‹ Recueil des inscriptions juridiques grecquesChapitre 147 sur 235 · XXX. ACTES D'AFFRANCHISSEMENT · texte numérisé non relu

XXX. ACTES D'AFFRANCHISSEMENT

mona, stipulée au profit de Boéthos, aurait pu très bien lui être réservée (comme dans d’autres actes) alors même quil n' eût pas élé partie dans l'acte. Sans doute on a voulu bien marquer que c’est lui, et non lesclave, qui avait fourni le montant de la rançon (1); mais il en est de même au numéro 1723 qui est conçu dans la forme ordinaire.

Le vendu c'est l'esclave, considéré comme une chose, un corps (σῶμα). On indique toujours son nom, son sexe, sa nationalité certaine ou supposée (τὸ γένος ἐξ Ἡραχλείας τῆς ἐκ τοῦ Πόντου φάμενον εἶναι, 4959); on ne manque jamais de dire s'il s'agit d’un enfant (παιδάριον, κοράσιον) ou d’un adulte. Rarement on mentionne l'âge précis (Colin, n°: 88, 107) ou la mère de l'esclave (2300 ; cf. CIGS, IIT, 189, Tithora). Assez souvent nous apprenons si l’esclave a été élevé dans la maison du maître ou si celui-ci l'a acheté et de qui (Γλαυχίας, ὃ ἐπρίατο παιδάριον παρὰ Χαίριδος καὶ Εὐχαρπίδα Λεπαδέων, 1791). Un acte rappelle que l’esclave est le frère de lait (ὁμόθηλος) du vendeur.

Plusieurs esclaves, parents ou non, peuvent être vendus par un même acte. Le droit grec reconnaît, en fait, la parenté servile et l’énonce parfois (1689, Νικαία... καὶ τὸν δὸν αὐτᾶς ᾿Ισθμόν).

δ 3. Le prix et le paiement.

Le prix est généralement exprimé par un nombre rond de mines ou de demi-mines, mais quelquefois aussi en statères (éginétiques), drachmes d’Égine (2032) ou d'Alexandre (2071) (2) et plus tard en deniers (Colin, n° 81).

Le prix est payé au manumissor. Le n° 2033 (Nicaea) n'est qu'une exception apparente. Le maître, Eumnastos, paraît être mort entre le paiement de la rançon et la rédaction de l'instrument : l'exécution du contrat incombe à ses trois filles et c’est le mari de l'aînée qui figure comme vendeur dans l'acte (παραλαὀὼν τὰν ὠνὰν παρὰ τᾶν ἀδελφᾶν, τᾶν Εὐμνάστου θυγατέρων (3).

(1) Après la mort de Boéthos l'esclave devient libre, mais le garant est déchargé (ὁ βεδαιωτὴρ [μη]χέτι βεθαιούτω). C'est une dérogation conventionnelle à la règle de la transmission passive des obligations.

(2) La mine delphique, équivalente à la mine attique, se divise en 35 statères de poids éginétique. Chaque statère vaut deux drachmes, chaque drachme 6 oboles.

(3) Cf. Haussoullier, BCH, V, 32.

Le prix est censément payé par le dieu à qui l'esclave « a confié la vente ». Dans un acte exceptionnel déjà cité (supra n° 42 — 2071 Collitz), il est dit formellement que c'est l'esclave qui a payé sa rançon. Quelquefois le prix est payé par un tiers, qui obtient alors le bénéfice de la paramona (1723); l'opération ressemble alors beaucoup à une πρᾶσις ἐπ᾽ ἐλευθερίᾳ (1).

La mention du prix ne manque pour ainsi dire jamais dans les affranchissements à effet immédiat, quelquefois seulement, comme on l'a déjà vu, il est remplacé par la mention que l’esclave a racheté son maître à l'étranger.

La rédaction insiste sur la réalité du paiement; une formule presque constante affirme que le vendeur a reçu le prix intégral du marché (χαὶ τὰν τιμὰν ἔχει ou ἀπέχει πᾶσαν). On précise le lieu, les circonstances du paiement : il a eu lieu dans le temple, sur le seuil, devant la grande porte (ἐν τῷ νεῷ ἐπὶ τοῦ ὁδοῦ κατὰ τὸ μέγα θύρωμα, 1953), ou entre le temple et l'autel (ἀνάμεσον τοῦ ναοῦ xai τοῦ βωμοῦ), ou devant le temple et l'autel (πρὸ τοῦ ναοῦ καὶ τοῦ βωμοῦ) (voir les n°* 2010, 2011, 2041, 2049, 2072). A l'époque impériale le marché est quelquefois conclu dans l'assemblée du peuple (ἐν τῇ ἐχχλησίᾳ, Colin 83 ; ἐν ἐννόμῳ ἐχχλησίᾳ, 87).

En présence de ces détails précis, de l'exactitude et de la variété des prix, nous ne croyons pas qu’on puisse douter que, au moins dans la généralité des cas, le prix ne soit effectif : l'esclave se rachète lui-même, en prenant sur ses économies accumulées; les actes de Delphes sont, comme ceux de Dodone, des affranchissements ἐπὶ λύσει, Nous savons que telle était la règle à l'époque macédonienne : presque tous les esclaves avaient la perspective de pouvoir se racheter à force de travail et d'épargne. C'est ce qu'indique un texte des Économiques (I, 5, 6): χρὴ δὲ χαὶ τέλος ὡρίσθαι πᾶσιν * δίκαιον γὰρ καὶ συμφέρον τὴν ἐλευθερίαν χεῖσθαι ἄθλον " βούλονται γὰρ πονεῖν, ὅταν À ἄθλον xai ὁ χρόνος ὡρισμένος.

On s'est demandé comment les esclaves pouvaient se constituer un pécule. Cela devait être difficile pour les esclaves purement domestiques, employés aux seuls soins du ménage, car ces esclaves ne recevaient pas de gages : δούλῳ μισθὸς τροφή (É'con.,

(1) Cf. G. Foucart, De libertorum condilione apud Athenienses, p. 16.

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