‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 134 sur 223 · GOUVERNEUR À FINANCE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR À FINANCE

L’on observera que le gouvernement de la ville d’Abbeville appartient dès avant le i3® siècle à ses maieur et échevins : la Reine Isabelle, veuve d’Édouard II, roy d’Angleterre, comtesse de Ponthieu, et Édouard III, son fils aîné, voulant établir un gouverneur à Abbeville, les maieur et échevins s’en étant plaints au Roy Philippe de Valois, l’affaire fut portée au parlement, où les maieur et échevins ayant prouvé que le gouvernement de la ville leur appartenait, arrêt contradictoire intervint le dernier juin 1828, qui ordonna c[u’il ne seroit pas donné de gouverneur à Abbeville, et que le gouvernement demeurerait aux maieur et échevins

Les lettres patentes en forme d’édit données par Henri IV au mois d’avril 1594, dans lesquelles tous les anciens privilèges de la ville d’Abbeville sont détaillés, disent en termes exprès : « Et d’autant que nous ne pouvons confier et commettre la garde et conservation de notre ville d’Abbeville qu’en mains d’iceux qui ont chassé d’icelle les plus grands ennemis de notre couronne , font conservée contre tous leurs efforts et encore depuis peu retirée de la main des Espagnols, que nos sujets rebelles y ont taché d’introduire et establir à notre préjudice, nous avons par cestuy notre edict exempté et exemptons perpétuellement et à toujours notre dite ville d’Abbeville de gouverneurs et de tout autre capitaine et commandant; ne reconnoistront ses habitants autre personne pour les commander que le gouverneur et nos lieutenants généraux de la province de Picardie, et les maieur et échevins de la dite ville.

Cet ancien privilège a toujours été confirmé de règne en règne par nos illustres monarques; Louis XIV a été sy satisfait de la fidélité des habitants d’Abbeville que, lorsqu’il créa par édit d’aoust 1696 des offices de gouverneurs dans les villes

* Surles gouverneurs d’Abbeville voir plus haut, page 432.

Tiers état. — iv.

ABBEVILLE

du Royaume, sur la représentation des maieur et échevins, ils furent conservés dans leur gouvernement. Quand il fut question de l’exécution de l’édit de 1726, qui rétablissait les offices municipaux de gouverneurs dans les villes, Sa Majesté décida, sur les itératives représentations des maieur et échevins, qu’il ne seroit point étably de gouverneur dans Abbeville; cette décision fut annoncée par M. Dodun, controîleur générai, le 21 avril 1723.

En 1742 , ils n’eurent pas le même succès, et, malgré leurs anciens privilèges et les représentations qu’ils firent au conseil de Sa Majesté pour empêcher qu’à leur égard l’exécution de l’édit de novembre 1783, portant création des offices de gouverneurs, n’eût pas lieu, les habitants eurent la douleur de voir lever l’office de gouverneur de leur ville par le sieur Marchai de Sainçay, auquel le patrimoine de la ville paye annuellement pour ses gages 676* à luy accordées par ses lettres de provisions du 12 may 1742. La nomination que Sa Majesté a faite de ce gouverneur à finance étant Tunique qui ait dérogé au privilège ancien et particulier de la ville, elle doit se flatter que Sa Majesté, après l’avoir rétablie dans l’intégrité de ses privilèges par son édit d’aoust dernier, voudra bien ordonner qu’elle ne sera point chargée du remboursement et intérêts que pourrait prétendre cet officier.

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