il retire du public pour ces différens emplois, à ce qu’on m’a assuré , au moins six mille liv. sterling par an, à la charge de compter ^on argent et de signer un leçu, pour prouver^

peut-être, qull est secrétaire aussi bien quô grand juge.

Voici son discours à Toccasion des Droits de l’homme ;

€c Je suis bien certain que nous témoigner ons unanimement notre zèle pour la cons- 35 titution de ces royaumes. C’est un objet 35 sur lequel il ne peut pas y avoir de divi-^ 35 sion dans cette chambre. Je ne prétends 35 pas être très-profond dans la science de la constitution : mais fose dire, qu’autant 3> que mes connoissances peuvent s’étendre, 35 f car j^ai plusieurs milliers de liv. sterling 55 pour rien , ^ il me semble que depuis » l’époque de la révolution, {car elle n^ exis^ 55 toit pas avant) c’est en théorie et en pra^ 35 tique, le système de gouvernement le plus 35 sage qu’il y ait eu. Je n’ai jamais été 35 ( il veut dire qid il d* a jamais été jusqid au 55 moment oh il parle y) adonné aux mys^ 5> tères de la politique y mon genre de vie 55 in’en écartoit : mais ce qui s’est passé 55 depuis quelques années me semble avoir 55 pris une tournure fort extraordinaire. 55 Quand je suis entré dans le monde poli^ 35 tique, tous les pamphlets, quoiqu’exaspères par l’esprit des différons partis,

» s’accordoîent pourtant à célébrer la beauté >3 des principes fondamentaux de la cons- » titiition. Je me souviens ( il veut dire >3 qu^il a oublié ) dW éloge pompeux de 5> ses charmes , par lord Bolingbroke* Cet » écrivain recommande à ses lecteurs de y> contempler avec assurance la constitution » sous tous ses aspects, parce que plus on la » considéroit plus elle paroissoit estimable. Je ne me souviens pas précisément des paroles dont il se sert : mais je voudrois 3» qu’il servît de modèle à ceux qui écrivent sur le même sujet, et qu’on n’imitât point 3» les pamphlets politiques qui circulent de 33 nos jours: (tels y y imagine ^ que les Droits 33 de V homme,) pamphlets que je n’ai point 33 lus, et que je ne connois que par ce qu’on » m’en a dit. (Cela signifie^ peut-être y parle 33 bruit qu^ ils font* ) Cependant je suis sûr >3 que des pamphlets qui tendent à diminuer » le respect public pour la constitution , 3» n’auront que peu d’effet. Ils ne peuvent 33 faire que peu de mal ; car ( il ne s est >3 point adonné aux mystères de la politique) 3» les Anglais sont un peuple qui pense sage^ 33 ment ; et qui est plus intelligent , plus V solide , plus ferme dans ses opinions

» qu* aucune des autres nations que j’ai eu 55 V avantage de voir. ( Ceci est assez bien » présenté pour un nouveau politique. ) 55 Mais s’il arrivoit jamais un moment où 55 ces nouvelles doctrines se propageassent , 55 et agitassent l’esprit du peuple , je suis 55 certain, et je réponds pour chacun de vousy 55 milords, qu’on ne porteroit aucune atteinte 55 à la constitution , dont on dit avec vérité 5» que nous tirons toute notre prospérité , 55 sans que chacun de vous s’élevât pour l'a 55 défendre. On verroit donc alors qu’il n’y 55 a point de différence entre nous , mais 55 que nous sommes tous disposés à nous 55 élever ou à tomber ensemble pour la dé- 55 fense d’un inestimable système .......

55 ( de places et de pensions. ) 55

Après que Stormont s’est assis du côté de l’opposition , on voit se lever vis-à-vis de lui , et du côté ministériel , un autre noble lord, lord Grenville. Cet homme doit avoir dans son dos la force d’un mulet ou du père d’un mulet , sans quoi il plieroit sous le poids des emplois nombreux dont il est chargé. Cependant il se lève aisément ; et voici ce que ce noble lord répond à l’autre, noble lord :

çc La manière mâle et patriotique dont y> le noble lord vient de manisfester ses seiiî>5 timens au sujet de la constitution^ mérite ma sincère approbation. Le vicomte a prouvé que, quelle que soit la différence 3!? de nos opinions sur des mesures particu^ » Hères J et au milieu des oppositions et des :» querelles des partis , nous sommes pary* faitement d’accord sur les principes. Le » consentement (entre nous ) est général aa pour chérir et maintenir notre heureuse y» constitution. Vous devez^ sans doute, mi- ^> lords , avoir quelqu’inquiétude eri voyant 55 que le temps est venu y (oh! oui!) où x> elles ne sont pas impropres ces expressions » de respectpour la constitution : (01 O! 0!j *55 et qu’il y a des hornmes ( dont Dieu con^-^ 55 fonde la politique , ) qui sèment une doe- 55 trine ennemie de l’esprit naturel de notre 55 système de gouvernement, où tout est 55 bien balancé, ( Bitn balancé en vérités, 55 puisque les deux côtés à la fois ont des '55 places eî des pensions. ) Je conviens avec 55 le noble vicomte, qu’ils n’ont pas ( je r espère) beaucoup de succès. Je suis convaincu que leurs tentatives ne seront point dangereuses. Mais il est véritablement

y» important et consolant pour nous ( gens » en place, j’imagine,) de connoître que x> s’ils’élevoit jamais quelqu’alarme sérieuse, a» il n’y àuroit qu’///z esprit , un sens , (et ce sens y je pense ^ n est pas le sens commun j) une détej'niination dans cette chambre. » ( Laquelle détermination est sûrement de eonse/ver leurs pensions et leurs places , aussi long-teinps qiûils pourront^

