XXI. LOI DE DRACON SUR LE MEURTRE
Tel que le cite Démosthène (et son commentaire même nous prouve que la citation est exacte), l’article ne saurait être attribué tout entier à Dracon. La première partie, sauf les mots ὡς ἐν τῷ ἄξονι ἀγορεύει, est bien draconienne et nous l'avons retrouvée au 8 1 de l'inscription; la seconde (εἰσφέρειν δὲ τοὺς ἄρχοντας κτλ.) ne l’est certainement pas, puisqu'il y est fait mention de l'Héliée (1). Au fond, le ὃ 7 de la loi de Dracon subsiste au rv° siècle, mais il a été adapté à la procédure nouvelle (2).
De nouvelles modifications furent rendues nécessaires quand, très probablement sous l'archontat d'Euclide, en 403 (3), le collège des éphètes fut supprimé. Les éphètes avaient depuis longtemps disparu quand Démosthène, dans le plaidoyer contre Macartatos, faisait lire la loi de Dracon où ils sont cités (4).
Il n’est donc pas absolument juste de dire avec les orateurs athéniens que nul n'a osé toucher aux lois de Dracon, mais il faut reconnaître aussi qu'ils ne sont guère coupables que d'exagération. Quelles que fussent les modifications apportées par Solon et par les démocrates qui lui ont succédé, l'esprit des lois de Dracon subsistait et elles gardaient l'aspect vénérable d'un très ancien monument. Tout, dans le droit criminel athénien du iv° siècle, la langue vieillie (5), la procédure solennelle, porte
(1) Τὴν δ᾽ ἡλιαίαν διαγιγνώσκειν. On notera le verbe διαγιγνώσχειν, qui appartient à la vieille langue attique.
(2) Il faut retenir, dans le commentaire qu'a donné Démosthène du & 7, l'explication du mot ἀπάγειν, emmener, saisir, ᾿Απάγειν, au temps de l'orateur, c'est conduire le coupable aux magistrats compétents, qui le livrent aux Onze pour être mis à mort. Les magistrats compétents, dans le cas prévu par l'article 7, sont les thesmothètes. Οἱ θεσμοθέται τοὺς ἐπὶ φόνῳ φεύγοντας κύριοι θανάτῳ ζημιῶσαί εἶσι, καὶ τὸν ἐκ τῆς ἐχχλησίας πέρυσι πάντες ἑωρᾶτε ὑπ᾽ ἐκείνων ἀπαχθέντα (Démosthène, 630, 31).
(3) Voy. Gilbert, Mém. cité, p. 502.
(4) Voy. le texte plus haut, p. 6.
(5) Il est fort possible que tous lestermes n'en fussent plus bien compris au ive siècle. Sur la foi de Zénobius (Prov. VI, 36), certains auteurs modernes (par exemple, Ed. Meyer, Gesch. des Alterihums, II, p. 519) prétent à Théophraste lui-même un singulier contre-sens. Théophraste, qui n'était pas un Athénien, mais qui avait écrit un long Traité des Lois, aurait ignoré le sens des mots ὕδρις et ἀναίδεια, quand il parlait des deux pierres non taillées qui, devant l'Aréopage, servaient de tribune aux deux parties et s'appelaient l'une λίθος ὕδρεως, l’autre λίθος ἀναιδείας (éd. Wimmer-Didot, fr. 400, p. 442).
24 INSCRIPTIONS JCRIDIQUES GRECQUES
la marque d'une trés haute antiquité, la trace de très vieilles ecoatumes. Et comme parmi celles-ci, il en était certainement d'antérieures à Dracon même, ce n'est pas sans raison qu'Antiphon disait des lois sur le meurtre qu'elles étaient les plus anciennes de la contrée.
Mais Théophraste pouvait avoir employé le mot βωμοὶ pour désigner ces pierres, sans croire qu'elles fussent des autels. Faisons bien plutôt honneur de ce contre-sens à Cicéron et à Zénobius. Cicéron de legibus, Il, 28) entendait que les Athéniens avaient élevé des autels à l'T6s; ‘Contumelia) et à l''Avaiduz (Impudentia}. Ces pierres n'étaient pas des auteis et le mot 26m: signifie « le crime », le mot ἀναίδεια « la vengeance irréconciliable ..
Loi d’Ilion contre les tyrans et l’oligarchie.
Ilion. — ἢ siècle. — L'inscription ἃ été découverte en 1894 au village de lénikeui (Néokhori), à deux heures d'Ilion, par B. Mystakidis et publiée par A. Brückner dans les Sifzungsberichte der kôn. pr. Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 1894, p. 461-478 : ein Gesetz der Ilienser gegen Tyrannis und Oligarchie. La copie de Brückner, revue à Athènes par Th. Preger, à Berlin par Ὁ. Kôhler, a été collationnée sur la pierre même par H. Schmidt et H. Winnefeld. Depuis lors, la pierre a été transportée au Musée de Constantinople et collationnée en 1895 par B. Haussoullier, qui s'est également aidé d'une excellente photographie due ἁ l'obligeance de 8. E. Hamdy bey, directeur du Musée de Constantinople. B. Haussoullier a communiqué ses notes à Ch. Michel qui insérera l'inscription dans son Recueil d'inscriptions grecques, sous le n° 524.
La pierre est brisée en trois morceaux qui se raccordent exactement. Elle est complète, mais très effacée, à la partie supérieure, — incomplète à la partie inférieure. Les quatre faces étaient inscrites. Les lignes comptent en moyenne de 32 à 36 lettres sur les faces I et III, de 20 à 24 sur les tranches Ii et IV.
(Il n'y a rien à tirer des 18 premières lignes).
(8 1). Ὃς δ᾽ Ἰὰἂν ἀπ[ο]χτείνηι τ[ὸν τ]ύραννον À τὸν àγεμόνα tie] ὀλιγαρ[χ]ίας À τὸν τὴν δίημοχρατίαγ καταλύον[τ]α, ἐὰμ μὲν ἔναρχοίς, τά-
χαλκῆν αὐ[τ]ο[ῦ στ] [σ]α[τ τ]ὸ[ν δῆ]μον, εἶναι δὲ αὐτῶι καὶ σίτησιν ju πρ[υτα]νεί[ῳ, ἕως [ἂν] ζ[ἢ χαὶ ἐν τοῖς ἀγῶσι) εἰς π[ρο]εδρίαν [χηρύ]σσεσθαι ὀνομαστεὶ καὶ δύο δ[ρ]αχμὰς δίδοσθαι
ανέτω δραχμὴν. (8 2)....... Ἰ τῆς ἀρχῆς οἱ με.. dévvesssess., τάλαντον ἀργ]υρίου λαμδανέτ[ωσ- BV. essor ......]τριάκοντα μνᾶ[ς οὐ ντω πολίτης.