COMPTABILITÉ
Les documents municipaux de la ville d’Amiens donnent le moyen de connaître en détail les attributions financières des magistrats de la commune ; de déterminer les sources de revenu et les causes de dépense, et par suite d’apprécier en général les procédés de la comptabilité, le mode d’assiette et de perception des impôts dans les communes du moyen âge.
A Amiens, l’année financière, comme l’année administrative , commence à la fête de Saint-Simon et Saint-Jude, 28 octobre. Les agents comptables, dont la nomination est faite en même temps que celle de l’échevinage , sont le grand compteur, le receveur des rentes, le maître des présents et payeur des rentes à vie, et le maître des ouvrages. Au bout de l’année, chacun des comptables fournit un compte séparé de sa gestion , en présence du receveur du bailliage d’Amiens, du maire et des échevins en charge, du maire de l’année à laquelle le compte se rapporte et des bourgeois convoqués à son de cloche \
Les deux parties, recette et dépense, dont les comptes muni-
' Tome Ier, pages 702 et 712; tome II, page /,o. - b
2 Tome Ier, pages i55, 741 et suiv.
PRÉFACE. xxi
ci pan x se composent, sont divisées en chapitres comme nos budgets actuels. Cette classification n’est pas suivie avec une rigueur absolue, et des matières différentes se trouvent quelquefois mêlées dans un même chapitre. Le premier compte est celui du grand compteur; viennent ensuite les comptes des trois comptables secondaires. Ceux-ci contiennent le détail des recettes et des dépenses, qui ne figurent dans le premier que pour un seul chiffre , et ils en forment ainsi l’appendice et le complément \
Le grand compteur, qu’on trouve mentionné en 1291 sous le simple titre de compteur, centralise comme receveur et comme payeur la comptabilité de la ville ; les autres comptables ne sont que ses agents. Le grand compteur reçoit chaque semaine le montant de la recette des collecteurs de l’assise du^in. Il perçoit directement les arrérages des taxes dues à la commune. Il lui est interdit de s’absenter pendant l’exercice de sa charge. Le maître des présents a dans son département particulier le maniement des sommes payées pour tous les genres de largesses et gratifications municipales et pour l’acquit des rentes à vie. Le receveur des rentes s’occupe spécialement de tout ce qui concerne les revenus de la ville, les cens et les recettes, le produit des marchés, des halles et des propriétés territoriales de la commune. Enfin, le maître des ouvrages préside à tout ce qui se rapporte aux travaux publics 2.
On voit par les comptes municipaux, dont il reste de nombreux échantillons et une série presque complète de l’année 1 383 à l’année 1489, que les revenus de la ville d’Amiens sont de deux sortes, ceux de la commune et ceux de la prévôté, qui fut réunie par achat ou plutôt affermée à la commune en 1290. Les revenus patrimoniaux de la ville comprennent des rentes et des cens
! Tome II, pages 741 et suiv.
3 Tome Ier, pages 741 et suiv.
PRÉFACE
assis sur des maisons; le prix de la location de certains héritages et des étaux de certaines halles; l’intérêt des sommes d’argent prêtées à diverses personnes'; les droits d’entrée en commune payés par chaque nouveau bourgeois; les droits perçus pour le pesage de la laine, du fil et de la graisse; la ferme des eaux et pêcheries de la banlieue; des droits sur la vente des immeubles; des péages et des taxes sur les denrées et marchandises , etc. Enfin la ville, outre le produit des taxes et la rente de ses propriétés immobilières, perçoit depuis 1292, comme il a été dit, les revenus de la prévôté royale.
Les dépenses se composent des deniers payés au roi pour la ferme de la prévôté, des dépenses pour le fait de la guerre, des frais de plaids et d’assises, des émoluments payés aux fonctionnaires et au^ pensionnés de la ville, des frais faits pour les présents , des sommes employées à des acquisitions d*’ immeubles, etc. \ La vente des rentes à vie est un des moyens financiers le plus souvent employés par les magistrats municipaux; mais ils ne peuvent opérer cette vente sans l’autorisation du roi; en i382, un arrêt du parlement le leur interdit d’une manière formelle. Les comptes municipaux d’Amiens offrent aussi des détails sur les rentes perpétuelles , sur la perception des taxes municipales, sur les fonctions et les gages des collecteurs, et en général sur toutes les brandies de l’administration urbaine.
L’échevinage d’Amiens entretenait à ses frais, à Amiens et à Paris, des procureurs spéciaux et un conseil d’avocats, pour veiller au soin de ses affaires litigieuses. On voit que les dépenses occasionnées par les procès de la ville contre le roi, l’évêque, le
1 C’est ce qu’on appelait au moyen âge bonté de deniers. Ces mots , qu’on trouve non-seulement dans les anciens comptes de la ville d’Amiens, mais encore dans beaucoup d’autres, ont, par une erreur
de lecture, été changés en ceux-ci : boute de deniers, et ce changement a donné lieu (tome Ier, page 747) à une explication fautive que nous avons à cœur de rectifier.
2 Tome Ier, pages 74 1 et suiv.; page 290.
PREFACE
vidante, le chapitre de la cathédrale et diverses abbayes, s’élèvent, durant le moyen âge, à des sommes considérables