‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 2)Chapitre 114 sur 164 · ARRÊT DU PARLEMENT AU SUJET DUNE RÉVOLUTION OPÉRÉE · texte numérisé non relu

ARRÊT DU PARLEMENT AU SUJET DUNE RÉVOLUTION OPÉRÉE

A CORRIE.

Un jugement par enquête de i’an 1255, qui fait partie des O/im du parlement de Paris, contient des renseignements précieux au sujet d’un événement important de l’histoire delà commune de Corbie. On trouve dans cet acte, dont nous reproduisons le texte, quoiqu’il ait déjà été publié, la trace d’une révolution radicale dans le gouvernement de la ville; on y voit l’autorité remise , durant trois années, entre les mains des bourgeois, qui, dans cet espace de temps, dépensent la somme, considérable alors, de 9,000 livres. A quel moment ces faits eurent-ils lieu? Nous ne possédons point, de iq38 à 1255, de documents relatifs à l’histoire de Corbie; mais plusieurs actes de l’an 1238, que nous avons donnés plus haut r, mentionnent de violentes hostilités commises par les bourgeois envers l’abbaye, les efforts de l’abbé pour ressaisir son autorité, et l’intervention du pape et du roi de France dans la querelle. Cet état de choses paraît être celui auquel se rapporte l’arrêt de 1 2 55, et malgré la distance qui les sépare, nous pensons qu’ils doivent être expliqués l’un par l’autre.

Le fait de rébellion de la part des bourgeois fut établi par preuves judiciaires, et pour ce fait, quatorze d’entre eux, nommés dans l’arrêt du parlement, furent condamnés à la prison et à une amende de 5oo livres parisis; mais la cour écarta l’accusation de concussion portée contre eux, et déclara que l’argent levé sous leur administration l’avait été pour les besoins de la ville.

Inquest.a facta super confederatione quorumdam burgensium Corbiensium et de talia novem millium librarum facta in tribus annis. Probata est confe-

Voy. p. 441 et suiv.

C0RB1E.

deratio quatuordecim burgensium, qui fuerunt capitanei illius eonfederacionis; capientur et tenebuntur ad voluntatem regis et solvent domino régi pro emenda quingentas libras parisienses. Item probatuin est quod talliaverunt novem millia librarum, set expenderunt eas in necessariis ville sue, sieut eontinetur in inquesta.

Nomina ipsorum quatuordecim sunt bec : Martinus Truant, — Jacobus de Vers, — Johannes li Riches, — Enricus, Adam Esoreil, fratres , — Johannes de Braio, — Einardus Oiseles, — Philippus Portarius, — Petrus de Atfre-

bato, — Lambertus le Quart , — Johannes . — Martinus . —

Adam . — .

Olim du parlem. de Paris, publ. par M. Beugnot, t. I, p, i.

SENTENCE RENDUE CONTRE LES BOURGEOIS DE CORBIE, A PROPOS D'UNE FEMME LÉPREUSE.

La rnaladrerie de Corbie dépendait directement de l’abbaye; l’abbé décidait seul de l’entrée et de la sortie des malades. Aussi, en ia55, le maire et les jurés ayant de leur propre autorité fait prendre, chez elle, dans son lit une femme qui passait pour lépreuse, ils furent en raison de ce fait frappés d’excommunication. Alors ils adressèrent une plainte au roi, et sur leur demande d’un jugement par arbitrage, l’affaire fut soumise à trois commissaires, Jean de Roncherolles, Pierre de Fontaines, le célèbre jurisconsulte, et Étienne de la Porte. Ces magistrats rendirent à Bapaume, le 11 novembre ii55, une sentence par laquelle les maire et jurés sont tenus de rapporter au lieu même où elle avait été enlevée, dans la même forme, à pareil jour et à pareille heure, non pas la lépreuse, qui était morte, mais une figure habillée en femme, pour la représenter; que, de son côté, après ces formalités accomplies et une amende payée aux religieux, l’abbé lèverait l’excommunication prononcée.

Les commissaires réglèrent en outre, pour l’avenir, les conditions de l’entrée des lépreux dans la rnaladrerie. Il fut statué que , lorsqu’un cas de lèpre serait signalé dans la ville, le maire en avertirait l’abbé, et que celui-ci, dans un délai de huit jours, ferait procéder à

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