HISTOIRE DE LA DEFENSE PUBLIQUE; MILICE COMMUNALE
Les institutions militaires de la commune d’Amiens offrent le plus grand développement, et, en ce genre, le plus haut degré d’intérêt. L’échevinage ordonne la construction , la réparation et l’entretien des fortifications; il règle le service de la place, détermine le nombre des hommes appelés à garder les barrières,
les tours et les créneaux, donne les consignes, fixe l’heure de
l’ouverture et de la fermeture des portes ; le maire a sous sa garde les clefs de la ville. Les travaux de fortifications se font au moyen d’impôts levés sur les habitants et autorisés par le roi; ces impôts, au reste, donnent lieu à de fréquents débats entre la commune d’une part, et l’évêque, les chapitres et les monastères de l’autre. Mais le clergé essaye en vain de s’y soustraire ; de nombreux arrêts du parlement l’obligent à contribuer, proportionnellement à ses ressources, aux travaux qui garantissent la sûreté publique, sans que pour cela les droits de seigneurie de l’évêque et du chapitre soient diminués2.
La milice communale d’Amiens est placée sous la juridiction immédiate des magistrats municipaux, qui en ont l’entier commandement. Comme il a été dit plus haut, on la voit paraître pour la première fois dans l’histoire, en 1214, 'à la bataille de Bouvines. Astreints envers le roi, en vertu de la loi féodale, aux
1 Tome Ier, page 178; tome II, pages * Tome Ier, pages 1 5 4 , 5o3, 3j5, io5y ; et tome III , pages 269, 281.
PRÉFACE
quarante jours de service militaire que les vassaux devaient à leur seigneur, elle est souvent appelée à prendre part à la défense du pays. Elle figure avec honneur durant l’invasion de la Picardie par les Anglais, au xive siècle, et dans les travaux de sièges entrepris par les communes picardes dans les guerres contre les ducs de Bourgogne ’.
L’indépendance du pouvoir militaire de l’échevinage d’Amiens n’eut pas une très-longue durée. Dès l’an 1 3 1 7, le roi s’empare du droit de nommer le capitaine de la milice communale; cette charge est, il est vrai, quelquefois depuis lors réunie à la mairie, et les choses se trouvent ainsi remises dans l’état où elles étaient primitivement, mais ce n’est que par exception. L’autorité royale intervient, particulièrement depuis le règne de Louis XI, dans toutes les questions qui intéressent la défense de la place et le commandement de la milice urbaine, sans que les fréquentes réclamations des bourgeois amènent le rétablissement de leurs anciens privilèges à cet égard. Henri IV, après la reprise d’Amiens sur les Espagnols, décide que les magistrats municipaux cesseront à l’avenir d’avoir aucun commandement militaire, et qu’ils devront obéir, en tout ce qui concerne la défense de la ville, au gouverneur de la Picardie ou au gouverneur d’Amiens. Malgré cette interdiction péremptoire, on voit l’échevinage, pendant les deux siècles suivants, donner parfois des règlements à la milice bourgeoise , surveiller la garde des portes et intervenir d’une manière ou d’une autre dans la police militaire de la ville 2.
1 Tome Ier, pages 191, 475, 5265 tome II, page i3/j.
* Tome 1er, page 368 ; tome II , page 1059; tome III, pages 37 et suiv.
PREFACE
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