‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 10 sur 223 · ROI D’ANGLETERRE, COMTE DE PONTHIEU · texte numérisé non relu

ROI D’ANGLETERRE, COMTE DE PONTHIEU

Édouard P*' était à peine en possession du Ponthieu, que son gouvernement paraît avoir indisposé la population de ce comté, et en particulier les habitants d’Abbeville. Les officiers institués par le roi, le sénéchal de la province et le bailli d’Abbeville, tenant peu de compte des privilèges municipaux, inquiétèrent et vexèrent les citoyens.

Ceux-ci ayant exposé leurs griefs à Guillaume de Mâcon, évêque d’Amiens, le prélat consentit à prendre leur défense et à les aider de son intervention officieuse. 11 adressa â Edouard P*' la lettre suivante, dont la date d’année manque, et que nous rapportons par conjecture à l’an 1282 environ. Le prélat prie le roi d’Angleterre de donner ordre à son sénéchal de respecter les droits de la commune d’Abbeville, conformément au serment prêté par lui, et de s’abstenir d’inquiéter les habitants sur le maintien des franchises que leurs chartes leur assurent.

Excellentissimo piâncipi et domino suo karissimo Efdwardo], Dei gratia régi Anglie illustri , G[uillelmus] , ejusdem miseracione Ambianensis episcopus , promptum obsequium et vite prospéré continuum incrementum. Cum homines vestri de Abbatisvilla, sicut asserunt, a nobili viro senescallo vestro inPontiv'o, contra tenorem et formam privilegiorum suorum et cartarum, inquietentur, nos, zelantes Tiers état. — iv. 6

Vers 1282.

honorem vestrum , ut debemus, supplicamus quatinus, juxta formam juramenti quod prestitistis ipsis honiinibus et ville, mandetis, sicut decet majestatem regiam, ut idem senescallus servet eis ipsa privilégia, et quod non inquietet eos super ipsis, ut proinde a Deo et hominibus mereamini commendari. Valeat vestra excellentia per tempora longiora. Datum die dominica qua cantatur Jabilate.

Bibi. imp. GoHect. Bréquigny, 56; Picardie, 1. 1, fol. 3i r°.

TRANSACTION ENTRE LA COMMUNE D’ABBEVILLE ET LE ROI D’ANGLETERRE, COMTE DE PONTHIEU.

Le débat survenu entre le sénéchal de Ponthieu et la coinmiine d’Abbeville eut beaucoup de gravité. Nous ne connaissons que trèsimparfaitement ce qui se passa; mais nous savons que des Irespas et excès furent commis, et que le bailli du roi d’Angleterre, Hue de Famecbon, fut expulsé de la ville. Cependant la résistance ne put durer, et les Abbevillois, sentant leur impuissance, se décidèrent à céder au plus fort.

Par un acte du 20 mars 1281, le sénéchal de Ponthieu, les baillis du comté et les magistrats municipaux d’Abbeville convinrent que le roi Edouard P'’ pourrait réintégrer Hue de Famecbon dans les fonctions de bailli d’Abbeville ; que le maire et les écbevins préviendraient les habitants des volontés du prince à cet égard, les avertissant que ceux qui se porteraient à fjuelque méfait envers la personne du bailli seraient punis comme violateurs de la commune. Il fut stipulé, en outre, cjue l’échevinage n’aurait à prétendre aucun droit de juridiction sur le sénéchal de Ponthieu ou sur les baillis d’Abbeville, de Rue, de Crécy, de Waben et d’Airaines, cjuels que fussent les délits dont ces officiers auraient pu se rendre coupables; et, de plus, que les comtes de Poiitbieu seraient autorisés, pour le présent et pour l’avenir, à fortifier leurs manoirs dans l’intérieur ou la banlieue d’Abbeville, et même à percer au besoin les murs de la ville pour y faire une porte de sortie L

' Les conditions stipulées par Edouard I" reproduit dans le nouveau Rymer, Fœdéra, sont consignées dans un acte daté du jour de litlerœ, etc. Londres, 1816, vol. I, part, ir, la lui -carême (20 mars) 1281. Cet aete est p- bgo — Ou possède sur cette affaire un acte

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C’était là, on le voit, une réaction très-vive de l’autorité seigneuriale contre les conditions précédemment stipulées. Quelque désavantageuses que fussent ces conditions, les habitants d’Abbeville déclarèrent, par Pacte qu’on va lire,' qu’ils étaient prêts à les exécuter. On remarquera qu’en accordant au comte de Pontbieu ou à ses successeurs l’autorisation de bâtir une maison forte dans la ville ou la banlieue, ils dérogeaient sur un point essentiel à leurs privilèges municipaux.

