‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 105 sur 223 · REQUÊTE PRÉSENTÉE A HENRI III PAR LE TIERS ÉTAT D’ABBEVILLE · texte numérisé non relu

REQUÊTE PRÉSENTÉE A HENRI III PAR LE TIERS ÉTAT D’ABBEVILLE

La pièce suivante contient d’une part les vœux de réforme exprimés par les habitants, et, de l’autre, en regard d’un certain nombre de ces vœux, les réponses du roi. On y retrouve, sous une forme nouvelle , quelques-unes des demandes consignées dans les cahiers du 8 mars 1 5 6 i .

Interdiction de tous les cultes en faveur de la religion catholique , application sévère des décrets des conciles aux bénéfices , exemption

ville a complètement rompu avec Henri III, et , par délibération du 1 6 mars , il fait défense aux officiers royaux chargés du recouvrement des impôts de se dessaisir, sans sa permission.

des fonds qu’ils ont en caisse. (E. Prarond, La Ligue à Abbeville, Mémoires de la Société d’émulation, 1867-1868, p. 85, 95, 99, 119, iSy, 172.)

de la gabelle, uniformité des coutumes, réduction de divers impôts, tels sont les points sur lesquels insistent les habitants d’Abbeville dans les articles ] , 2 , 4, 9, i i 9; ils demandent, en outre, que le principe de l’élection des maires et des échevins soit conservé (3); qu’on rende à l’échevinage l’exercice de la justice civile (6); que les bureaux de douanes établis à Abbeville soient reportés aux frontières^ et l’amirauté de cette ville supprimée , ainsi que la maîtrise des ports ( 7 ) ; que l’entrée en franchise soit accordée aux marchandises venant des Pays-Bas (8); que le commerce, et particulièrement celui des blés, soit exempt de tous droits à fintérieur du royaume (10). Enfin, par les articles 1 5 et 16, les habitants prient Henri III d’exempter leur ville de garnison, et de démolir le château^; d’améliorer la situation des campagnes; de défendre à toutes personnes, quelles qu’elles soient , de faire des levées d’hommes sans être munies d’une com-

* Les plaintes des Abbeviliois au sujet des douanes intérieures ne sont point un fait isolé ; les habitants d’un grand nombre de villes se prononcèrent dans le même sens, ce qui s’explique d’autant mieux que le chiffre des tarifs avait été considérablement augmenté par Henri III , et que ce prince avait ajouté la traite domaniale aux droits déjà existants.

’ Ce château avait été bâti par Charles le Téméraire pour tenir les habitants en respect. L’existence de cette forteresse était contraire aux stipulations de leur charte de commune , et ils en demandèrent plusieurs fois la démolition. Au mois de décembre 1691, le duc d’Aumale, qui se trouvait alors à Abbeville , fit savoir aux magistrats municipaux qu’il était prêt à la faire démanteler, 0 pour oster toutes les défiances.» Cette nouvelle fut accueillie avec une grande satisfaction. Le duc annonça, dans une séance de l’échevinage , « qu’il avait fait faire un picq pour donner le premier coup de picq , dit un annaliste abbeviliois , l’avocat Wagnart , lequel , tenu par le dit duc , dit tout hault ; Avec ces armes je veux combattre le chasteau ; et ayant dit que chacun le suivit , rendit le picq au Tiers état. — iv.

sieur de Richomme qui l’avoit apporté sous son manteau ; et instamment le duc sortit de l’eschevinage avec plusieurs gentilhommes qui l’assistoient, suivi d’une infinité de peuple qui y couroit de toutes parts , et , arrivé au chasteau , rompit et abattit quelques pierres avec ledit picq (que quelqu’un de la compagnie avoit soudainement fait enrichir de velours vert avec un passement d’argent sur le manche et argenter le fer, comme il se voit en l’argenterie de la ville ) , disant que l’on continuast , en conservant néanmoins les meubles du gouverneur .et de ceux de sa maison , recommandant particulièrement les belles et riches tapisseries de Madame la duchesse douairière de Guise quelle avoit mises en garde en ce chasteau, lesquelles souloicnt auparavant estre au chasteau d’Eu. Ce fait, entrèrent quelques ouvriers dans le chasteau qui continuèrent , avec les habitans , la démolition de ce lieu. »

Le pic du duc d’Aumale fut conservé longtemps à Abbeville.

Bibl. d’Abbeville de fVagnart. — E. Pra-

rond. La Limite à Abbeville, IP partie, p. 426-

ABBEVILLE

mission ; de maintenir la juridiction des juges-consuls et de convoquer les grands jours pour mettre un terme aux violences et aux exactions des gentilshommes.

Le conseil du roi tenu le 1 4 juillet i 588 , sous la présidence de la reine mère , répondit aux demandes qu’on vient de lire , et les réponses, dans la pièce que nous publions ici, sont consignées à la suite des divers articles. Sur un grand nombre de points ces réponses sont évasives, et le conseil, parlant au nom du roi, ajourne les solutions en s’en référant aux prochains états généraux, ou aux édits qui pourraient être ultérieurement promulgués. Cependant, en ce qui touche l’élection du maire et des échevins par les habitants et le maintien des justices consulaires, le conseil fait droit aux demandes de la requête. Quant à la démolition du château d’Abbeville, elle est formellement refusée, attendu que ce château appartient au roi, et « qu’il veut qu’il demeure ainsi qu’il est. »

i588. Sire,

^ 1. Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs, les maieurs, eschevins, bour¬

geois et habitans de vostre ville d’Abbeville, désirant vivre et mourir en la recognoissance d’ung seul Dieu, d’une foy et d’une loy en l’Eglise catholique, apostolique et romaine, soubs fobeissance de Vostre Majesté, supplient les y voulloir maintenir sans permettre en vostre royaulme aulcun exercice d’autre relligion, en faisant chastier les hérectiques et leurs faulteurs rigoureusement, comme Dieu le commande.

Il y sera pourveu par l’édict de l’union.

2. Que la direction des saincts consilles et constitutions ecclésiastiques soient exactement observées, tant pour la collation des bénéfices et dignités ecclésiastiques quy se confèrent le plus souvent à personnes indignes et incapables que pour la multiplicité des bénéfices en une seule personne, contre les saincts décrets et canons.

11 y sera pourveu aux estats généraux b

‘ Ces états furent réunis à Blois et s’ouvrirent faite par Henri III aux demandes de la com-

le 1 6 octobre 1 588 , trois mois après la réponse mune d’Abbeville.

XVP SIECLE.

