‹ Recueil des divers écritsChapitre 9 sur 14 · Il faudroit abolir la taxe des pauvres · texte numérisé non relu

Il faudroit abolir la taxe des pauvres

Na

et les taxes sur les maisons et sur les fenêtres y et changer la taxe sur le changement de domicile , en une taxe progressive sur les grands biens de campagne* J’ai donné tous les détails sur ces objets dans la seconde partie des Droits de l^homme j et je prie M. Adams de la consulter.

Je me contenterai de dire ici que dans une ville peuplée comme Manchester /les cbangemens que je propose feroient une diminution de taxes de 5o mille livres sterlings par an au moins ; et conséquemment le^ autres villes du royaume bénéfîcieroient à proportion. Cela seroit certainement bien plus convenable que de payer ces mêmes sommes et de les voir donner à des courtisans débauchés, qui les prodiguent ensuite dans leurs orgies nocturnes , à la taverne de l’Étoile et la Jarretière dans Paîhmall.

Je veux terminer cette partie de ma lettre par un passage de la seconde partie des Droits de V homme ^ livre auquel M. Dundas, qui affiche un. luxe scandaleux aux dépens de la nation , a donné l’épithète flétrissante de méchant.

cc En exécutant mon plan , les loix contre 55 les pauvres, lesquelles causent des tour-

3» mem continuels , ser oient inactives ; et » les frais immenses de la chicane ëpar- » gnes. Les âmes sensibles cesseroient ;>5 d etre déchirées par le spectacle d’enfans couverts de haillons et manquant de pain, >5 et de vieillards de soixante et quatre- » vingt ans obligés de mendier. Le pauvre en mourant ne se verroit point rebuté 55 et chassé de paroisse en paroisse ^ comm'e >5 si elles se disputoient à qui ne recevroit >5 point son dernier soupir. Les veuves au- 55 roient de quoi entretenir leurs enfâns f >5 elles ne seroient plus, à la mort de leurs 55 maris , attachées^ sur une charrette , et >5 renvoyées comme des criminelles, et les en fans ne seroient plus regardés comme 55 une charge funeste pour leurs parens» 55 L aSyle des malheureux seroit connu , 55 parce que ce seroit pour leur avantage , et 55 un grand nombre de petits crimes que la 55 pauvreté fait commettre , n’auroit plus 55 lieu. Alors les pauvres ainsi que les rî- 55 ches , seroient intéressés à soutenir le » gouvernement et on ' n auroit plus à » craindre ni trouble^ ni rébellion. Vous^ 55 qui êtes tranquilles chez vous, et qui vivez dans l’abondance ainsi que d’autres

>!» le font en Turquie et en Russie, vous py vous dites à vous-mêmes ; ne nous trouvons-nous pas bien de ceci ? Mais avez^ 33 vous bien pensé à toutes ces choses ? Si vous y réfléchissez J vous vous tairez (i), >3 et votre sensibilité ne se bornera pas à vous

seul 33.

Quand on aura restitué ces quatre mlh îions sterlings que paient les pauvres , et quand on aura aboli la taxe qui porte leur nom , et les taxes sur les maisons et sur les fenêtres , et que la taxe sur le changement de domicile sei*a changée , il restera encore nn rnUlion et demi de surplus des taxes ; et comme nne alliance entre TAngleterre , la France et TAmérique , rendroit les armées et les vaisseaux de guerre moins nécessaires ; comme les hommes qui ont servi long-temps dans les vaisseaux ou dans Farinée sont encore citoyens , ainsi que le reste de la nation, et ont droit de partici^ per à tous les avantages nationaux , j'ai dit dans les Droits de V homme , qu'il faudroit leur destiner annuellement du surplus des taxes, 507,000 livres sterling^ , réparties do la manière suivante :

(3) Droits de deuxième partiej pag.

( aol )

A cpînze mille soldats réformés , 3 sciiellings par semaine , sans déduction , durant toute leur vie . . . . l ii^jOOoLst,

'Augmentation de paiemens.

Aux soldats en pied . i9,5o0

Aux officiers réformés 117,000

A quinze mille matelots congédiés , à

3 sciiellings par semaine 117,000

Augmentation de paie aux autres . . 19,500

Aux officiers de marine congédiés . . 117,000

Total . . . 507,000

Les bôrnes de cette lettre ne me permettent pas d^entrer dans de plus grands details. Je l’adresse à M. Dundas , parce cj^ne c’est lui qui commença à parler contre mon livre , et qu’il desire, j’imagine , d’être mis en évidence ; mais je ne lui écris pourtant que dans le dessein de me justifier des inculpations de M. Adams.

