A L’ABBÉ R A Y N A L
P BUT - ÊTRE devr ois-je commencer par m’excuser d’attaquer un homme aussi célèbre que l’abbé Raynal : mais comme la vérité est le vœu le plus ardent de la philosophie , et le premier principe de Thistoire, j’espère que cet écrivain en voyant que je n’ambitionne que de faire rendre justice à qui elle est due , approuvera mes motifs , et me permettra de supprimer de vains compliment
Dans le cours de son ouvrage, l’abbé Raynal a souvent loué sans raison et blâmé sans motif. Il a distribué la gloire à ceux qui ne la méritoient pas, et l’a refusée k ceux à qui elle étoit due i et il paroît tantôt si indifférent , tantôt si passionné pour son sujet et ses personnages, qu’il n’a rien peint avec vérité.
Il n’est pas encore temps d’écrire l’histoire de la révolution d’Amérique. Quiconque Tentreprendra précipitamment , est
sûr de se tromper sur un grand nombre de faits et sur le caractère des personnes qui y ont joué un rôle ^ et de se jetter dans des embarras inextricables. Les choses , ainsi que les hommes , ne peuvent pas être bien jugées à la première vue. L’abbé Raynal s’est trompé , même dès la base de son ouvrage. Il a mal conçu et mal représenté les causes qui produisant une rupture entre l’Angleterre et ses colonies, ont occasionné insensiblement , et sans que l’Amérique s’y fût préparée , une révolution qui fixe l’attention de l’Europe.
Pour prouver ce que j’avance, je vais citer un passage de l’écrit de l’abbé Raynal^ pass.age qui , quoique placé à la fin de son ouvrage , a plus de rapport avec le commencement, et dans lequel, en parlant des motifs de la querelle, il dit;
et Pas une de ces causes énergiques qui >9 ont produit tant de révolutions sur le » globe , n’existoit en Amérique. Ni la re- 39 llgîon , ni les loix n’y avoient été outra- ^ gées : ni le sàng des martyrs , ni celui dés 33 patriotes n’avoît coulé sur l’échafaud. 33 La morale n’y avoit point été insultée : 33 les mœurs , les coutumes , les usages ,
» aucun des objets chers aux nations , n’y » avoient été tournés en ridicule. Lepou- » voir arbitraire n’y avoit arraché aucun » habitant des bras de sa famille et de ses » amis pour le traîner dans l’horreur des 3» cachots. L’ordre public n’y étoit point
interverti : les principes de l’administrajvtion n’y avoient point été changés, et 3> les maximes du gouvernement y étoient » toujours demeurées les mêmes. Toute »» la question se réduisoit à savoir si la mère- 33 patrie avoit ou n’avoit pas le droit de 33 mettre directement ou indirectement , >3 une taxe sur ses colonies 33.
Il est nécessaire de remarquer en général, à l’occasion de ce singulier passage , que ceux qui souffrent peuvent seuls bien sentir leurs maux ; et pour qu’iin homme puisse bien juger de ces causes énergiques de la révolution , pour me servir des expressions de l’abbe Raynal , il faut qu’il ait résidé en Amérique.
En disant que toutes les choses dont il fait l’énumération n’existoient point en Amérique, et en négligeant de marquer l’époque où il prétend qu’elles n’existoient pas, l’abbé K aynal détruit toute l’autorité de son assertion.
Elles n’exîstoient pas en 1763 ^ et elles exîstoient en 1776 ; conséquemment ily a eu pour elles une époque d’existence et une de nonexistence. Le temps d’existence constitue le fait : ne pas le citer c’est détruire la seule au/^ torité qui peut prouver si l’assertion est juste ou fausse , et avec laquelle elle doit se soutenir ou tomber. Mais cette assertion , telle qu’elle est présentée , sans indiquer aucune époque, semble prouver que la révolution d’Amérique n’a eu, en effet, aucun motif fondé, puisqu’il n’y existoit aucune de ces causés , que fabbé Raynal appelle énergiques.
J’avoue qu’il m’est impossible de deviner le temps auquel l’abbé Raynal fait allusion; car, dans un autre endroit de son écrit, il appelle l’acte du timbre , passé en 1764, un attentat aux droits les plus précieux ^ les plus sacrés des Américains . Il convient donc ici que la plus énergique des causes , un attentat aux droits les plus précieux, les plus sacrés, existoit en Amérique douze ans avant la déclaration de l’indépendance, et dix ans avant les premières hostilités.
Le temps auquel l’assertion de l’abbé Raynal peut convenir, précède vraisembla-
Uement l’acte du timbre : maïs comme dans ce temps on n’aroit aucun projet, aucune idée de révolution ^ son assertion ne signifie rien; et comme, suivant ses principes, elle ne doit pas être appliquée au temps postérieur à Tacte du timbre , elle n’est plu» qu’une vaine déclamation qui ri’a de rapport avec rien , et ne ressemble à rien.
L’acte du timbre fut , il est vrai , révoqué deux ans après sa création : mais cette révocation fut immédiatement suivie d’un autre acte bien plus funeste , l’acte déclaratoire par lequel le parlement d’Angleterre s’attrî^ buoit le droit de lier l’Amérique de la manière qu’il lui plaîroit.
Si l’acte du timbre étoît un attentat aux droits les plus précieux des Américains., l’acte déclaratoire ne leur laîssoit aucune espèce de droit, et contenoit les principes du gouvernement le plus despotique qui ait jamais opprimé la terre. Il ravaloit l’Amérique, non - seulement au plus bas, mais au plus abject vasselage ; car il demandoit une soumission entière , sans condition , et comme l’exprime l’acte même, dans tous les cas quelconques. Ge qui rendoit encore cet acte plus outrageant , c’est qu’il porte !e
caractère d un acte de grâce ; aussi on peut dire a cette occasion <^ue Z2 tendre miséri^ corde des méchàns est cruelle.
Toutes les chartes originales de la couronne d Angleterre J sur la foi descjuelles les aventuriers du vieux monde vinrent s’établir dans le nouveau , sont ébranlées dans leurs fondemens par cet acte déclaratoire. Ces chartes étoient des contrats qui avoient paru jusqu’alors lier les deux parties ; mais qui y d api es 1 acte, peuvent être cassés ou altérés , à la volonté d’une seule. Le sort de 1 Amérique restoit alors entre les mains du parlement et du ministère, sans qu’elle eût le moindre droit dans aucun cas que ce pût être.
Il n est point de sorte de despotisme que cette loi inique ne pût favoriser ; et quoique dans son execution on eût dû consulter les mœurs et les usages des Américains , il n’en est pas moins vrai que d’après les principes sur lesquels elle étoit fondée, elle rendoit toute tyrannie légale. Elle n'’avoit point de bornes , s’appliquoit à tout et concernoit toute la vie d’un homme, ou, si je puis m’exprimer ainsi , une éternité de circonstances.
La nature de la loi est de demander d® l’obéissance ; mais celle-ci exigeoitde la servitude: et sous son empire, la condition d’un Américain n’étoit plus celle d’un sujet , mais d’un vassal. La tyrannie a été souvent établie sans loi, et quelquefois contre la loi; mais l’histoire du genre humain ne fournit pas un autre exemple qu’elle l’ait été par la loi. C’est outrager insolemment la justice ; et on ne sauroit trop faire connoître un tel acte pour qu’on le déteste comme il le mérite.
On ne peut pas dire que depuis cet acte l’Angleterre ait créé quelques loix pour l’Amérique : elle n’a plus fait que lui transmettre des ordres ; car, quelle différence y a-t-il entre des actes du parlement rendus d’après des principes et exécutés arbitrairement chez un peuple non-représenté , et les ordres d’un gouvernement militaire ?
Le parlement d’Angleterre n’étoit pas septannuel relativement à l’Amérique; il étoit perpétuel. Il ne lui paroissoit qu’un corps toujours existant. Son élection, son expiration étoientà ses yeux une succession dont les héritiers mouroient quelquefois , ou plutôt vivoient toujours , et qu’ils conservoient
comme un office. Aussi , pour que le peuple anglois ait une juste idée de la manière de penser des Américains à l’égard de cet acte extraordinaire , il faut qu’il suppose qu’il n’y a plus d’élection, ni d’expiration du parlement , et que les membres actuels et leurs héritiers jouiront de leurs places à perpétuité. Alors je demande ce que diroient les très -bruyans Anglois, s’il émanoit d’un tel corps un acte qui les lieroit d ans tous les cas que ce pût être ? Car ces expressions de tous les cas que cepilt être , pourroient tout aussi bien s’appliquer à la grande charte ^ au hiU des droits , aux jugemehs pnr jury y qu’aux chartes et aux formes du gouvernement de l’Amérique.
