XXXV. RETOUR DES BANNIS
le texte n'en était pas établi avec une certitude suffisante et l'intérêt du décret nous a décidés à l'insérer tout entier dans notre Recueil.
IL a été rendu à une époque et en des circonstances que nous pouvons assez exactement déterminer. Au mois de juillet 324, Alexandre fit proclamer solennellement aux jeux d'Olympie le retour des bannis. La teneur de l'édit royal était connue d'avance et les bannis s'étaient rendus en grand nombre à Olympie pour entendre la proclamation faite par Nicanor, l'envoyé d'Alexandre (4).
Rédigé en termes comminatoires pour les cités qui se refuseraient à l’exécuter (2), l'édit reçut aussitôt son application dans plus d’une cité, notamment à Mylilène. Sous la prytanie de Smithinas ($ 5) un certain nombre de bannis mytiléniens rentrèrent dans leur patrie. Nous admettons que Smithinas fut prytane en l’année 324/3, au temps même où fut proclamé l'édit d'Alexandre (3). Quelles furent les conditions faites à ce premier
(1) Sur cet édit d'Alexandre, voy. les textes indiqués ou cités par E. Pridik, De Alexandri Magni epistularum commercio, 1893, p. 36, n° 11. Cf. J. Kaerst, Geschichte des hellenischen Zeilallers, 1, p. 409; J. Beloch, Griechische Geschichte, III, 1 (1904), p. 59 suiv. Le texte le plus important est celui de Diodore, XVIII, 8, 4.
C'est à tort qu'on a cru voir une allusion à cet édit dans l'inscription d'Érésos que nous avons traduite plus haut {p. 161 suiv.); les mots τὰν διαγράpav τῶ βασιλέος ᾿Αλεξάνδρω (p. 164, B, 1. 18 suiv.) ne désignent pas l'édit de 324, mais une dépêche envoyée par Alexandre en réponse ἃ une demande qui lui avait été adressée. Voy. la très juste observation de W. Hünerwadel, Forschungen sur Geschichte des Kônigs Lysimachos von Thrakien, 1900, p. 111, note 3.
(2) Diodore, loc. cit.
(3) L'interprétation du αὶ 5 ne va pas sans difficultés. Nous sommes pleinement d'accord avec Blass : « Das Volk soll beraten, ob diese Massregeln der Amnestie auch ausgedehnt werden sollten auf eine Anzahl früher Zurückgekebrter, die sich bis dahin keiner 80 günstigen Bedingungen erfreuten » (Griech. Dialektinschr., 1, p. 86). Hoffmann (Die griech. Dialekle, Il, p. 60) et Usteri (Aechtung und Verbannung, p. 151) sont d'un avis contraire : ils n'admettent pas que les bannis rentrés sous la prytanie de Smithinas forment une catégorie à part, mais ils n'expliquent pas l'addition de la date (ἐπὶ Σμιθίνα προτάνιος), qui a certainement sa raison d'être. Dittenberger revient à l'interprétation de Blass, mais il y fait une modification malheureuse, à notre sens : Smithinas serait en charge l’année même où le décret est rendu et le ὶ 5
groupe de bannis? Quelles furent les bases de l’accord conclu entre eux et les citoyens restés dans la ville? Nous lignorons absolument. Nous pouvons seulement induire du καὶ 5 que ces conditions étaient moins avantageuses que celles qui furent faites dans la suite aux bannis rentrés après la prylanie de Smithinas. Puisque le $ 5 décide que, si le peuple juge avantageuses les conventions passées par les citoyens entre eux, il lui sera loisible de les appliquer aux bannis rentrés sous Smithinas, c'est évidemment que ces dernières conventions étaient plus favorables au maintien de l’ordre et de la paix, plus libérales et plus justes que les premières.
Les retours devinrent plus nombreux après la prytanie de Smithinas, plus grandes aussi les difficultés. Des transactions ou plus exactement des projets de transaction furent rédigés de part et d'autre, et des messagers envoyés par les bannis rentrés et par les citoyens restés dans la ville les portèrent à l'arbitre tout naturellement désigné, au roi Alexandre (ἢ 8) (1). La transaction en faveur de laquelle il se prononça (8 4, 1. 28 : ταὶς διαλυσίεσσι ταὶς ὁ βασιλεὺς ἐπέχριννε (2) ou, comme il est dit plus haut, la réponse du roi (8 3, 1. 49-20 : ἐν τᾶι ἀποχρίσι ar τῶ βασίληος) servit de base aux délibérations du peuple de Mytilène et au décret dont nous avons conservé seulement une partie.
L'analyse et l'explication du décret même ne présentent pas de grandes difficultés (3).
Une première partie ($$ 1-6) a trait à l'application de la tran-
viserait ceux des bannis qui rentreraient après le présent décret, mais avant la fin de l'année. Pourquoi donner au participe passé xatéA0ovvec la signification d'un participe futur ?
On pourrait admettre, il est vrai, que Smithinas fut prytane en l'année 333 (Voy. le texte d'Arrien cité plus loin, p. 351). Mais, croyons-nous, on ne peut hésiter qu'entre cette hypothèse et celle que nous avons présentée p. 349.
(3) Cf. Usteri, mémoire cilé, p. 149. Nous savons par Diodore, XVII, 113, 3 qu'Alexandre reçut à Babylone au printemps de 323 un grand nombre d'ambassades à l'occasion de l'édit de 324.
(2) Cf. W. Hünerwadel, mémoire cilé, p. 111. IL rapproche très justement de « la réponse du roi » le rescrit d'Antigone à Téos, où le verbe ἐπιχρίνειν revient souvent ; le rescrit est aussi qualifié de réponse d'Antigone (Dittenberger, Sylloge?, 171, 1. 51, 60; 1. 123).
(3) On en trouvera une analyse détaillée dans Usteri, mémoire cité, p.148 5.