3. Qu’il plaise à Vostre Majesté continuer auxdicts supplians leurs previlleiges anciens, et, en ce faisant, leur laisser l’ellection des maieur et eschevins et aultres officiers de la ditte ville.

En faisant apparoir des previlleiges qui leur ont esté confirmez et dont ils ont bien et deubment joy, il y sera pourveu par le roy, ainsy que de raison; et pour le regard de leurs maieur et eschevins. Sa Majesté trouve bon que les supplians soient maintenus en l’ellection libre d’iceulx suivant leurs previlleiges.

4. Leur continuer aussy et remettre le previlleige et exemption de la gabelle, tant pour la dicte ville et banlieue que pour toute la sénéchaussée de Ponthieu, de quoy ils ont été seulement interrompus depuis l’an mil v c lvii; et en conséquence que l’impost mis sus par teste en la dicte ville et sénéchaussée , à la poursuite et par l’avarice des partisans et officiers depuis quatre ou cinq ans seulement, et auctres imposts en dépendans soient abolis, et qu’il soit permis de faire seel aux lieulx où il s’en est toujours faict cy devant ès fins et mettes de la dicte sénéchaussée.

Les dicts previlleiges pour l’exemption de la gabelle seront veus par Sa dicte Majesté en son conseil , pour après y estre pourveu , ainsy qu’il appartiendra par raison; et pour le regard des impôts du seel, seront par Sa dicte Majesté envoiez commissaires sur les lieulx, quy ne seront à la dévotion des partisans, pour informer s’il y est commis aucuns abbuz et réformer le dict inipost , comment il il appartiendra, avec pouvoir de descharger ceulx qui se trouveront trop chargez; et par mesmes moiens informeront aussy les dictz commissaires du moien qu’il y aura de faire ledit seel , pour ce faict en estre ordonnez par Sa dicte Majesté, ainsy qu’elle advisera estre à faire.

5. Que la dicte ville et habitans soient déclarez exempts de la contribution des franqs fiefs et nouveaux acquests , à l’instar des villes de Paris et d’Amiens.

Les dictz commissaires despeschez pour la recherche des francqs fiefs et nouveaux acquests seront surcis jusques la teneue des estais généraulx où il y sera pourveu.

6. Que les aultres previlleiges de la dicte ville et habitans d’icelle, comme la justice civile qu’ils tiennent à titre onnéreux de Vostre Majesté, provisions d’offices, tant pour le faict de la dicte justice que pollice et aultres auctoritez, droicts et previlleiges anciens dont ils ont joy par cy devant, seignament depuis quarante

ABBEVILLE

ans, leur soient remis pour en joir comme ils soulloient faire par le passé, nonobstant touttes lettres, entreprises et choses à ce contraires.

Le roy voeut que les supplians joissent des previlleiges , franchises et immunités qui leur ont esté accordez par les rois ses prédécesseurs et confirmez par Sa Majesté, et ainsy qu’ils en ont bien et deuhment joy et joissent adprésent; s’ils prétendent en avoir aulcuns aultres , non confirmez par Sa dicte Majesté, ou en la jouissance desquels ils soient empeschez, faisant apparoir d’iceulx,Sa Majesté y pourvuoira , aultant favorablement et équitablement qu’elle pourra.

7 . Que tous les imposts des traictes domanialles, impositions foraines, douennes et aultres en dépendans, soient rendus à la raison qu’elles estoient du temps de leurs premières institutions; et tous nouveaulx offices concernant ce faict, l’admiraulté et maistrises des ports et aultres, supprimez, en attribuant la justice aux juges qui en ont eu premièrement la cognoissance, et le droict recullé aux extrémitez du royaume, et non en la dicte ville d’Abbeville , qui est distante de cinq à six lieues de l’extrémité vers le pays d’Artois, en la quelle le traficq est grandement empesché pour l’incommodité du bureau qui y est adprésent , d’aultant que l’on est contrainct de bailler argent pour les passeports , ensemble caution et rapporter certificat comment les bestiaux n’auront esté transportez hors du royaume.

8. Que toutes impositions nouvellement et depuis dix ou douze ans mises sus foutes marchandises venant de Flandres et aultres endroits du Pais-Bas en soient levées et ostées.

g. Que les impositions et maltaudes mises sur le vin soient supprimez et abolis, comme sept sols six deniers pour chacun muid passant par la ville de Paris pour l’édification du Pont nœuf; douze deniers pour l’édifice du dict pont, quy se prennent sur la taille de la province de Picardie pour l’édifice du dict pont; dix sols tournois pour chacun muid de vin passant tout debout en la ville de Rouen , pour venir et entrer en la dicte province de Picardie; six sols pour chacun tonneau, que les officiers monsieur le duc de Nevers prennent en la dicte ville du Crotoy, jaçoit que la dicte ville vous appartienne, et que les droicts de sa vicomté tels que dix-huits deniers par tonneau soient payés à vostre recepveur en la dicte ville du Crotoy, en la quelle le dict sieur n’a aucun droit; et les deux cincq sols qui se prennent sur chacun poinçon de vin entrant en chacune ville et fauxbourg de vostre royaume.

lo. Qu’il soit permis aux marchands de la dicte ville de trafiquer par tous lieux et endroicts de vostre roiaulme , sans paier aucun impost suiv^ant leurs antiens previlleiges; et que les marchands de la dicte ville, ensemble de la dicte sé-

XVP SIÈCLE.

néchaussée, ne soient contraincts à l’advenir de paier aucune chose pour le transport des bleds et autres grains qu’ils font mener de province à autre en vostre roiaulme, pour lesquels ils sont contraincts adprésent de paier vingt-sept et vingthuit sols de chacun septier.

1 1 . Semblablement les impositions de nouveau sur la draperie soient abollies, telles que les trente sols sur chacuns draps, cinq sols pour le sceau de chacune demie pièce de drap, estamet et sarge venant de tainture.

12. Que les tailles, taillons et aultres impositions soient remises à la mesme raison qu elles estoientau temps du feu roy Lois douzième, par ce qu il n’est plus possible au pœuple les supporter.

13. Que tous oflices etestats, érigez depuis l’an v*" cinquante-deux, tant pour la justice, finances et mesme aultrement, soient supprimez et abollis, seignament [ceux] de générai , surintendant et controlleur des deniers communs , patrimoniaulx et d’octroy, nouvellement mis sus en la dicte province de Picardie , au grand préjudice et à la diminution des deniers des fortiffications et réparation des villes et places de la dicte province.

i4- Que les sallaires des greffes de la dicte sénéchaussée soient reiglez au pris des greffes du baillage d’Amiens, et que l’on ne paie dorénavant que douze deniers pour chascun scel d’obligation, à quelque pris qu’elle se puisse monter, comme l’on faict à Paris, Amiens et plusieurs aultres lieulx.