Excepté ce qu’on ti'ouve en parenthèse , et que j’ai ajouté pour servir d’éclaircissement , ces deux discours sont exactement copiés dans le Morning-Chronicle du premier février dernier; et quand on considère la situation des orateurs , dont l’un est dans le parti de l’opposition, l’autre dans le parti ministériel , et vivant tous les deux aux dépens du public , par des places ou des emplois , on ne peut s’empêcher de songer qu’il faut que ceux qui les ont prononcés , aient un front bien peu capable de rougir. Ces gens peuvent-ils donc croire sérieusement qu’il y ait une nation assez aveugle pour ne pas démêler leurs motifs ? Stormont peut-il s’imaginer que les mystères politiques , dont il a lardé sa harangue , cacheront sa ruse ? Ne sait-il pas qu’un couvercle , quelque grand

qu’il soit ^ ne peut pas se couvrir lui- même ? Et Grenville pense t-il donc qu’à mesure que son ambition accumule des places , la confiance du public augmente ?

Mais si pour prix de leurs allusions aux Droits de Thomme , ces orateurs veulent permettre que je leur rende un service , je composerai un discours sur Texcellence de la constitution angloise. Ils pourront le débiter tous deux ; car il sera aussi à propos que ce qu’ils ont déjà dit , ou que les éloges enchanteurs de Bolin^broke.

Voici ce discours :

cc Je suis certain que nous exprimerons » tous d’une voix unanime , notre attaclie- » ment à la constitution. Elle est, milords, 59 incompréhensiblement bonne : mais ce » qu’elle a de plus étonnant, c’est sa sagesse; 55 car c’est, milords, le plus sage de tous » les systèmes qui ait jamais été créé.

55 Quant à nous autres nobles lords , nous >5 savons bien, quoiquelemondenes’en doute 55 pas , que nous avons plus de sagesse que 5> nous n’en avons besoin : et ce qui vaut en- 55 Gore mieux, milords, c’est que nous la 55 tenons en réserve. Je défie vos seigneuries >5 de prouver que nous en ayons encore usé

5i> la ftioindre partie ; et si nous continuons jf » milords , d'agir avec la même économie ^ >> nous pourrons laisser à nos héritiers , à >> nos successeurs , cette sagesse que nous 33 avons portée ici, à laquelle on n’a pas 3? touché ; et il n’y a point de doute qu’ils 33 n’imitent notre exemple. C’est-là, milords^ >3 un des heureux effets du système hérédi» 33 taire ; car nous ne pouvons jamais man- 33 quer de sagesse ^ tant que nous la garde- 33 rons avec mous , et que nous ne nous eii 33 servirons paSi

33 Mais , milords , toute cette sagesse est

une propriété héréditaire pour le bénéfice 33 seul de nous et de nos enfans ; et comme 33 il étoit nécessaire que le peuple pût en 33 avoir un supplément pour son usage ^ 33 notre excellente constitution a créé un 33 roi , pour cela seulement , et non pour >3 autre chose. Cependant, milords, j^ap- 3> perçois dans notre constitution un défaut, 33 auquel Je vous invite de remédier, en 33 proposant , à cet effet , un bill au parle- 33 ment.

33 La constitution, milords, a trop peu dé- 33 licatement , je pense , laissé au roi la liberté 33 de choisir s’il vouloit être sage ou non \ .

*> je veux dire qu’elle n’a pas assez , comme

elle l’auroit dû , spécifié cela comme point » constitutionnel ; car j’offre de prouver à » vos seigneuries , et cela avec un courage v> vraiment patriotique ^ que le roi n’a pas » ce choix. Le bill que je proposerai , mi- » lords , sera pour déclarer que , conformé- 3> ment à sa véritable intention , la consti- » tution ne doit pas laisser au roi un pareil » choix. Nos ancêtres étoient trop sages » pour y avoir consenti ; et , pour prévenir » tous les doutes qui pourroient autrement » s’élever, je préparerai une clause, mi- » lords , pour fixer la sagesse des rois par » un acte du parlement ; et alors , milords ^ » notre constitution sera l’étonnement da » l’univers.

