XXXV. RETOUR DES BANNIS
sement à ceux des membres de leurs familles que leur sexe ou leur âge mettait dans l'impossibilité de nuire aux tyrans : sœurs, épouses, mères, enfants des bannis. Les tyrans avaient été plus loin : ils n'avaient pas confisqué tous les biens des bannis, mais en avaient laissé une partie en la possession de leurs femmes et de leurs enfants (1). Bien plus : Nabis avait marié les femmes des bannis à des hommes de son parti (2) et quand en 1495 T. Quinctius Flamininus traita avec lui, le tyran dut autoriser les femmes et les enfants à rejoindre leur mari et père, si toutefois les femmes y consentaient (3). Flamininus avait obtenu pour les bannis le droit de séjourner sur les côtes de la Laconie. Tite-Live, qui nous renseigne sur ce traité, dit quel trouble et quelle colère excitèrent ces clauses parmi les Spartiates qui avaient épousé les femmes des bannis ou qui avaient acquis leurs biens (4).
Les bannis vieillirent dans l'exil. Les Spartiates eux-mêmes, quelques années plus tard, en 190, les appelaient οἱ φυγάδες ot ἀρχαῖοι (5), autant pour marquer la longue durée de leur exil que pour les distinguer de ceux qui avaient été bannis après eux. Et pourtant « les anciens bannis », vivant dans les villes de la confédération des Éleuthérolacones, à peu de distance de Sparte où ils avaient gardé des intelligences, ne cessaient d'agir et de négocier, d'abord avec Rome, puis, quand Sparte fut définitivement agrégée à la ligue achéenne, avec la ligue. Nous n'avons pas à faire le récit de ces négociations (6) : il nous suffira de dire qu’elles n'aboutirent qu’en 179, grâce au stratège de la ligue,
(1) Voy. Polybe, XXV, 8, 3 : Καὶ τὸ μὲν πρῶτον ἀφελόμενος τὴν χώραν, ἣν of τύραννοι συνεχώρησαν ταῖς ὑπολειφθείσαις τῶν φυγάδων ἀδελφαῖς καὶ γυναιξὶ καὶ μητράσι καὶ τέχνοις, ταύτην διέδωχε τοῖς λεπτοῖς εἰχῇ καὶ ἀνίσως κατὰ τὴν ἰδίαν ἐξουσίαν. Il s'agit du tyran Chæron. Les Achéens intervinrent et, comme Chæron s'appropriait aussi les revenus publics, on nomma des δοχιμαστῆρες τῶν κοινῶν que le stratège de la ligue engagea aussi à s'occuper des bannis : φροντίσαι δὲ καὶ περὶ τοῦ κομίσασθαι τὰς οὐσίας τοὺς τῶν φυγάδων ἀναγκαίους πάλιν, ἃς ὃ Χαίρων αὐτῶν ἀφεΐλετο βραχεῖ χρόνῳ πρότερον (Polybe, XXV, 8, 8).
(2) Polybe, ΧΙ, 6, 3.
(3) Tite-Live, XXXIV, 35, 1.