XXII. LOI D'ILION CONTRE LES TYRANS
pas le sacerdoce qu'a rempli le tyran ou le chef de l'oligarchie ou le complice de l'un d’eux. Nous savons que, dans nombre de cités de l'Asie Mineure, les sacerdoces étaient en quelque sorte des offices vénaux et nous avons conservé des inscriptions qui relatent les noms des acheteurs, le prix payé et le droit proportionnel acquitté à l’État (ἐπώνιον) (4). Mais ici il n'est pas question d’une stèle de ce genre : la liste dont il s'agit est un simple catalogue de prêtres, comme on en a retrouvé à Halicarnasse, par exemple (2). On y efface un nom maudit et c'est seulement la place devenue libre qui est mise en vente. L'acheteur y inscrira le nom qu'il voudra : il fera à qui il voudra, à un vivant ou à un mort, l'honneur de ce vain sacerdoce. La cité trouve en même temps son compte à cette fiction lucrative.
Pour le tombeau, la loi se borne à ordonner que le nom soit martelé : elle ne pousse pas plus loin la vengeance. De cette disposition nous rapprocherons le fragment suivant d’une loi de Nisyros, également dirigée contre un personnage qui s'est souillé de quelque crime, peut-être un tyran (3).
Εἰ δέ τίς κα θαΐνόντι ἐπι- Quiconque placera une stèle σταμα ἐφιστᾶι, ἀποτεισά[τω sur sa sépulture, devra payer δραχμὰς μυρίας καὶ αἰρέτω dix mille drachmes et enlever τὸν νεχρὸν À τὸ ἐπίσταμα * εἰ δέ le mort ou la stèle. B χα μὴ ἄρηι, αἱρόντω τοὶ προστ[ά- S'il ne l'enlève pas, les prosrat εἰ δέ κα μὴ ἄρωντι tlot πρ)Ίο- tates l'enlèveront. στά]ται, ἀποτεισάντω ἑκάστοτε Si les prostates ne l’enlèvent δραχμὰς χιλίας ἐν εὐθύναιϊς " pas, tout collège qui n'aura pas ἀγγειλάτω δ]ὲ ὁ χρήιζων ἐπὶ [τῶι faitcet enlèvement, devra payer 10 ἡμίσει]... mille drachmes lors de la red-
dition des comptes.
Le premier venu pourra faire la dénonciation et touchera [la moitié] de l'amende.
(1) Par exemple, Dittenberger, Sylloge, n° 310 (Érythrées). Cf. 374, 1. 5, 8 (Halicarnasse). Herbrecht, mém. cité, p. 5-6, 44, a cité et reproduit les textes épigraphiques relatifs à la vente des sacerdoces.
(2) Dittenberger, Sylloge, n° 372.
(3) Hiller von Gaertringen, Gesetz von Nisyros (Inscription communiquée à la Société archéologique de Berlin le 5 novembre 1895).
Les Nisyriens, comme les Iliens, veulent qu'il ne subsiste de cet homme aucun monument (μνημεῖον μηδὲν ἔσται, & 43).
Les complices du tyran. — L'immunité n'est accordée aux complices du tyran que dans un seul cas, déjà cité, celui où le complice tue le tyran et rétablit le gouvernement démocralique. Dans cet article, la loi désigne le complice par le mot συσστρατιωτῶν τις. Ailleurs ($ 41), elle parle d'un citoyen d’Ilion qui aura contribué avec le tyran ou le chef de l’oligarchie à la désignation des magistrats ; ailleurs encore ($ 13), elle nomme quiconque aura fait un tyran ou se sera rendu complice de l'usurpation ou aura entrepris de renverser la démocratie. Toutes ces personnes forment une première catégorie de complices, plus odieux que les autres puisqu'ils auront contribué au renversement de la démocratie. La loi ne met pas, semble-t-il, leur tête à prix, sauf dans le cas de l'attentat commis contre la démocratie (1). Elle se borne, au moins dans les articles qui nous ont été conservés, à annuler toute acquisition faite par eux (ὃ 41) et à détruire leur souvenir en martelant leurs noms sur tous les monuments où ils se rencontrent (8 13).
Aussi bien les mêmes personnes se retrouvaient d'ordinaire dans la seconde catégorie beaucoup plus nombreuse, celle des fonctionnaires qui ont été en charge sous le tyran. Les articles qui visent ces derniers sont particulièrement intéressants, parce qu'ils nous montrent le gouvernement tyrannique à l'œuvre : l'inscription d'Érésos que nous traduisons plus loin (n° XX VII) complétera le tableau.
Les fonctionnaires pouvaient, abusant du pouvoir, soit attenter à la vie de leurs concitoyens, soit s'enrichir à leurs dépens ou aux dépens de l’État. Le 8 10 vise le cas d'un fonctionnaire qui a fait périr un homme, non de mort violente, mais en le traînant devant un tribunal et en obtenant une condamnation injuste. Tous ceux qui auront donné un vote approbatif seront réputés meurtriers et le meurtre ne peut être racheté ni par mariage ni à prix d'argent (2). Bien plus, l'action durera toujours, c'est à
(4) CF. 81 : ὃς δ' dv ἀποχτείνηι τὸν τύραννον À τὸν ἡγεμόνα τῆς ὀλιγαρχίας À τὸν τὴν δημοχρατίαγ χαταλύοντα.
(2) Nous n'avions pas encore connaissance, dans le droit grec, de compo-