» La sagesse est la chose nécessaire : » mais pour qu’il n’y ait aucune erreur en » cela , et afin que nous puissions agir con- » formément à la vraie sagesse de notre » constitution , je proposerai un certain » criterion, par lequel on connoîtra l’exacte » quantité de sagesse nécessaire à un roi, » ( Ici on s’écriera : écoutons - le ! écou- P tons-le ! )

JP II est rapporté , milords , dans les sta-

» tüts des Israélites ; statuts, milords, qué » je n’ai jamais lus , mais dont le contenu T> m’est connu seulement par oui-dire j 53 mais peut-être que les évêques qui siègent 33 dans cette chambre, pourront s’en rappel- 33 1er quelque chose ; il est rapporté, dis-je , 33 que Saül donna les plus fortes preuves 33 de la sagesse royale , avant même qu’il 33 devînt roi ; car il fut envoyé pour cher- » cher tes ânes de son père j et il ne put 3» pas les trouver i

33 Ici , milords , nous avons un exemple >3 très-heureux. La chose devroit être établie 33 par un acte du parlement. Chaque roi , 33 avant de recevoir la couronne , devroit >3 être envoyé à la recherche dés ânes de 33 son père , et s’il ne les trouvoit pas , il >3 seroit aussi-tôt déclaré roi , conformément 33 au véritable esprit de notre excellente 33 constitution. Ainsi , milords , tout ce qu’il 33 faudra faire par la clause que je propo- 33 serai , ce sera de donner d’avance au roi 33 la quantité de sagesse nécessaire pour 33 ce que je viens de dire , de peur qu’il ar- 33 rivât qu’il n’en eût pas assez ; et noua 33 pouvons , milords , faire cela sans user r* en rien de notre propre sagessfe.

33 Nous

4> Nous lisons encore , milords , tout aii T> lipng, dans les mêmes statuts des Juifs , 03 que Samuel , qui certainement étoit aussi 3> fou qu’aucun de nos moVlernes promo- 35 teurs des droits de l’Iiomme , (Ecoutez-lèl » Écoutezle 1) eiat beaucoup de déplaisir^ » fut même irrité d’entehdte les Juifs lui 33 demander un roi J et qu’il leur parla 33 contre cela avec tonte la fermeté et l’im- 33 pudence dont il étoit capable. J’ai pris la 33 peine aujourd’liui , milords , de parcourir 33 tout Pater n'oster yuty (i) , pour me pro- 33 curer un extrait du4ivre imprimé ; car 33 j’ai été averti que je le trOuverois là , ou 33 bien = dans AmemCernêr {p^) , 2l\i moment 53 où j’allois le eberebér parmi les curiosités 3> de la Société des Antiquaires.

33 Je vais lire mon extrait à vos séigrteu- 33 ries, pour vous montrer combien peu Sa- 33 muel s’enteridoit à ces choses là. Cet ex- 33 trait, milords' j ésttiré du livre dé Samuel, 33 chapv VIII. — Et Samuel rapporta toutes >3 les paroles du Seigneur au peuple qui lui 33 demandoit un roi.

. (i) C’est une rue de Londres :

(a) Autre ruei

» Et il lui dit: Voici comment se con- » duira le roi qui régnera sur vous. Ilpren- » dra vos fils pour le servir et pour soigner ses chars. Il en fera des cavaliers , et quelques-uns d’entr’eux courront devant ses chars.

Il les nommera capitaines de mille et 55 de cinquante hommes. Il leur fera cultiver 55 ses terres , recueillir ses récoltes , et faire 55 ses instrumens de guerre , et tout ce quhl .55 faudra pour ses chars,

, 53 Et il prendra vos filles pour préparer les

55 desserts de sa table; , et pour faire sa cui- 55 sine et son pain.

55 Et il prendra vos champs ^ vos vignes, vos oliviers , même les meilleurs , pour 55 les donner à ses serviteurs.

53 Et il prendra la dîme de vos semences 55 et de vos raisins , et les donnera à ses ^55 officiers et à ses serviteurs.

53 Et il prendra vos serviteurs et vos ser^ >5 vantes^ et vos jeunes gens les plus utiles, 55 et vos ânes , et les emploiera à ses tra^ 55 vaux.

55 Et il prendra le dixième de vos moutons, 55 et il fera de vous des serviteurs.

55 Et alors vous pleurerez pour avoir

choisi ml roi , et le Seigneur sera sourd à i» VOS gémissemens. —

35 Maintenant, milords , que pouvons- » nous penser de ce Samuel ? Y a-t-il un» 3> seule parole vi'aie , ou même vraisem- 3> blable dans tout ce qu’il a dit ? Il préten- 3> doit être un prophète, un homme Sage :

» mais l’événement n’a-t-il pas prouvé qu’il 33 n’étoit qu’un fou, un incendiaire ? Gonsiiy dérez bien cela, milords ^ et Voyez s’il est 33 arrivé rien de ce qu’il avoit prédit. La plus 33 profonde paix n’a-t-elle pas régné sur la 33 surface du globe depuis que les rois sont >3 établis ? Les rois de l’Europe , qui régnent .33 de nos jours j par exemple, né sont-ils 33 pas les plus pacifiques du monde? L’im- 33 peratrice de Russie n’est-elle pâS aussi 33 douce que du lait? II ne vaudroit pas la 33 peine d’avoir des rois , milords , si ce n’é- 33 toit pas parce qu’ils ne vont jamais à là 33 guerre.

