‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 155 sur 223 · CHARTE DE PHILIPPE-AUGUSTE, CONFIRMATIVE DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

CHARTE DE PHILIPPE-AUGUSTE, CONFIRMATIVE DE LA COMMUNE

Le roi Philippe-Auguste donne aux habitants de Saint-Riquier une institution de paix, pacem; il garantit leurs anciennes franchises et leur permet d’élire un maire, sauf le droit des églises et des hommes libres h

Recueil des ordonnances, t. IV, p. 548. — Cartulaires de Philippe -Auguste , aux endroits cités par M. L. Delisle, Catal. des actes de Phil. Aug. p. 60 , n“ 248.

* En i35o, le roi Jean institua deux sergents royaux gardiens des franchises et privilèges de Saint-Riquier, comme on le voit par l’acte suivant :

0 Litteræ Johannis quibus majorem, scabinos et universitatem villæ S. Ricbarii sub sua speciali protectione suscipit et eisdem privilegio-

rum gardiatores duos servientes suos instituit. Actum Parisiis , anno Domini m° trecentesimo quinquagesimo, mense Decembris. » {Trésor des chartes, reg. lxxx, fol. i56. — Recueil des ordonnances , t. IV, 26.) — En 1 365 , Charles V vidima et confirma la charte de Philippe- Auguste. Ibid.

COMMUNES DE LA BASSE PICARDIE

ARRÊTS DU PARLEMENT RELATIFS AUX DÉBATS DE L’ABBAYE ET DE LA COMMUNE DE SAINT-RIQUIER.

i 223-i3i2. L’hostilité qui avait éclaté, dès l’origine même de la commune de Saint-Riquier, entre les bourgeois et les moines, devait se perpétuer pendant de longues années; on trouve en effet, dans les registres du Parlement, entre les années 12 23 et i3i2, un grand nombre d’arrêts relatifs aux prétentions contradictoires des deux parties. Ces arrêts ayant été publiés par M. Beugnot dans les Olim, nous n’avons point à les reproduire ici , et il suffit d’en indiquer l’existence en renvoyant par la note ci-dessous aux pages du recueil où ils sont imprimés.

Olim du Parlement de Paris , édit, de M. Beugnot , 1. 1 , p. 67, 128, 1 3 1 , 1 33 , 139, 171, 523, 6o4, 629 , 652 , 662 , 801 . — T. II, 289, 297, 469 , 479, 5o2.

Él’AT DES REVENUS ET DES DETTES DE LA VILLE DE SAINT-RIQUIER.

1258-1259. On a vu, dans le premier volume de ce recueil, un état des dettes de la ville d’Amiens, dressé par les magistrats de cette ville en i 269, conformément à une ordonnance promulguée vers 1266, et par laquelle saint Louis enjoignait aux communes d’envoyer des délégués à Paris pour y rendre compte de leur situation financière L L’état de situation dressé dans les mêmes circonstances par la ville de Saint- Riquier est également parvenu jusqu’à nous; il se rapporte aux années 1208 et 1269. On y voit figurer, au passif de l’année- 1268, outre diverses sommes dues à des bourgeois d’Abbeville, de Saint- Riquier et autres individus, 55o livres pour le don du roi, domino régi de dono suo, ce qui se rapporte aux subsides fournis à saint Louis

' Uecucil des ordonnances , t. I, p. 82.

par les villes du royaume pour la paix d' Angleterre , c’est-à-dire pour le payement de l’indemnité pécuniaire stipulée au profit de Henri lll par le traité de 1268, en compensation de l’abandon de ses droits sur la Normandie, l’Anjou, la Touraine et le Poitou ^ Le passif, poulie premier chapitre de l’état de situation, s’élève à 2,765 liv. 4 s. 8 d. non compris les fermes.

Les chapitres 3 et 4 concernent l’actif de la commune. Dans cet actif sont portées 900 livres dues par le comte d’Anjou, Charles, frère de saint Louis, qui avait emprunté diverses sommes d’argent aux villes de Picardie , comme le prouvent les états fournis par ces villes en 1 269, et 5o livres pour les arrérages des tailles, des amendes et autres créances. Les recettes se composent du produit des tailles, montant à 549 livres, des amendes, des droits payés pour l’admission dans la commune, du pesage des laines, etc. etc.; elles s’élèvent, pour l’année i 2 58, à 949 liv. 1 2 s. 4 d.

Les dépenses portées au chapitre 5 s’élèvent juste à la même somme.

Le chapitre 6 contient l’état de situation pour l’année 1289. Les dettes montent à 2,42 3 liv. 2 3 s. 8 d. Le comte d’Anjou figure encore pour 900 livres parmi les débiteurs de la commune, dont les créances, en admettant qu’elles soient toutes recouvrées, sont évaluées à 1,417 liv. 18 s.

Imprimé avec un commentaire de M. Ch. Dufour, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, i838, t. XV, p. 358 à 36o, d’après l’original conservé aux Archives de l’Empire, carton J, 385.