Je suis persuadé que l’écrivain à qui j’adresse cette lettre, ne dira plus, après avoir eu connoissance de cet acte : ce qu’en Ame- 0 rique les principes d’administration n’a- » voient point été changés, et que le gouver- » nement y étoit toujours le même».
Nous croyons ici, au contraire, que tout a été renversé; qu’on ne voulo't pas altérer seulement la liberté , mais la détruire dans ses fondemens , et la remplacer par une dotnlnation absolue.
Vahhé
I- abbéRaynal rejîrésente les choses d’une nicimere fausse et outrageante pour les
Amrricajiis, quand ildjt «que toute la
» question se réduisoit à savoir si la mère- » patrie avoit ou non , directement ou in- » directement , le droit d’imposer une Ié«
» gère taxe à ses colonies ? » — . Ce n’étoit certainement pas toute la question : la taxe, pitis ou, moins forte , n’étoit pas non plus ce qui importoit au ministère, ni aux Américains. Ce qui révoltoit ceux-ci, c’étoit leprincipe. Autrement la taxe ne les eût que
peu inquiétés, quelque forte qu’elle eût été.
La taxe sur le tlie , qui est celle dont nous parmns, n ’étoit qu’un essai pour faire passer 1 acte deciaratoire , dans lequel on avoit eu soin d insérer la phrase à la mode de la suprématie universelle du parlement } car , jusqu’alors , cet acte déclaratoire avoit été sans effet , et ses fermiers se contentoient d’énoncer de temps en temps leur opinion en sa faveur,
1 oute la question , au commencement de la dispute, étoitdonc de savoir si nous serions lies dans quelque cas que ce pût être ' par le parleprent d’Ajigleterre, ou si noua
ne le serions pas ? Car notre somnission àla taxe sur le thé devenoit une reconnoissance formelle.de l’acte déclaratoire , ou en d’autres te; mes , de la suprématie universelle du parlement, que nous étions résolus de dénier toujours , et à laquelle il falloit conséquemment nous opposer tout de suite.
Il est probable que l’abbé Piayrial aura ete induit en erreur par la lecture de quelques | morceaux détachés qui se trouvent dans les | gazettes américaines; car dans une affaire ^ qui intéressoit tout le monde , chacun avoit f droit de donner son opinion ; et il y avoit des gens qui , avec les meilleures inten- ^ lions , ne savoient pas choisir les meilleurs moyens de se défendre. Ils se sentoient en- ? traînés vers le bien par l’impulsion générale: mais seuls , ils n’étoient pas en état de dis- |
tinguer ce bien-la. ^ ^
Je ne me soucie pas trop d’examiner en i détail ce passage extraordinaire de l’ecrit de l’abbé Rayrial, parce que je ne veux pas ^ avoir l’air de le traiter avec trop de sévérité : 1 autrement , je ferois voir que rien de ce qu’il | dit n’est fondé. Par exemple , n’a-t-on pas ^ voulu faire revivre un acte oublie , rendu ^ SQUS le règne d’Henri VIII j d apres lequel |
les Américains pouv oient j suivant la volonté du parlement , être arrêtés , transportés en Angleterre , et là emprisonnés pour y subir leur jugement? Ce qui signifie en. d’autres termes, qu’un pouvoir arbitraire les arraclieroit des bras de leurs parens et de leurs amis , pour les traîner au loin et les renfermer dans des cachots horribles. Cet acte nous fut présenté quelques années avant nos hostilités j et si le sang des patriotes et des martyrs de la liberté n’a pas coulé sur des éci.afauds , il a inondé les rues, en 1770, lorsque la soldatesque britannique massacra une partie des habitans de Boston.
Si l’abbé Raynal avoit été bien instruit," auroit-il pu dire que les causes qui ont soulevé les Américains, dilféroient de toutes celles qui ont produit des révolutions dans les autres parties du globe ? Ici , le prix de la liberté , les principes du gouvernement , la dignité de l’homme sont connus ; et l’attachement des Américains à leurs droits est l’inévitable cause de leur révolution. Ils n’avoient point une famille particulière à élever ou a abaisser. ÎNul intérêt de personnalité ne se mêloità leur cause. Tous liés eo
semble , ils furent poussés vers leur affranchissement par la conduite impérieuse de la Grande-Bretagne, quineserelâchoit sur rien. Que dis-je ? Leur dernière démarche , la déclaration de leur indépendance a presqu’été trop tardive ; et si l’on n^avoit pas saisi le moment où on la lit , je ne vois pas qu on eût pu trouver depuis une occasion de la faire avec le même succès.
Mais l’indépendance des Américains, ayant été promue avant leurs revers à la guerre , e’est-à-dire , arant la désastreuse campagne de 1776 , l’honneur, l’intérêt, tout les portoit à achever ce qu’ils avoient commencé. Cette énergie de l’ame, cette élévation de la pensée qu’inspire toujours la lioerte , a quelque distance qu’on la contemple, ranima leur confiance et leur donna nn courage qu’ils n’auroient jamais senti dans nn état d’asservissement. Ils voyoient toujours devant eux des jourspUis heureux, des jours où ils pourroient se reposer; et dans cet espoir , ils snpportoient tous les maux , toutes les fatigues de la guerre.
Si nous considérons la manière dont l’Angleterre s’est conduire envers nous, nous verrons qu’elle nous a voulu faire subijr
tout ce qui peut humilie^ une nation. Elle nous iiisultoit sans cesse, et ne inontroit envers nous que cette hauteur ridicule qui caractérise les héros de la populace, et que méprisent les honnêtes gens. Elle doit autant la perte de ses coletnies à sa vanité qu’à ses injustices. Celles-ci ont révolté les cœurs des colons , mais l’autre' les avoit irrités dès long-temps ; et c’est un exemple qui doit apprendre au reste du monde qu’il faut gouverner un peuple, non-seulement avec équité, mais avec douceur, avec affabilité. En im’mot, beaucoup d’autres révolutions ont été produites par le caprice, par l’ambition ; mais ici l’innocence humiliée étoit tourmentée avec rage , et forcée dès l’enfance de verser des pleurs.
Une union aussi étendue , aussi ferme, aussi constante , qui déterminoit à souffrir avec patience, et ne permettoit jamais le desespoir , ne pouvoit pas être l’effet ’d’iine cause ordinaire. Elle ne devoit son existence qu’a quelque chose, capable d’occuper toutes les lacultés de l’ame et de l’armer d une éternelle énergie. Ce seroit en. vain qu’on cliercheroit dans les révolutions anciennes, quelque objet de comparaison avec
les motifs qui nous ont mis les armes à la main. L’origine de notre insurrection , ses j progrès ^ son but , ses conséquences , les ^ hommes qui l’opèrent , leur manière de ’ penser , le pays même et ses rapports ^ tout enfin la rend différente des autres.
L’histoire des révolutions des autres peuples n’étoît ordinairement que l’histoire de leurs querelles. On n’y distingue guère de caractère important. Les hommes y disparoissent sous la masse des événemeiis ; et tandis que le chef du parti triomphant É s’empare de tout le pouvoir , la multitude ^ reste écrasée et verse des larmes.
Peu de révolutions ont occasionné des réformes dans les mœurs et le gouvernement ; et beaucoup n’ont fait que favoriser l’excès des vices. Les succès d’un côté , les revers de l’autre : voilà ce qu’elles > ont de plus remarquable. Alors les chagrins , les tourmeiis , la mort deviennent familiers au point que la pitié , ce sentiment i si doux au cœur , en est bannie , et que ^ l’œil forcé de contempler sans cesse le i spectacle de la cruauté , cesse d’en être blessé.