33 Si nous observons ce qui se paSse chez 33 nous j n y voyOns-noüs pas la itiême chose 33 que par-tout ailleurs ? Nos jeunès gens 33 sont-ils pris pour être Cavaliers ou fantas-3 33 sins, plus qu’ils ne le sont en Allemagne, 33 en Prusse , dans l’électorat d’Hanovre et

Qa

(Mi)

>> dans le pays de Hesse ? Nos matelots ne :>> sont-ils pas aussi en sûreté à terre qu’en | mer ? Sont-ils jamais arracnés de leurs maisons , comme du bétail qu’on traîne à 35 la boucherie , pour servir de force sur les D5 vaisseaux de guerre ? Quand ils reviennent >5 d’un, long et périlleux voyage , avec des 35 marchandises étrangères^ chacun d’eux ne | 35 peut-il pas se reposer sous 'sa treille ou I 35 sous son figuier , dans une parfaite sécu- 35 rité ? La dîme de nos moissons nous est- 35 elle enlevée par des collecteurs, ou en ; 35 faut-il donner la moindre partie aux ser- | 33 viteurs du roi? En un mot , tout ici n’est- 35 il pas aussi exempt d’impôts que la lumière i 33 des cieux?

35 Ah ! milords , tout ce que nous voyons I 35 ne nous fait-il pas sentir le bonheur d’avoir 35 un roi ? La belle empreinte du G R , ou i H du grand R, n’est-elle pas partout? Por- 33 tons-nous un chapeau , des gants , des i 33 souliers qui ne soient enrichis de ces nobles 33 lettres? Nos chancelles ^ même semblent 33 ne brûler que pour être un holocauste à

33 la royauté.

» Indépendamment de ces marques de » bonheur qui nous couvrent depuis la

sommet de la tête jusqu’à la plante des » pieds , milords , ne voyons - nous pas a» croître pour être rois , une famille de jeunes gens qui sont des modèles de y> vertu? Il n’y en a pas un d’entr’eux, a» milords, à qui on ne puisse prêter de a» l’argent en secret , aussi sûrement qu’aux » autres. Ne sont-ils pas plus sobres y plus 9» intelligens , plus prudens , plus solides , et avec tout cela plus instruits , plus sages » que tous les autres jeunes gens que nous avons eu le bonheur de voir. Aîi ! mifa lords , c’est une famille d’une grande yy espérance !

L’heureuse succession de rois , que la >3 nation a en ce moment devant les yeux , » milords, est la preuve irréfragable de » l’excellence de notre constitution et des avantages de l’hérédité de la couronne ; car il n’y a , milords , qu’une constitution 3» fondée sur la plus vraie et la plus pure » sagesse, qui puisse admettre au gouveryy nement des êtres d’un caractère aussi cé- >3. leste. Permettez. ' moi , à présent^

>3 milords, de vous rappeller le chapitre w diffamatoire que je viens de vous lire sur yy, les rois.. Je reviens sur ce chapitre,

» lords , parce que mon intention est d© » présenter un bill au parlement, pour le » faire effa.cer de la bible; pour que le lord » chancelier , aidé du prince de Galles , du » duç d’Yorck , du duc de Clarence , soit » invité à écrire un autre chapitre à la place de celui-là ; et pour que M. Burke voie s’il est bien canonique et lidélement in-

53 sér6 35,

Si le secrétaire de la cour du banc du roi vouloit l’orateur qui prononceroit ce lumineux eloge cle la constitution , j’espère qu’auparavant il voudroit bien rapprendre par cœur ^ çt qu’il n’auroit pas besoin de s’excuser d’avoir oublié sa leçon ^ comme lorsqu’il voulut citer le passage (J® Boling-f broke. Après ce petit avis, je prends congé, de lui.

Ceux qui ont signé les adresses étant maintenant instruits de ce qui s’est passé au parlement , je reviens à l’objet que j’avois laissé pour rapporter les, discours précédens.

Je disois donc que le parti du gouvernement avoit commencé par garder le silence, et qu’en suite il a voit fait entendre les clameurs du mépris : mais comme en général

les gens veulent lire et juger par eux-mêmes, Touvrage se répandit; et le mépris affecté de ses ennemis n’eut pas plus de succès que leur silence.

Ainsi trompés dans leur second plan, leur mauvais génie leur en suscita un troisième. Alors ils virent tous à la fois , comme si cela leur eût été découvert par un diseur de bonne aventure , ou si M. DundasTavoit apperçu au second coup* d’œil ; ils virent tous , dis-je , que mon livre, d’abord si innocent , si insignifiant , et auquel on n’avoit pas changé une seule lettre, étoit devenu le libelle le plus méchant et le plus dangereux. Tous les membres du cabinet^ semblables à l’équipage d’un vaisseau , prirent aussi-tôt l’alarme. Tout le monde se désoloit sur le pont ^ comme si une conspiration générale des élémens menaçoit leur vie ; et enfin parut la proclamation , avec ses suites , et les adresses tinrent lieu de prière.