^ Voir Monuments inédits de l'histoire du Tiers état, Amiens, t. I, p. 221, et note

COMMUNES DE LA BASSE PICARDIE

ACTES SACRILÈGES COMMIS PAR LES HABITANTS DE SAINT-RIQUIER AVEC LE CONCOURS DU MAÏEÜR ET DES ÉCHEVINS.

Chaque année, pendant la franche fête, dite du Lendit, les moines de fahbaye de Saint-Riquier parcouraient processionnellement la ville de ce nom* avec les reliques de leur fondateur et celles de saint Vigor.

Le jour de f ouverture du Lendit, fan 1264, des habitants de la ville de Saint-Riquier prirent un chat et le mirent, après l’avoir tué, dans une châsse semblable à celle qui renfermait le corps de Saint- Riquier. Un os de cheval , qui devait figurer f os du bras de saint Vigor, que l’on portait le même jour en procession, fut mis dans un autre reliquaire, et les profanateurs, vestus de plichons fourrés par dehors, et munis d’eau qu’ils disoient benite, mais qui estoit maudite , portèrent ces deux choses abusives par la ville en forme de procession, au des-

honneur, opprobre et détriment de toute l’Eglise.

Arrivés sur un point de la ville qui n’est pas désigné, ils reposèrent la dite capse et che bras de bos là où estoit l’os du cheval, et deux individus, qui avaient reçu des instructions pour le rôle qu’ils allaient jouer, vinrent les joindre et firent semblant de se battre avec acharnement. Leurs complices crièrent alors au milieu de la foule qui les entourait : Sainct Riquier le Viel, ta ne passeras point oultre si tu ne mes d’acord et racorde en union ches deux hommes enemis l’un à l’aultrel Et après ches mos et clameurs, yceulx deux hommes batelians, en signe de paix, se embrachèrent et entrebaisèrent; et dirent yceulx et les aultres assistans que en ceste réformation de paix fictive le dite capse avoit fait ce miracle.

Les auteurs de ces scènes étranges édifièrent ensuite un oratoire et une chapelle avec un autel paré de draps d’or et de courtines, et y déposèrent les deux châsses contenant le chat mort et l’os de cheval , et en mentant les appelaient reliques de Riquier et de N' Vigor.

Les pèlerins el les voyageurs, ignorant le sacrilège, s’arrêtaient pour prjer. L’oratoire, paré de grands laminaires, subsista deux jours et deux nuits, qui se passèrent en danses inhonnêtes, présens le mayear et les échevins d’icelle ville à clie consenians, donnans à ce conseil ayde et

faveur, au détriment de toute l’Eglise universelle.

Le pape ordonna une enquête et lança contre les facteurs des dites insolences, le maire et les échevins, une sentence d’excommunication, si, dans le plus bref délai, ils ne témoignaient point de leur repentir b

Les faits que nous venons de rapporter ne nous sont connus que par l’analyse qui en est donnée dans un inventaire des titres de l’abbaye de Saint-Riquier, rédigé au xv® siècle, et une note de dom Grenier, extraite du cartulaire'A de cette abbaye'^.

Cet inventaire mentionne la bulle adressée par le pape Urbain la troisième année de son pontificat, c’est-à-dire en 12 64- Nous avons reproduit, dans notre analyse, les passages les plus saillants de l’inventaire.

Archives municipales d’Abbeville. — Inventaire des titres de l’abhaye de Saint-Piiqmer, fol. xxxiii.

^ Un arrêt du Parlement en date de 1270, c’est-à-dire postérieur de six ans seulement aux faits ci-dessus relatés, constate que le maire alors en exercice était excommunié. Cette excommunication se rattachait peut-être aux actes de violence commis en 126/I. (Olim, t. I, p. 802. )

^ Voici la note de dom Grenier :

<1 Bulle du pape Urbain IV donnée à Viterbe , faisant mention de la procession du Lendit, qui se faisait tous les ans à Saint-Riquier, le lundi de la Pentecôte, où l’on portait par la ville les corps de s^ Riquier et de s* Vigor, et comment certains laïcs firent deux châsses de bois semblables à celles de l’abbaye, et surtout un bras de s' Vigor où ils mirent un os de cheval, supposèrent un miracle et firent faire un oratoire

et une chapelle où ils déposèrent les reliques prétendues à l’aide et par le conseil des maire et échevins , contre quoi le pape s’éleva et excommunia les auteurs et leurs fauteurs , s’ils ne venaient à résipiscence dans l’espace d’un mois.» (Cartul. de Saint-Riquier, coté A, fol.

On trouvera plus loin, dans les documents relatifs à Saint-Valéry, le récit de profanations du même genre commises par les habitants de cette ville contre les moines. Cette fois encore le saint-siège intervient; mais il est à remarquer que, dans les communes qui nous occupent, cette intervention n’a lieu que lorsqu’il s’agit de graves attentats contre l’Eglise. La papauté reste neutre dans toutes les questions qui se rattachent à des intérêts purement temporels.

COMMUNES DE LA BASSE PICARDIE

ARRÊT RENDU AUX ASSISES D’AMIENS DANS UN PROCÈS ENTRE LE VICOMTE D’ABBEVILLE ET LA COMMUNE DE SAINT-RIQUIER.