Mais la révolution américaine différant^
dans ses principes de celles qui Font précédée , la conduite des Américains a également différé de celle des autres peuples , et dans le gouvernement et dans la guerre. Jamais le doigt souillé du déshonneur^ ni la main sanglante de la vengeance , n’ont imprimé la moindre tache à leur réputation. Leurs victoires ont été illustrées par la clémence ; s’ils ont permis le sommeil des ioixj c’est lorsque leur vigilance les auroit forcés de punir. La guerre qui est une sorte de commerce doBt presque toutes les nations semblent avides , n’a été admise ici que par nécessité ; et quand cette nécessité disparoîtra, les ennemis memes de l’Amérique seront obligés d’avouer que comme elle n’avoit tiré l’épée que pour sa juste défense , elle s’en est servie sans cruauté et l’a remise sans peine dans le fourreau.
Mais mon dessein n’est point de faire de ces réflexions une histoire , et je n^ajouterai qu’une simple observation sur le passage de l’abbé Raynal auquel je réponds ici ; c’est qu’à moins que je n’acquière d’autres lumières sur les causes de la révolution de l’Amérique j je croirai toujours que quoiqu’il en pût arriver , le cabinet britannique
avôit fermement résolu de nous clierclier querelle.
Les merabres qui composent ce cabinet iie doutoient nullement du succès , s’ils pouvoient nous obliger d’en venir à la dé., cision d’une bataille ; et iis attendoient d’une conquête ce qu’ils ne pouvoient proposer avec décence, ni espérer par des négociations. Les cliur tes, les constitutions des colonies les ofiénsolent. Les progrès rapides de nos établissemens et de notre population leur déplaisoient d’autant plus qu’ils les re- 'gardoient comme un aclieminement certain vers l’indépendance. Ils ne voyolent d’antre Snoyen de nous retenir qu’en s’y prenant à temps pour nous réduire. Une conquête les ïendoit tout à-la-fois seigneurs suzerains et propriétaires , et les mettoit en possession des revenus et des fonds. Il ne falloit qu’une victoire pour assurer le despotisme de leur gouvernement et mettre fin à toute contestation, à toute remontrance.
L’acte du timbre leur avoit appris combien il éfoit avantageux d’avoir un prétexte de qnerebe, et ilscroyoient n’avoir rien de mieux à faire que de renouvelier la même ecène, et d’allumer la guerre. Ils vouloient
une rébellion , et ils la firent éclore# Ils esperoient une déclar«ation d’indépendance , et ils Penrent. Mais ensuite ils comptoient sur une victoire , et ils n’obtinrent qu’une défaite.
C est là ce qu’on doit regarder comme l’origine de la querelle ; et il faut convenir que les ministres anglois ne se sont point démentis jusqrPau moment où l’on a signé le traité de Paris. La conquête leur parut «alors douteuse. Ils eurent recours à la iié^odation et ils furent encore vaincus.
L abbé Raynal a sans doute beaucoup de talent. Il connoît bfen sa langue et il sait habilement l’employer : mais il semble qu’il ne se soucie pas de remplir les devoirs sévères d’un historien. Il ne rapporte que négligemment les faits. Ceux qu’il cite sont surcharges d’erreurs^ et pour la plupart obscurs et douteux. Les réflexions, les maximes sont, sans contredit, un ornement pour l’histoire et la rendent bien plus utile ; le style de l’écrivain en est plus varié, et sa sensibilité s’y développe davanlage : mais il est nécessaire que ce qui fait la base de ces réflexions soit vrai et soigneusement présente ; et c est ce qu’on ne trouve point
dans récrit de l’abbé Raynal. Cet auteur se hâte dans sa narration , comme s’il lui tardoit d’en être quitte pour se livrer à toute la chaleur de son imagination et de son éloquence.
Il renferme dans un court paragraphe les deux batailles qui furent données dans les Jerseys , l’une à Trenton en novembre 1776 J et l’autre à Princeton, en janvier suivant ; et quoique le sort de l’Amérique dépendît de ces deux actions , quoique sa liberté ait été alors sur le point de sa ruine, l’abbé Raynal n’en parle que légèrement et néglige le caractère des combattans comme la description du combat.
cc Le ï5 décembre 1776, dit* il , les Amé* 55 ricalns traversèrent la Delaware et tom- >> bèrent par hasard sur Trenton,. qui étoit occupé par quinze cents de ces mille D5 Plessois que leur avare maître avoit vendus d’une manière si infime au roi de la :>? Grande-Bretagne. Ce corps fut massacré, 33 pris ou dispersé. Huit jours après, trois 33 régimens anglois furent également chassés 33 de Prince- on ^ mais après avoir mieux 33 soutenu leur réputation que les troupes étrangères à leur solde 33.
Voilà comment l’abbé Raynal raconte les événemens les plus iinportans. Il fait précéder ce récit par deux ou trois pages de détails sur les opérations des deux armées, depuis l’époque où le général Howe vint d’Halifax, et se présenta devant New-Yorck, époque où ce général reçut des renforts considérables de troupes qui arrivoient d’Angleterre. Mais tout ce quedit ici l’abbé Kaynal , contient tant d’erreurs et démissions , que l’histoire , non une simple lettre, peut seule les relever.
A peine parle-t-il de l’action de l’Islelongue,ettout ce qui se passa dans les Plainesblanches est omis , ainsi que l’attaque et la perte du fort Washington où il y avoit une garnison de deux mille cinq cents hommes qui fut faite prisonnière de guerre , et qui entraîna l’évacuation précipitée du fort Lée. Ces malheurs furent en grande partie cause que les Américains traversèrent les Jerseys et firent environ quatre-vingtdix milles pour gagner laDelaware ; et cependant l’abbé Raynal ne dit rien de cette retraite, pendant laquelle les deux armées furent presque toujours en présence, où à peine l’arrière-garde de l’une brisoit un
pont, qne l’avant-garde de l’autre travaîlloit a li' reparer , et qui , par la nature du pays, par la i l gneur de la saison et par mie toiile d antres circonstances, luerite toute l'attention d’un historien.
Ce fut une époque désastreuse. Le danger croissoit , et il n’y avoit presque plus aucune raison d’espérer. Il est impossible de décrire ces scènes funestes. Ceux même qui en ont été les a.cteurs , sont étonnés d’y avoir résisté , et il leur est impossible de peindre la force d’ame ^ Fenthousiasme qui leur ont fait supporter tant d’infortunes accumulées.
Dans le temps où. l’armée fut levée ^ on s’a tendoit que la campagne seroit poussée si avant dans Fiiiver, qo’alors la rigueur de la saison et les mauvais chemins feroient suspendre les opérations militaires jusqu’au printemps, où Fon pourroit rassembler de nouvelles forces. Je cite ceci parce qu’il est nécessaire que tous ceux qui voudront écrire l’histoire de cette guerre fassent bien attention que jusqu’au 26 déceiiibœ , c’est-à-dire, jusqu’au moment où Fon attaqua les Hessois à Trenton , 011 croyoît que les Américains •nje vouloient que gagner du temps , et sou-
tênîr la campagrie, malgré le désavantage du nombre , avec le- moins de perte possible.
