XXII. LOI D'ILION CONTRE LES TYRANS
milieu du v° siècle, mais qui n'est que la copie d'un décret beaucoup plus ancien, nous apprend qu'ils avaient l'honneur d'être nourris au prytanée (1). Le décret les nomme en second lieu, après une catégorie de personnes que nous ne pouvons déterminer, bien avantiles vainqueurs aux grands jeux nationaux. Ils étaient de plus exempts de tout, excepté des frais du culte (2) et nous savons combien ils se montraient jaloux de tous ces honneurs et avantages (3).
Délivrés pour eux-mêmes de la crainte des tyrans, les Athéniens l’importèrent dans les villes sujettes et alliées, notamment dans la ville ionienne d’Érythrées (4). Vers le temps de Cimon, dans la première partie du γ᾽ siècle avant J.-Ch., ils donnèrent à Érythrées, qui venait d'entrer dans leur alliance, une constitution démocratique (δ). Les décrets qui en avaient réglé les
année par le polémarque en l'honneur d'Harmodios et d’Aristogiton (Aristote, Const. d'Ath., 58, 1). Les deux héros n'étaient pas l'objet d'un culte et . Démosthène exagère quand il dit que les Athéniens les honoraient à l'égal des héros et des dieux (περὶ τῆς παραπρεσδείας, 431, 280). Aristote, avec beaucoup de justesse, emploie le mot ἐναγίσματα (‘Appoôlp καὶ ᾿Αριστογείτονι ἐναγίσματα ποιεῖ) et non le mot θυσία, qui conviendrait à un sacrifice offert à une divinité. Harmodios et Aristogiton recevaient les mêmes honneurs que les combattants de Marathon. Cf. C. I. À. 11, 474, 1. 26 et suiv. Les éphèbes sont conduits à Marathon, παραγενόμενοι δὲ ἐπὶ τὸ ἐμ Ναραθῶνι πολυανδρεῖον ἐστεφάνωσαν τε χαὶ ἐνήγισαν τοῖς κατὰ πόλεμον τελευτήσασιν ὑπὲρ τῆς ἐλευθερίας. Sur le sens du verbe ἐναγίζειν, opposé à θύειν, voy. Ε. Rohde, Psyche, p. 140.
(1) C. I. À. I, 8,1. 5 et suiv.
(2) Démosthène, contre Leptine, 495, 128.
(3) Dans la première partie du 1v° siècle, un certain Harmodios, descendant des tyrannicides, intenta une γραφὴ παρανόμων contre l'orateur qui avait proposé d'accorder à Iphicrate une statue de bronze et la nourriture au prytanée (Orat. Atlici, éd. Didot, 11, p. 260). Un plaidoyer d'Hypéride, récemment découvert, nous fait connaître, à la fin du 1v° siècle, un autre descendant d'Harmodios, Démocratès du dème d'Aphidna, qui jouissait des privilèges accordés à sa famille (contre Philippidès, 1. 13 et suiv.).
On se faisait gloire, aïlleurs qu’à Athènes, de descendre d'un tyrannicide. Le peuple d'Halicarnasse élève une statue à un certain Areus et parmi ses titres à la reconnaissance publique, on cite en première ligne : διά τε τὴν ἀπὸ τῶν κτιστῶν καὶ τυραννοκτόνων τῆς πόλεως καθ᾽ ἑχατέρους τοὺς γονεῖς αὐτοῦ εὐγένειαν (Le Bas-Waddington, Asie Mineure, n° 505 et Bull. Corr. hell., IV (1880), p. 403, note 1).
(4) Très probablement aussi à Colophon. Voy. Ὁ. 1. À. I, 18.
(5) Voy. H. Gübler, Erythrae, Berlin, 1892, p. 11.
moindres détails furent gravés sur des stèles de marbre, dont trois fragments ont été retrouvés à Athènes : malheureusement le plus considérable semble avoir été perdu et nous n’en possédons qu'une copie très défectueuse (1). Le gouvernement démocratique, dont l'établissement était d’ailleurs confié à des fonctionnaires athéniens (inspecteurs ou ἐπίσχοποι et commandant de la garnison ou φρούραρχος), avait plus d'un ennemi à craindre : les exilés, les émigrés qui avaient passé du côté des Mèdes et projetaient sans doute le renversement de la démocratie. Tout un chapitre est consacré aux tyrans. Si mutilé qu'il soit, si incertaines que semblent quelques unes des restitutions proposées par Kirchhoff, nous n'’hésitons pas à le reproduire :
L.31............. Ἐὰν Ô[E τῦις [Παλ]δ[ τ προδιδ- 32 ὃς το[τ]ς τυράννοις τὲμ [πόλιν τ]δσ[ν] ᾿Ερυθραί[ο]ν καὶ... 98. . τεθνάτο [καὶ] παΐδε[ς Ὠ]οι ἐχς ἐ[χ]έν[ο]. ἐὰμ μ]ὲ... 34... ἐ0[{ς] ἔχο[ντες Ποι] παῖδες [hoc ἐχς [ἐἸκέν[ο ἐς τὸν δέμον τὸν 35 Ἐρυθραίο[ν] καὶ [τὸ]ν ᾿Αθεναίον ἀπο[ φ]ανθὅ[σι]. Τὰ δὲ χρέματα.... 36 ç κατα[θ]έντας [ἔχε]ν τὸ[ς] παϊδ[α]ς [τ]ὸ [ἔμισ]υ . .... ..
« Quiconque sera convaincu d’avoir livré la ville d'Érythrées aux tyrans, sera mis à mort [et lui] et les enfants nés de lui, à moins que les enfants n'aient fait preuve de [dévouement] envers le peuple d'Érythrées et celui d'Athènes. (Dans ce cas) les enfants garderont la moitié des biens qu'ils auront (préalablement) déposés [entre les mains 468. ..]»
Il n'est ici parlé que des complices des tyrans et c'est la peine de mort qui est portée contre eux : à plus forte raison l'était-elle contre les tyrans eux-mêmes, en vertu de cette loi athénienne du vi: siècle, beaucoup plus rigoureuse que ne le pensait Aristote.
La tranquillité d'Athènes dura près de cent ans, mais à la fin du γ᾽ siècle, après les tentatives et les succès passagers de l'oligarchie, la démocratie athénienne, se sentant en péril, renouvela ses moyens de défense. Sous l’archontat de Glaukippos en 410/9, un an après le renversement des Quatre Cents, un an
(1) C. 1. 4.1, 9, 10, 11. Le fragment le plus long est le n°9.