IMPORTATION ET EXPORTATION
La ville d’Amiens , qui , au temps de la domination romaine, possédait un atelier de fabrication d’armes de guerre, fut, sous les Mérovingiens et les Carolingiens, grâce au commerce de la Somme dont elle était l’entrepôt et à sa situation sur une des grandes voies de l’Empire, la route de Lyon à Boulogne, une des plus riches et des plus florissantes de la Gaule. Un diplôme de Charlemagne la range parmi les chefs-lieux commerciaux de la France septentrionale. Après la révolution municipale du xne siècle, les marchands, trouvant dans la charte communale d’Amiens des garanties de sûreté et de protection, affluèrent dans la ville, dont le commerce prit dès lors une extension considérable.
Les relations commerciales des négociants d’Amiens avec l’Angleterre, et en particulier avec la ville de Londres, se montrent très-fréquemment dans les documents municipaux. La capitale de la Picardie est un entrepôt important pour les laines anglaises, qui de là sont dirigées sur différents points, et en grande partie sur les pays méridionaux. Les marchands d’Amiens sont associés à la hanse de Londres; leurs marchandises ne peuvent être saisies en Angleterre pour le fait d’autrui,’ c’est-à-dire par représailles; ils ont le droit de transporter en franchise à Londres toute espèce de denrées et blés venus d’outre-mer. Par un traité conclu
1 Tome Ier, pages 12.2 , 702.
PRÉFACE
en 1287, ils sont exemptés, ainsi que les marchands de Corbie et de Nesle, de tout péage à Londres, moyennant le payement d’une rente annuelle de cinquante marcs sterling. Au xive siècle, leur commerce avec les Anglais est soumis à diverses vicissitudes, par suite des guerres survenues entre la France et l’Angleterre ; plusieurs fois, leurs marchandises sont saisies induement, et les rois de France réclament pour eux ; en même temps, ils reçoivent des privilèges des rois d’Angleterre ou la confirmation de leurs anciennes franchises commerciales, et on les voit traiter de nouveau, en 1 334 , avec la commune de Londres. Ils ont aussi des / /
relations avec l’Ecosse et l’Irlande. Jean Balliol, roi d’Ecosse, leur accorde des lettres de sauvegarde pour trafiquer dans ses états, et ils entretiennent dans les trois royaumes un procureur, chargé de gérer leurs affaires litigieuses, de faire pour eux des recouvrements et de défendre leurs intérêts \
On trouve des traces considérables du commerce des Amiénois avec le Portugal ; ils expédient à Lisbonne des blés et des draps. Dans la seconde moitié du xive siècle, des difficultés s’élèvent entre les marchands d’Amiens et ceux de Lisbonne. Les premiers obtiennent du parlement des lettres de marque, et font saisir à Harfleur les marchandises des Portugais \ Dans le même siècle, les relations commerciales de la ville d’Amiens avec les villes industrielles de la Flandre paraissent très-étendues. Les marchands amiénois sont exempts du péage ou travers de Bapaume en Artois, sauf le cas où ils exportent de la Flandre les produits de ce pays, et celui où ils y importent des vins ; leurs efforts pour étendre ce privilège à tous’ les cas donne lieu à de longs procès devant le parlement de Paris. Enfin, des foires franches sont établies à Amiens par Louis XI et par Henri IV. Celle de Saint-Jean-Baptiste, qui remonte à une haute ancienneté, est
1 Tome Ier, pages 3, 8, 177, 299, 424, 455, 8o3. s Tome Ier, page 7 1 5.
PREFACE
confirmée par Louis XV en 17/10, et le même roi, par 1111e ordonnance de 1761, institue dans la ville une chambre de commerce \