En vertu de l’article 4 de la charte communale d’Abbeville, les procès relatifs aux effets mobiliers devaient être portés, on l’a vu précédemment b devant le vicomte de cette ville, c’est-à-dire devant l’officier chargé de rendre la justice au nom du comte de Ponthieu, et, quand une condamnation avait été prononcée, l’exécution de la sentence appartenait au maire et aux échevins. En 1276, cette clause donna lieu à de vifs débats entre les magistrats municipaux de Saint- Riquier d’une part, et le vicomte d’Abbeville de l’autre. Ces magistrats refusaient de reconnaître la juridiction du vicomte. Le maire et les échevins d’Abbeville, de leur côté, demandaient /e record de leur cour, c’est-à-dire sans doute le droit de faire exécuter, conformément à l’article 4 de leur charte, la sentence rendue par le vicomte. Le bailli d’Amiens évoqua l’affaire, et les magistrats municipaux d’Abbeville furent maintenus, comme on le voit par l’arrêt suivant, dans la juridiction qui leur était attribuée par leur charte. Cet arrêt, rendu le premier mercredi d’août de l’année 1276, par les assises du bailliage d’Amiens, est surtout curieux en ce qu’il fait connaître la manière dont étaient composées ces assises. On y voit figurer des abbés et des moines de diverses abbayes de la Picardie, des chevaliers, des officiers royaux, des maires et des échevins. Les trois ordres

y étaient représentés comme plus tard aux Etats généraux.

Le texte original de 1 276 ne nous est point connu^, et nous avons

* Voir plus haut, p. lo, n*" 4 et 5.

^ Parmi les documents qui se rattachent à la même période , nous indiquerons les deux actes suivants : Décision de deux commissaires royaux qui investit l’abbc de Saint-Riquier du droit exclusif de donner aux habitants l'autorisation de bâtir ou de réparer les maisons ayant pignon sur

rue. — Bibl. imp. S. Germain, 532. Dom Cotron , Chronici centulensis contimatio, an. 1292. — Analyse d’une ordonnance de Philippe le Bel qui fixe à quatre sols parisis les droits de reliefs, cTissue et d’entrée, pour chaque arpent de terre tenu de l’abbaye par les bourgeois de Saint-Riquier. Id. ibid. an. i3o6.

dû reproduire une copie de dom Grenier dont nous ne pouvons garantir l’exactitude.

En l’an de grâce 1276, le premier merkedi d’avrilg, fu déterminé en plaine 127

assise à Amiens ung débas qui estoit meus du majeur, des eskevins et du com- Avri

mun de le vile de Saint Rikier, d’une part, et des viscontes d’Ab'evile d’autre, d’endroit che ke li maires, li eskevins, et la communité disoient que il n’estoient mie tenu ne ne dévoient respondre de catel pardevant le visconte d’Abevile : le quel débas li baillieu d’Amiens presit en se main, et fit ajourner les parties pardevant lui en l’assise d’Amiens, à lequele assise li maires et li eskevins de Abeville vinrent et en demandèrent le record de leur court ; carkié fu seur les hommes le roi, à le parfin, par le jugement Jehan d’Atie, baillieu d’Amiens, par monseigneur Drieu d’Amiens, par monseigneur Drieu de Milli, par monseigneur Willaume Tirel, seigneur de Pois, par monseigneur Mahieu de Roye. Là furent Simon Vatier, prevost de Biaukaisne; Jehan Pigret, prevost d’Amiens; Jehan le Moussu, prevost de Saint Rikier; Jehan Gousselin, prevost deVimeu; et Jakemon de Ponchel, prevost de Riauvesis. Fu sentence definitive rendue en plaines assises à Amiens, pardevant grant planté d’abés et de chevaliers, et mult d’autres gens, en tel manière que li devant dit liailli d’Amiens, li houme le roi jugèrent et dirent que li maires et eskevins ni la communité de le vile de Saint Rikier n’avoient dit parole ni raison souffisans par coi li maires et li eskevins d’Abevile n’en reussent leur record, et par le jugement des devant dis fuie record rendu au maieur et à eskevins d’Abevile. Là furent présens les abbés de Saint Lucien de Riauvais et li moigne, li abbé de Saint Jehan d’Amiens et li moigne, li abbé de Selincourt et li moigne, et plusieurs aultres religieux. Si i fu mesire Pierres d’Amiens, mesire Jehan de Pois, messire Engerrant d’Araines, mesire Renaut d’Amiens, mesire Rauduins de Gynes, mesire Jehan de Maiencort, messire Engerrant de Riencort, plusieurs autres chevaliers, et présent Jehan . maires,

et Jehan Vaubers, eskevins de Corbie, et eskevin de Mostreul, et eskevin de Waben, et eskevin de Rue; si i fu Hue de Rrunviller, baillix d’Abevile, Gerars de Balli, bailleu de Rue, maitre Nicolas de Fricans, maitre Hue de Causehait, et sires Gerars ses frères. Hue de Fammechon, Hues du Pont, Reniers Rousses, maitre Jehan d’Araines.

Bibl. imp. — Dom Grenier, vol. LIV (viii'paq. n° 5). '

Tiers état. — iv.

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