XXII. LOI D'ILINN CONTRE LES TYRANS
« Si le meurtrier est un autre que moi, 16 le regarderai comme pur par la volonté de tous les dieux et démons, pour avoir tué un ennemi des Athéniens. Je ferai mettre en vente tous les biens du mort et j'en remettrai la moitié au meurtrier, sans le frustrer de rien. — Quiconque trouvera la mort en tuant ou en cherchant à tuer un de ces hommes, je le récompenserai, lui et ses enfants, comme ont été récompensés Harmodios et Aristogiton et leurs descendants.
« Pour tous les serments qui ont été prêtés contre la démocratie athénienne à Athènes ou dans l’armée ou en quelque endroit que ce soit, j'en délie et décharge tous ceux qui les ont prêtés. »
Ce serment sera prêté par tous les Athéniens, sur les chairs de victimes adultes, dans les formes solennelles, avant les Dionysies ; ils prieront les dieux d'accorder bonheur et prospérité à qui restera fidèle à son serment, de perdre qui le violera, et avec lui sa postérité. »
Démophantos avait, à n’en pas douter, fouillé dans les archives du Métrôon et son décret réunit en un seul corps toutes les dispositions législatives antérieures (1). C'est ainsi qu'il emprunte à la vieille loi du vr° siècle, rapportée par Aristote, deux expressions qui ont passé dans la langue du droit public et que nous avons retrouvées à Ilion, au nr° siècle (τυραννεῖν ἐπανίστασθαι et συγχαθιστάναι τὸν τύραννον) (2). Dans la loi du v…° siècle comme dans le décret du ν᾿, la peine est la même pour les deux crimes, la mort, et ce rapprochement nous fournit une preuve de plus de l'erreur où est tombé Aristote (3).
(4) Voy. Stahl, art. cité, p. 614.
(2) Loi d'Ilion, 8 13 : “Os dv τύραννος... γένηται... ἢ τύραννον στήσηι À συνεπαναστῆι.
(3; De l'archontat de Théopompos (4110) date la condamnation, dont le texte nous a été conservé, de deux personnages compromis dans le gouvernement des Quatre-Cents, Antiphon et Archéptolémos ; mais c'est pour avoir négocié avec les Lacédémoniens et pour crime de trahison qu'ils furent poursuivis et condamnés (Vies des X Orateurs, 833, E, F et 834 A : προδοσίας ὦφλον). Enfin, une stèle très mutilée (Ὁ. 1. À. 1, 59), nous ἃ conservé le décret rendu en 410,9 en l'honneur de plusieurs personnages qui avaient bien mérité de la démocratie athénienne : parmi eux figurent Thrasyboulos de Calydon et Apollodoros de Mégare, dont le titre le plus sérieux à la reconnaissance des Athéniens était le meurtre de Phrynichos, l'un des membres les plus
Le décret de Démophantos fut bientôt abrogé par la loi d’amnistie votée sous l'archontat d'Euclide (403/2) (4), mais pendant de longues années les Athéniens en firent gloire. Il resta célèbre à Athènes : Lycurgue et Démosthène en parlent encore dans leurs discours (2).
La démocratie athénienne ne demeura pourtant pas désarmée contre ses ennemis et c'est très probablement de l’année ἀ Ἐυclide ou d’une année voisine que date ce νόμος εἰσαγγελτικός cité par Hypéride et dont il a été parlé plus haut (3). On sait ce qu'il en advint et comment l’arme jadis redoutable qu'était 1᾿ εἰσαγγελία se faussa et s'usa entre les mains des orateurs du 1v° siècle : Hypéride nous l'apprend en plus d'un endroit (4).
Longtemps après qu'elles eurent cessé de hanter les démocraties jalouses et de leur inspirer lois et décrets, la crainte et la haine du tyran trouvèrent un refuge dans les écoles des rhéteurs, où le tyrannicide fut remis en honneur. Les déclamations les plus anciennes que nous ayons conservées sur ce sujet inépuisable sont l’œuvre de rhéteurs latins : dès le temps de Sénèque l'Ancien on déclamait à Rome contre les tyrans (5), et nous possédons encore vingt et une déclamations de ce genre, de Sénèque, Quintilien et Calpurnius Flaccus (6). Un petit nombre de décla-
influents du gouvernement des Quatre-Cents. Mais Phrynichos, lui aussi, est qualifié de traître et c'est à la suite de son nom que furent gravés sur la stèle infamante les noms d'Antiphon et d'Archéptolémos (voy. la fin du jugement rendu contre Antiphon et Archéptolémos).
(1) Voy. Stahl, art. cité, Ὁ. 283.
(2) Lycurgue, contre Léocrate, 125-127. Démosthène, contre Leptine, 505, 159.
(3) Voy. p. 48, note 1. Cf. M. Fränkel, Die attischen Geschworenengerichte, p. 711. J. M. Stahl, Rheinisches Museum, 46, p. 281.
(4) Hypéride, pour Euxénippos, initio; pour Lycophron, col. X, 1. 5 et suiv. Cf. col. III, 1. 10 et suiv.
(5) Déjà Cicéron connaissait et citait les lois suivantes (De invéntione rhetorica, 11, 49). Lex : qui tyrannum occiderit, olympionicarum praemium capito et quam volet sibi rem a magistratu deposcito et magistratus ei concedito — et altera lex : tyranno occiso, quinque ejus proximos cognatione magistratus necato. Cf. dans Libanius, vol. IV éd. Reïiske, p. 798-817, une déclamation sur le même thême.
(6) On les trouvera réunies dans l'ouvrage de A. Schmidt, Geschichte der Denk-und Glaubensfreiheit im ersten Jahrhundert der Kaïiserherrschaft und