XXVII. JUGEMENTS D'ÉRÉSOS CONTRE DES TYRANS
La condamnation des deux tyrans, entratnait « la vente de leurs biens, conformément à la loi (1) », et aussi, contre leurs descendants, d’autres mesures dont il nous reste à parler.
En somme, il n’y a, dans toute cette procédure, ni un détail, ni même un terme que l'on ne rencontre ailleurs, à Athènes, par exemple; c'est la procédure ordinaire des actions criminelles, et des termes comme συνήγοροι et ἀντιτίμησις sont également employés à Athènes, où l'assemblée du peuple est souvent constituée en tribunal (2).
Eurysilaos et Agonippos furent exécutés ; les enfants d'Eurysilaos, s'il en avait, restèrent tranquilles. Les fils d'Agonippos, au contraire, n'acceptèrent pas l'arrêt qui les frappait en même temps que leur père. Déjà, dans le décret de mise en accusation contre Agonippos, une imprécation était lancée contre tout citoyen d'Érésos qui ramènerait un des enfants du tyran ou qui proposerait de les laisser rentrer ou de leur rendre leurs biens (ὃ 3). Selon toute probabilité, les fils d'Agonippos étaient alors de jeunes enfants : ils n'atteignirent l’âge d'hommes que sous le règne d'Antigone, dans les dernières années du rv° siècle (306-301), et s'adressèrent au roi. Antigone écrivit aux Érésiens une première lettre qui ne nous a pas été conservée. La réponse des Érésiens lui fut portée par des députés et ceux-ci lui donnèrent lecture d'un décret qui ratifiait les décisions antérieures. Antigone en prit acte et peut-être même le confirma dans une seconde lettre dont nous n'avons que des fragments ($ 12).
Eurysilaos (B, C). L'un et l'autre, nous l'avons vu, sont incomplets : au décret rendu contre Agonippos manquent certaines décisions concernant la procédure à suivre dans le procès ; à la suite du décret rendu contre Eurysilaos manque la sentence (4 ψαφοφορία & κατὰ τοῦ τυράννου). Mais les deux textes se complètent l’un l'autre, les deux procès étant absolument identiques, les deux jugements ayant été très probablement rendus le même jour.
(2) Sur la compétence de l'assemblée du peuple à Athènes, voy. M. Frænkel, Die atlischen Geschworenengerichte, pp. 11 et suiv.
Quand les fils d'Agonippos obtenaient ainsi l'inutile intervention d'Antigone, ils ne pouvaient ignorer le résultat peu encourageant de démarches semblables à la leur, faites, sous les règnes d'Alexandre et de Philippe Arrhidée, par les descendants d'anciens iyrans Érésiens.
Longtemps avant qu’Alexandre publiât, en 324, l’édit célèbre, qui ordonnait aux cités grecques de rouvrir leurs portes aux bannis (1), il avait à répondre aux requêtes de nombreux exilés, tyrans et fils de tyrans ou autres. La ville d'Érésos était largement représentée dans cette foule de solliciteurs par les descendants des tyrans qui y avaient exercé le pouvoir depuis la fin de la domination athénienne jusqu'à l'avènement d’Eurysilaos et d'Agonippos (2). Ces tyrans appartenaient à une même famille dont nos inscriptions nous permettent de dresser le tableau :
| Ϊ | Hermon Héræos Apollodoros TT Hermésidès Terticon ses fils -τ-.͵ -τ- Agésiménès Hérodas
À une date que nous ne pouvons fixer, mais qui n'est pas nécessairement postérieure à l'édit de 324, Agésiménès, Hérodas et les fils d'Apollodoros se rendirent auprès d'Alexandre et lui déclarèrent qu'ils étaient prêts à répondre judiciairement devant le peuple sur les griefs soulevés contre eux (ὃ 6). La loi sur la tyrannie les y autorisait, comme elle y autorisait les tyrans euxmêmes : c'est ce qui ressort avec évidence du $ 14 où il est dit que le peuple a convoqué un tribunal pour statuer sur leur cas « conformément à la loi ». Cette comparution devant le tribu-
(4) Voy. Q. Curce, X, 2, 4 suiv. — Diodore de Sicile, XVII, 109, 4, et XVII, 8, 2.
(2) Kirchhoff, dans le commentaire déjà cité de notre inscription, admet que les tyrans n'ont guère pu s'emparer du pouvoir avant la fin de la guerre sociale (355). Peut-être y avait-il eu des tyrans à Érésos dès la fin du v° s., au lendemain de la défaite d'Athènes dans la guerre du Péloponnèse.