‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 205 sur 223 · RÉDIGÉ EN U · texte numérisé non relu

RÉDIGÉ EN U

Le document qu’on va lire est une sorte de code municipal qui règle avec un grand détail les formalités suivies à Montreuil lors du renouvellement de l’échevmage. Ce renouvellement avait lieu à la Saint-Simon et Saint-Jude. Les officiers municipaux sortant de charge nommaient d’abord les échevins. Cette nomination faite, le maïeur on donnait avis aux nouveaux élus, et ceux-ci, réunis à leurs prédécesseurs, désignaient trois personnes parmi lesquelles on devait choisir un maïeur principal et deux aides « au-dessoulx, » pour le remplacer en cas d’absence ou d’empêcbement. Les échevins vieux et nouveaux choisissaient le maïeur sur cette liste, et, quand les religieux do Saint-Saulve avaient été informés du choix, on sonnait la cloche, cl le nom des nouveaux magistrats était proclamé devant le

MONTREUIL-SCR-MER

peuple assemblé. Ces diverses opérations s’accomplissaient, comme on le verra par la pièce elle-même, avec beaucoup de solennité.

Le lendemain avait lieu l’élection des argentiers, des maîtres des ouvrages, des gardes des clefs des portes, des prévôts des gbildes et autres officiers subalternes, ainsi que celle des mères aleresses, c’està-dire des femmes chargées de nourrir et de soigner les orphelins, don( la tutelle à Montreuil, comme dans la plupart des villes du Nord, appartenait à l’échevinage. Ces élections terminées, on faisait comparaître les couvreurs en tuiles, et ceux-ci prêtaient serment de ne mettre en œuvre que des tulles de bonne qualité.

A la suite de la partie qui se rapporte au renouvellement de l’échevinage, on trouve de nombreux articles relatifs aux distributions de vin et aux fournitures de torches, de chandelles et d’huile, qui étaient faites, avec une véritable prodigalité, aux officiers de la commune, depuis le maïeur jusqu’aux plus humbles agents.

Les plaids de l’échevinage, les fermes de la ville, les prédications du carême, le jeu de la cholle, les aumônes, le droit de pêche du maïeur et des échevins sont également l’objet de nombreuses dispositions. Il est peu de documents qui donnent autant de détails sur les usages municipaux; mais, par malheur, ce document est incomplet, et nous n’avons pu suppléer à ce qui mancpie au texte que nous publions ici.

(7est le livre de la fourme ordinaire que ont à faire tenir et maintenir ïness(‘igneurs les maires et eschevins de la ville de Monstrœul, du long de l’an, mis ('n fourme pour le temps advenir en la seconde mairie Sire Thomas Eointerel, en la quelle il entra le jour Saint-Simon et Saint Jude, en l’an mil quatre cens trente chincq.

Et prime commenche ledit ordonnance et conduite à le nuit Saint-Simon et Saint-Jude.

Item, le maieur qui a exercé la mairie pour l’année fmant audit jour Saint-Simon et Saint-Jude doit assembler, le nuit de ledict Saint-Simon, tous ses compaignons, eschevins de son tour, en l’eschevinage devant disner; et après iceulx assemblez, dire à iceulx comment il ont ce dict jour le dict ioy à renouveler, tant

sur les eschevins de l’année passée comme de y pourvoir d’aucuns nouveaulx s’il y lailloient, et non partir jusque ad ce que tout sera fait et acomply. Et au partir dudit eschevinage vont disner ensemble en le maison dudit maieur, aux despens de la ville.

Item, le lendemain, jour de Saint-Simon et Saint-Jude, le maieur doit appeler tous ses compaignons de son temps, et iceulx assemblez doit reprendre en parole ce qui a esté fait la journée précédempte. Et après ce doit mander ceulx du tour advenir, et eulx assemblez leur doit dire qu’ilz les ont esleus estre eschevins, comme autreffois ont esté, et eulx faire faire le serment tel qu’il est acoustumé. Et se ilz demandent s’il y en a aucuns nouveaulx, ledit maire est tenus de déclairier les noms d’iceulx, avant qu’ilz faicent le serment, se ilz le requièrent.

Item, se après ladicte déclaration n’a aucun contredit, mais sont tous concordans et qu’ilz sont tous assemblez, viès et nouveaulx, le dit maieur doit appeler tous les compaignons de son tour, et ensemble aler en le salle devant pour, en l’autre tour, prendre et eslire trois personnes, ès quelles sera prins un maieur principal et deux aides au dessoulx, pour exercer icelle mairie en l’absence du maieur principal.

Item, quand ainsi est fait, le dict viès maieur et ses compaignons doivent yssir (le le dite salle et eulx râler au plaidoir ensemble.

Item, ceulx là venus, le clerc de la ville doit avoir une blancque vergue longue ({u’il doit baillier audit viez maieur.

Item, après ladicte vergue ainsy baillié, icellui maieur doit par singne de le v'ergue, icelle tenant en sa main, dire [sic] au nouvel maieur et aux deux autres eslus enssiévant leurs singnes, et les doit mener en la sallette de l’entrée de l’eschevinage.

Item, et ce fait, les assied sur le bancq pour ce ordonné chacun en son degré; et aprez ce ledit maieur, tenant sa vergue, s’en revient au dit eschevinage avœucq ses dits compaignons.

Item, !uy là venu, dist à ses compaignons : « Beauseigneurs, nous avons à adviser de ces trois esleus duquel nous ferons maieur. Je vous en demande comment vous y procéderés. » Ils sont tous assis et sont tenus de dire chascun son oppinion , et en tel estât vont lesdits hors , en laissant leur escripture et une penne sur le Indfet; et s’il y a aucun eschevin malade, soit viès ou nouAol, le maieur doit envoyer deux de ses compaignons pour savoir leur oppinion.

