XXVII. JUGEMENTS D'ÉRÉSOS CONTRE DES TYRANS
leurs descendants l'application de la loi écrite sur la stèle, ainsi que la vente de leurs biens conformément à la loi;
8 14. — Attendu qu'Alexandre a également demandé par lettre, au sujet des fils d'Apollodoros et de ses frères Hermon et Héræos, anciens tyrans de la ville, et de leurs descendants, que le peuple juge s'il leur sera ou non permis de rentrer; attendu que le peuple, après avoir écouté la lecture de cette dépêche, a convoqué un tribunal pour statuer sur leur cas conformément à la loi et à la dépêche du roi Alexandre; attendu que ce tribunal, ouï les parties en leurs plaidoiries, a décidé que la loi contre les tyrans serait maintenue et que ceux-ci resteraient exilés de tout le territoire de la cité;
8 45. — Le peuple a décidé qu'il y avait lieu de maintenir contre les tyrans, à savoir contre ceux d’entre eux qui ont habité la ville et contre leurs descendants, la loi sur les tyrans inscrite sur la stèle ancienne, les dépêches des rois à l'encontre desdites personnes, les décrets antérieurement rendus par les ancêtres et les votes émis au scrutin contre les tyrans.
δ 10. — Si quelqu'un des tyrans, soit de ceux qui ont habité la ville, soit de leurs descendants, est pris mettant le pied sur le territoire d'Érésos, en violation de cette décision, il en sera délibéré par le peuple.
textes qui nous restent, plusieurs présentent surtout un intérêt historique, mais nous n'avons pas hésité à les reproduire tous, parce qu'ils complètent le commentaire de notre numéro XXII (Loi d'Ilion contre les tyrans). Dans le très bref commentaire qui suit, nous laisserons de côté, bien entendu, l'histoire de la tyrannie à Érésos, pour nous attacher aux jugements rendus par la cité contre les tyrans et contre leurs descendants.
Nous distinguerons, en effet, entre les tyrans et leurs descendants, — entre ceux « qui ont habité la ville (4) », exercé le
(1) D. 1. 6 et 36 : τῶν τυράννων χαὶ τῶν ἐμ πόλει οἰκηθέντων xal τῶν ἐχγόνων τῶν τούτων.
pouvoir, porté le titre de tyrans, odieux à la démocratie d'Érésos, comme à celle d'Ilion et d'Athènes — et ceux dont le seul crime est de descendre des tyrans.
Deux jugements ont été rendus par les Érésiens contre deux des tyrans « qui avaient habité la ville », Agonippos et Eurysilaos. Les deux tyrans sont nommés ensemble dans la dépêche d'Alexandre rapportée au ὃ 13, et ils ont sans doute exercé le pouvoir l'un après l'autre, sans que nous sachions dans quel ordre. L'un d'eux était encore à Érésos en 334, puisqu'Alexandre chassa les tyrans d'Antissa et d'Érésos, après sa victoire du Granique (1). L'année d'après, tous les deux se trouvaient auprès de Memnon le Rhodien, quand il assiégea Érésos (2). Agonippos se distingua au siège de l’Acropole (8 1) et les deux tyrans, de nouveau installés, s'entendirent pour commettre les mêmes excès, avec l’aide des mêmes « bandits », entendez les mercenaires à leur solde (3) : les griefs allégués aux & 1 et 7 contre Agonippos et Eurysilaos sont, en effet, exactement les mêmes (4). En se met-
(1) Pseudo-Démosthène, de foed. Alex., 213, 7 :.. ποὺς μὲν ἐχ Λέσδου τυράννους, οἷον ἐξ ᾿Αντίσσης καὶ Ἐρέσου, ἐχδαλεῖν ὡς ἀδικήματος ὄντος τοῦ πολιτεύματος τοὺς ποὸ ὁμολογιῶν τυραννήσαντας...
(2) $ 1. Cf. Arrien, Il, 4, 4 et Diodore de Sicile, XVII, 29, 2.
(3) Arrien emploie le même mot, λῃσταί, pour désigner les mercenaires à la solde du tyran Aristonicos de Méthymna. Aristonicos entre dans le port de Chios, en 333, ξὺν ἡμιολίαις λῃστρικαῖς πέντε, mais il est fait prisonnier... καὶ τοὺς... λῃστὰς πάντας αὐτοῦ χαταχοπῆναι (Arrien, III, 2, 4 et 5).
Arrien ne nous dit pas ce qui se passa à Érésos après la prise de la ville par Memnon, mais nous voyons que le premier soin de ses lieutenants et successeurs Autophradatès et Pharnabazos, après la prise de Mitylène, fut d'y installer une garnison et un tyran : χρήματα τε εἰσέπραξαν τοὺς Μιτυληναίους τὰ μὲν βίᾳ ἀφελόμενοι τοὺς ἔχοντας, τὰ δὲ εἰς τὸ χοινὸν ἐπιδαλόντες (Arrien, II, 1, fin). L'installation d'Aristonicos à Méthymna, autre ville de Lesbos, eut évidemment lieu après que la ville fut tombée au pouvoir de la flotte perse.
(4) Peut-être faut-il corriger au 8 T: δισχιλίοις καὶ διακοσίοις στάτηρας en τρισχιλίοις καὶ διαχοσίοις στάττρας (cf. $ 1). Les deux tyrans se seraient ainsi partagé par moitié les 6400 statères qu'ils avaient extorqués aux Érésiens pour la rançon de leurs femmes et de leurs filles.
Pour le désarmement des citoyens (παρελόμενος τὰ ὅπλα, δὲ 1 et 7), c'était