‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 2)Chapitre 4 sur 164 · ET MÉTIERS · texte numérisé non relu

ET MÉTIERS

Pour ce qui regarde l’état de l’industrie et l’exercice des arts et métiers dans la ville d’Amiens, les statuts de corporations, recueillis en très-grand nombre, forment une série non interrompue de documents depuis le xme siècle jusqu’à la fin du xvme. On y trouve la mention des principaux genres d’industries qui, durant cette suite de cinq siècles, furent le plus exercés dans la ville; celle des matières premières et des procédés de travail qu’on y employait; des dimensions exigées pour les étoffes; des précautions prises pour assurer la bonne confection cfes objets fabriqués, pour empêcher les falsifications et les fraudes, et garantir la parfaite sincérité des marques de fabrique. Les mêmes pièces fournissent des renseignements curieux sur la condition des diverses classes d’artisans et sur la vie industrielle au moyen âge. On y voit figurer dans leurs situations respectives les maîtres, les veuves et fils de maîtres, les apprentis et les compagnons. On y trouve des règlements pour les heures de travail , les chômages, les salaires, etc. Les questions d’association, de secours mutuels, de coalitions d’ouvriers, y paraissent élucidées par la pratique et jusqu’à un certain point résolues.

Les corporations d’arts et métiers d’Amiens sont régies par

’ Tome II , page 762.

PRÉFVCE.

des eswards, et au-dessus de ces officiers de police intérieure, par l’échevinage. Ce sont les magistrats municipaux qui règlent souverainement la police des métiers, donnent force de loi aux statuts industriels, confirment les anciens usages, et les amendent s’il y a lieu. Le plus ancien règlement que l’on rencontre est celui des fruitiers, donné en 1268. C’est à la fin du xive siècle que s’offrent pour la première fois des statuts de métiers soumis à la sanction royale \

Au point de vue religieux, les corporations d’arts et métiers d’Amiens sont formées en confréries, que distinguent leurs bannières et des cierges ornés d’écussons à l’image d’un saint; elles pourvoient, par une caisse sociale, aux secours mutuels entre associés et aux frais de représentation dans les cérémonies publiques; leurs membres doivent assister aux mariages et aux enterrements des confrères.

Enfin , l’organisation des confréries industrielles d’Amiens offre, au point de vue politique, un intérêt particulier. Elles ont chacune, pendant le xnie et le xive siècle, des chefs élus sous le nom de majeurs de bannières, qui eux- mêmes concourent, comme nous l’avons dit, aux élections municipales, nomment le maire, douze échevins et quatre comptables; les corps de métiers jouent ainsi dans les élections le rôle d’assemblées primaires.

Au xive siècle, les mayeurs de bannières figurent dans les listes d’élections au nombre de quarante à cinquante. A la fin de ce même siècle, les corporations industrielles cherchent à s’enqiarer du gouvernement municipal, et se mettent en opposition avec la haute bourgeoisie. En i38o, les corps de métiers d Amiens se soulèvent à cause d’un nouvel impôt; un peu plus tard ils prennent part à la célèbre sédition des Maillotins : en punition de ce fait, les mairies de bannières sont supprimées, et, depuis

1 Tome Ier, pages 225 et 785.

XX PRÉFACE

l’année 1 383, les corporations industrielles cessent de prendre part au gouvernement de la commune et aux élections municipales. Il y eut à ce sujet, de la part du corps des bourgeois, des réclamations et des plaintes, et l’on voit, au commencement du xve siècle, l’échevinage solliciter avec instance le rétablissement des mayeurs de bannières, mais en vain : cette institution resta définitivement abolie \

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