A tous ceulz qui ces lettres verront ou orront , li maires et li eskevin et toute la communités d’Abbevile, salut. Nous faisons savoir à tous que, corne contens fust entre noble-homme monseigneur Thomas de Sandwiz, adonques séneschal de Ponthieu pour très noble prince Edward, par la grâce de Dieu roy d’Engletere, sire d’Yrlande, duc d’Aquitaine, conte de Ponthieu et d^Moustroil, et noble dame madame Aliéner, par meisme cele grâce l’oyne, dame, duchesse et contesse des liex devantnommez , sa compaigne, et en leur non d’une part, et nous maieurs et esquevins et le communité d’autre, par l’achoison du ban fait de monseigneur Hue de Famechon, adonc bailli d’Abbevile, et eust duré li debas par une pièce de temps, à le parfm, par le conseil de preudeshommes , pour la volenté de nostre très chier seigneur et notre très chière dame dessusdiz faire et aemplir, à ce nous sommes assenti, voulons et à ce nous assentons que notre chiers sires li roys puist rendre la vile d’Abbeville à monseigneur Hue de Famechon , ou puist remettre et renvoier ledit monseigneur Hue en le vile d’Abbevile , s’il li plest. Et devons faire savoir soufisaulment à tout nostre commun que nostre chiers sires li roys a remis ou renvoié en la vile d’Abbeville ou rendra la vile d’Abbeville audit monseigneur Hue, et que on li tiegne bone pais d’orenevant; et devons faire savoir que, se aucuns ou aucun fust ou fussent qui meffesist ou meflfesissent audit monseigneur Hue, on feroit joustice du malfaiteur ou des maufaiteurs, ausi grande que se on melfaisoit à un autre ; et reconnoissons par la teneur de cete lettre que d’ore en avant, seur le cors du séneschal de Pontieu, seur les baillis d’Abbevile, de Rue, de Cressi, de Waben et d’Araines, qui que ils soient ne qui le seront el temps à venir, ne aions ne ne puissons avoir cognoissance ne joustice en nul cas ne en nul temps seur leur cors pour chose

par lequel les magistrats municipaux d’Abbe- la commune d’Abbeville. 1282, lundi après la ville informent le roi d'Angleterre qu’ils ont fête des apôtres Philippe et Jacques (4 mai), nommé des délégués pour mettre à exécution — (Archives d’Abbeville, pièce originale, porle traité précédemment passé entre ce prince et tefeuille A.)

6 Juin

ABBEVILLE

que ii meffaent à autrui, ne aultres à euiz. Et s’ en aucun temps aviesmes eu joustice ne cognoissance seur les persones dessusclites ou seur aucuns d’iceles, si renonçons nous par la teneur de ceste lettre. Et si voilions et à ce bonement nous consentons que li quens de Pontieu qui ore est ou qui le sera el temps à venir puist faire chastel se lui plaist et fermeté en sen manoir d’Abbeville et ès terres queles il porra entour acquerre, tele et si grant comme il li plaira, et porra percier les murs de la vile ou faire percier, et faire une porte ou poterne , lequele que mielx li plaira , pour faire issue pour issir de son manoir devers le bois parmi les murs de la vile , sauf à nous les previléges et les franchises ottroiés et donnés à nous des contes de Pontieu, en tous autres articles qui ne sont contenu en ceste lettre. Et pour ce que ce soit ferme chose et estable, nous avons seelé ces lettres du seel di nostre communeté d’Abbeville, faites en l’an mil cc iiii“ii, le vi® jour de juing entrant.

Bibl. imp. Terrier du comté de Ponthieu, latin loi 12 , fol. 5 i'“. — Dom Grenier, vol. 106 (xv® paq. art. 2) , p. 3i3. — Archives municipales d’Abbeville , Livre roucje, fol, xxii v". — Rymer, Fœdera, comentiones , Londres, 1818, t. I, part, ii, p. ic)3 et 592,

ACTES RELATIFS AUX DÉBATS DE LA COMMUNE D’ABBEVILLE AVEC LES OFFICIERS DU ROI D’ANGLETERRE.

