ACTE RELATIF À L’ACHAT DU DROIT DE BOURGEOISIE A ABBEVILLE
La pièce que nous publions ici atteste qu’au xiv® siècle le droit de bourgeoisie, autrement dit la jurée, pouvait être obtenu à Abbeville, moyennant argent, par des personnes étrangères à la ville ou qui n’étaient point nées de parents bourgeois, et que les femmes avaient la liberté de l’acbeter aussi bien que les hommes. Le recueil manuscrit d’actes municipaux connu sous le nom de Livre rouge contient un assez grand nombre de documents du même genre; il est à regretter que les prix d’achat ne s’y trouvent point mentionnés à l’époque dont nous nous occupons L
On voit par le dernier paragraphe que, lorsqu’on contestait à un habitant sa qualité de bourgeois, celui-ci était admis à prouver par témoins qu’il la possédait légitimement.
NOUVIAUS JURÉS.
i3io-i3i2. Fremin Perches acata le jurée d’Abbeville en le mairie Jean l’Orfevre^.
Colins li Pi’ovés acata le jurée d’Abbeville pour lui, pour Julienne, se mère, et pour Jehanet, sen frère, en le mairie Jehan le Vicaire, le première semaine de se mairie.
Robers de le Porte acata le jurée . \
Maistres Liciers li Mâchons acata le jurée . \ , . . , ,
° , [ en le mairie Jehan
Jehans li Carbonniers li Normans acata le luree . } , .
T/ M. 1 • / ( Vicaire.
Raous Kailleus acata le juree . 1
Willaumes Letrée de Mons acata le jurée . j
Pierres f’averel acata le jurée le mardi apres le Saint -Remi, l’an de grâce
' A une date pins avancée du xiv' siècle ce droit varia entre 1 2 et 3o d.
^ Pierre l’Orfevre était maire en 1 3 1 o ; Jean le Vicaire en 1 3 1 1 .
lOI
M. CGC et douze, Hue Brokete adonqs maieurs, bien soufBsamment et par grant plenté de boines gens digne de foy, que il estoit jurés, et fu pour un wage que li viscuens de Saint Pierre avoit prins à se maison. . .
Archives d’Abbeville, Livre rouge, fol. 54 v“, § 2.
ACTE CONCERNANT LA SUSPENSION DES MAGISTRATS MUNICIPAUX D’ABBEVILLE PAR LES OFFICIERS DU ROI D’ANGLETERRE.
Nous plaçons ici un document qui mérite d’une manière toute spéciale de fixer l’attention, mais dont aucun indice positif ne permet d’établir la date avec précision. Les maire et échevins d’Abbeville, en lutte avec les autorités anglaises, avaient été suspendus par le sénéchal du roi d’Angleterre, comte de Ponthieu; néanmoins ils avaient continué d’administrer la commune et d’exercer leur ancienne juri-
diction. Alors le bailli et le gouverneur convoquèrent au Petit Echevinage les magistrats municipaux, et le bailli, après leur avoir reproché leur désobéissance, leur enjoignit de s’abstenir à l’avenir de tout acte de juridiction et d’administration, d’exécuter en toutes choses les ordres de Henri de Brlmiler, établi gouverneur de la ville par le sénéchal de Ponthieu, et de déposer entre les mains de ce fonctionnaire les clefs des deux échevinages et les chartes et privilèges de la commune. Puis le gouverneur, après la lecture de la commission qui l’instituait, rappela aux chefs de la commune les demandes qui venaient de leur être adressées, et leur ordonna de se rendre en prison, où ils devraient rester jusqu’à ce qu’ils eussent donné satisfaction. Les membres de l’échevinage répondirent d’une manière ironique aux injonctions dont ils étaient l’objet, et les officiers du roi d’Angleterre les ajournèrent à quinzaine.
L’acte auquel nous avons emprunté le récit précédent, et qui en contient les détails sous forme de dialogue et en quelque sorte dramatisés, ne porte point de date, ainsi que nous l’avons annoncé en commençant. Les maire et échevins n’y étant pas désignés par leurs
noms propres, il est difficile de rapprocher avec certitude le débat dont nous nous occupons de l’un de ceux qui éclatèrent dans la première moitié du xiv® siècle entre les officiers du roi d’Angleterre et la commune d’Abbeville. Mais, comme il y est parlé d’une suspension du maire et des échevins et d’un ordre de se rendre en prison donné par le sénéchal à ces magistrats, on pourrait penser qu’il a trait à l’affaire de Hue Broquete. Ce qui donne quelque probabilité à cette opinion, c’est qu’on voit figurer dans la pièce Jean Pesel et Jean de Drucat, déjà mentionnés plus haut, en 1809, sous le titre d’hommes liges du roi d’Angleterre.
Premü ie iDoitié Le semecli prochain après le Saint Honnoré en may, furent li ballius et ii gou-
(lii \i\® siècle, verneri'es ou Petit Eskevinage, la ù chil qui se dit estre maieurs et esquevins estoient, et leur dist li ballius : — Seigneurs, vous qui vous dites estre maieurs et esquevins d’Abbeville , vous vous obliez et me sanie que vous n’avez mie bien retenu chèque fait avez en poursuivant che que avoitesté fait de grant tans a, et en renouvelant du commandement, mon seigneur le séneschal vous avoit osté l’aministration et le juridition de la ville delîendue et souspendue; et en alant contre le suspens et en désobéissant, aves usé et usés de le juridiction, de quoi vous vous meiï'aites encore à le veue de chiaus qui chi sunt, en poursuivant les delfenses et le suspens qui autrefois vous a esté fait. Vous commant et deffent que vous de l’aministration ne de le juridiction de la vile ne vous mellés plus, et que ey chessés du tout dusques à tant que le chose ora prins tel fin que ele devra, et que vous obéissiés du tout à Benri de Brimiler, qui est estaulit gouvernerres soulTisamment de part mon seigneur le séneschal, et que vous li bailliés les clés du Grand Esquevinage et du Petit et les chartes et les privilèges et toutes autres choses que vous avez de le dite vile. — Dont fist li dit gouvernerres lire le commission pour lequel il estoit estaulis souffisamment, et le commission lute, li gouvernerres leur dist : — Seigneurs, vous savés que l’aministration et le juridiction lie la vile vous a esté deffendue et souspendue du tout et gouvernerres estaulis souffisamment, et vous a esté commandé et est encore que vous obéissiés à mi (lu tout, et non contrestant deffense ne souspens que vous ait été fais, vous avés aministré et usés encore de le juridiction delà vile; pour quoi je vous commant, seur que que vous peés meffaire envers no seigneurs le roi d’Engletei're, à tous ensanle et à cascun à par li, que vous rendés vos corps prisonniers ou Befroy, tant que vous aiés amendé che que vous avés meffait. — Et il demandèrent : Quant? sera che devant souper ou après? — Et li gouvernerres respondi : Ch’est
maintenant sans delay que je le vous comment. — Dont responclirent-il : Nous savons bien chou que nous devons. — Et li gouvernerres dist : Se vous faites chou que vous devez, vous obéirés à mes commandemens. — Et il dirent toudis : Nous ferons bien chou que nous devrons. — Ne autre chose ne vaurent faire ne respondre. Et ajournèrent li dis baillius et gouvernerres à la quinzaine du devant dit samedi chiaus qui se client estre maieur et esquevins vies et nouviaus, conüe les ensegneeurs et les procureurs du quemun d’Abbevile. A che faire fuient présent Jehans Pesel, Jehans de Drucat, Hue Clabaut; et ont pendu leur seaus en nom de tesmoignage.
Archives d’Abbeville, portefeuille A.