M. Adams , ainsi que }e l’ai observé commencement de cette lettre , considère les écrits d’Harrington , de Morus et de Hume , comme des ouvrages irréprochables parce que ces auteurs raisounoient par cotU'»

paraison. Cependant en parlant ainsi, ils n’eïî traçoient pas moins des plans, des systèmes-

de gouvernement, non-seulement différent

de celui d’Angleterre , mais beaucoup meilleurs. Puis il m’accuse, moi, de m’efforcer de mettre tout en confusion , au lieu de présenter un pian de gouvernement pour mettre à la place de celui que j’ai attaqué. Mais le fait est que j’ai non - seulement fondé mes raisonnemens sur la' comparaison du gouvernement représentatif et du gouvernement héréditaire , mais que j’ai enoore été plus loin ; car j’ai fourni l’exemple d’un gouvernement entièrement repré- .senfatif où l’on a beaucoup moins d’impôts à payer , où le crédit public est mieux établi , et où le peuple est bien plus heu-^ reux que sous le gouvernement anglois.

Les fonds publics en Angleterre n’ont hauss# depuis la guerre que de 54 à 97 livres , et depuis la proclamation royale , ils sont tombés à 87 livres. Mais en Amérique ,■ darts le même espace de temps , les fonds sont montés de 10 jusqu’à 120 livres. L’imputation que me fait M. Adams de elierclier à détruire tout principe de subordination, est sans aucun fondémeot, et je puis le prou-

rer par tin seul paragraphe de mon livre. Le voici.

' cc Lorsqu ’autrefois il s’élevoit quelques 3:> contestations sur le gouvernement, on w avoit recours au glaive , et la guerre >> civile étoit allumée. Cette coutume bar- » bare est rejettée par le nouveau système,

et on a recours à une convention natio- 53 nale. La discussion et la volonté de tous >5 résolvent la question. L’opinion parti- 53 culière se soumet à l’opinion générale , 53 et l’ordre se maintient sans interrup-

53 tlon 50 (i).

Une Contradiction assez étrange , c'^est de voir un membre du parlement accuser •un auteur de n’avoir pas inséré dans son livre une certaine chose ^ et le procureurgénéral le dénoncer au même instant, pour l'y avoir insérée. Je me suis ^ j’espère , assez justifié dans cette lettre , ou plutôt j'ai justifié mon ouvrage de l’imputation du premier de ces messieurs ; et je saurai dans le temps me justifier des inculpations du second. Mais ^ dans tous les cas, mon livre atteindra son but.

(i) Droits de Pliommej deuxième partie , pag. 173.

Je conclurai cette lettre en observant que quand j’eus achevé d’écrire les Droits de Vhojfime y la seule objection qui s’olfrit à moi contre le plan et les principes contenus dans la seconde partie de cet ouvrage , ç’est que les quatre-vingt-dixièmes de la nation y rrouveroient leur avantage, et que par ce moyen ils ne pourroient pas agir d’après les principes droits et désintéressés de l’honneur. Mais heureusement la procédure commencée contre moi m’a rassuré; et les approbateurs , les protecteurs de mon livre sentent aujourd’hui l’impulsion immédiate de riionneur jointe à l’intérêt national.

Je suis , M. Dundas ,

non votre très-obéissant serviteur , mais le contraire,

Thomas Paine.

PRExMIERE LETTRE

A ONSLOW CRANLEY,

Ou à celui qui présidera rassemblée qui doit se tenir à Epsom , /<? i8 juin.

Londres , le 17 juin 1793.

Monsieur,

J’ai lu dans les papiers publics Taverdssement suivant :

cc A la noblesse , aux bourgeois , au >3 clergé , aux francs - tenanciers et autres » habitans du comté de Surrey.

A la réquisition de plusieurs francs- >5 tenanciers de ce comté, je vous prie, en « 1 absence du shérif, de vouloir bien vous » rendre à l’assemblée qui doit se tenir à » Epsom , lundi 12 du courant ^ à midi , y> pour nous occuper d’une humble adresse » a SA MAJESTÉ , afin d’exprimer à sa ma-, >5 TESTÉ la reconiioissance que nous inspire » l’at entioii paternelle çt vigilante qu’elle a montrée dans sa dernière proclamation.

» contre les ennemis de notre constitu- » tion ». Onslôw Cranlet,

En supposant que cet avertissement , aussi obscur que la proclamation dont il fait mention , à pourtant quelque sens , quelque motif, je me crois dans la nécessité de TOUS adresser cette lettre ; et je vous prie de vouloir bien la lire publiquement aux personnes qui composeront Tassembléed’Epsom , attendu qu'une procédure est déjà commencée sagement ou follement , justement ou injustement , contre le livre des DROITS DE d'homme dont j’ai l’honneur et le bonheur d’être l’auteur.

L’ouvrage qui est en ce moment l’objet d’un procès est, j’imagine, le même que la proclamation veut supprimer. S’il en est ainsi , les habitans du comté de Surrey sont appellés par quelqu’un à condamner un ouvrage , tandis que la proclamation leur défend de connoître cet ouvrage , et leur ordonne même de donner au besoin leur aié/e et assistance pour empêcher que d’autres personnes le connoissent.

Il est donc nécessaire que l’auteur, tant pour sa propre justification que pour empêcher l’assemblée d’Epsom d’être abusée , donne ici quelque idée des principes et des plans que contient l’ouvrage en question.

Le livre des Droits de Phom?neymonû&\ir^ offre d’abord rexamen des prijjci|)e6 généraux des gouvernemens.