11 y sera advisé aux prochains estats généraulx.

15. Qu’il plaise à Vostre Majesté exempter et affranchir la dicte ville des garnisons, attendu quelle n’est frontière et la bonne affection que ont les dicts suppliants de la maintenir et toujours conserver en vostre obéissance.

Le roy les traitera toujours le plus favorablement qu’il pourra comme ses bons subjecls.

16. Que touttes citadelles et chasteaux estant ès villes soient desmollis pour maintenir les capitaines et gouverneurs en paix et union avecq les habitans d’icelles, et que delfenses soient faictes aux dicts capitaines et gouverneurs de travailler les paysans d’aller faire garde aux dictes villes et chasteaux, ny tirer d’yceulx aucunes corveez, chose que le sieur de H ucqueville,, gouverneur de cette ville , a contredict et empesché pour le regard du chasteau d’icelle , pour estre important à vostre service, comme il auroit déclaré, et dont il auroit requis acte qui lui auroit esté accordé.

Le chasteau d’Abbeville appartient au roy, qui vœut qu’il demeure ainsy qu’il est.

ABBEVILLE

17. Et d’aultant que les gens de guerre, eux disans advouez du gouverneur de Doulleiis et aultres tenant mesme party, arrestent vos deniers et font exécuter les paysans pour la taille, lesquels d’ailleurs sont poursuivis et contraincts par vos recepveiirs ordinaires , qui causera bien tost la désolation de tout le pays , et que les terres demeureront en friches sans estre cultivées et labourées , et conséquament la ruyue de tous les babitans, plaise à Vostre Majesté y donner provision et faire en sorte que les paouvres paysans ne soient plus ainsy opprimez et vexez.

Le roy y porvuoira par l’édict de réunion.

18. Qu’il soit delfendu à toutes personnes de faire aulcunes levées de gens, sans commission valable et quelle n’ayt esté premièrement communicquée aux gouverneurs et magistrats des lieulx où se feront les dictes levées; d’aultant que la licence que se donnent toultes personnes de leurs gens a remply le pais de volleurs, qui ne font aultre chose que d’aller de lieu en aultre, avecq toutte impunité, pillant et ruynant le paouvre pœuple, avecq plus grand rigueur et cruautez que ne le feroit ung ennemy naturel du dict pais.

Les ordonnances sur ce faictes seront gardées et les infracteurs pugnis par les peines y contenues, et sera mandé aux gouverneur et lieutenant général du roy en la province de faire vivre les gens de guerre quy y passeront à la moindre foulle du pœuple que faire se pourra.

19. Qu’il plaise à Vostre Majesté ordonner qu’il n’y aura que une coustume généralle par tout vostre roiaulme, ung poix, une aulne et une mesure.

U y sera porveu aux estats généraulx.

20. Que les rentes qu’il vous a pieu commandera vostre pœuple d’achepter soient paiez par les recepveurs des lieulx.

Sera mandé aux recepveurs particulliers establis au dict Abbeville de les paier.

21. Que la justice des juges et consuls des marchands soient maintenues et gardées, sans que les juges ordinaires leur puissent donner aucun empeschement aux peines portées par vos pattentes.

Accordé suivant les lettres pattentes qu’ils dient leur en avoir esté expédiées, lesquelles ils représenteront.

2 2 . Que pour réfréner les exactions et eccedz que commettent ordinairement

XVP SIÈCLE.

aulcuns gentilhommes sur le plat pais et leurs subjects, il plaise à Vostre dicte Majesté ordonner que les grands jours se tiendront en la dicte province ; et prieront Dieu les dicts supplians voulloir à tousjours vous prospérer et maintenir en ses sainctes grgces.

Ainsy signé : Leboucher et Rohault, députez, ayant povoir des estais de la dicte ville.

Il y sera prouveu aux prochains estats généraulx.

Faict à Paris, au conseil du Roy, tenu par la Royne, sa mère, le xiv' jour de juillet, i588. Signé Catharine et plus bas Pinau.

Bibl. imp. mss. Béthune. 8912. p. 47.

XXXÏ.

DÉLIBÉRATION RELATIVE A LA PLACE OCCUPÉE PAR LES OFFlClERvS MUNICIPAUX D’ABBEVILLE DANS LA SALLE DES ÉTATS DU COMTÉ DE PONTHIEU.

Les trois ordres du comté de Ponthieu ayant été convoqués à l’occasion des états de Blois, l’échevinage d’Abbeville se réunit le 26 août i588, et décida qu’une députation composée du maire et des écbevins se rendrait auprès du sénéchal ^ pour lui demander quel rang il comptait assigner aux magistrats municipaux dans l’assemblée générale qui devait avoir lieu le lendemain. Le sénéchal répondit que les magistrats occuperaient le même rang que le lieutenant criminel, les membres du présidial et les baillis royaux; mais le

‘ Le sénéchai de Ponthieu était , à cette date , Pierre de Roncheroiles , baron de Pont -Saint- Pierre, seigneur de Hucqueville, qui figure sous ce dernier nom dans !es affaires de la Ligue. La charge de sénécbal était devenue vénale et héréditaire; Pierre de Roncheroiles, qui mourut âgé de quatre-vingt-dix ans, l’avait achetée de son prédécesseur, Jean du Gard, 8,900 fr. en 1578 ; il la remplit jusqu’en 1621 et la légua à son fils. Le dernier sénéchal d’Abbeville fut André-Honoré de Moncby. Il mouruten 1 786

et ne fut point remplacé. Dans les derniers temps, les sénéchaux n’avaient aucune importance.

M. René de Belleval a publié sous ce titre Les Sénéchaux de Ponthieu, Paris, 1868, in-8" de 36 pages, la liste de ces officiers , en indiquant, pour les diverses époques, d’après les documents contemporains , les principaux actes de leur administration. Ce travail donne une idée exacte des attributions qui leur étaient dévolues , et de leurs rapports avec la commune d’Abbeville,

ABBEVILLE

6 Août.

maire fit observer qu’il était chef du tiers état du comté, et qu’il devait en conséquence avoir la première des places réservées aux députés de cet ordre. On fit droit à cette réclamation, et il fut convenu, de favis des officiers royaux et des nobles, que le maire d’Abbeville serait placé sur une chaise à part en face du sénéchal. Immédiatement après le clergé et la noblesse , et qu’après lui, à un pied de distance, les échevins et les officiers royaux se rangeraient sur deux bancs séparés et couverts de tapis, portant du côté des officiers royaux les armes du roi, et du côté des échevins les armes de la ville.

