DE LA LIGUE
Au moment où la Ligue s’organisa en Picardie, le monastère de Corbie avait pour abbé comnjendataire et la ville pour seigneur le cardinal de Bourbon, qui, après l’assassinat de Henri III, fut proclamé roi de France par les ligueurs, sous le nom de Charles X. On peut croire que cette circonstance influa beaucoup sur la détermination des habitants, qui, sollicités d’ailleurs par le gouverneur Pontus de Belleforière, s’associèrent aux autres villes de la province dans l’acte
CORBIE
d’union catholique. Le 10 juin 1 588 7 ils chargèrent le procureur fiscal de Vaulx de porter leur adhésion, d’abord à Péronne, et ensuite au cardinal de Bourbon. Celui-ci, par lettre du 26 du même mois, les félicita de leur résolution.
Sur ces entrefaites, Henri III s’étant déclaré chef de la Ligue, les villes qui faisaient partie de l’association lui adressèrent des explications et leurs doléances. Corbie fut du nombre. Le roi, qui se trouvait alors à Rouen, répondit, le 5 juillet, au cahier qui lui fut présenté par cette ville; et, le 26 août, tous les habitants, à l’exception des religieux, prêtèrent serment à ce prince, comme chef de l’union et premier fils de l’Eglise. Enfin, le 20 septembre de la même année, ils s’engagèrent spécialement à obéir au duc de Nevers, gouverneur pour le roi dans la province de Picardie.
Les pièces qui vont suivre sont: i° la lettre du cardinal de Bourbon aux habitants de Corbie; 20 l’analyse des doléances présentées à Henri 111; 3° le serment prêté à ce prince, le 28 août; 4° le serment spécial d’obéissance au duc de Nevers L
Chers et bien amés, je loue beaucoup la bonne résolution que vous avez faicte, pour l’effet de laquelle vous avez ici envoyé mon procureur de Yaulx, qui vous dira le contentement que nous avons receu, et moi en particulier, de ce qu’il a apporté par escript , vous asseurant bien, comme je vous prie faire tous ceux de Corbie, que je les aurai toujours en telle recommandation que j’embrasserai tout ce qui concernera leur conservation comme le mien propre. Je remetterai sur ledit de Yaulx à vous dire le reste; et finiray par vous recommander toutes les affaires de nostre maison, priant Dieu vous donner, chers et bien amés, ses saintes grâces. A Paris, le vingt-sixieme juing , mil
1 Citons encore les deux actes suivants, qui se rapportent au règne de Henri III : lettre par laquelle le roi, sur la demande des habitants de Corbie, les exemple: i° d’une somme de cent, écus, représentant leur part de l’impôt frappé sur les villes closes du royaume; 20 d’une somme de quatre-vingt-douze livres, pour l’office de greffier des tailles de la ville. Donné à Amiens le xvi septembre I^79- (Biblioth. imp. , D. Grenier, vme paq. , art. 4 , p. 444-) — Lettre de Henri III, qui accorde
à la ville de Corbie la prorogation d’un octroi de cinq cents livres, applicables aux travaux de défense de cette ville, et ce pour le ternie de six ans. Cette somme sera perçue sur la recette du quatrième et du vingtième du vin vendu en gros dans la ville, et sur les autres aides. Les habitants de Corbie seront tenus de rendre compte de l’emploi de ces deniers devant les officiers royaux. Donné a Paris, le xvn janvier i583. (Id., ibid., p. 448.)
juin.
i5SS.
août.
cinq cent quatre-vingt-huit. Votre très-affectionné ami, Charles, cardinal de Bourbon.
Aux prévost et échevins de Corbie.
Biblioth. imp. , D. Grenier, vme paq. , arî. 4, p. 400.