Pauvres sots ! disois-je alors tout bas ; pourquoi vous tourmenter ainsi vous-mêmes? Le livre des Droits de rHomme a été écrit avec le calme de la raison : pourquoi-donc vous tronble-t-^il si fort ? Ne voyez-vous pas combien une telle conduite vous met

âans le cas d’être soupçonnés La ruse seule auroit dû, en cette occasion , vous tenir lieu de prudence. Le plan , les principes, les argumens que contientce livre contre lequel vous vous armez , sont mis spus les yeux de la nation et de tout le monde , d’une maîiière simple , franche et mâle ; et vous n’ar vezrien à faire qu’à les réfuter. E.éfutez-les, donc , et cela suffît : mais si vous ne le pouvez point , vous ne pourrez pas plus en empêcher la lecture et faire croire l’auteur coupable; car la loi, suivant l’opinion de tous les hoiûmeshoruiêies, seroit elle-même, criminelle si elle condamnoit ce qui ne. peut être réfuté.

Je viens d’apprendre aux signataires des, adresses tout ce qui s’est passé avant qu’on ait demandé leur assistance , comme César

dans le Tibre crioit à Cassius ; Au.

secours J Çassius j ou je me noie / — Je. vais à présent faire quelques remarques sur ia politique du gouvernement, quand il a excité à présenter des adresses ; sur les cou-, séquences qui doivent naturellement en résulter , et sur la conduite des personnes qui . y sont intéressées.

Quant à sa politique, elle porte évidem-r '

ment tons les caractères d’une peur déguisée. On pourra citer désormais au nombre des événemens les plus extraordinaires, qu’un pamphlet, écrit par un homme étranger à tous les partis , ne cherchant point à s’en faire un, presqu’inconnu même dans le pays , ait pu faire trembler le gouvernement, au moment où il jouissoit de la plus, triomphante sécurité. Cela prouve invinciblement que le pamphlet contient des vérités terribles , ou que le gouvernement a de grands défauts ; peut-être même cela prouve-t-il l’un et l’autre.

La nation n’a donné aucune marque dé frayeur en lisant les Droits de l’Homme. Pourquoi le goirvernement en auroit-ü eu , si ses intérêts n’avoient pas été directement opposés à ceux de la nation ? Le secret commence à être connu. N’est-il pas évident que la nation est composée d’hommes do deux classes différentes ; ceux qui paient les impôts , et ceux qui les perçoivent et qui en vivent ? Et quand ces impôts sont portés à l’excès , n’est-il pas vrai que cela divise les deux classes de la nation ? Et cela n’est-il pas sur le point d’arriver en ce moment?

JMaJgré tout le trouble ' et le bruit quQ^

quelques personnes intéressées ont fait à Toccasion de la proclamation royale et des adresses^ il est curieux d’observer que la, masse de la nation a presque paru n’y pas prendre garde. Cette indifférence me fait croire que le peuple ne croit pas un mot de ce que contient la proclamation. Quant aux adresses , elles sont arrivées à Londres, dans le même silence qu’un convoi funèbre. Annoncées dans les gazettes , elles ont été déposées parmi les cendres de celles qui les ont précédées ; et M. Dundas a écrit dessus : Hic jaceut.

Le riieilieur effet de la proclamation et des adresses qui en sont l’écho , a été d’exciter quelque curiosité ; et il ne faut pas beaucoup de réflexion pour voir que l’ins-^ tructlon naît de la curiosité. Quand la masse générale de la nation a vu que tous les gens en place , les pensionnaires , les acheteurs de suffrages dans les bourgs , étoient ceux qui se mettoient en avant pour procurer des adresses , elle n’a pas pu s’empêcher de soupçonner qu’ils n’avoient point en vue le bien public ; que l’esprit des livres , des écrits auxquels ces gens-là fair soient allusion > sans oser les citer, étoit

( iJ. )

directement contraire à celui qu’ils leur supposoient; et qu’il falloit que chacun, pour sa propre satisfaction , les lût et en jugeât lui-même.

Mais combien ont dû être étonnées les personnes que les clameurs excitées contre les Droits de l’Homme ont portées à lire cet ouvrage , quand elles ont vu qu’au lieu d’être un libelle dangereux, incendiaire, un livre licencieux et rempli de choses scandaleuses, il ne contient que des principes de gouvernement , pleins de droiture, des argumens naturels et sans répliqué, des plans pour l’accroissement du commerce et des manufactures , pour l’extinction des guerres, pour l’éducation des enfans des pauvres , pour l’entretien des personnes âgées ou infirmes des deux sexes , pour le bon ordre de l’armée et de la marine ; en un mot , pour tout ce qui peut tourner à, l’avantage moral , civil et politique de l’homme !