Le vingt-sixième jour cfaoust mil cinq cent quatre-vingt-liuit, sur les trois heures de relevée, en l’échevinage, au son de la cloche, par devant le sieur Maupin, maieur, présens les sieurs Manessier, Becquin, de Moyenneville, Sanson, Briet et autres échevins,

Delecourt, substitut;

8ur ce que ledit sieur maieur a remontré que les estais généraux de la comté de Ponlhieu sont assignez à demain, devant M. le séneschal dudit Ponthieu, au couvent du prieuré de Pierre de cette ville, où l’assemblée générale desdits états se doit faire, pour aviser des plaintes et doléances que l’on fera au roy aux états généraux de ce royaume, qu’il veut estre convoquez et assemblez en la ville de Blois, a été délibéré que ledit sieur maieur, assisté desdits Bequin, Moyenneville, Sanson, Gaillard et Briet, eschevins, dudit Delecourt, substitut du procureur de la ville, et de Nicolas Lebel, greffier ordinaire d’icelle, se transporteront audit lieu de S‘ Pierre pour scavoir le rang que mon dit sieur le séneschal ordonnera aux dits sieurs maieur et échevins.

Et instamment, ledit sieur maieur, assisté comme dessus, parvenu audit prieuré de S‘ Pierre, où estait ledit sieur séneschal, son lieutenant, le gouverneur,

de Ligny, M*" de Bambures, M*^ d’Auxy et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes, trouvèrent qu’on ne lui avoit encore assigné de place, du moins telle que sa qualité le requéroit, et que l’on prétendoit mettre M'' le lieutenant criminel et M” les présidiaux, conseillers et baillis royaux en mesme rang et degré, il auroit esté remontré audit séneschal de Ponthieu et son lieutenant qu’en ladite qualité de maieur de cette ville d’Abbeville, capitale du comté de Ponthieu, et l’autorité qu’il a, tant au gouvernement d’icelle comme autrement, il est et a toujours esté chef du tiers estât dudit comté, et conséquemment il doit avoir la première et plus éminente et honorable place dudit tiers estât; sur quoy a esté or-

XVP SIECLE.

donné par ledit sieur séneschal que les lieutenant criminel et conseillers seront promptement appelez, afin d’y pourvoir et mettre ordre en la dispute qui ameneroit quelque confusion à l’assemblée; et instamment après, ledit sieur lieutenant criminel estant comparu et ouy, ledit sieur séneschal, par l’advis de la noblesse, auroit ordonné que ledit sieur maieur auroit la première et plus éminente place du tiers estât; qu’il lui seroit baillé une chaise face à face dudit sieur séneschal , le bureau entre deux, après l’estât ecclésiastique et la noblesse, à costé de laquelle à un pied de distinction y auroit deux bancs, sur l’un desquels se pourroient asseoir lesdits lieutenant criminel, conseillers et baillys, et sur l’autre les eschevins. Lesdits bancs auroient esté couverts de carreau , l’un des armes du roy, l’autre de la ville.

Archives d’Abbeville , Registres aux délibérations, de i588 à ibSg.

LETTRE DU ROI HENRI III ANNONÇANT AUX MAGISTRATS MUNICIPAUX D’ABBEVILLE QU’IL A FAIT TUER LE DUC DE CUISE.

Le duc de Guise avait été assassiné à Blois le 29 décembre i588, et le lendemain Henri III, pour se justifier, adressait aux Abbevillois la lettre que nous publions ici.

Le jour même où cette lettre était écrite, le frère du duc, le cardinal de Guise, tombait victime d’un nouvel attentat; mais Henri III ne fait aucune mention de cet événement h

Chers et bien amez, il n’est poinct besoing que nous vous représentions les i588. ocrassions qui nous ont esté données par le feu duc de Guise de nous resentir 24 Décembre, des troubles qu’il a semés en nostre roiaulme , lesquelles nous avons voullu oublier et essaier par tous moiens à nous possibles de le ramener au droict chemin dont il s’estoit desvoyé, mais il n’y a grantiffication ni bienfaict qui l’ait peu faire ranger à son debvoir; au contraire, il avoit tous les jours quelque nouveau desseing sur nostre propre personne, laquelle voulant mettre en seuretté, pour éviter ce qu’il avoit projecté depuis peu de jours, nous avons pensé estre nécessaire de

‘ Les archives d’Abbevilie contiennent un assez grand nombre de lettres adressées , en dehors des lettres patentes , aux magistrats municipaux pour leur demander des secours ou

leur donner des information s. Celles de Louis XI ont été publiées par M. F. C. Louandre , dans les Mémoires de la Société d'émulation d’ Abbeville,, 1836-1837.

Tiers état. — iv.

ABBEVILLE

le prévenir et garantir nostre vie par la perte de la sienne et chastiment de ses desmérites; dont nous vous avons voulu advertir par la présente , affin que vous soiez esclairez de la vérité et que l’on ne la vous puisse desguiser par les faulx bruictz que l’on pourroit faire courir au contraire ; et pour vous dire aussy que vous conteniez touttes choses en vostre ville, de sorte qu’il ne puisse estre faict au préjudice de l’auctoritez qui nous est deube et du soullagement que nous voulions procurer à nos pauvres subjectz, aultant qu’il nous sera possible, affin que nous aions occasion de nous louer de vostre fidéllité; vous voullant bien pareillement advertir que nostre intention est de n’oublier aulcune chose qui puisse servir à l’extirpation des hérétiques, à l’accroissement de nostre religion catholique, apostolique et romaine, et à l’honneur de Dieu, lequel nous prions qu’il vous ait, chers et bien amez, en sa saincte garde.

A Blois, le xxiiif jour de décembre i588.

Signé Henri.

Archives d’Abbeville, Reyistre aux délibérations de 1588 à 1589 , foi. 2 32.

XXXÎII.

DOCUMENTS HELAÏIFS A L’HISTOIRE DE LA LIGUE A ABBEVILLE PENDANT LES ANNÉES 1589 1590.

