‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 179 sur 223 · CAPITALE · texte numérisé non relu

CAPITALE

Quoique la charte communale de Rue ne contienne aucune stipulation relative à la justice, ainsi que nous l’avons fait remarquer, les officiers municipaux, en vertu d’actes qui ne nous sont point parvenus, n’en exercèrent pas moins les mêmes attributions que ceux des autres grandes communes du Ponthieu. On voit, en effet, par plusieurs extraits de dom Grenier, qu’ils jugeaient au civil et au criminel et qu’ils prononcèrent plusieurs condamnations capitales. En i3i8 l’échevinage de Rue condamna un individu de cette ville à être brûlé vif comme hérétique, et l’exécution eut lieu à Abbeville. C’est la seule exécution de cette espèce que nous ayons rencontrée dans le Ponthieu. En i3gy, il condamna trois femmes au bannissement pour cause de sorcellerie; les voleurs étaient ordinairement frappés de la même peine, et quelquefois on les pendait. Nous publions ici un jugement du xiv*^ siècle qui condamne à la pendaison un individu coupable de viol. On voit par cet acte que les écbevins de Rue se conseillaient à Abbeville.

Il avint que uns homs d’Ary que on appeloit Gehan Lagache, et uns autres homs de Pon toiles, alèrent en le maison de une meskine à un vespre, et entrèrent en le maison et li firent dons et promesses si vausist faire pour aus, et li ne vaut riens faire. Sur che à forche et maugré li il l’amenèrent ad cans, et disoit ; « Biaux sireDiex, où iray-je? Que fera on de mi? Douche mère Dieu ayde! » Et amenèrent ad cans et là li firent forche, en batant et en froissant le meskine. Aprez che fait, ele s’en revint et s’en plaint lendemain à le justiche de forche. On entend! et fu bien prouvez li fais dessus dit, et fu dit par Abevile que che estoit droit cas, si que chil Jehan Lagache en fu pendus.

Ribt. imp. Dom Grenier, vol. 97 (xiv'paq. n° 9).

XI v' siècle.

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