Henri III s’étant retiré à Rouen après la journée des Barricades et ayant conclu au mois de juillet le traité de réunion par lequel il se déclare chef de la Ligue, les villes qui l’avoient signée s’empressèrent de lui faire passer des représentations. Les députés de Corbie y vont lui présenter leurs doléances; elles roulent sur six articles :
i° Les motifs qui avoient déterminé les habitants à entrer dans la Ligue.
2° La cause des troubles de la Picardie, qu’ils attribuoient au comihandant du Boulenois, qui avoit aliéné tous les esprits de la province par ses procédés.
3. La contrainte qui étoit faite aux paysans de lever plus de sel qu’ils ne pouvoient consommer.
4. La nécessité de remettre les tailles sur le pied où elles étoient quinze ans auparavant.
5. L’avantage qui résulteroit pour le royaume que. les officiers de finances fussent ramenés au nombre ancien.
6. L’article 6’ expose la pauvreté des Corbeiens, surtput depuis que l’exemption des tailles et subsides leur a été ôtée; le roi y est supplié de vouloir bien la rétablir, pour le produit être employé à l’entretien des fortifications de la ville, et leur continuer le privilège de ban et arrière-ban, en considération du service qu’ils font journellement de conduire l’artillerie.
Le cahier fut répondu à Rouen le 5 juillet i588... Le 28 août le serment de la Ligue fut renouvelé à Corbie.
Id. , ibid., xxie paq., art. 8, 2 b, p. 79 r° et v°.
SERMENT DE l’uNION FAICTE AVEC SA MAJESTE PAR LES MANANS ET HABITANS DE LA VILLE DE CORBIE, LE XXVIIIe JOUR d’aOUST l588.
Nous soubsignés manans et habitans de la ville de Corbie et faulxbourgs d’icelle, jurons et promettons à Dieu notre créateur et au roy nostre sire de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine ; promouvoir l’advancement et conservation d’icelle ; employer de bonne foy toutes nos forces et mesme sans épargner nostre propre vie pour extirper tous schismes et hérésies condempnées par les saints concilies et principalement celui de Trente, nous unissans à cette cause avecq Sa Majesté, comme chef de ladicte nion et premier fils de l’église.
CORBIE
Si jurons et promettons de nous deffendre et conserver les uns les aultres soubz l’auctorité et commandement du roy notredit seigneur, contre les oppressions et violences des hérétiques et leurs adhérents , et de vivre et morir à la fidélité que nous debvons à sadicte majesté et de exposer franchement nos personnes et biens pour la conservation d’icelle, et des enffans qu’il plaira à Dieu lui donner, envers tous et contre tous.
Jurons et promectons aulsi de rejeter touttes unions, pratiques, intelligences, ligues et associations, tant en dedans qu’en dehors du royaulme, contraires à la présente union, sur les peines de L’edict. Faict le dimance 28 aoust 1 588.
(Suivent les signatures, qui occupent onze pages dans le manuscrit original.)
Id. , ibid. , vme paq. , art. 4, p. 45 1 et suiv.
Nous, prévost et eschevins, rnanans et habitans de la ville de Corbie, certif- i588.
lions au roy nostre sire et à tous qu’il appartiendra que, au serment d’union 27 ,
J x j, 1. 1 » septembi
par nous faict de vivre catholicquement soubz l’obéissance de Sa Majesté, entendons y avoir comprins la personne de monseigneur le duc de Nevers, gouverneur pour sadicte Majesté de la province de Picardie, auquel nous entendons obéyr sous ladicte Majesté 5 que, s’il n'a esté comprins au procès-verbal de ladicte union par nous baillé à monsieur de Maroeul, ce auroit esté par obmission et vice de clerc, ce qu’entendons entretenir à tousjours, suivant l’intention de Sadite Majesté. Faict à Corbye, le mardy vingt-septiesme jour de septembre, l’an mil cinq cens quattre-vingtz et huit. Signé : de Camons.
Biblioth. imp. , collect. Béthune, vol. 8914, p. fol. x3i.