Il distingue les gouvernemens en deux /classes ou systèmes; lun héréditaire , 1 autre représentatif; et il compare ces deux systèmes ensemble*

Il montre que ce qu’on appelle un gonvernement liereditaire ne peut exister comme un droit ; parce qu’un gouvernement héréditaire signifie toujours un gouvernement a venir , et que les hommes à naître ont toujours autant de droit de former leur gouvernement , que leurs prédécesseurs en ont eu de former le leur.

Il montre aussi les inconvéniens auxquels le gouvernement héréditaire est inévitablement sujet. Il montre que par sa nature il doit tomber dans les mains de gens sans principes ou sans capacité. L’histoire d’Angleterre fournit la preuve de ces raisons , de ces vérités dans Jacques II et beaucoup d’autres rois ; et presque toute l’Europe peut fournir des exemples de l’autre.

Il montre alors que le système du gouvernement représentatif est le vrai système, et le seul dans lequel les libertés d’un peu-

pie puissent être assurées d’une manière permanente. Il montre de plus que ce n’est que dans ce gouvernement que l’autorité peut continuer à être confiée à des hommes propres à gouverner , tant par leurs principes que par leur habileté , parce qu’il est le seul duquel on peut exclure ceux qui n’ont pas ces qualités-là.

Le livre des Droits de l'homme montré aussi par des calculs et des raisonnemens qui j jusqu’à présent n’ont été niés ni com* battus , même par la procédure commencée contre l’ouvrage , il montre > dis-je , que les impôts qu’on lève actuellement en Angle* terre pourroient être diminués de six mil* lions sterlings au. moins ; qu’on pourroit même supprimer entièrement les taxes süf les pauvres qui forment un grand tiers de la nation ; et que les taxes des deux autres tiers pourroient être considérablement réduites.

Il montre que les pauvres avancés en âge peuvent être entretenus convenablement , et les enfans pauvres bien élevés.

Il montre que quinze mille soldats et autant de matelots peuvent obtenir leur .congé , et recevoir sur l’excédent des impôts trois schellingspar semaine chacun durant

leur

leur vie ; et qu’on peut en même temps donner une pension convenable à leurs officiers, et une augmentation de paie aux soldats et matelots qui continuerolÉfe. servir. Il montre qu’il vaut bien mieux appliquer l’excédent des taxes à ces choses là, quedele prodiguer à des courtisans oisifs et débauchés. Il montre que la taxe de vingt mille livres sleriings que le duc de Richemondlèvesurle charbon , est un impôt onéreux pour les habltans de Londres , et doit soudain être aboli.

Voilà , monsieur , un extrait très-concis des principes et des vues de l’ouvrage qui est en ce moment l’objet d’un procès , et pour la suppression duquel la proclamation du roi paroît avoir été publiée. Mais comme il est impossible que je puisse , dans une lettre , expliquer tout ce que renferme mon livre , et qu’il est pourtant nécessaire que ceux qui assisteront à l’assemblée d’Epsom connoissent , avant de prendre aucune résolution , son mérite ou son démérite^ je vous prie , monsieur , de leur présenter cent exemplaires de la seconde partie diesDroiûs de V homme , avec mille exemplaires de ma lettre à M. Dundas. J’ai Lait

en conséquence expédier ces ouvrages pour Epsom ; et je desire que le président de l’assemblée ^TOuille bien prendre la peine de les distrilroer aux membres qui la composeront, en leur offrant mes vœux sincères pour leur bonheur et celui de la nation angloise en général.

Après avoir achevé ce que j’avois à dire sur mon ouvrage , j’en viens à ce qui me concerne personnellement. Je sens combien il est difficile de parler de soi; mais la convocation de l’assemblée d’Epsom me paroît si contraire à la justice que les hommes se doivent mutuellement , que tant pour les personnes qui formeront l’assemblée que pour moi-même , il convient que je m’explique clairement et franchement à cet égard. =»

J’ai déjà dit à ces messieurs qu’on avoit commencé une procédure contre l’ouvrage dont j’ai 1 honneur et le bonheur d’être l’auteur ; et j ai de fortes raisons de croire que la proclamation au sujet de laquelle ils sont invités de s’assembler et de présenter une adresse , n’a été publiée que pour don- I lier des impressions au jury qui sera formé pour le jugement de mon procès. En un

mot , je pense que c’est dicter un jugement par une proclamation ; et je considère les instigateurs de l’assemblée d’Eg^som comme complices de ce projet inconvenant , et même très-illégal. Je dirai plus : c’est que tout cela a été tramé avec beaucoup d’artifice , ainsi que je vais le démontrer.

Si l’on avoit convoqué une assemblée des francs-tenanciers du comté de Middlesex , les personnes qui y auroient assisté se seroient rendues recusables pour le jury qui doit avoir lieu lors du jugement du pro^ ces : mais on évite cet inconvénient en formant l’assemblée hors du comté de Middlesex y et les liabitans du comté de Surrey sont engagés à donner en quelque sorte le ton au jury pour la condamnation que les instigateurs de l’assemblée savent bien ne pas devoir être assez prouvée.

Je suis, monsieur, etc.

Thomas Paine.

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