Le meurtre des Guise excita dans Abbeville la plus profonde indignation. Les habitants prirent le deuil, et, le 9 janvier 1 689, les trois ordres de Ponthieu assemblés à l’hôtel de ville prêtèrent de nouveau serment à la Ligue Deux échevins allèrent notifier à la commune de Paris le renouvellement de l’Union; des missives furent adressées aux villes voisines, afin de les engager à redoubler de zèle et d’efforts, et l’échevinage se mit en rapport avec la chambre des états de Picardie, qui avait été convoquée à Amiens, en déclarant toutefois qu’il ne donnait son assentiment à l’établissement de cette chambre qu’en raison de la gravité des circonstances, et qu’il n’entendait en aucune façon se soumettre à l’autorité des Amiénois, ou déroger aux anciens privilèges de la commune. Il entretenait en même temps une correspondance des plus actives avec le duc de Mayenne, décrétait la peine de mort contre les ennemis de l’Union, s’occupait de mettre la ville et le Ponthieu en état de défense, faisait des levées

XVP SIECLE.

d’hommes et ouvrait à l’hôtel de ville des registres où chacun était tenu de venir dénoncer par écrit les personnes qui lui paraissaient suspectes. Henri III tenta vainement de mettre un terme à cet état de choses, en déclarant, dans l’édit qui ordonnait la translation du parlement à Tours, qu’ Abbeville, comme Paris, Amiens et Orléans, serait déchue de ses privilèges L Cette mesure ne ht que rendre l’opposition des ligueurs plus vive encore, et l’échevinage redoubla de sévérité contre les habitants hostiles à TUnlon. Le 22 mai il donna ordre au procureur de ville de dresser une liste de suspects, et le 3o du même mois, il décida que les prisonniers politiques, qui étaient très-nombreux, et qui, jusqu’alors, avaient été détenus tous ensemble dans les cachots du beffroi , seraient séparés les uns des autres ; qu’un tiers seulement resterait dans le beffroi, et que le reste serait conduit à la coar Ponihieu, c’est-à-dire dans les prisons de l’ancien château des comtes, tandis que les gens d’Eglise seraient enfermés dans le prieuré de Saint-Pierre.

Pendant ce temps les huguenots, qui étaient maîtres de Dieppe, ravageaient le pays et pénétraient souvent jusqu’aux faubourgs d’Abbeville. Les milices communales de cette ville eurent avec eux divers engagements, et elles éprouvèrent même un grave échec sous les murs de Neufchâtel, en essayant de secourir cette place, devant laquelle Henri IV en personne avait mis le siège. Des détachements de r armée de ce prince, sous les ordres de Givry, s’avancèrent à quelques lieues d’Abbeville. Dans ces graves occurrences , l’échevinage ordonna le désarmement des suspects et enjoignit à toutes les personnes connues pour être hostiles à la Ligue de se constituer prisonnières. Les ecclésiastiques furent organisés militairement et ils éta-

* Lettres patenles de Henri Ht , poi’tant translation à Tours du parlement de Paris; il est dit dans ces lettres que, par édit du même mois , le roi a privé les villes de Paris , Orléans , Amiens, Abbeville, de tous les privilèges qui leur ont été accordés par lui ou ses prédécesseurs, en punition de leur rébellion; iSSg,

février [Archives de l Empire, parlement Je Paris, recjistre des ordonnances , 2 q. fol. 1"]. — Lettres du même prince données, au mois de mai 1689, au sujet de la privation de privilèges appliquée au.\ villes d’Amiens , Rouen , Paris , Abbeville , le Mans, Mantes, Chartres, Orléans et Lyon. [Id. ibid. fol. 25. )

ABBEVILLE

blirent un corps de garde sur le parvis de l’église Saint-Wulfran. La ville fit en même temps de nombreuses fournitures de munitions et de vivres à l’armée du duc de Mayenne; mais cette armée ayant été battue à Arques le 24 septembre 1689, Mayenne se replia sur le Pontbieu, et, pendant tout le mois d’octobre, il occupa le Pont-Remy, à deux lieues d’Abbeville. Sa présence sur un point aussi rapproché rendit, malgré les succès de Henri IV, le courage aux habitants. Ils avisèrent à prendre de nouvelles mesures, et, le 27 novembre, il fut décidé dans une réunion générale à laquelle assistaient le gouverneur, les curés des diverses paroisses, les anciens maires, les habitants nolables, plusieurs gentilshommes du Pontbieu et du Vimeu, qu’on établirait à Abbeville, sous la présidence du gouverneur et du maire et avec l’assentiment du duc de Mayenne, un conseil de douze personnes, prises en nombre égal parmi les trois ordres; le 29 du même mois, les échevins et les maïeurs de bannière firent choix des quatre personnes qui devaient les représenter dans ce conseil. On voit , par la délibération qui fut prise à ce sujet, qu’à cette date féchevinage reconnaissait pour roi le cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles X.

Nous réunissons ici, pour les années 1 588-1690, quelques-unes des pièces les plus intéressantes qui se rattachent à fhistoire de la Ligue à Abbeville L

1 588-1 58(). En la dite assemblée Vincent Boullenger, advocat de la dite ville (d’Amiens) , a l'aict son rapport du voyage par lui faict à Abbeville, pour prier les mayeur et esclievins de la dicte ville de vouloir authoriser la chambre des estats avec raulliorité de Messieurs; et après qu’il a esté oy par les dits seigneurs, ils ont dict (ju’ils ne veulent plus user de la chambre des estats, parce qu’elle n’a esté con-

‘ .\ous renvoyons, pour l’hisloire détaillée des faits, au travail de M. Prarond. Un grand nonibre de pièces y sont textuellement reproduites. Parmi ces pièces nous indiquerons des lettres de Henri III à la date des i 7 avril , 8 mai , i 7 mai , 3o août 1 585 ; 2.5 avril , i®'' mai 1 586 ;

29 et 3i août 1587; i5, 27 et 28 février, 16 et 20 mars, 6 et 7 avril, 16 et 28 mai, 1'', 8 et 28 juin, 3 et 7 juillet i588. (Voir la Ligae à Abbeville. — Mémoires de la Société d’émulation d'Abbeville , de 1861 à 1867, de la page 229 à la page 627. )

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vocquée solennellement. Toutes fois ils approuvent tout ce qui a esté faict par Messieurs, par advis de la dicte chambre, jusques à présent; et à l’advenir qu’il soit estably selon la forme requise , et accordent que les depputez de ceste ville , comme la capitale, président entre les depputez; et prient Messieurs poursuivre avec eulx qu’il soit dict qu’à l’advenir les princes ne pourront rien ordonner que par advis des estais, et adviser de depputer quelqu’un d’entre eux pour laire pareilles remonstrances ; à raison de quoy a esté advisé qu’il sera sursis à adviser sur le dit rapport jusqu’à demain.

Bibl. imp. D. Grenier. Extrait des Registres aux délibérations de la tille d’Amiens, vol. gfi (xiv' art. 8), p. 294.