La prise de la garnison du fort Washington qui eut lieu le i3 novembre^ et l’abandon d’une partie considérable des soldats, dont l’engagement expiroit le 3o du même mois , eu peU de jours après , sembloient ôter toute ressource. On doit ajouter éneore que le peu de troupes restées sous les drapeaux , se trouvoient dans la plus affreuse condition ; car la garnison du fort Lée , qui composoit en grande partie cette armée , avoit été obligée de se retirer si précipitamment ^ qu’elle avoit abandonné ses provisions et ses bagages. Les soldats n’avoient ni tentes, ni couvertures. Ils ne pouvoient faire cuire leur manger qu’avec les ustensiles qu’on vouloit bien leur prêter en route. Cependant ils firent, dans cet état , une retraite de quatre - vingtdix milles , et ils eurent l’adresse de faire durer cette retraite dix neuf jours*
Ces revers jettèrent en un moment tout le pays dans le plus grand embarras. Il yoyoit un ennemi dans son sein sans avoir* de forces à lui opposer; on ne pouvoit es-
pérer de secours que de !a bonne volonté des habitans. Mais il fa’loit prendre un partiJ Il falloit que chacun songeât à soi. ^
C’est dans ces circonstances tout - àla-fois propres à épouvanter et à ranimer le courage , que l’homme riche, le maf-;^ chand, lefennier, le 'aboureur, quittèrent leurs affaires, leurs maisons , toutes les douceurs d’une vie paisible , pour prendre le ! mousquet et supporter les la igues d’une I campagne pendant la dure saison de l’hiver, f La lenteur qu’on avoit si heureusement!
mise dans la retraite à travers les Jerseys ,4 donna le temps à tous les volontaires des joindre l’armée du général Washington suri la Delaw^are. .■
L’aiîbé se trompe aussi en disant que les! Américains tombèrent par hasard sur Trenton. Le général Washington n’avoit pas!
d’autre but quand il passa la Delaware ,S pendant la profonde obscurité de la nuit Æ et à travers la neige , la glace et les orages. | Aussi repassa-t-il la même rivière avec ses j prisonniers , dès qu’il eut accompli son projet. J
Cette entreprise ne pouvoit pas être un^ secret pour l’ennemi, car il avoit été averti,!
par une lettre qu’un officier angloîs de la garnison de Princeton écrivît au colonel Rolle qui commandoit les Hessois à Trenton , lettre qui fut ensuite trouvée par les Américains. Néanmoins Trenton fut surpris. Une petite circonstance qui avoit l’air dune méprise de la part des Américains, donna lieu à une méprise bien plus considérable de Rolle.
Voici le fait. On avoit fait passer la Delaware à une vingtaine d’Américains , qui se trouvoient dans un petit poste à quelques milles de là , et qui avoient à leur tête un officier qui n’étoit point instruit du dessein du général VV^ashington. Ils furent lencontrés et repoussés par un corps de Hessois la nuit de Noël , au moment où Rolle venoit de recevoir la lettre qui l’avertissoit d’une attaque. Les Hessois s’imaginèrent alors, que c’étoit là tous ceux qui dévoient les attaquer , et croyant que l’entreprise étoit manquée, ils rentrèrent dans leurs quartiers ; de sorte que ce qui auroit pu déconceiter les Américains , et les faire tomber dans une embuscade, ne servit qu’à tromper l’ennemi et favoriser l’attaque. Au point du jour, le général Washington entra dans la
yîlle , s’en rendit aisément maître et fit plus de neuf cents prisonniers.
Ces équivoques, ces heureuses méprises rentrant dans ce que î’abbé Piaynal appelle' vaste empire du hasard, auroient pu ouvrir un beau champ à sa pensée , et je voudrois qu’il les eût connues pour les embellir de ces réllexions élégantes qui dis-; tinguent ses écrits.
Mais la bataille de Princeton offrit encore plus de confusion et eut des suites bien plus extraordinaires. Les Américains , grâce aux heureux talens de leur général , non-seulement dérangèrent tons les plans des Anglois, au moment 6ù ceux-ci vouloient les exécuter , mais ils chassèrent de leurs postes un ennemi sxtpérieur en force , et le contraignirent de îeiminerla can pagne. Comme toutes les circonstances de cette campagne sont très-cxirieuses , et qxx’on ne les connoît que fort mal en Europe , je vais en rapporter les principales de la manière la jxlus concise qxx’il me sera possible. Mon récit servira à prévenir les errexxrs des historiens , qui voudront peindre la révolution de l’Amérique , et sauvera de l’oubli les exemples du plus grand courage.
Imiuqdiatement
linmédîatement après la surprise des Mes»' Sois à Trenton , le général Washington re^ passant la Delaware qui, en cet endroit, a environ trois quarts de mille de Iqirge , rentra dans son camp en Pensylvanie. Trenton cessa d’être occupé , l’ennemi étant posté à Princeton qui en est à douze miilesj et sur la route de New-Yorck. Le temps étoit excessivement froid. II n’y avoit sur le bord de la Delaware que quelques maisons où le général Washington logeoit ; et là , plus grande partie de l’armée se tenoit dans les bois et couchoit en rase camnagne* Ces circonstances engagèrent les Américains à traverser la rivière pour occuper Trenton, Ce fut, sans contredit, un projet hardi et fait pour inspirer de la défiance à l’ennemi, sur-tout si Ton considère la terreur panique qui s^empara de lui quand les Hessois furent pris. Mais pour donner une juste idée de cette affaire , il est nécessaire de décrire les lieux.
Trenton est situé sur un terreîn élevé,, à environ trois quarts de mille delà Delaware, et sur la rive orientale , c’est-à-dire , dans la province de Jersey. Au milieu de la ville, coule un ruisseau dont l’eau suffit à peine
pour faire tourner un moulin qu’on y a / construit, et va se jetter droit dans la Delaware> La partie haute de la ville , qui ■ est au nord-est du ruisseau, contient soixante-dix ou quatre-vingt maisons, et la , partie basse quarante ou cinquante. Le terrein qui borde le ruisseau des deux cotés, et sur lequel on a bâti les maisons , est assez ■ élevé; de sorte que les deux parties de la ville s’offrent mutuellement un coup-d’œil agréable, |et se communiquent par un pont en pierre d’une seule arche.
Le général Washington ne faisoit que de prendre possession de ce poste , et la plu- ^ part de ses troupes qui marchoient par délachemens n’étoient pas encore arrivées , , quand les Anglois laissant une forte garnison à Princeton , et s’avançant avec rapidité, entrèrent tout-à-coup dansTrenton par le côté de la haute ville , c’est-à-dire , le nord-est. Un parti d’Américains combattit les premiers qui se présentèrent , afin de donner le temps à nos gens de rassembler leur bagage et de gagner l’autre côté du
pont. /
Cependant en peu de temps les Anglois furent maîtres de la moitié de la ville. Le
general Washington conserva l’autre ; et les deux armées n’étoient séparées que par le ruisseau. La situation étoit on ne peut pas plus critique ; et si jamais le sort de l’Amérique dépendit des événemens d’un jour, ce fut ce jour-la. La Delaware cliarrioit déjà beaucoup de glace , et elle n’étoit plus guéable. Quand même on eût pu la passer , il eût été trop dangereux de le tenter en présence de l’ennemi ; de sorte que la retraite en Pensylvanie étoit devenue impossible.
D’ailleurs, tous les chemins étoient gâtés par le froid , et l’ennemi occupoit le principal.
A quatre heures , un parti d’Anglois s’avança vers le pont, dans l’intention de s’en emparer, mais il fut repoussé ; et quoique le ruisseau fût guéable depuis le pont jusqu’à la Delaware, il s’en tint à cette tentative infructueuse. Le ruisseau n’a qu’un lit étroit et inégal qu’un homme peut aisément franchir , quelque rapide que soit le cours de l’eau. Le jour alloit bientôt finir ; et les Anglois croyant avoir tout l’avantage qu’ils pouvoient desirer , et être les maîtres d’en profiter a leur volonté , se réservèrent pour faire une attaque le lendemain.
Maislelendemain produisit une scène aussi brillante qu’inattendue. Les Anglois étoient déjà sous les armes , et prêts à marcher pour attaquer les Américains ^ quand un dragon, arrivant de Princeton au galop, leur annonça que le général Washington avoit surpris ce poste pendant la nuit, en avoit chassé les défenseurs, et marchoit pour s’emparer des magasins de Brunswick. A cette nouvelle , les Anglois qui s’apprêtoiént à donner l’assaut à un camp évacué , furent consternés , et tournant d’un autre côté , ils prirent la route de Princeton.
L’action du Général Washington est si extraordinaire , que la postérité la regardera peut-être comme une fable. Il sera d’abord difficile de comprendre comment deux armées, dont dépendoient de si grands destins, pouvoient être accumulées dans une ville comme Trénton; et que l’une se retire, emporte ses bagages , toute son artillerie , sans que l’autre s eii apperçoive , dans un moment où. l’on se preparoit a 1 attaque , dans un moment ou l’on devoit se méfiei de tout et veiller avec le plus grand soin; Les Anglois furent tellement déçus, que quand ils entendirent le bruit du canon et de
la mousqueterie de Princeton , ils crurent , quoiqu’on fût en hiver , que c’étoit le tonnerre.