Les deux actes cjue nous indiquons se rapportent certainement, quoique le premier n’exprime à cet égard rien de positif, à l’affaire du sénéchal de Ponthieu et du bailli d’Abbeville Hue de Famechon. Ils émanent également d’Édouard, roi d’Angleterre, seigneur d’Irlande, duc d’Aquitaine et comte de Pontbieu, et d’Aliénor, sa femme, reine d’Angleterre, dame, duchesse et comtesse des mêmes lieux. Dans l’un, on voit Edouard et Aliéner, pour satisfaire les habitants d’Abbeville, qui craignaient qu’on ne donnât trop de portée aux concessions faites par eux le 6 juin 1282, déclarer formellement que, la municipalité d’Abbeville ayant cédé et accordé « aukunes choses qui « sont contre les points de leurs chartes, » ces chartes, à tous autres égards, subsisteront et seront observées intégralement, — De la seconde pièce il résulte que, les habitants d’Abbeville ayant été condamnés, pour leurs méfaits envers le bailli, à une amende de 1,000 livres tournois, le roi et la reine d’Angleterre leur font remise de

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cette amende, et les tiennent quittes de tout ce qui pourrait être réclamé d’eux à raison de Hue de Famechoii.

Nous ne reproduisons pas le texte de ces deux actes importants; ils ont l’un et l’autre été publiés par M. Champollion-Figeac, d’après une copie de Bréquigny, dans le recueil intitulé Lettres ^des Rois et Reines, t. I, p. 56 et 67, qui fait partie de la grande collection des Documents inédits relatifs à l’Histoire de France.

Dans l’imprimé, comme dans le manuscrit de Bréquigny, que l’éditeur n’a fait que reproduire (collect. Bréquigny, Bibl. imp. vol. 56, fol. 1 et 3), la date est ainsi exprimée :

Donnée à Oestre, le lundi de la Jeste de Piere et S' Poel, apostres, al meis de jun, l’an de grâce milime ducentisme e seissante e duzime.

Cette indication est fautive quant au chiffre de l’année, soit qu’on entende duzime par deuxième, ce qui donnerait 1262, soit qu’on le traduise par douzième, ce qui donnerait 1272. Je ne m’arrêterai pas spécialement à discuter la date de 1262, Cette date n’a été admise ni par Bréquigny, ni par M. Cliampollion; elle est en contradiction avec les faits bien plus encore que la date de 1272, et elle se réfute d’ailleurs par les mêmes raisons que cette dernière.

1° Soit en 1262, soit le jour de Saint-Pierre et Saint-Paul 1272, Edouard F*" ne pouvait pas prendre le titre de roi d’Angleterre, car son père, Henri 111, mourut seulement le 16 novembre 1272. Jusqu’à ce moment il s’intitula constamment : Primogenitus regis Angliœ.

2° Si, par le lundi de la feste seint Pierre et seint Paul, on entend le jour même de la fête, on se trouve en désaccord avec les données chronologiques; en 1262,1e 2 9 juin tombait un jeudi, et en 1272, un mercredi. On ne peut songer à après la fête, car, dans les deux cas, le lundi n’est plus en juin. 11 reste avant la fête; mais cela est très-peu probable.

3° Edouard F’’ n’a pris le titre de comte de Ponthieu et exercé en vertu de ce titre des droits de souveraineté qu’après la mort de sa belle-mère, Jeanne, comtesse de Ponthieu, qui arriva le mars 1279. Dans les actes antérieurs à cette date et après le mariage de

sa fille Eléonore avec Édouard, héritier du trône puis roi d’Angleterre, Jeanne se qualifie comtesse de Ponthieu, et son second mari, Jean de Nesle, s’intitule également eomte de Ponthieu; on les voit tous deux agir comme seigneurs dans plusieurs actes intéressant Abbeville et d’autres localités du Ponthieu. Dans un ticte du 5 mai 1279 (Bibl. imp. Bréquigny, vol. 56, fol. 5 r°), Edouard se donne le titre de comte de Ponthieu, et ajoute : « Comme Jebans de Neele , jadis « cuens de Pontieu, etnostre cbière mère madame Jone, par la grâce « de Deu roine de Casteie et de Lion, comtesse de Pontieu, sa com- « paigne. » Après la mort de Jeanne, Jean de Nesle ne s’intitule plus que comte de Falvy.