Pourquoi donc ^ demandera quelqu’observateur tranquille, pourquoi ce livre est-il persécuté s’il ne contient que d’aussi bonnes choses ? Je vais te l’apprendre, ami ; c’est qu’il contient aussi un plan pour la réduction

des impôts , pour la diminution des frais énormes du gouvernement , pour Tabolition > des places inutiles et des pensions ; c’est qu'il invite , ensuite^ à appliquer ce qui pro- . viendra de ces retranchemens aux objets mentionnés dans le paragraphe précédente

Estdl donc bien étonnant que les gens en place, les pensionnaires , et toute la tourbe qui brigue les faveurs de la cour , soient devenus les promoteurs d’adresses ^ de proclamations et de persécutions f Est-il ^ étonnant que les corporations et les. bourgs corrompus qui sont attaqués dans la première et la seconde partie des Droits de riiomrae , et convaincus de monopole et de perversité , aient suivi la bande des crieurs? Voilà d’où sont parties les adresses. Si tous ces gens-là ne s’étoient pas empressés de combattre les Droits de l’homme,, j’aurois douté du succès de mon ouvrage : mais ce sont eux-mêmes qui m’ont prouvé que le coup étoit bien dirigé ; ils ont fait çonnoître qu'ils l’avoient reçu , en montrant la marque.

La première fausseté qu‘’on a employée dans ces adresses , c’est que les promoteurs. 3ie se sont pas montrés tels qu’ils sont. 11^

ont voulu faire croire qu’ils faîsoîent partie de ce public qui supporte tout le poids des impôts , et qu’ils n’agissoient que pour le bien de la nation. Mais ils sont au con* traire pour la plupart de la classe qui ajoute à ce fardeau en vivant du produit du fisc. Ils sont pour le public ce que sont pour les arbres des nuées de sauterelles : et si l’on se débarrassoit d’eux , le fardeau des impôts seroit allégé et la prospérité nationale s’accroîtroit.

et Je ne viens point ici , dit Onslow dans » l’assemblée du comté de Surrey ^ je ne » viens point ici comme lord lieutenant et » garde des du comté. J’y viens

53 seulement en simple gentilhomme >5. Le fait est pourtant qu’il venoit là pour ce qu’il étoit , non autrement ; et^ conséquemment il y venoit comme un de ces êtres rongeurs que j’ai décrits. Si un simple gentilhomme doit être nourri par le public, comme un pauvre l’est par sa paroisse, Onslow a droit de réclamer ce titre. Il en est de même du duc de Richemoiit, qui proposa l’adresse du comté de Sussex.

Lui aussi peut alors ne s’appelle! qu’un simple gentilhomme.

L’assemblëe du comté de fcent offrit une scène fâcheuse. Il s’y trouvoit environ deux cents personnes , dont une petite partie se retira secrètement et vota une adresse. Aussi en vinrerit>ils bientôt à sè chamailler, et ils s’abandonnèrent au désordre , tandis qu’ils faisoient une adresse pour prévenir le désordre.

La proclamation et les adresses ont manqué l’effet qu’on en attendoit , et peutêtre cela ne vient-il que du silence qu’observe à présent le parti de la cour. On a bien mis chaque semaine dans les gazettes le nombre des adresses ; mais on a eu soin dû cacher le nombre de ceux qui les signoient. Plusieurs adresses n’ont été votées que par dix ou douze personnes ; et celles qui ont le plus de signataires, n’en comptent pourtant pas plus de trente. Au moment où j’écris cette lettre , il y a eu trois cent vingt adresses présentées, en y comprenant celles des corporations et des bourgs corrompus : ainsi quand bien même on compteroit cent votans par adresse , cela ne feroit pas plus de trente - deux mille ; et cependant on a été près de trois mois pour se procurer des signatures.

Je puis dire avec vérité que la proclamation royale a eu bien moins de succès que l’ouvrage contre lequel elle étoit dirigée; car il s’est vendu en un mois plus d’exemplaires de la seule édition des Droits de l’homme a un schelling (i; , que les adresses n’ont eu de votans en trois mois , en supposant même que le nombre s’élève à trente-deux mille.

C’est une mesure bien dangereuse pour un gouvernement que de dire à une nation : — tu ne liras pas. — Cela se fait aujourd’hui en Espagne. Cela se pratiquoit aussi en France avant la révolution. Mais dans ce dernier royaume c’est ce qui a occasionné le renversement du trône ; et dans le premier il pourra en arriver autant. Que dis-je ? le même effet doit avoir lieu dans tous les pays. D une manière ou d’autre la pensée se propage , et quoiqu’on puisse empêcher de lire , on ne peut arrêter son cours.

Si le livre des Droits de l’homme mérite tout le mal qu en ont dit les promoteurs d’adresses , pourquoi n’en ont-ils pas donné

(i) Il y eu a une à six schellings.

la preuve en montrant le livré et le lisant publiquement r Certes , ils auroient pris ce parti , ils le prendroient même encore , s’ils avoient pu penser qu’il répondît à leurs intentions. Mais lé livre qu’ils décrient ne contient que des vérités qu’ils craignent d’entendre, et qu’ils craignent encore plus que le peuple connoisse; et ce même livre poursuit maintenant les adresses dans toutes les parties de l’Angleterre et les convainc de mensonge.