Le généra! Washington, afin de mieux cacher sa retraite de Trenton, avoit fait allumer nue rangée de feux au-devant de son camp.. Ces feux eurent !e double avantage de faire croire aux Anglois que les Américains se reposoient, et de leur dérober tous les préparatifs qu’on faisoit par derrière ; car on ne peut pas plus voir à travers la llainma qu’à travers une muraille ; et dans cette occasion, on peut dire avec vérité que ce fut une colonne de lumière pour une ai’mée et une colonne de ténèbres pour l’autre. Les Américains , après une marche de dix-huit milles , arrivèrent à la pointe du jour à Pi inceton.
Le généi'al Washington fît deux ou trois cents prisonniers , et les amena avec lui. L’avant-garde de l’armée angloise entra dans Princeton , environ une heure après que les Américains en furent partis : ' et ceux-ci , continuant leur marche le reste de la journée, allèrent camper à seize milles, dans un endroit commode, loin de la route principale qui mène à Brunswick. Mais tout co:
qu’îls venoîent de faire pendant deux jours, -f. où ils n’avoient pris ni repos , ni presqu’aucune espèce de rafraîchissement, les avoit ; tellement épuisés , qu’ils regardèrent comme ' un bonheur de pouvoir se coucher sur la , terre gelée , sans autre abri que la voûte des , cieux.
Par ces deux actions mémorables , faîtes avec des forces si inférieures à celles de leurs ennemis, les Américains terminèrent avec ; avantage une campagne qui, quelques jours auparavant , sembloit devoir entraîner la ruine totale du pays* Les Anglois craignant pour leurs magasins de Brunswick , marchèrent droit à cette ville , y arrivèrent le même jour fort tard, et y restèrent cantonnés pendant cinq mois, sans en remuer.
A présent que j’ai esquissé les principaux ' traits de ces deux actions intéressantes , je reviens à l’abbé Baynal, et je vais relever | ses erreurs relativement à la dette et au pa- .^J pier-monnoie des Américains. Voici ce qu’il L en dit : f
ce Ces richesses idéales étoient rejettées » plus le besoin les fit multiplier , plus onï » les déprécioit. Le congrès , indigné desT
iè affronts qne recevoit son papier , déclara » que tous ceux qui ne le recevroient pas au n même prix que Tor , seroient regardés » comme traîtres à la patrie,
35 Ce corps ne savoit-il pas qu’on ne force 35 pas plus la confiance que les sentimens? y> JM’appercevoit'il pas que dans la crise ac- 35 tuelle , tout homme raisonnable devoit craindre d'exposer sa fortune ? Ne voy oit-il >5 pas que dans le commencement d’une rés»5 publique il se permettoit des actes de des- >5 potisme inconnus dans les pays même où 35 l’oppression et la servitude sont devenues » familières ? Pouvoit-il prétendre qu’il ne >5 puniroit pas un simple défaut de confiance, 35 des mêmes supplices que méritoient à 55 peine la révolte et la ti-aliison ? Le congrès >5 avoit bien prévu tout cela ; mais il n’avoit » pas le choix des moyens. Ses méprisés et >5 méprisables chiffons de papier étoient 35 déjà trente fois au-dessous de leur valeur 55 première, quand il ordonna d’en fabri- >5 quer une plus grande quantité. Le i3 sep- >5 tembre 1779 > papier en circulation 55 s élevoit à 35,544/t55 liv. sterlings; et » Pétat devoit, en outre , 8,385,356 lir*
I» sans compter les dettes particulières da : y> chaque province ^
Dans ce passage Tabbé Raynal parle r comme si les États-Unis avoient contracté ^ une dette de plus de quarante millions ster- j' ling, outre la dette des états particuliers : :l après quoi il dit , à roccasion du commerce ' étranger que peut faire T Amérique : — ■ ce Les * » contrées de l’Europe , qui sont vraiment ; » commerçantes , sachant que l’Amérique ^ 33 a été réduite à contracter des dettes , à , 33 l’époque de sa plus grande prospérité-,
33 pensèrent sagement que dans sa détresse 33 elle ne pourroit payer qu-Q^ fort peu de 33 chose sur les marchandises qu’on lui 33 porteroit 3>, ^
Je sais qu’il doit être très-difficile de faire ;■ comprendre aux étrangers la nature et la ; valeur de notre papier-monnoie ^ car il y a . des Américains même qui ne peuvent pas s’en former une juste idée. Mais le sort de ^ ce papier est maintenant décidé : un con- ; sentement génér*al lui a permis de se repo<- ^ ser , et nous ne le regardons que comme ces \ autres choses inanimées , dont le long service mérite toujours de la reconnoissance. Chaque pierre du pont sur lequel nous avons .
passé, adroit à notre considération : maïs le papier-monnoie étoit une pierre angulaire , dont rimportance ne peut être oubliée. Les âmes sensibles éprouvent une certaine bienveillance pour les choses même auxquelles cette bienveillance ne peut paâ plus être avantageuse que leur indifférence no leur seroit nuisible. Enfin , telle est la vérité , et il n’est guère personne qui ne la sente.
Ma's revenons. Le papier - monnoie, quoicju’cmis par le congrès, sous le titre de dollars (i) , ne reçut pas toujours de ce corps la inôine valeur. Celui qui fut émis la première année équivaloir l’or et l’argent;; celui de la seconde année eut mi tiers de moins de valeur; celui de la troisième fut encore baissé , et ainsi du reste pendantl’espace d’environ cinq ans ; et à la fin , je croîs que tout le papier que le congrès avoit émis, ne pouvoit guère, d’après les valeurs données, se monter à plus de douze millions Sterluig,
Si l’on n’avoit pas eu cette ressource , i\
(i) C’est-à-dire rixdaler, ou (5ciis de la valeur d’eu> \irqn 4. shillings et 4 sols anglois...
âurolt certainement fallu lever dix ou douze millions d’impôts pour faire la guerre pen- . dant cinq ans : tandis que le papier servoit et finissoit par être réduit à rien , on if a , payé au cun impôt ; ainsi cela revient au ■ inême^ Qu’importe qu’on donne dix ou douze millions d’argent effectif, ou qu’ayant , cette somme en papier, elle perde tout d’un ; coup sàvaleur?
L’abbé Raynal suppose donc une dette où il n’y en a point ; puisque tous ceux qui ont consenti que le papier fût réduit à mesure qu’il passpit par leurs mains, ont effectivement payé une somme égale à ce que la guerre a coûté pendant cinq ans.
De plus, le papier- monnoie ayant cessé de circuler , l’or et l’argent prenant sa place, les frais de guerre que fera désormais l’Amérique, exigeront des impôts, mais:
coûteront réellement beaucoup moins que lorsque la dépréciation du papier avoîtlieu. Mais pendant qu’on paiera des impôts , on ne souffrira pas de papier; de même que pendant qu’on avoit du papier , on ne payoit pas d’impôts. Ainsi la chose reviendra au même , avec cet avantage pourtant , que quand on est obligé de payer des im-
pots , on est attentif à ses affaires, on modère ses besoins ; au lieu que la dépréciation du papier occasionne de la négligence et de la dissipation.
Pins encore, si un homme paie moins d’impôts qu’il ne perd par la dépréciation du papier , le changement est certainement à son avantage : mais s’il paie plus et que la répartition soit juste , cela prouve qu’il n’auroit pas pu soutenir la dépréciation , car elle est réellement un impôt comme les taxes ordinaires.