[p C’est en 1279 qu’Edouard reçoit le serment de fidélité des communes du Ponthieu et, particulièrement, de la commune d’Abbeville; — qu’il établit un sénéchal de Ponthieu (Thomas de Sandwich, mai 1279); — qu’il institue un receveur des rentes en Ponthieu (Pierre Au Côté, juin 1279); — qu’il établit un bailli de Bue et de Crécy; — - qu’il paye au roi de France les droits de rachat dus pour le comté de Ponthieu; — - qu’il organise la monnaie en Ponthieu; — qu’il visite successivement plusieurs localités du Ponthieu, Abbeville, Rue, Crécy, Valoires, la Garde, etc. — enfin qu’il marque par une foule d’actes sa prise de possession de la seigneurie du Ponthieu,

5° En 1269, comme on fa vu, Henri III avait accordé aux gens d’Abbeville des privilèges dans ses États; il déclare que cette concession est faite à la demande de Jeanne, comtesse de Ponthieu, et d’Aliénor, sa belle-fille, mais sans indiquer d’aucune manière que celle-ci ni son fils Edouard soient comtesse et comte de Ponthieu.

6“ Si fon supposait le pardon et la remise d’amende accordés en 1272, la transaction du 6 juin 1282 n’aurait plus aucun sens.

De ce qui vient d’être exposé il résulte évidemment, je pense, que la date des deux actes rapportés par Bréquigny est postérieure à 1272, et quelle ne peut être antérieure à 1279. Mais quelle estelle au juste? C’est indubitablement, selon moi, 1282. Au lieu de

XI? ET XII? SIECLE

seissante et duzime, il faut lire octante et duzime; on peut supposer que, dans les originaux, la date était écrite en chiffres romains, et que dans les rôles gascons d’après lesquels Bréquigny a fait sa copie (Rotuli Wasconiæ, anno 8 et 9 Edwardi I, m. 2, dorso), le scribe ayant écrit les chiffres en toutes lettres a négligé un des x dont se compose le chiffre de lxxxii.

La date de 1282 ofl're un parfait accord avec toutes les circons-

tances connues d’ailleurs : Edouard est bien roi d’Angleterre; — il est bien comte de Ponthieu, comme représentant de sa femme; — on constate qu’en 1 282 , le 8, le 1 o juin et le 4 juillet, il résidait à Chester, et rien ne s’oppose à ce qu’on le regarde comme étant dans cette ville le 29 juin; — en 1282, le jour de la fête de saint Pierre et .saint Paul tombe bien un lundi; — de plus, dans un des actes, il est dit que les Abbevillois ont, par une charte scellée de leur sceau, accordé des points contraires à leurs privilèges, et la transaction du 6 juin 1282 contient en effet une dérogation notable à la charte communale; — enfin, l’indication des rôles gascons porte « annis Edwardi 1 8® et 9°, » et 1282 juin est bien la 9® année du règne d’Edouard.

ACTE D’EXCLUSION, POUR CAUSE D’INDIGNITÉ, D’UN MEMBRE DE L’ÉCHEVINAGE D’ABBEVILLE.

La pièce suivante mérite d’être remarquée en ce qu’elle donne quelques notions sur l’échevinage d’Abbeville dans un temps où les documents à cet égard sont encore d’une extrême rareté. On y voit, qu’en 1282 le corps d’échevins se divisait en deux catégories, les vieux et les nouveaux, que les délibérations étaient tenues secrètes, que ceux qui les révélaient à des tiers étaient exclus pour toujours du conseil de la ville, et que le parjure était également un motif d’exclusion.

En le mairie Renaut Boisset, en l’an de grâce mil cc et deus, il fu atiré et accorde de par eskevinsviés et nouviax, que Watier li Boursiers ne sera jamais

ABBEVILLE

apelés au consel de le vile, pour chou que il fu prouvés et atains que il a révélé le consel de le vile , à Dom Renaut, à Jehan de Cahons, adoncq haiilieu de Rue, et à autres personnes, et derekief pour chou que il a esté prouvés comme parjure.

Archives d’Abbeville, Livre roucje, fol. xiii r”.

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