XXIX. RÈGLEMENTS DE LA PHRATRIE DES DÉMOTIONIDES
phratrie des Démotionides a son foyer et son centre dans le dème de Décélie : c'est à Décélie même qu'est son autel de Zeus Phratrios.
Le décret d'Hiéroclès, rendu en 396/5, suivit de très peu d’années la restauration de la démocratie et le rétablissement de la paix (403-401). Le bourg de Décélie avait eu particulièrement à souffrir de la dernière période de la guerre du Péloponnèse, de celle qui commence au printemps de 413, à l’occupation de Décélie par les Spartiates, el que des historiens anciens appellent la guerre de Décélie (1). Décéliens et Démotionides s'étaient réfugiés dans Athènes, où la vie de la phratrie ne fut pas suspendue : Xénophon ne nous apprend-il pas que les Apatouria, la fête des phratries, y furent célébrés l’année même de la bataille des Arginuses, en 406 (2)? Seulement, à la faveur du trouble causé par la guerre et par les révolutions politiques, les phratères observaient plus ou moins strictement leur statut, tenaient plus ou moins régulièrement leurs registres (3). L'ordre ne commença à être rétabli dans la phratrie des Démotionides qu’en 396/3.
L'auteur de notre premier décret, Hiéroclès, se proposa tout d'abord de liquider la situation actuelle, celle qu'avaient créée dix ans de guerre et d'exil. Remettant en discussion l'état de tous ceux qui n’avaient pas encore été soumis au vote d'admission, conformément au statut des Démotionides, il fit décider que l'assemblée des phratères réunis à Décélie, autour de l'autel de Zeus Phratrios, procéderait immédiatement à ce vote (8 4). C'était une procédure extraordinaire appliquée à une situation extraordinaire : tout autres étaient, nous l’allons voir, et la procédure ancienne et la procédure adoptée, sur la proposition
lion cydani τὸ Δημοτίων Κύδαντος. Démotion fils de Kydas, était, au dire des mythographes, l'un des enfants que Thésée avait arrachés au Minotaure.
(1) Thucydide, VII, 19, 1. Le nom de Δεχελειχὸς πόλεμος est donné par Diodore, XIII, 9. Cf. Harpocration 5. v. Δεχελειχός et Trogue Pompée, Prol., lib. V.
(2) Helléniques, 1, 1, 8.
(3) Parlant de la guerre de Péloponnèse, Isocrate dit (Sur la Pair, 88) : κελευτῶντες δ᾽ ἔλαθον σφᾶς αὐτοὺς τοὺς μὲν τάφους τοὺς δημοσίους τῶν πολιτῶν ἐμπλήσαντες, τὰς δὲ φρατρίας καὶ τὰ γραμματεῖα τὰ ληξιαρχικὰ τῶν οὐδὲν τῇ κόλει προσηκόντων.
d'Hiéroclès, pour l'avenir ; nous n'y trouverons pas de vote rendu séance tenante, om1ss0o medio, par l'ensemble des phratères assermentés. Pour désigner ce vote extraordinaire, Hiéroclès emploie le mot διαδικασία, que nous retrouverons plus loin. Le terme est impropre : le mot διαψήφισις, le seul qui eût convenu, avait été réservé dans la langue du droit public pour le vote de revision des registres des dèmes et n’était plus disponible (1). Le ὃ 1 n offre d’ailleurs aucune difficulté et nous ne nous arréterons pas à ces mesures transitoires. L'exclusion prononcée par les phratères entraînait la radiation du nom indôment inscrit sur les deux registres, et une amende de cent drachmes payable par le phratère qui avait introduit l’exclu. D’appel, il n’est pas question, mais il va sans dire que le phratère condamné pouvait avoir recours aux tribunaux populaires (2).
Avant d'examiner comment Hiéroclès a réglé l'avenir et quelles modifications ont été apportées au statut ancien, il nous faut réunir ici et brièvement expliquer quelques termes, que nous avons simplement transcrits dans notre traduction et qui reviendront souvent dans notre commentaire. Nous y joindrons les renseignements nécessaires sur les Apatouria et le jour dit Kouréotis.
Les Apatouria (τὰ ᾿Απατούρια) étaient par excellence la fête des phratries (3). Ce qui la caractérisait, c'étaient les réunions des
(1) Sur la signification spéciale du mot διχψήφισις, voy. B. Haussoullier, La vie municipale en Altique, p. 40. Hiéroclès emploie plus loin le verbe ἀποψηφίζομαι (1. 31, 38). Nicodémos emploie encore le mot διαδικασία (1. 70, 19, 94), tuais se sert des verbes διαψηφίζομαι (1. 83), ἀποψηφίζομαι (1. 90, 95, 98, 101) et du mot ἀποψήφισις (1. 402).
(2) Nous avons l'exemple de Phrastor intentant une action contre le γένος des Bputiôat, qui s'est refusé à admettre son fils ([Démosthène], c. Nééra, 1365, 60) et peut-être aussi l'exemple d'une action intentée contre le γένος des Κήρυχες dans de pareilles circonstances (Oratores Attici, 64. Didot, 11, p. 450, n° XXV. Cf. Meier-Schoemann-Lipsius, der Aftische Process, II, p.760 ; de Sanctis, ᾿Ατθίς, p. 69, note 1). Il en était certainement des décisions de la phratrie comme de celles du γένος : le recours aux tribunaux populaires était ouvert contre les unes et contre les autres.
(3) Sur les Apatouria, voy. l’article du Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio, 8. v. et A. Mommsen, Feste der Stadt Athen (1898), p. 323 suiv.