Il est vrai qu’on n’avoit jamais entendu ni meme prévu que la dette contractée par le papier- monnoie s’éteindroit de cette manière : mais comme le papier n’a éprouvé son sort que par le consentement de tous et de chacun en particulier, les débiteurs se trouvent pleinement acquittés. Peut - être n’y eut-il jamais d’acte aussi universellement désiré et aussi volontairement exécuté. Le gouvernement ne s’en est point mêlé. Chacun diminua la valeur du papier qu’il avoit en main : car tel étoit l’effet naturel de l’augmentation du prix des marchandises qu’on acquéroit avec ce papier. Mais comme par cette réduction on éprouvoit une perte
égale à celle qu’auroit occasionné une taxe pour raccjuittenient du papier , on^doit justement considérer cette perte comme un' impôt équivalent à celui qu’on auroit pin mettre à la fin de la guerre pour cet acquittement. Qu’importe encore une fois, qu’une ï certaine somme de papier se réduisît à rien.^ en vos mains , ou qu’il vous fallût payer cette n même somme pour retirer du papier dea; mains d’un autre ? ^
J’insiste. Le papier-monnoie fut émls^ pour pouvoir subvenir aux frais de la guerre.^ 11 a rempli cet objet sans que le public ait eu à supporter aucune autre charge. Mais» supposer, comme l’ont fait quelques per-j sonnes, qu’à la fin de la guerre il eut la'^ valeur réelle de l’or et de l’argent, c’est j vouloir que la guerre nous ait procuré un^ bénéfice de deux cent millions de dollars j au lieu de nous coûter des frais. , \
S’il reste encore à comprendre quelque^ chose, relativement au papier-moiinoie, qu’on ^ songe que la guerre qui le produisit étoit la» guerre de la nation , la guerre de la patrie. Iljï falloit soutenir rindépendançe des AmérL» cains , assurer leurs propriétés , sauver leur » pays. Le gouvernenient,rarmée^ le peuple ne «
faîsoîent qu’un. Dans d’autres guerres les rois peuvent perdre leur trône , leurs états : mais ici la perte tomboit sur la majesté de la nation, et sur ses propriétés qu’elle défendoit les armes à la main. Tout le monde sachant bieïr cela, chacun marche au combat , pale une portion des frais de la guerre, comme souverain de ses propres possessions, et s’il est vaincu, c’est un monarque qui tombe.
L’abbé Raynal dit que l’Amérique a contracté des dettes dans le temps de sa prospérité , c’est-à-dire , avant la guerre : mais quoiqu’il n’en ait pas eu l’intention , cette remarque montre la différence des avantages du commerce d’un pays indépendant, et de celui qui est dans la dépendance. Un pays qui est dans la dépendance et dont le commerce est sans cesse entravé , ne peut que perdre malgré tous les bienfaits de la paix, et il est forcé de contracter des dettes. Mais un état indépendant n’a pas besoin de crédit, même pendant la guerre. Ses magasins sont remplis de marchandises ; l’or et l’argent sont sa seule monnoie. Il n’est pas aisé de dire ce qui a produit ces changemens parmi nous. Mais ce sont des faits j et
les faits sont plus convainquans que tous les raisonnemeiis.
Comme il est probable que cette lettre sera publiée en Europe , les remarques que je viens de faire serviront à prouver toute la folie de la Grande-Bretagne, qui fondoit l’espoir de ses succès sur l’extinction de notre papier* monnoie. Une telle idée est si puérile^ si pauvre, qu’on peut alors comparer l’Angleterre à un lion affamé , qui attend sa proie de ce qui tombe dans \ine toile d’araignée.
Après avoir ainsi parlé de notre papiermonnoie , l’abbé Raynal raconte l’état où se trouvoit l’Amérique dans l’hiver de 1777, et au printemps suivant; et il termine ses observations en citant le traité signé en France et les propositions du ministère britannique, auxquelles les Américains ne voulurent point entendre. Par la manière dont l’abbé Raynal a arrangé ces divers faits, il paroît qu’il est tombé dans une erreur grossière ; et il n’est pas le seul écrivain européen qui ait commis la même faute ; car chacun a attribué' à une cause différente le refus des propositions du ministère anglois , et aucun d’eux n’a connu la vraie.
Pans l’hiver de 1777 , et le printemps
suivant , le congrès étoit assemble à Yorck- Town, en Pensylvanie. Les Auglois ëtoient en possession de Philadelphie , et le général Washington étoit avec son armée, à vingtcinq milles, et logeoit dans des cabanes à Vally-Forge. Tous ceux qui s"en souviennent, savent que la saison étoit rigoureuse, mais que les Américains ne désespéroient pas ; et voici cependant comment Pabbé Raynal en parle.
<c Une multitude de privations, ajoutées à tant d’autres infortunes , pouvoit engager les Américains à regretter leur pre- >5 mière tranquillité , et les faire pencher pour un accommodement avec l’Angle- » terre. En vain le peuple s’étoit lié au nou- » veau gouvernement par la sainteté du serment et l’empire de la religion ; en vain >> avoit - on essayé de le convaincre qu’il étoit impossible de traiter sûrement avec » un pays où un parlement pouvoit renver-^ ser ce que l’autre avoit établi j en vain » avoit-il été menacé du ressentiment éter- >5 neld’un ennemi vindicatif , il étoit pos- » sible que ces dangers éloignés ne fussent » pas balancés pa:ç’ le poids des maux pré- » sens.
« Ainsi pensoit le ministère brltanmqtlô 5> quand il envoya dans le nouveau monde 33 des agens publics, autorises a offrir tout> 33 excepté rindépendaiice , à ces mêmes 33 Américains , dont deux ans auparavant 33 il exigeoit une soumission entiere. Il est 33 probable que si ce plan de conciliation 33 avoit été proposé quelques mois plutôt, il 33 auroit eu quelqu’effet : mais à l’époque 33 où la cour de Londres en fit usage , il fut 33 rejette avec dédain ; parce que Cette me- 33 sure ne sembloit être qu’un argument de 33 la peur et de la foibiesse. Le peuple étoît 33 déjà rassuré. Le congrès, les généraux, les ■33 troupes , tous les hommes courageux et 33 adroits de chaque colonie, s’étoient em- 33 parés de l’autorité ; tout avoit repris son 33 premier esprit ; et c etoit la 1 effet du 33 traité d’amitié et de commerce entre les 33 États-Unis et la cour de Versailles , signé 33 le 6 février 1778 33.
Je nepuis m’empêcher de remarquer à l’occasion de ce passage, qu’un des premiers devoirs de l’historien est non-seulernent de bien peindre les circonstances, mais d’en marquer exactement le temps. Quand on le néglige, on jette les lecteurs dans une confu-
sion
sion et (les méprises sans fin ; les effets sont totalement séparés deJeursTexitablescauses.
et paroissent liés avec d’autres auxquelles ils n’ont aucun rapport.
L’abbé Raynal , en disant que les offres du ministère britannique furent rejettées avec dédain , a raison quant au fait ; mais il se trompe sur le temps , et cette erreur de temps fait qu’il se méprend sur la cause.
Le traite signe à Paris , le 6 février 1778 , ne pouvoit avoir aucun effet en Amérique , jusqu’au moment où il y fut connu. Quand l’abbé Raynal dit que larejection des offres du ministère anglois fut la conséquence de •1 alliance des Américains avec la France, il donne à entendre que ce fut en conséquence de l’alliance connue en Amérique.
Mais il n’en étoit pas ainsi ; et par cette erreur , non- seulement il ôte aux Américains la gloire que leur fermeté inébranlable mérita dans une situation si difficile , mais il donne injurieusement à penser que s’ils n’avoient pas eu connoissance du traité, les offres du ministère auroient probablement été acceptées. Cependant, je le répète , l’Amérique ne savoit rien du traité quand la rejection du traité eut lieu , et
conséquemment elle ne le rejetta pas par cette raison.
Les propositions ou offres , dont nous parlons, étoient contenues dans deux bills que lord Nortli présenta au parlement , le ly février xyjè. Ces bills passèrent dans l’une et l’autre chambres avec une vitesse extraordinaire ; et avant qu’ils n’eussent éprouvé toutes les formes parlementaires, on les envoya à lord Howe et au général son frère , qui étoient en ce moment tous deux chargés des pouvoirs de l’Angleterre. Le général Howe les fit imprimer à Philadelphie , et en adressa des exemplaires , par un trompette, au général Washington, pour qu’il les fît passer au congrès à Yorck-Town, où ils furent remis le 21 avril 1778. Mais en voilà beaucoup sur l’arrivée des bills en Amérique.
Suivant son usage , le congrès nomma un comité pour examiner les bills et lui en faire le rapport. Ce rapport eut lieu dès le lendemain 22 ; on le lut, on l’approuva unanimement, et on l’imprima dans le journal du congrès, afin que tout le monde en prit connoissance. Ce rapport doit être la rejection dont parle l’abbé Raynal ; car le con-
grès ne publia point le détail de ses opi^ nions. Mais les commissaires anglois s’étant encore adressés à lui , par une lettre écrite le 27 mai , et reçue à Yorck-Town le 6 juin, le congrès dans sa réponse se référa à la résolution qu’il ayoit publiée le 22 avril.