Sur ce que les depputez de la ville d’Abbeville et pays de Ponthieu, pour assister au conseil estably dans ceste ville d’Amiens, affin d’adviser de ce qu’il est urgent et nécessaire pour la conservation de nostre religion catholique et romaine et pour le bien de la patrie, ont protesté qu’ils n’entendent point aultrement approuver l’establissement du dit conseil , sinon pour une nécessité urgente , et ])ar forme de provision, ny submettre la dite ville et baillage du Ponthieu à ceste ville et baillage d’Amiens, ny en façon quelconque desroger à leurs droits, auctoritez et privilèges anciens, d’aultant qu’ils sont près voisins, et nullement subjects à ceste ville et baillage d’Amiens, et ont requis acte de leur protestation, nous, de l’advis dudit conseil , avons accordé acte d’icelle protestation , déclarant d’abondant que nostre intention n’a oncques esté de vouloir prétendre d’innover en rien les droits, autorités et privilèges de la dicte ville d’Abbeville et conté de Ponthieu, comme aussi nous n’entendons desroger aux privilèges, franchises et libertez de la dite ville d’Amyens.

Ibid. p. 291.

Du xxiP jour de maymil v"" iiiP^ ix au grand eschevinaige , au son de la cloche, par devant J. de Mauppin, maieur, présens messieurs Manessier, Becquin,

Sanson, etc. etc.

Sur ce qu’il a esté proposé à la dite assemblée que une grande rumeur est par la ville entre les habitans, à l’occasion que plusieurs personnes politicques mal affectionnées à l’Union, mesme auîcuns de ceulx qui ont jà esté emprisonnez et reprins, se communicquent ordinairement, usent de plusieurs propos mal sonnanz pour réfroidir ceulx qui y sont bien affectionnez , et font signes magnifestes de réjouissance des mauvais événemens survenus au camp de Senlis et ailleurs, a esté advisé , pour pourvoir et mettre ordre aux inconvéniens qui en pourroient résulter, que chascun de messieurs les eschevins apporteront fidellement par es-

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cript et mettront entre les mains du procureur de la dicte ville, qui en fera ung recoeul, les noms de ceuls qu’ils affirmeront politicques et user de ceste façon de faire, et les cas dont ils seroient accusez et les tesmoings qui en pourront parler pour, sur sa poursuite et requeste, y estre promptement pourveu, par telles voyes qu’il sera advisé sellon la gravité des accusations.

Archives d’Abbeville, Registre aux délibérations , de i588 à 1689, P 3io.

Le x)i\' jour de may, au petit eschevinage où s’est trouvé M*' de Hucqueville gouverneur, J. de Mauppin, maieur, présens messieurs Manessier, Becquin, etc. eschevins.

Sur la proposition faicte à l’assemblée que ceulx qui ont esté naguaires emprisonnez au grand eschevinage, pour les suspicions qne le pœuple avoit contre eulx, sont en grand nombre audit eschevinage, y donnant grand empeschement, communiquant d’ailleurs les ungs avec les aultres, a esté advisé qu’il en demeurera ung tiers audit eschevinage, les deulx aultres tiers mis en la cour de Ponthieu et les gens d’Eglise, au nombre de quatre, au prieuré de Saint-Pierre.

Que au lieu de soldardz qui ont esté baillez à la garde de M. le président en sa maison, seront mis d’aultres gardes habitans en icelle [ville], ou bien qu’il sera mis aucun notable bourgeois non suspect au choix des dits sieurs maieur et eschevins, qui s’en chargera aux peines et conditions qui seront ordonnées par iceulx maieur et eschevins.

Que ceulx qu’il a esté déllibéré estre admonestez, sellon la liste qui en a esté iaicte par les dits sieurs maieur et eschevins, seront désarmez le plust tost que iaire se pourra, et leurs armes mises en la garde des cappitaines du quartier, qui s’en chargeront, sellon l’inventaire qui en sera faict, pour en armer ceulx qui en auront besoing estans sous leurs charges, affin de s’en servir en cas de nécessité.

Du deuxiesme jour de juin.

Sur ce qu’il a esté remonstré à l’assemblée que, quelques sommations que l’on ayt fet faire à ceulx contre lesquels on a quelque suspicion d’eulx rendre prisonniers au grand eschevinaige , ils n’ont ce faict, du moings ung ou deulx, a esté advisé que, veu l’exploict des sergeanz qui ont faict les dits commandemens et conclusions au procureur de la ville, itératifs commandemens seront fetz aux défaillans d’eulx représenter prisonniers , en dedans lundi prochain huict heures du matin, au grand eschevinaige, à peine de faire procédder à la saisie et annofalion de leurs biens, et des amendes partie ullières déclarées en la commission, à reste fin de procédder suivant les ordonnances par le moyen de nos greffiers.

Arcilive» d’Abbevilie, Registre aux délibérations , de 1 588 à 1589, fol. 345.

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Le v* jour de septembre, au grand eschevinage, au son de ia cloche, par devant François Rumet, maieur; messieurs Tillette, Le Boucher, de Waconsains, de May, Groul , Rohaut , etc.

A esté déllibéré que M" le doyen de Saint-Wlfran et M" Jehan Cavillon , doyen de chrestienté, seront requis de faire assembler les gens d’Eglise demeurans en ceste ville, pour en arrester le nombre , et d’icelluy former une compaignie armée des armes dont ils se peuvent chacun aider commodément, aiïin d’emploier la dite compaignie à la garde et conservation de la dite ville , selon les occurences ; et néantmoins, leur est enjoinct drès aujourd’hui poser un corps de garde au dedans du parvis de Sainct-Wlfran , pour y faire garde la nuict prochaine et les suivantes, et nous rapporter le roolle des ecclésiastiques, le tout <à peine d’amende arbitraire contre chacun contrevenant.

Archives cl’ Abbeville , Registre aux délibérations j de 1689 à 1890 , P 875 .

