RUE BONAPARTE, VI
INTRODUCTION
Six ans se sont écoulés depuis la publication de notre quatrième fascicule, en 1898. Si le dernier, que nous donnons aujourd'hui, s’est fait longtemps attendre, la faute n’en est pas entièrement à nous. C’est en général le sort des œuvres collectives. Les réunions pour un travail en commun deviennent de plus en plus difficiles, et d'autre part, une mission scientifique confiée à l'un de nous, deux ans de suite, ἃ été forcément une cause de suspension ; mais nous avions conçu ensemble le plan de l’entreprise, nous avons tenu à l’achever ensemble malgré d’inévitables retards.
Les pièces contenues dans le présent fascicule et dont quelques unes sont imprimées depuis plusieurs années déjà, n'offrent pas moins d'intérêt que les précédentes. Les fouilles exécutées à Delphes sous la direction de M. Homolle nous ont fourni le règlement intérieur de la phratrie des Labyades avec ses dispositions relatives à la discipline, à l'observation des fêtes, à la célébration des funérailles d’après le type que nous avons déjà trouvé en vigueur à Céos et à Gambréion. Ces données sont complétées par les statuts de la phratrie athénienne des Démotionides, qui s'occupent longuement de la constitution de la communauté, règlent la tenue des différentes assemblées, et déterminent leur compétence en ce qui concerne l'état civil. Ces statuts comprennent en réalité trois décrets de dates différentes, et décrivent minutieusement la procédure qui doit être observée pour l'examen des demandes d'inscription sur les registres. C'était là une partie
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importante de la législation athénienne. Nous ne la connaissions jusqu'ici qu'imparfaitement.
Les actes d’affranchissement viennent ensuite. Ils sont, on le sait, extrêmement nombreux et nous ne pouvions songer à les donner tous. Nous avons choisi les plus intéressants, et comme chaque contrée de la Grèce, souvent même chaque ville, avait sa formule, nous les avons classés dans un ordre géographique de telle sorte que chaque formule est représentée par quelques exemples. La plus répandue paraît avoir été celle de Delphes comme l'attestent les centaines d'actes, inscrits sur les parois du mur méridional. Outre les formes de l'affranchissement ces actes nous font connaître, imparfaitement il est vrai, certains détuils des mœurs et même des inslitutions grecques. Nous avons relevé, par exemple, les clauses relatives aux éranes. Elles font naître des questions très difficiles et très neuves, qui, dans l’état actuel de la science, paraissent insolubles ; nous les avons du moins signalées et peut-être un jour de nouveaux textes nous en apporteront la solution.
A la suite des actes d'affranchissement nous avons réuni quelques textes crétois, indépendants de la loi de Gortyne. Ils présentent de grandes difficultés d'interprétation, mais comme ils sont très importants au point de vue du droit, nous avons pensé qu'il ne nous était pas permis de les négliger. Telle est la loi sur les saisies, celle sur les objets insaisissables, celle sur les oppositions. On voit apparaître encore une fois, dans ce dernier texte, une institution que nous avons déjà rencontrée dans la loi de Gortyne, à savoir le serment des voisins faisant preuve, en matière de contestations sur la propriété, et les témoins jouant le rôle de cojureurs. Enfin nous donnons une série de réglements commerciaux, comprenant une loi sur la monnaie de cuivre à Gortyne, une autre sur la monnaie d'Olbia, et une loi messénienne sur la douane de mer.
Après une importante inscription de Mytilène sur le retour
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des bannis, nous insérons quelques lignes d'un décret de Tanagra, récemment découvert, qui nous apprend qu'il existait dans toutes les villes de Béotie un véritable jury d'expropriation pour cause d'utilité publique. On a souvent soutenu que les Grecs ne connaissaient aucune institution de ce genre, qui aurait été, disait-on, incompatible avec l'esprit général de leurs lois. Ces objections disparaissent aujourd’hui devant un texte formel.
Les actes de prêt tenaient une grande place dans un fascicule précédent ; nous y ajoutons aujourd'hui une inscription de Drymæa en Phocide, dont nous donnons un texte revu et complété sur l’estampage.
Enfin, suivant l’usage que nous avons suivi jusqu'ici, nous donnons le texte de jugements rendus à Dymé en Achaïe contre des faux monnayeurs.
Nous aurions voulu aussi faire une place dans notre Recueil aux lois découvertes dans les fouilles d'Olympie et sur lesquelles on a fort discuté dans ces derniers temps. Mais le dialecte éléen est encore trop mal connu, et les inscriptions de cette contrée sont trop peu nombreuses pour qu'on puisse expliquer ces textes avec une entière sécurité. Il nous a paru convenable d'attendre de nouvelles découvertes et de ne pas encombrer la science d’hypothèses plus ou moins vraisemblables. Jusque là il est plus prudent de s’abstenir.
Il ne nous reste plus maintenant qu'à prendre congé de nos lecteurs en les remerciant de la bienveillance qu'ils nous ont témoignée. Leur approbation et leurs critiques ont été pour nous un précieux encouragement. Les ouvrages de ce genre ne sont jamais définitifs. Ils n’en sont pas moins toujours utiles. La génération qui nous suit ira plus loin et fera mieux. Elle aura à sa disposition des textes plus abondants, des termes de comparaison plus nombreux ; nous lui aurons laissé tout au moins un point de départ.
Paris, juin 1904.
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