Parmi les procédés extraordinaires auxquels la proclamation royale a donné lieu , on doit compter les assemblées des juges de paix dans plusieurs villes et dans plusieurs comtés. Ces gens la ont voulu renouveller la comédie du banc du roi, et| cru pouvoir supprimer de leur autorité pri-, Vée , tous les écrits qui leur déplairoient.i Mais c’est un attentat contre les loix c’est imiter les tyrans subalterites des gou-! yernemens les plus despotiques de l’Europe; et cependant ces juges de paix affectent d’appeiler l’Angleterre un pays libre . Maïs toutes ces ruses ressemblent à celles qu’on emploie en commençant par bâtir des casernes dans un canton où l’on veut essayer^

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<ide faire recevoir des troupes ; et peut-être qu’elIcG feront voir aux Auglois qu’il est temps de s’éveiller et de songer à leurs droits. Alors elles auront un bon effet.

Une chose encore bien singulière , c’est que ces juges de paix ont déclaré qu’ils feroient fermer tous les cabarets , les endroits publics où l’on s’aviseroit de former des assemblées pour s’instruire sur les principes du gouvernement et les discuter. Cela ressemble aussi à ce qui se fait en Espagne et en Bussie ; et la première réflexion que cela fait naître, c’est que tout gouvernement qui craint la discussion et croit que la sûreté dépend de l’ignorance du peuple , est un gouvernement dont la conduite et les principes sont mauvais.

Si le gouvernement anglois , la constitution ou tout ce qu’on voudra , étoit un miracle de perfection, comnle la proclamation et les adresses l’ont fait sonner si haut , il auroit défié la discussion et l’examen le plus scrupuleux au lieu de le craindre. Mais toutes les fois que par des adresses , des proclamations et des persécutions, il cherche à empêcher la discussion de ses principes , c’est montrer évidemment

qu’il iiepeut pas la soutenir. C’eôt TerreurV non la vérité , qui craint le grand jour^ Tous les pamphlets^ tous les paragraphes mensongers et diffamatoires qu’on a publiés contre les droits de l’homme , sont tombés devant ce livre comme des flèches sans pointe ; et il en eût été de même de tout ouvrage contre la constitution , si la constitution comme on l’appelle^ avoit été fondée sur des principes d’une aussi bonne politique que ceux des droits de l’homme.

La constitution angloise est bonne, sans doute, pour les courtisans, les gens en place , les pensionnaires les chefs de parti , tous ces gens enfin qui se sont montrés si ardens à faire voter des adresses. Mais c^'est une mauvaise constitution pour les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la nation au moins; et c’est une vérité qui est tous les jours démontrée.

La constitution angloi-se est mauvaise.:

premièrement , parce qu’elle oblige la nation de payer les frais de trois sortes de gouvernemens différens : le monarchique^ Taristocratique et le démocratique.

Secondement , parce qu’il est impossible d’unir une compositiw si disçordaiite ^

^'utrèmBnt que par des moyens de corrup** tion. Et cette corruption, dont on se plaint sî fort et si généralement, est la conséquence naturelle d un assemblage très-peu naturel. C'est en ce!a pourtant que consiste cette excellence que prône si liant le troupeau nombreux des pensionnaires et des gens en place , et c'est aussi en cela qu'est la source de ces énormes impôts qui font gémir la nation.

Dans le nombre considérable de moyens dont on se sert pour amuser et tromper la multitude ., on en a employé un très-remarquable. On a voulu flatter le peuple , en appellant le gouvernement anglois , ou comme on dit la constitution , Ven\/ie et V admiration du monde ! on n"'a guère voté d'adresse , sans que quelque parleur n'ait employé ce mensonge bannal et insensé.

Deux révolutions ont eu lieu , celle d'Amérique et celle de France , et toutes deux ont rejetté ce mélange contre nature qui est la base du gouvernement anglois. L^Amérique s'est déclarée contre tout gouvernement héréditaire , et n'a voulu qu’un goiiv^nement représentatif. La France a rejetté l’aristocratie ; elle sent à chaque instant Tab-

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surdité de la monarchie , et elle marche à grands pas vers la représentation pure et simple (i).

Sur quoi donc se fondent ces hommes qui persistent à appeller la constitution angloise , V envie et V admiration des autres nations , tandis que deux nations qui ont été maîtres d’en établir une pareille chez eux , les contredisent et prouvent leur mensonge ? Ces gens là ne s’en tiendront - ils donc jamais à la vérité ? Chercheront- ils éternellement à tromper le peuple ?

Mais Je vais plus loin. Je veux faire voir que si on recommençoit à établir un gouvernement en Angleterre^ la nation ne choisiroit pas celui auquel elle est à présent soumise.

En traitant ce sujet ou tout autre , d’après des principes sains , l’ancienneté , l’usage perdent leur autorité , et l’erreur grossière est rejettée. Le mérite des choses ^ leur propriété doivent être examinés , abstraction faite des coutumes et de l’usage ; et sous ce point de vue , ce qui est bien est démontré chaque jour par la pratique , et

(i) Elle y est parvenue depuis.

îl acquiert bientôt le même avantage en principes et en théorie que s’il avoit la sanction de* mille siècles. Les principes n’ont pas besoin de l’autorité du temps , non plus que la vérité n’a besoin de celle des noms.