Du lundi xxvii® jour de novembre mil im" i:( , au grand eschevinage, au son des cloches, trois heures après midi, par devant monsieur de Hucqueville, séneschal de Ponthieu , capitaine et gouverneur de la dite ville, François Rumest, sieur de Beaucaurroy, messieurs le doyen de f église de Saint-Wlfran, le prieur de Saint-Pierre, le curé de Saint- André, le curé de Saint-Jean-des-Prés; le comman deur d’Oisemont , messieurs de Chepy, de Saint-Blimont et autres gentilshommes en grand nombre, tant du Ponthieu que du Vimeu; le président du Présidial, les anciens mayeurs , les escheviiis, des notables bourgeois en grand nombre, le siéger, le capitaine du guet :

Sur ce qu’il a esté donné à entendre à l’assemblée qu’elle estoii convoccjuée pour adviser d’empescher les invasions de l’ennemy, tant du costé du Ponthieu que du Vimeu, et pour ce faire avoir des forces de cavallerie et gens de pied avecq argent pour les soudoyer; et sy, pour la conservation du pays en l’estendue de ce gouvernement et à fenviron, il ne seroit besoing d’establir un conseil en ceste ville, pour donner ordre à tout et remedier aux courses de l’ennemy et oppression du pauvre pœuple; a esté advisé, par toute la dicte assemblée, attendu la ruyne apparente de tout le pays qui seroit arrivé sy promptement il n’y estoit remédié, qu’il seroit estably ung conseil des trois ordres, en ceste ville, de douze personnes, sçavoir : quatre de l’Eglise, quatre de la noblesse et quatre du tiers estât, oultre messieurs les gouverneur et maieur, quy seront les chefs du dit conseil, le tout par provision et soubs le bon plaisir de monseigneur de Mayenne, lieutenant général de Testât royal et couronne de France, et que pour adviser de la forme et povoir d’icelluy et nommer gens de chascun ordre, l’on se rassemblera demain huict heures du matin.

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Du viu^ neufviesme jour de novembre au dict an, au grand eschevinage, au son des cloches, par devant le dit sieur inayeur ayant accoustumé présider en la compagnie du tiers état de Ponthieu :

A esté procédé à l’éllection de quatre personnes pour entrer audit conseil : sçavoir, de nobles hommes Pierre Tillette, sieur de Mautort, président; Claude de Waconsains, conseiller au siège présidial de Ponthieu; honorable homme Estienne Leault, adprésent fun des quatre premiers eschevins, et Anthoine Alaiiessier, en l’année dernière premier eschevin de ceste ville; et ce faict a esté advisé qu’il estoit expédient que tous ceulx qui avoient esté esleuz par les trois ordres pour composer ledict conseil s’assemblassent avecq les dits sieurs gouverneur et mayeur, pour convenir des choses ausquelles ledict conseil pourroit pourvoir promptement, soubz le bon plaisir de nostre roy Charles disiesme ou de monseigneur de Mayenne son lieutenant général, ou bien adviser de ce quy seroit de besoing remonstrer et faire entendre à Sa dicte Majesté ou à mon dit seigneur de Mayenne pour la conservation et utilité du pays de Ponthieu et à l’environ.

Archives d’Ahbeviite, Registre aux délibérations , de 1689 à iSgo, f° 428, r° et v”.

La ville d’Abbeville avait fait un traité avec celle de Dieppe pour la sûreté des laboureurs. Le 12 juin 1090, on parle à Amiens de ce traité, et pour savoir si la ville d’Amiens doit demander à y être comprise on propose de convoquer plusieurs notables, afin de délibérer avec eux sur les articles de ce traité que le sieur de Hucqueville, gouverneur d'Abbeville, avait envoyé.

Bibl. imp. Coilect. de D. Grenier. Ao/e extraite des Registres aux: délibérations de la ville (I Amiens, vo). 96 (xiv' paq. ait. 8), p. 3i4.

Le sieur Bonvarlet a fait entendre que le bruit est tout commun que l’ennemy s'advance en ces quartiers, et partant qu’il est bien nécessaire d’adviser à la conservation de ceste ville en toute diligence :

Premièrement , a esté délibéré, par l’advis commun de la dicte assemblée, que les femmes de ceulx qui tiennent le party du roi de Navarre, qui reçoivent nouvelles de leurs maris et les communiquent aux habitans suspects, seront contrainctes tout promptement sortir de la ville, mesmes ceulx qui se sont naguère retirez en ceste ville parlant ordinairement au désavantage de notre party;

Que l’on fera pareillement sortir de la ville plusieurs gens inconnus vallides, qui se sont retirez en ceste ville, soubz prétexte de mendicité, et eulx disans chassés de leur paiis ;

Qu’il sera donné ordre aux chaisnes du Pont des Prez et de la Portelette, à ce

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qu’il n’y arrive inconvéniens, et que à la fermeture d’icelles il y aura un esche vin présent ;

Que toutes les chaisnes des rues seront tendues durant la nuit jusques à l’ouverture des portes , aflin d’avoir plus de commodité de les bender, arrivant quelque affaire, et qu’il sera mis, ès maisons plus proches des chaisnes, des futailles vides pour dresser des barriquades , l’occasion s’offrant ;

Qu’il sera enjoinct aux capitaines des quartiers de faire fournir à ceux de leurs compaignies les armes qui leur ont esté cy devant ordonnées, ensemble d’avoir de la pouldre suffisante;

Que Messieurs de la noblesse , cappitaines et autres que l’on congnoist bons catholiques et affectionnez à ce party, seront priez et semonds , en la plus grande diligence que faire se pourra , d’eulx transporter en ceste ville , pour avecq eulx résouldre de plusieurs poincts touchans la milice et les moiens de deffendre les endroits les plus faibles de la ville, et de l’ordre que les habitans tiendront en cas d’allarme; mesme de prendre quelques secours d’hommes autres que les habitans quy seront nourris et souldoiez par les plus riches habitans.

A esté aussy délibéré que Josse le Bel, et autres recepveurs du bureau des pauvres, seront contraincts, suivant les délibérations cy devant faictes, de wider leurs mains des sommes dont ils sont reliquataires ensemble, pour les peines ès quelles ils sont écheus ;

Que Jacques Becquet sera mandé pour préparer des feux artificiels et autres choses déppendans de la charge où il a esté en dernier commis.

Et sur ce que il a aussi esté proposé s’il ne seroit bon , à l’exemple de Messieurs de la ville de Paris , d’eslire quatre notables bourgeois bien zellés catholiques pour chascun d’iceulx commettre en son quartier, ung dizenier et chef sur diz menaiges, qui observera les depportemens et propos de ceulx de sa dixaine, tant habitans que estrangers , et rapportera tout ce qu’il aura veu et cogneu au chef du quartier pour le faire sçavoir aux dis maire et eschevins.

Bib. imp. Dom Grenier vol. 47 (vii° paq. ; art. 5), p. 276.