Item, quand le dit maieur est ainsi esleu et qu’ilz sont d’acort ensemble, ils envoient à Saint-Sauve deux eschevins en la manière acoustumée.

Item, quand les religieux sont prests, ledit maieur fait sonner le bancq cloque ung pau par avant; etyssent dudit eschevinage, et dist leviez maieur en présence

MONTREÜIL-SUR-MER.

du commun : « Bonnes gens, nous avons esleu tel maieur pour ceste présente année gouverner ceste ville , et tel en son absence et tel en l’absence de l’autre , et chascun en son degré selon l’usage de la ville. » Et puis s’en vont ensemble taire au dict maieur le serment acoustumé sur le Livre, en le place que l’on dit au Carbon; jusques auquel lieu les dits religieux viennent et doivent venir; et iliec(j, fait le dict viez maieur mettre au nouvel maieur sa main sur le Livre, en disant par le dit viez maieur : « Ce oe Diex! « et le dit nouvel maieur le dist aprez. Et ce fait , ledit viez maieur ou le clercq de le ville dist les mos qui s’ensièvent : « Des drois de le commune que vous n’en mentirez ne pour peur, ne pour crémeur, ne pour amy, ne pour enemy, ne pour loier, ne pour promesse, que vous n’en faichiés droit à vo essient, au poure comme au riche, tout partout la ù vous sarés, et que vos compaignons vous enseigneront.» Et ce fait, entrent en l’esglise tous ensemble, et vont offrir au grant hostel Nostre-Dame chacun en son degré.

Item, après ce partent et convoient le dit nouvel maieur en sa maison, et d’illecq s’en va ledit viez maieur et les escbevins de son tour en sa maison. Et puis se rassemblent tous au disner en la maison dudit viez maieur.

Item, après toutes ces solempnités ainsi faites et qu’ils ont disné, vont jouer et esbattre au pré Bensson , et puis reviennent ensemble à la Muette; et eux là venus, ledit viez maieur baille les sceaux au dit nouvel maieur, et tantost après, s’en vont as vespres à Saint-Sauve, et après les vespres dites, les dits maieurs et eschevins, et les religieux de la dite esglise Saint-Sauve s’approchent l’un de l’autre, et là recommandent aux dis jnaieurs et eschevins l’estât de leur esglise et (|u’iis la aient pour recommandé. Et lors leur répond le nouvel maieur que l’estât de l’esglise et d’eulx ils aideront et conforteront de leur pooir, con)me ils ont toujours lait.

Item, ce fait, se partent les dits maieurs et eschevins de le dite esglise et s’en vont tous ensemble convoier le dit nouvel maieur en sa maison, où sont apporte/ parles sergens de la ville deux quennes de vin, et boivent tous ensemble illecq.

Item, ce fait, le dit viez maieur se part, et tous ses compaignons eschevins de son tour, et le convoient à son hostel, où sont encoi’e apportés par le ville deux quennes de vin pour boire, comme en le maison de l’autre maieur.

Item, le dit jour, après les choses dites, auparavant le souper, sont portés quatre torses par les wettes de la ville, c’est assavoir deux au nouvel maieur et deux au viez maieur, chascune pesant huit livres, et n’en a plus le dit vieulx maieur tout l’an enssiévant, mais le nouvel maieur en a touttesfois que mestier est.

Item, le dit jour Saint-Simon souppe le nouvel maieur et ses compaignons de

COMMUNES DE LA BASSE PICARDIE

son tour en son hostel , et ledit vieulx maieur et les siens en son hostel aux despens de le ville.

Item, le dit jour Saint-Simon, au vespre, le dit nouvel maieur querque un sergent à vergue de adjourner tous les esclievins, tant de l’un tour comme de l’autre, à lendemain; auquel jour de lendemain sont faits nouveaulx olïiciers, si comme argentiers, maistres des ouvrages, rapjjors de vin, au bougon, aux enffans, au val, et autres nécessaires pour gouverner l’année, et là font les sermens de bien gouverner.

Item, aussi le dit jour toutes gardes des clefs des portes, de merques d’argent, d’estain, de sien, de cuirs, de le drapperie et autres semblables choses, apportent les dites clefs et merques en l’esquevinage de le dite ville en la main d’icelle. Et après ce est tenu conseil par lesdis maieurs et esche vins, à savoir si toutes les dites gardes sont personnes ydoines et soufïisans chascun en son estât. Se ils sont tous soufbsans, ils demeurent, et si non, il y est pourveu d’autres personnes, comme il appartient; et instamment reviennent tous les dessus nommez, auxquels il est fait faire par ledit maieur serment de chascun soy bien acquitter au proufht et honneur de la ville.

Item, et encores ledit jour sont mandez tous les prévosts des gueudes qui doivent gouverner l’année, et leur fait on faire nouvel serment. Et s’il y en fault aucuns nouveaulx, ils y sont fais ledit jour, et font le serment comme les autres.

Item, et aussi sont mandées les mères aleresses auxquelles est fait faire serment de faire ledit office justemen! et bien loyalement, ainsi c|u’il appartient.

Item, sont aussi mandés les tieulliers et couvreurs de tieulle de la dite ville, lesquels font serment devant mesdiz seigneurs de faire bonne tieulle et de couvrir de bonne tieulle, sans pouvoir en mettre de malvaise en œuvre.

Item, il est acoustumé que monseigneur de ledite ville et aucuns de ses compaignons vont une fois ou deux l’an visiter les beguingnes, si elles ont rien à faire de quoi la ville les puist aidier et conforter.

Page 1