En disant que le gouvernement anglois est composé d’un roi , des lords et des communes , on ne fait que suivre une ancienne manière de parler. ïi n’est composé que d’hommes. Quels que soient les hommes auxquels le gouvernement d’un pays est confié, ils doivent être les meilleurs , les plus sages possibles ; et s’ils ne le sont point, ils ne sont pas dignes de leurs places. Qu’un homme s’appelle" roi ou lord ^ son titre ne lui donne pas plus de mérite , que je n’en acquerrois en changeant mon nom de Thomas Paine en celui de George Giielph.^ Je n’aurois pas plus de talent pour écrire, parce que mon nom seroît changé. De même aucun homme n’a plus de raison en s’appellant roi ou lord , que s’il s’appelloit Thomas Paine.

Quant au mot de communes , dans le sens qu’il a en Angleterre , c’est un terme d’insulte et .de mépris qu’on devroit cesser

d’employer , et qui n’est point en usaga dans les pays libres.

Supposons qu’on recommençât à établir un gouyernement en Angleterre, qu’on en présentât le plan à la nation pour qu'’elle Tapprouvât ou le rejettât^ et que ce plan fût composé de la manière suivante.

Premièrement, qu’un individu quelconque fût choisi parmi le reste de la nation , pour que ce reste de la nation lui jurât obéissance , n’eût jamais la permission de s’asseoir devant lui , et lui donnât un mih lion de livres sterling^ par an. Qu’en outre la nation n’eût jamais plus le pouvoir de faire des loix sans le consentement de l’im dividu au million sterling, et que ses fils et les enfans de ses fils , sages ou fous, feons ou mauvais, propres à gouverner ou non, eussent à jamais le même degré de pou-voir et le même million steflins: de rente.

Secondement /qu’il y eût deux chambres de législateurs ; les rnembres de l’une desquelles seroieiît d’abord nommés par la personne dont nous venons de parler , pour cju’ensuite leurs fils et les fils de leurs fils, fous ou sages, bons ou mauvais, propres à remplir leurs places ou non, seroieiU à jamais législateurs héréditaires.

Troîsièmement , que les membres de tre cbambre fussent, élus de la même manière que I@ sont actuellement les membres, des communes ^ et fussent assujettis en tout à l’autorité des deux pouvoirs héréditaires»

Il seroit sans doute impossible, de faire approuver de pareilles absurdités , non-seulement à la nation angloise , mais à aucune de celles qui sont en état de connoîtFe leurs droits et leurs intérêts.

Elle demanderoit d’abord par quel en* droit et par quels principes on a pu faire ces distinctions déraisonnables et déplacées; et quelles prétentions peut avoir un homme ou quels services il peut rendre pour avoir un million sterling par an ? Ils iroient plus loin. Ils se révolteroient à la seule idée d’assujettir leurs enfans et les enfans d.e leurs enfans à la domination de personnes qui ne sont point encore nées et qui peuvent aisément être des- scélérats ou des fous; enfin ils verroient que ce projet d'avoir des gouverneurs et des législateurs héréditaires , est une usurpation barbare des droits de la postérité. Non - seulement le calme de la raison et notre affection pour nos enfans, mais l’équité et la fierté uata-

relie à riiomme font rejetter un semblable système.

D’après l’absurdité dl’un tel plan ^ la nation angloise porterolt ses regards sur les inconvéniens qu^'il auroit à être mis à exécution. Elle verroit bientôt qu’il produiroit la fraude et la tyrannie ; qu’il y auroit toujours un combat de deux contre un ; parce que les deux partis héréditaires se réuniroient pour leurs intérêts communs, et qu’elle et ses représentans seroient regardés par deux partis , comme des fendeurs de bois et des porteurs d’eau. Appeliez un de ces pouvoirs roi , l’autre chambre des lords , le troisième chambre des communes , et vous aurez le modèle de ce qu’on appelle le ^gouvernement anglois.

J’ai avancé et prouvé dans la première et dans la seconde partie des Droits deThom^ me , qu’il n’existe point en Angleterre de conslitution, et que le peuple anglois a encore sa constitution à faire.— Une constitution est antérieure au gouvernement. C’fest l’acre par lequel un peuple crée son gouvernement , délègue ses pouvoirs , et limite rétendue et l’exercice de ces pouvoirs. — Or quand est«ce que le peuple anglois a lui-

même ou par ses représentaus élus exprès , déclaré et dit : — « Nous peuple de ces » contrées , nous choisissons ceci et le » constituons pour système et forme de M notre gouvernement ». — Le gouvernement britannique s’est constitué lui-même. Jamais un peuple ne l’a constitué , et c’est pourtant dans le peuple seul que réside le droit de constitution.

Je veux citer ici le préambule de la constitution fédérative des treize Etats-Unis de l’Amérique. J’ai déjà fait voir dans la seconde partie des Droits de V homme , de quelle manière cette constitution avoit été formée et ratifiée. En voici le préambule.

« Nous LE Peuple des Etats-Unis , vou- » lant former une union plus parfaite , établir l’administration de la justice, main- » tenir la tranquillité intérieure , fommir » a la défense corsimune , concourir au » bien général , assurer les bienfaits de la » liberté à nous et à notre postérité , or-

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