Sur ce qu’il a esté représenté à la dite assemblée que, par chacun jour, il survient de grandes affaires à la dite ville qui méritent estre exécutées en toute diligence , ausquelles néantmoings les dis sieurs maieur et eschevins ne peuvent vacquer, pour ce qu’il leur convient à toute heure aller visitter et donner ordre aux fortiffications de la ville, et faire réparer les endroicts les plus dangereux, pour éviter que l’ennemi ne fasse quelque surprinse sur icelle; mesmes qu’il est nécessaire de faire recherche des deniers publics, pour faire fonds et pourvoir au paiement des forces qu’il a esté advisé mettre sus, tant pour la conser- Tiers état. — iv. 69

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vation de ceste ville que du pais , a esté deslibéré que , pour donner advis et conseil ans dis sieurs maieur et eschevins et vacquer sous leur authorité à la recherche des dis deniers et à touttes les autres affaires extraordinaires qui se présenteront doresnavant, il sera nommé douze habitans par les dis maieurs et eschevins , avecq les quels pourront assister les depputez de Messieurs de l’Église et de la noblesse ; ce qui avoit esté instamment faict des personnes qui ensuivent : M. le président, M. de Waconsains, M. de Beaucauroy, M. l’esleu Canteleu, M. Nicolas Lebel, greffier, Simon Belle, l’aisné, Charles Manessier, Nicolas Lavernot, Anthoine Bohault, Eloy Sanson, l’aisné.

Dom Grenier, vol. 47 (vii' paq.; art. 5), pag. 276.

A Monsieur le séneschal, gouverneur de Ponthieu, ville et chasteau d’Abbeville et Messieurs mayeur et eschevins de la dite ville h

Bemonstre damoiselle Marie Lyver, femme de maistre Claude Gaillard, conseiller au siège présidial du dit Ponthieu, que sur la fin de l’année dernière elle ouyt par plusieurs fois son dit mary, lors estant eschevin, se plaindre qu’en la pluspart de ses plus grandes actions il rencontroit le plus souvent quy s’opposoit au ])on succès qu’il en devoit espérer; qu’il n’estoit heureux, après tant d’années pacifiques escoulées depuis son retour des estudes, d’estre tombé d’avoir charge publique en une année sy diverse et fâcheuse , et qu’encores qu’il esperast que la pluspart des hahitans de ceste ville excuseroient ses comportemens sur la néces- ■sité de sa charge, il redoubtoit que les moins affectionnez envers luy ne les interprétassent sinistrement, et que pour récompenses des travaux et peynes qu’il prenoit jour et nuyt à la conservation de la ville n’imprimassent en eulx mesures mauvaise oppinion de luy, et qu’ils ne le rendissent suspect envers plusieurs, dont il se rendoit fort triste et tourmenté , disant et jurant qu’il n’avoit jamais faict ne voudroit faire ny penser chose contraire à nostre religion catholique , apostolique et romaine, la saincte Unyon et repos publicq, en quoy il se vouoit de vivre et mourir. Et de fait la dite remonstrante a veu que son dit mary, pour éviter tout soupçon, s’est retiré des compaignies le plus qu’il a peu, passant chacun jour toute la matinée en la chambre du conseil de la maison de la Grutuze, et les après disner en sou estude, et quelque fois se promener avecq ses voisins , sans qu’il soit allé par la ville de soir ny du matin, ny que personne quelconque.

‘ Nous publions la requête de Marie Lyver pour montrer quelle était , au milieu destroubles , la siluation des esprits. On y voit l’échevinage d’Abbeville sommant un officier de la justice royale de venir se constituer prisonnier, comme

suspect d’hérésie, cet officier se dérobant par la fuite aux accusations dont il était l’objet, et sa femme implorant pour lui , dans les termes les plus humbles, l’indulgence des magistrats municipaux.

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deppuis neuf mois qu’il est sorti hors de sa charge d’eschevin, le soient venu trouver, comme faisoient plusieurs au précédent. Et ne peult croire et estymer la dite remonstrante qu’il se soit absenté pour chose qu’il ayt fait ou dit contre la saincte ünyon, et dont il ayt aucune crainte d’estre reprins; mais plustost une fraieur et terreur grande qu’il a eu d’avoir ouy parler sy estrangement et par soubson, et en général de tous les officiers de justice, par mauvaises impressions , ce qui pouvoit bien estre cause de son absence , pour éviter une fui'eur toute apparante les festes de Pentecoustes dernières, joinct qu’il s’est grandement esmeu et troublé de se voir mandé en l’eschevinage pour y estre retenu prisonnier, voiant que par là son honneur et réputation estoit fort olfencé et entaché d’une marque irréparable, s’il estoit détenu prisonnier pour cause de soubçon d’hérésie ou attentat contre la ville et les habitans.

A ces causes, et attendu que son dit mary est de bonne et ancienne parenté de ceste ville, qui y ont faict plusieurs bons services; qu’il a tousjours vescu sans reproche ny sans estre notté d’aucune hérésie, ny faict tort à personne, n’estant à présumer qu’il fust sy indiscret, cruel et inhumain que de vouloir penser ny faire chose préjudiciable à la ville et aux habitans, elle vous supplie ne vouloir procéder par rigueur contre luy à la condamnation de l’amende qu’on luy signifia le jour d’hier, s’il ne se présentoit aujourd’hui par devant vous; mais de lui vouloir donner temps compétent de trois semaines ou ung mois pour faire recherche de son dit mary, et l’advertir des dits commandemens , vous asseurant que quand il congnoistra pou\ oir venir asseurément hors du tumulte et danger de sa personne en ceste ville, il aymera trop mieulx retourner par de ça pour vous faire très-humble service et à la république, s’il vous plaist le recevoir en toute liberté, que de demeurer en lieux estrange , et s’employer à la déffense de sa patrie et de ses parens et amys.

Signé ; Marye Lyvek.

A esté déllibéré qu’en considération des frais, peines et fatigues que les membres et compaignons de la compàignie de la jeunesse ont cy devant supportez et continuent de supporter, à la dicte garde de nuict au boullevert de l’Union, et aultres factions extraordinaires; et pour les exciter à continuer do meilleur couraige et avecq armes suffisantes les dictes gardes et factions extraordinaires, les dicts membres et compaignons de la dicte compàignie de jeunesse seront à l’advenir exemptz de la garde ordinaire de la ville, sçavoir : quant aux membres le temps et espaces de deux ans, et les dicts compaignons par l’espace d’un an entier à compter du jour du mariage des dicts membres et compaignons de lajœunesse, pourveu qu’ilz aient auparavant faict garde et faction en la dicte compagnie ung

ABBEVILLE

an entier précédent le jour de leur dict mariage; et qu’en dedans la huictaine du dict jour ilz aient faict apparoir au greffe de l’eschevinaige , par attestation des curez qui les auront mariez ou aultrement, du jour de leur dict mariage, pour en faire registre et les employer à la dicte garde ordinaire le temps susdict, saouf et excepté le temps du péril arrivant, durant lequel il n’y a aucun habitant exempt de la dicte garde.

Archives d’Abbeville, Registre aux délibérations , de iSSg à iSgo.

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