Le 2 mai , c est-à-dîre , onze jours après la rejection , le traité entre la France et les Etats-Unis arriva a Yorck-Town ; et il est certain que jusqu’à ce moment le congrès* n’en avoit pas la moindre idée. Mais de peur que ce que je dis ici ne passe pour une simple assertion, je vais donner des preuves à l’appui; car c’est un point très -important de n»tre révolution. Il sert à montrer que des 1 instant où nous eûmes déclaré notre indépendance , quelque fâcheuse , quelque dure que fût notre situation, jamais rien ne nous ht songer à rentrer sous le jouer. Le malheur, la force , l’artifice , les exhortations furent inutiles. Cette preuve est d’autant plus utile , que le système du ministère britannique étoit alors comme il a été avant et depuis, de montrer aux puissances de l’Europe que l’Amérique étoit incertaine dans sa résolution et dans sa politique ; es-
pérant sans cloute, par ce moyen, nouspeiclr8 | de réputation en Europe , et affoiblir la| confiance que ces puissances étoient dispo-| sées à nous accorder. ^ I
Dans ce temps-là, j’étois secrétaire au dé-^ partement des affaires étrangères du con-i <rrès. Toutes les lettres politiques des com-^. missaires du parlement restoient en mes; mains ; et toutes celles que le congrès écri-^ voit officiellement sortoient de mon bu-^:
■ reau. Le congrès savoit si peu que de traité ; de Paris étoit signé, quand il rejetta les, offres des ministres anglois, qu’il y avoit au; moins un an qu’il n’avoit pas reçu un seul mot de ses agens à Paris ; pro bablement que . la perte de Pbiladelpbie et de la navigation' de la Delaware , ainsi que le danger ([u ’on couroit sur des mers couvertes de corsaires^ anglois, occasionna ce retard. ;
Il est vrai qu’il étoit arrivé un paquebot à Yorck-Town , au mois de janvier précédent, r’pst-à-dire , environ trois mois avant 1 arrivée du traité, mais, chose singulière!
on avoit pris toutes les lettres et mis du papier blanc à la place, avant de mettre la malle à bord du vaisseau qui l’apporta de France.
Apres avoir bien marqné le temps où les propositions des commissaires brit.inrirqiies furent faites pour la première fois , ainsi que le temps où le traité d’alliance arriva; après avoir montré que la rejection du premier pi*écéda de onze jours l’arrivée du second , et qn’alors on ii’avoit pas la plus légère notion de ce qui devoit arriver^ la rejection doit être véritablement attribuée à ces ressentimens constans , inébranlables que les Américains avoient contre leur ennemi, et à la résolution dans lacpielle ils étüîent de faire tous les efforts possibles pour soutenir leur indépendance,. ‘Et il faut bien se garder d’imputer leur courage à une circonstance favorable ^ cju’aiors ils ne connoissoient ni ne pou voient connoître.
En outre , on trouve dans le langage de la rejection une vigueur et un esprit de défiance, qui, s’étant manifestés avant la connoissance du traité d’alliance , fait le plus grand honneur aux Américains ; car ce qui dans la de tresse est la preuve d’un Vrai courage, devient de l’insolence dans la prospérité ; et le traité d’alliance metioit rAmérique dans un tel état de force, qu^
s’il eut été connu ^ la réponse des Américains eût plutôt eu Tair d’un triomphe insultant , que l’effet d’une intrépidité calme.
En un mot^ l’abbé Raynal semble avoir mal entendu tout cela ; autrement , au lieu d’attribuer la rejection des offres britanniques à notre connoissance du traité signé avec la France , il eût dit que c’étoient les Anglois qui n’avoient fait ces offres que parce qu’ils connoissoient ce traité. Voilà pourquoi ils furent si pressés de se rendre en Amérique , avant même que les bills eussent été soumis à toutes les formalités qui en font des actes. On vouloit qu’ils eussent l’avantage d’arriver en Amérique , avant qti’on y eût reçu la nouvelle du traité ; et en cela on réussit parfaitement : mais il en fut autrement des propositions qu’on lit; elles eurent le sort qu’elles méritoient si bien.
Les dates seules prouvent que les bills ne furent présentés au parlement qu’après la signature du traité de Paris ; car cette signature est du 6 février, et les bills sont du 17. Le discours que prononça alors Charles Fox, prouve également que le traité étoit connu
au parlement ; car il en fît mention et défia Je ministre de nier le fait (i).
En Congrès^ le 22 avril 1778.
(1) c< Le comité auquel a été renvoyé la lettre Jit général Ho we, du 18 courant, renfermant un certain papier envoyé de Pliiladelpliie , qu’on prétend être la copie d’un bill du parlement de la Grande-Bretagne, par lequel ce parlement déclare ses intentions relativement à V exercice de ce qu’il appelle son droit d’imposer des taxes aux Etats - Unis 5 ainsi que d’un autre bill, où ce même parlement autorise le roi de la Grande- Bretagne à envoyer des commissaires en Amérique avec pouvoir de traiter , consulter , et s’accorder sur les moyens d'appaiser certains troubles dans lesdits Etats 9 Le comité observe : ^
33 Que ledit papier ayant été artificieusement répandu par les émissaires de l’ennemi , avec un air de secret et de partialité , il est nécessaire de le faire imprimer , pour que le public le connoisse d’une manière authentique.
33 Le comité ne peut assurer si ce que contient ce papier a été fabriqué à Philadelphie , ou si c’est l’ouvrage du parlement Britannique 5 encore moins s’il doit réellement être présenté à ce parlement , et si ledit parlement voudra lui donner le caractère ordinaire de £es loix. Mais le comité pense pourtant que cela pourra arriver , par les raisons suivantes :
Mais SI je ne suis point ëtonné de voir l’abbé Raynal se tromper sar des choses qui
» Premièremerît, ie général anglois a fait, pendant l’iiiver dernier, cpieiques foibles efforts pour mettre sur pied une espèce de traité , quoique par une fausse idée de sa propre importance , par défaut d’informations ou par quelqu’autre cause, il ne se soit pas adressé à ceux qui étoient revêtus d’une autorité nécessaire.
» 2°. Parce que les Anglois supposent que l’idée tmmpeuse d’une cessation d’hostilités, seroit cause que ces états mettroient de la négligence à se préparer à la guerre.
» 3®. Parce que croyant les Américains fatigués de îa guerre , ils les trouveront prêts à accéder à toutes leurs propositions de paix.
» 4^. Parce qu’ils s’imaginent que nos négociations peuvent être sujettes à une influence corruptrice comme les leurs.
» 5®. Parce qu’ils attendent, de cette démarche, le même effet que de ce qu’un dé leurs ministres appelloit sa motion conciliatoire ^ c’est-^à-dire, qu’elle empêchera les puissances étrangères à donner des secours aux Etats-Unis 5 que par ce moyen leurs propres sujets pour- .ront faire durer plus long-temps la guerre 5 et qii’enfin, elle détachera quelques Américains foibles de la cause de la liberté et de la vertu.
r> 6®. Parce que leur roi montre qu’il a raison d’appréhender que ses flottes et ses armées , au lieu de pouvoir continuer à être employées contre notre terri-
se sont passées sî loin de lui , je le suis bean-^ coup quand il se dévoie, comme je le crois.
toire , seront nécessaires à la défense de ses propret états.
» Parce que l’impossibilité de réduire ces contrées par la force des armes , devenant de jour en jour jdus sensible, les Anglois ont besoin de se délivrer de cette guerre à quelque prix que ce soit.
55 Le comité observe encore , qu’en supposant que le contenu de ce papier soit réellement admis au parlement, il sert à prouver et la foibiesse et la perLdie de nos ennemis.
55 Leur Foiblesse:
» J®. Parce qu’ils avoient d’abord déclaré que nonseulement ils" avoient droit de lier les habitans de l’Amérique , dans quelque cas que ce pût être , mais eixcore qu’il failoit que lesdits habitans fussent absolument , et sans aucune condition , soumis à l’exercice de ce droit 5 ils ont même tenté d’obtenir cette soumission par l’épée : mais leur changement , dans ces circonstances, prouve absolument qu’ils manquent de force.
