SENTENCE DE BANNISSEMENT PRONONCÉE CONTRE UN BOURGEOIS
D’ERGNIES.
La pièce que nous publions ici est curieuse en ce qu’elle montre que, dans les plus petites communes elles-mêmes, l’honneur des magistrats municipaux était sévèrement sauvegardé. Un individu d’Ergnies ayant adressé des injures graves au maire et aux échevins de ce village, on en référa à l’échevinage d’ Abbeville, qui décida que la maison du coupable serait abattue, que lui-même serait banni, et qu’il ne pourrait rentrer à Ergnies que du consentement des magistrats municipaux, après avoir fait amende honorable à ceux qu’il avait insultés, en présence des personnes qui avaient été témoins de l’outrage.
Avilit que uns homs dist à un eskevin de Ergnies : « Vous avez mauvaise geule et envenimée, et fortraiés et chelés les droitures vos seigneur, et vous tous; » et che dist il au maieur et à eskevins en le présence d’aux et de plusieurs jurés.
Acordé fu de l’eskevinage d’Abbeville que on abateroit le maison et seroit banis de le vile, el rappel de maieur et des eskevins; et ne porroit chil rapiaus
iSog.
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estre fais comment que li eskevin le vausissent, devant che que il aroit dit en présence d’autant de gent comme il dit le premier mesdit : << Je dis ces paroles comme faus et musars; et de ches paroles que je adoncques dis, je menti parmi mes dens; » et s’il eskaoit que il fut rapelez en le vile, il ne seroit jamais appelez au conseil de le vile. Che fu conseillié en le mairie Hue Brokete, en l’an m. cgg et nuef.
Dom Grenier, vol. 91 (xiv' paq. n° 3), p. 345. — Archives municipales d’Abbeville, Livre rouge j fol. io3 r", S 4.
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NOTICE PRÉLIMINAIRE
Henri et Adrien de Valois ont cru reconnaître dans la ville de Rue le Daroicoregum de la Table théodosienne. D’autres érudits ont voulu voir dans cette ville l’ancienne capitale des Britanni, peuple du Belgium, que l’on s’accorde à placer entre la Canche et la Somme. Suivant la Vie de saint Wulphy, Rue aurait existé comme ville au VI® siècle^; mais cette Vie n’a aucun caractère d’authenticité, et elle n’a point été admise dans les recueils hagiographiques. D’après une autre tradition, Rue, au commencement du xi® siècle, avait déjà une certaine importance, et elle aurait pris un grand développement à dater de l’année looi, époque à laquelle de nombreux pèlerins seraient venus la visiter pour rendre hommage à un crucilix trouvé à Jérusalem sous les ruines de la porte de Golgotlia, et qu’une nacelle sans matelots, sans voiles et sans gouvernail y avait apporté le premier dimanche d’aout de cette même année. Enfin on a dit que Rue avait été bâtie par un comte de Ponthieu en l’honneur du Saint-F]s-
‘ Chef-lieu Je canton de l’arrondissement d’ Abbeville , sur la petite rivière de Maie ; 2,338 habitants. Dans une charte de l’abbave de Saint-Sauve de Montreuil, rédigée en 10/12 , Rue est appelée Hua : Gallia christ. t.X, col. 286. Inst. — Portas Alteiæ , le port de i’Authie, au ix° siècle, dans les Actes de saint Vulgan. Acta SS. ordinis s. Benedicti, t. IV, p. 5)4, n° 10. — Ru(jua, castellam in Pontivo , dans le Livre des
miracles de saint Anyilbert, écrit en 1110. liliue, dans les plus anciens documents français, et Piue-Saint^Esprit.
'' Malbrancq, De Morinis, t. II, p. 3i-37. — Vie de saint Wulphy, par le père Simon Martin ; Paris, i636, in-12. — Le père Ignace, Histoire ecclésiastujue d’Abbeville , in-4°, p. 423, 499. — E. Pi’arond , Histoire de cintj villes, t. II,
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prit, et que c’est de là qu’elle aurait tiré son nom, rua, en hébreu, signifiant esprit.
Mais ce ne sont là que des conjectures ou des traditions légendaires, et les documents authentiques ne donnent aucune indication précise avant le treizième siècle.
Rue était encore baignée par la mer en 1210; mais, à partir de cette époque, les atterrissements de fembouchure de l’Authie rétrécirent de plus en plus le chenal de cette rivière, qui se porta vers le nord. Les passes à travers lesquelles les marées arrivaient jusqu’à Rue se comblèrent peu à peu par l’effet de l’exhaussement des sables, et de vastes marais se formèrent dans les terrains abandonnés par les eaux b Le commerce maritime se perdit, et la plus importante ressource de la ville fut dans le concours des fidèles qui venaient visiter le crucifix miraculeux.
Par suite du mariage d’Eléonore avec Edouard Pb roi d’Angleterre, Rue, ainsi que les autres villes du comté de Ponthieu, fut placée sous la suzeraineté des rois d’Angleterre, qui habitèrent quelquefois le château du Gard-les-Rue^; mais le Ponthieu ayant été confisqué par Philippe de Valois, cette ville fut replacée dans fapanage des rois de France. Cédée à l’Angleterre par le traité de Brétigny, elle rentra, en 1869, sous la domination de Charles V et fut définitivement réunie à la France.
Placée dans le voisinage de la frontière, elle eut à soutenir de nombreux sièges : en i34b, contre les Anglais; en i435, contre les Ecorcheurs; en 1624 et i556, contre les Impériaux. Pendant la Ligue, elle fut saccagée tour à tour par tous les partis. Enfin, en i635, elle fut attaquée par les Impériaux, et ce fut là la dernière des nombreuses attaques qu’elle avait eu à soutenir depuis plusieurs
^ Butteux , Esquisse géologique du département de la Somme; Abbeville, i864, in-8°, p. i lo et
’ El lion le château de la Garde, comme il a clé dit ci-devant par suite d’une mauvaise lecture, p. 46. — Edouard III, dans sa jeunesse,
fit plusieurs séjours dans le château du Gard. 11 chassait dans la forêt de Crécy, et cette circonstance ne fut peut-être pas sans influence sur le résultat de la campagne de i346 , car il connaissait le pays et la belle position militaire où il s’arrêta pour livrer la bataille du 26 août.
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siècles. Les fortifications de Rue, qui étaient fort importantes, furent rasées en vertu d’un article spécial du traité d’Alx-la-Chapelle ^ Aujourd’hui il ne reste aucun vestige ni de l’enceinte fortifiée ni de la citadelle, et la ville n’a gardé parmi les monuments du passé que son beffroi et une magnifique chapelle, dernier débris d’une église dédiée à saint Wulphy et élevée à l’époque de la Renaissance.
La banlieue de Rue, qui s’étendait fort loin, comprenait plusieurs annexes, entre autres Saint-Jean-des-Marais, Hère, Launoy, Becquerel. La ville portait pour armoiries : D'azur à trois lettres d’or, RUE, posé 2 et i, et au chef semé de France.
On conserve aux musées d’Abbeville et d’Amiens des empreintes du sceau de la commune de Rue; la légende est : Sigillum : maioris : de : Rua. Le champ est occupé par un personnage revêtu d’une cotte de mailles, la tête couverte d’un casque, une épée dans la main droite, et au bras gauche un bouclier contre lequel s’élance un lion