‹ Recueil des inscriptions juridiques grecquesChapitre 78 sur 235 · XXV. DONATIONS ENTRE VIFS · texte numérisé non relu

XXV. DONATIONS ENTRE VIFS

lois » les y contraignent ($ 8). Défense est faite d'affecter ou même de proposer d’affecter à un autre emploi le capital donné par Aristomène et Psylla ; le contrevenant paiera une amende aux donateurs ou à leurs ayants cause (ἢ 9). Toutes les contraventions prévues par le décret peuvent être poursuivies par tout venant ; mais le président du bureau du Conseil, assisté des procureurs du Conseil, est spécialement chargé de les poursuivre ($ 40). Exception est faile pour l'amende stipulée au profit des donateurs par le $ 9; c'est à eux-mêmes ou à leurs héritiers qu'il appartient de la recouvrer, à moins, bien entendu, que le contrevenant ne soit lui-même un de ces héritiers, auquel cas l'amende profite à la ville. Toutes les amendes acquises à la ville seront affectées au fonds des Dionysies (δ 11); il en est de même des sommes restées disponibles par défaut d'emploi ($ 12). Le règlement sur le maniement des fonds sera inséré dans le code (sans doute dans la loi sur les fonctions de l'agonothète) à la prochaine revision ($ 43). Une stèle — celle qui nous est parvenue — assurera la publicité de l'acte (8 44).

Malgré la grande prolixité de notre inscription il subsiste quelque obscurité sur la combinaison financière destinée à réaliser les intentions libérales d’Aristomène et de Psylla. Nos prédécesseurs s'y sont trompés, par suite d'une erreur numismatique. La mine de Corinthe, sensiblement identique à la mine euboïque ou attique, se divise bien, comme dans les autres pays grecs, en 50 statères, mais le statère corinthien se divise en trois, et non en deux drachmes (1). Il en résulte que l'intérêt légal prévu par le $ 2 du décret, 2 drachmes par mine et par mois, correspond, dans les années ordinaires, non à 24 pour 400, comme on l'avait cru jusqu’à présent, mais seulement à 16 pour 100 (24 dr. par 150 dr.). ἃ ce taux, le capital primitif de 420 mines devient, au bout d’une année (ordinaire) 139,20 mines, au bout de deux années 161, 47 mines; de trois années, 187, 30 mines. En réalité, le produit devrait être encore plus fort, car sur trois années, il y en a au moins une de treize mois; toutefois, en tenant compte des faux frais et des retards possibles d'emploi, on peut

(1) Cp. B. Head, Catalogue of greek coins (in the Br. Museum), Corinéh, etc., Ῥ. ΧΙΧ.

admettre qu'il faudra trois années pleines pour que le capital primitif atteigne le chiffre de 180 mines. Le premier placement ayant eu lieu (décret, $ 2) dans le douzième mois de l’année courante an 1 (prytane Aristomène) et les autres placements successifs ($ 3) dans le premier mois de l'an III et de l'an IV, le total de 180 mines sera atteint le dernier mois de l'an IV. ἃ ce moment, c'est à dire dans le premier mois (Artémitios) de l'an V, on replace le capital au même taux, et un an après (donation, $3 ; décret, $ 5), la ville « envoie engager les artistes ». Le salaire leur sera payé (décret, ὃ 7), ou du moins fourni à l’agonothète, avant le 6 Artémitios (an VI) (4). Ce capital de 180 mines, placé pendant l’an V à 16 pour 100, a rapporté 98, 80 mines et devient environ 209 mines. Par le paiement de 50 mines, plus les frais d'entretien, qui peuvent bien s'élever à 2 ou 3 mines (2),le capital se trouvera brusquement ramené à 156 mines; celles-ci, replacées à 16 pour 100 pendant l'an VI, deviennent 181 mines ; à la fin de l'an VII, 210 mines ; à ce moment (1° mois, an VIII), un nouveau paiement de 53 mines environ ramène le capital à 457 mines et ainsi de suite. La somme de 210 mines, environ, se trouve ainsi toujours reconstituée dans l'intervalle de deux fêtes, même sans tenir compte des mois embolimiques; cela suffit à assurer le fonctionnement de l'institution. Le tableau suivant résume les explications qui précèdent :

(1) 11 résulte du texte qu'à ce moment les artistes sont déjà à Corcyre ; nul doute que les Dionysies ne fussent célébrées au mois Artémitios. Mais 1] ἃ fallu un certain temps pour conclure les engagements et amener les artistes; il n'est donc pas rigoureusement exact de dire que l'engagement a lieu « un an après que le capital est devenu 180 mines », c'est-à-dire en Eukleios an V; bien probablement les envoyés de la ville partaient, au plus tard, dans le courant du onzième mois. Si l'on prenait le texte au pied de la lettre, il faudrait admettre que l’on compte une année pleine pour les pourparlers, l'engagement et le voyage des artistes, et que la première fête n’a lieu qu'au début de l'an VII. Cela paraît inacceptable.

(2) Nous supposons que chaque artiste recevait 2 drachmes de Corinthe par jour et que les fêtes duraient (comme les Dionysies d'Athènes) six jours: il faut encore tenir compte des frais de voyage qui devaient leur être remboursés.

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