‹ Recueil des inscriptions juridiques grecquesChapitre 32 sur 235 · XXII. LOI D'ILION CONTRE LES TYRANS · texte numérisé non relu

XXII. LOI D'ILION CONTRE LES TYRANS

Aristote vante, au même passage, la douceur de cette loi, mais il faut reconnaître avec Swoboda (1) qu'il s’est absolument mépris sur le sens du mot ἄτιμος. Au ν᾽ siècle, ἄτιμος désigne d'ordinaire le ciloyen qui a été privé de ses droits civils et politiques, de tous ou seulement d'une partie, mais le mot a souvent un sens plus fort : ἄτιμος peut aussi désigner celui pour le meurtre duquel il n’y a pas de τιμή, pas de prix du sang, pas de rançon. “Attpoc ἔστω équivaut aussi à ἄτιμος τεθνάτω (2) ou νηποινεὶ τεθνάτω et nous avons rencontré plus haut, dans une inscription d'Érétrie, le complet développement de la formule : ἄτιμος ἔστω χαὶ τὰ χρήματα αὐτοῦ ἔστω ἱερὰ τῆς ᾿Αρτέμιδος καὶ αὐτὸς χαὶ γένος τὸ ἐξ αὐτοῦ ὃ ἂν πάθει νηποινεὶ πασχέτω (3).

La loi nouvelle fut appliquée au lendemain du renversement de la tyrannie des Pisistratides (511/0) (4). En même temps, les

(1) Mém. cité, p. 51 et suiv.

(2) Cf. Démosthène (39 Philippique, 122, 44) parlant d’Arthmios de Zéleia et expliquant le mot ἀτίμους, s'exprime ainsi : τοῦτο δ᾽ ἐστὶν οὐχ ἣν οὑτωσί τις ἄν φήσειεν ἀτιμίαν ᾿ τί γὰρ τῷ Ζελείτῃ, τῶν ᾿Αθηναίων χοινῶν εἰ μὴ μεθέξειν ἔμελλεν ; ἀλλ᾽ οὐ τοῦτο λέγει, ἀλλ᾽ ἐν τοῖς φονιχοῖς γέγραπται νόμοις, ὑπὲρ ὧν dv μὴ διδῷ φόνου διχάσασθαι, ἀλλ᾽ εὐαγὲς à τὸ ἀποχτεῖναι, « χαὶ ἄτιμος » φησὶ « τεθνάτω ». Τοῦτο δὴ λέγει καθαρὸν τὸν τούτων τινὰ ἀποχτείναντα εἶναι. Le passage des lois sur le meurtre, cité par Démosthène, ne nous a pas été conservé sur la stèle de 409/8. Voy. p. 8, note 1.

(3) Inscr. jurid. gr., 1τὸ série, p. 148 et 150, 1. 32 et 56.

(4) Voy. Thucydide (VE, 55, 1) qui mentionne seulement À στήλη περὶ τῆς τῶν τυράννων ἀδιχίας À ἐν τῇ ᾿Αθηναίων ἀχροπόλει σταθεῖσα. Cf. J. M. Stahl, Rheinisches Museum, 46 (1891), p. 265 (Ueber athenische Amnesliebeschlüsse). Swoboda, Mém. cité, p. 56 et suiv. Stahl a très sûrement montré à quel jugement correspondait cette inscription sur la stèle de l'Acropole. Les Pisistratides ont été mis hors la loi, déclarés ἄτιμοι καὶ πολέμιοι. Il est pourtant inutile d'accepter, comme le fait Swoboda, la correction proposée jadis par Herwerden (Mnemosyne, N. S. VIII, p. 156) au texte de Thucydide et de changer ἀδικίας en ἀτιμίας. Le mot ἀδικία a un sens plus fort que ne le pense Swoboda et Lycurgue l'applique à un traître que les Athéniens ont condamné à la peine de mort (contre Léocrate, 111).

Nous croyons également que Swoboda se trompe en admettant que la loi contre les tyrans recut une application nouvelle en 508/7, quand Isagoras, s'appuyant sur le roi de Sparte Cléomène, s'empara de l'Acropole et entreprit de renverser le gouvernement démocratique. Isagoras et ses partisans purent se retirer à Éleusis, mais, dit le scholiaste d'Aristophane (Lysistrata, 273), « les Athéniens démolirent les maisons de ceux qui avaient occupé Éleusis

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Athéniens comblèrent d’honneurs les tyrannicides, dont Harmodios et Aristogiton devinrent bientôt le type classique, et leur famille. Aux deux amis, ils élevèrent des statues, les premières qu'aient reçues des personnages politiques en Grèce (4). Emportées par Xerxès (480), ces deux statues furent remplacées en 477/6 (2): les nouvelles images furent posées sur l’agora, non loin des héros éponymes. Une loi, que nous ne saurions dater et que nous ne connaissons d'ailleurs que par des inscriptions du [π᾿ siècle avant notre ère, défendit de placer aucune statue auprès de celles d'Harmodios et d'Aristogiton (3). Il est vrai qu'elle fut violée dès la fin du rv° siècle, lorsqu'en 307/6 Athènes fit à Démétrios l'accueil que l'on sait : Démétrios et son père Antigonos obtinrent une statue qui fut placée « près d'Harmodios et d'Aristogiton (4) ». Deux autres lyrannicides fameux, Brutus et Cassius, reçurent le même honneur en 42 avant J.-C. (5). Une autre loi, rapportée par Hypéride et qui date probablement d’un temps où la mémoire d'Harmodios et d’Aristogiton, déjà moins respectée, n’était plus à l’abri des chansons mal sonnantes et des plaisanteries, défendait de mal parler d'eux et de les attaquer dans des chansons (6). Pour leurs descendants, une inscription attique du

avec Cléomène et confisquèrent leurs biens. Ils votèrent contre eux la peine de mort et, inscrivant leurs noms sur une stèle de bronze, l'exposérent sur l'Acropole, près de l’ancien temple ». Ce n'est pas pour crime de tyrannie que furent condamnés Isagoras et [565 partisans : le mot de tyrannie n'est prononcé que par le scholiaste, qui n'est pas une autorité suffisante, et c’est bien plutôt pour crime de trahison, comme le furent plus tard Antiphon et Archéptolémos.

(1) Pausanias, I, 8, 5.

(2) Marbre de Paros, 1. 10 et 71. Voy. aussi les textes cités dans E. Curtius, Die Staditgeschichte von Athen, p. LY.

(3) C. 1. À., IT, 300, 410 (cf. C. 1. À., IV, IL, n° 410, p. 109). La formule est : πλὴν rap’ ᾿Αρμόδιον καὶ ᾿Αριστογείτονα ou : πλὴν οὗ οἱ νόμοι ἀπαγορεύουσιν (465, 1. 58).

(4) Diodore, XX, 46, 2.

(5) Dion Cassius, XL VII, 20, 4.

(6) Hypéride, contre Philippidès, 1. 34 et suiv. (Ed. Blass 3, p. 57) : ἐν νόμῳ γοάψας ὁ δῆμος ἀπεῖπεν μήτε λέγειν ἐξεῖναι μηδενὶ χακῶς ᾿Αρμόδιον καὶ ᾿Αριστογείτονα, μήτ᾽ σαι ἐπὶ τὰ xaxiova. Une loi athénienne défendait d'ailleurs de médire des morts (Lex. Cantabr. 8. v. Kaxnyopiac δίχη, Éd. Houtsma, p. 18).

Nous ne savons pas à quelle époque fut institué le sacrifice célébré chaque

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