55 2®. Parce que leur prince a jusqu’à présent rejette les plus humbles pétitions (Tes représentans de l’Amérique, lorsqu’ils prioient qu’il les/ regardât comme ses sujets, et qu’ils demandoient la piix, la liberté et la sûreté ; parce qu’Ü leur a fai.t la guerre la plus cruelle, et emplo\-^3 les sauvages à massacrer des fenmies imio- 46entes et des onfans. Mais à présent, ce même prince
Jans le champ brillant des réflexions pliî-^.^ losophiques. Là, les matériaux sont à lui:*
prétend traiter avec ces représentans , et accorder aux . armes ce qu’il a refusé à la prière. )
35 3^". Parce qu’ils ont constamment travaillé à conquérir ce continent, rejettant toute idée d’accommodement, pendant qu’ils avoient confiance en leur force. Mais leur cLangement à notre égard prouve qu’ils ont perdu cette confiance.
53 4^- Parce que non-seulement le langage des ministres , mais le style des actes les plus connus et les plus autlientiques de leur nation , annonçoient qu’il étoit au-dessous de leur dignité de traiter avec l’Amérique | ^ tandis qu’elle auroit les armes à la main 5 et cependant aujourd’lmi on vient nous olfrir de traiter.
33 La méclianceté, la perfidie de nos entiemis, est démontrée par les considérations suivantes.
33 1®. Les bills qu’on nous présente, contiennent Fa- ■ bandon direct ou indirect d’une partie de leurs prétentions, ou ils ne le contiennent pas. S’ils le contiennent, i Is reconnoissent qu’ils ont sacrifié un grand nombre de braves gens dans une querelle injuste 5 s’ils ne le contiennent pas , ils sont fabriqués pour décevoir l’Amérique, et la conduire à des conditions anxcpielles ni les raisonnemens avant la guerre , ni la force depuis n’ont pu la faire consentir.
33 2°. Le premier de ces bills semble, par son titre, être une déclaration des intentions du parlement y ooncernant V exercice du droit de mettre des impôts ei^
îl les crée ; et s’il commet quelqu’erreur , c’est la faute de son esprit.
Amérique. Aussi si les états traitoient conformément à ce bill, ils avoueroient indirectement que le parlement a le droit de les imposer 5 et' ce n’est que pour o])tenir •cet aveu que le parlement a entrepris la guerre.
w 3°. Si nous acquiescions à ce droit prétendù, le parlement pourroit l’exercer dès qu’il en auroit la fantaisie; car on peut compter d’après tout ce qui a eu lieu, que les Anglois agiront toujours conformément à leurs premières intentions.
35 4°* premier biil ne contient rien de neuf. Il n’est qu’une copie de la motion dont nous avons parlé plus baut 5 et on peut faire contre lui les mêmes objections qui ont été faites contre la motion. Il ii’y a qu’une seule différence que voici : c’est que par la motion, les taxes dévoient être suspendues, aussi longtemps que l’Amérique payeroit volontairement ce que le parlement jugeroit convenable; et par le bill proposé , les taxes seront suspendues aussi long-temps que les parlemens subséquens penseront comme celui-ci.
35 5° . Par le second biil, il paroît que le roi d’Angleterre péut charger des commissaires de traiter et s’accorder avec qui il leur plaira, sur plusieurs choses qui y sont iiientionnées. Mais ces traités , ces accords , n’auront aucune valeur sans la sanction du parlement, excepté en ce qui concerne la cessation des hostilités , l’accord des pardons, et la nomination de gouverneurs pour ces états libres, et dépendans et souverains..
Jusqu’à présent mes remarques ont été bornées à des faits : j’ai montré l’ordre dans
35 6*. Ledit bill en faisant mention de pardons, semble annoncer que notre juste résistance est criminelle. Ainsi traiter d’après ce biil, seroit reconnoitre que le» liabitans de ces états méritent le nom de rebelles , que la Grande-Bretagne leur a donné.
35 7®. Les liabitans de ces états étant appellés sujets, par le parlement , ils doivent juger d’après la négociation qu’on veut mettre actuellement sur pied , si par la suite ils ne seroient pas soumis à toutes les loix qu’il lui plairoit de faire. On ne doit pas douter que tout ce qu’on inséreroit dans cette négociation , ne fut rappeiiê. au besoin.
33 8®. Parce que le bill dit que les commissaires anglois peuvent traiter particulièrement avec tous les individus , mesure attentatoire à la dignité du caractère fiational.
35 D’après tout cela, il parolt. évident à votre comité que ces bills ont été faits ,* parce qu’on a compté sur de» craintes de la part du bon peuple de ces états , qu’on a espéré le diviser, et produire une défection à la cause commune, qui, par ic secours de la divine providence, est enfin au moment de triompker. Ces bills sont une^ suite de ces pians insidieux qui, depuis la promulgation de l’acte du timbre jusqu’à ce jour, ont trouble et ensanglanté ces contrées. Ils montrent d’ailleurs que si les circonstances forcent le ministère et le parlement britannique de se reiàcber de leurs injustes prétentions,
lequel ils ont eu lieu, et les conséquences qu’îls ont produits. Plus à portée d’étre instruit
il n’est pas douteux qu’à la première occasion favorable, ils déployeront encore cette ardeur de domination qui a déclaré le puissant empire de la Grande-Bretagne.
33 L’opinion du comité sur tous ces objets, est que, dans cette contestation diiiicile, le^s Américains étant unis par les principes d’un intérêt commun , et pour la défense de leurs droits et privilèges , et que leur union ayant été cimentée par les maux qu’ils ont soufiért* ensemble, et par que réciprocité de services et d’affection, la grande cause pour laquelle ils combattent et qui intéresse tout le genre liumaiii , doit avoir un plein succès, par la durée de cette union. Nous pensons aussi ■ que tout homme, ou assemblée d’hommes, qui oseroit ee séparer et traiter particulièrement avec les commissaires de la couronne de la Grande-Bretagne , ou un seul d’entr’eux , devroit être considéré et traité comme un ennemi déclaré des Etats-Unis.
» De plus, l’opinion de votre comité est encore que les Etats-Unis ne peuvent convenablement faire aucun traité , ni avoir aucune conférence avec les commis- ’#aires britanniques, quel’ Ailgleterre n’ait préalablement retiré ses flottes et ses armées , ou autrement reconnu ••«n termes positifs , l’indépendance des Etats-Unis.
>5 Enfin, comme il paroît que l’intention des ennemis de ces Etats est de les plonger dans le sommeil d’une funeste sécurité , afin de pouvoir agir contre eux avec s.vaiUta^e ^ l’opiîiiçn du, couute est qu’on doit avoir
que Tabbé Ptaynal , j’ai eu une tache aisée.* J’ai bien moins de confiance en moi-même,V
.averti plusieurs Etats de faire tous leurs efforts pour* • faire entrer en campagne, le plutôt possible, leur contingent de troupes , et pour cpie l’armée continentale ’ soit en état de combattre dès que l’occasion l’exigera.
» Voici à présent la réponse que fit le président du' Congrès à la seconde lettre des commissaires.
^ Ygrcic-Town y le 6 juin 1778. '
Monsieur,
J’ai eu l’iionneur de mettre «ous les yeux du Congrès votre lettre du 3 courant , ainsi que les actes du parlement britannique qu’elle renferinoit. Je suis chargé de vous répondre, que le Congrès a déjà exprimé ses sentimens sur des bills , qui ne différoient pas essentiellement de ces actes, dans les papiers qu’il a fait publier le 22 avril dernier.
r> Soyez .certain y Monsieur, que quand le roi de la Grande-Bretagne sera sérieusement disposé à mettre lin( , à la gueire cruelle et non provoquée, qu’il fait aiu^ Etats-Unis, le Congrès adhérera aisément aux term{.j^ d’une paix qui convienne à l’honneur d’une nation indé^‘ pendante, aux intérêts de ses constjtuans, et au respevj ' sacré qidon doit aux traités 33 ,
J’ai l’honneur, etc. ,
Hbnri Lawrenr y président du Congrès* .
A son excellence Sir Henri Clinton., C. B.