‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 32 sur 223 · SUR LES BOISSONS · texte numérisé non relu

SUR LES BOISSONS

Le 12 novembre 1 36 1 , Édouard III, roi d’Angleterre, avait ac-

Tiers état. — iv. . 21

ABBEVILLE

Avril.

cordé aux habitants d’Abbeville l’autorisation de lever pendant deux ans, sur les boissons, un impôt dont le produit devrait être appliqué aux dépenses de la fortification de la ville et aux autres dépenses d’utilité publique. Il avait ordonné de plus que cet impôt serait perçu par des délégués à la nomination de la commune, et que les comptes auxquels il donnait lieu seraient deux fois l’an vérifiés par le sénéchal h Nous possédons des actes de prorogation de l’impôt octroyé en I 36 1 , qui furent donnés en 1 363 ^ et en 1 364 Cependant, en 1 365, Edouard III, sous prétexte que cet impôt n’avait point reçu une destination convenable, donne ordre au sénéchal de Ponthieii d’en faire opérer la saisie par deux prud’hommes délégués à cet effet et autorisés à le réduire, s’il leur paraît trop onéreux et de nature à grever les bourgeois. Nous aurons occasion de mentionner de nouveau cette pièce, sous la date du 24 mai i365, à propos des mesures administratives prises par le roi à l’égard des habitants d’Abbeville Enfin, en 1669, au moment où le Ponthieu allait échapper pour

toujours à la domination anglaise, Edouard III, par lettres du 20 avril, dont nous donnons ici le texte, à raison de la concession primitive de i36i, prolongea de nouveau pour quatre ans fimpôt sur les boissons, et décida que les deniers qui en proviendraient seraient surtout employés à la construction d’une bastide à la porte de Rouvroy.

Edvvardus, etc. senescallo et thesaurario ac universis et singulis ofïiciariis, hallivis, ministris ac quibuscumque aliis subclitis dominii nostri de Pontivo, etc. salutem. Sciatis quod, cum sexto decimo die octobris, anno regni nostri tricesimo oclavo, attendenles onera gravia et expensas que dilecti et fideles nostri major, scabini et coinmunitas ville nostre de Abbeville, in dicto dominio nostro Pontivii, circa clausuram, fortificationem et reparationeni ejusdem ville fecerant et eos ex

' 't l’ro communitate Abbalisvitlæ. » ( Rymer, Pro majore, scabinis ac commun, de Ab-

Fœdcra, conveniiones , etc. Londres, i 83o, t. III, balisvilla. » [Ihid. p. 780. )

pail. Il, p. G 2 9.) ‘‘ «Pro majore, scabinis ac commun, de Ab-

- «Pro majore, scabinis el communitate de batisvilla. » {]bid. p. 767.)

\bbati.svilla. » [Ihid. p. 712,

tune necessarie facere oportebat, de gratia nostra speciali concesserinms eisdem quod ipsi, a festo natalis Domini tuneproxime fiituro usque idem festum nataiis Domini ex tune proxime sequenlem, de quolibel loto vini ad broeam vendit! in eadem villa etbanleuea ejusdem expenditi, duos denarios paris., de quolibet loto eervisie de Grainville, unuin denarium paris., de quolibet loto de godale, unum obolum paris. , de quolibet loto eervisie, unum peytivinum, per se vel députa tos suospossent reeipere et habere, cirea elausuram et foiiifieationem ae reparationem hujusmodi, sieut expediens fuerit et non alio modo, super visum senesealli et thesaurarii nostri ibidem apponendum seu eonvertendum, prout in litteris patentibus inde eonfeetis plenius continetur, dietique major, seabini et communitas, pretextu comissionis nostre predicte, pro toto tempore predieto et postmodum, virtute ejusdem eoneessionis eis per litteras dilecti et fidelis nostri Nieholai de Lovayne, senesealli et gubernatoris ejusdem dominii nostri de Pontivo, eisdem majori, scabinis et eommunitati, considerata neeessitate urgent! in premissis nomine nostro de dicto subsidio usque ad festum S*' Bartholomei proxime futurum, pereipiendo faete, idem subsidium de vinis et eervisia hujusmodi eontinue perceperint et habuerint, sieut dicunt, nos ad subsidium expensarum quas dicti major, seabini et eommunitas, cirea fortificationem et elausuram et repa rationem ejusdem ville fecerunt, et adhuc tam ea de causa quam pro factura et constructione unius bastide quam ad portam de Rouvroy ejusdem ville pro salvatione et defensione ville illius facere intendunt, sieut sumus plenius informât!, considerationem habentes ac volontés proinde ut se obsequiis nostris reddant promptiores et in obediencia nostra fideliter persistant, gratiam facere specialem, concessionem per predictum senescallum et gubernatorem nostrum ejiisdern dominii nostri de Pontivo sic factam acceptamus et ratificamus, et ullerius ex habundanti concessimus eisdem majori , scabinis et eommunitati quod ipsi per se vel per deputatos suos dictum subsidium de vinis, eervisia et godale in villa predicta et banleuca ejusdem in forma predicta percipiant et habeant, usque ad dictum festum sancli Bartholomei proxime futurum et ab eodem festo per quatuor annos ex tune proxime sequentes plenarie complotes, cirea elausuram et fortificationem ville predicte et alia necessaria ejusdem ville, nec non facturam et constructionem bastide pre'dicte, sieut predictum est, apponendam, ita quod senescallus et thesaurarius nostri, qui ibidem pro tempore fuerint, supervideant bis per annum receptionem et collectionem denariorum omnium de subsidio hujusmodi provenientiurn , et sic ordinent quod in usus predictos et non alios convertantur, et ideo vobis universis et singulis districte precipiendo mandamus quatinus majorem, scabinos et communitatem predictos, subsidium predictum per .se et deputatos suos colligere, levare etpercipere, secundum vim, formam et

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affectum presentis concessionis nostre , sine difficultate qualibet per tempus predictum durature, permittatis. In cujus, etc.. .Teste rege, apud Westmonasterium, XX. die aprilis.

B. I. Collection Bréquigny, vol, 67, fol. 61.

ACTES RELATIFS A LA RÉUNION DE LA VILLE D’ABBEVILLE ET DU COMTÉ DE PONTHIEU À LA COURONNE DE FRANCE.

Or» a vu plus haut qu’en vertu du traité de Brétigny, Abbeville et le comté de Pontbieu avaient été cédés à l’Angleterre; mais à ce nioment, comme aux époques antérieures d’occupation, la domination des Anglais fut impatiemment supportée par les habitants du pays, et ceux-ci n’abandonnèrent jamais le désir et l’espérance de s’y soustraire. Les dispositions de la population devinrent de plus en plus hostiles, par suite de la privation qui lui fut infligée du droit d’appel au parlement de Paris, et des rigueurs que les officiers anglais exercèrent contre elle. Le roi de France, Charles V, informé de cet état de choses, rassembla et mit sous le commandement du comte de Saint-Pol et de Hugues de Châtillon, grand maître des arbalétriers, des troupes destinées à reprendre en son nom possession du Pontbieu. Par lettres du 2,3 avril 1 869, Châtillon reçut l’ordre de se saisir d’Abbeville et de la province, et de remplacer par des officiers français les officiers du roi d’Angleterre. Par la même ordonnance, Charles V, en enjoignant aux villes et aux châteaux d’ouvrir leurs portes au grand maître des arbalétriers, déclara que les habitants qui refuseraient de se soumettre seraient traités comme coupables de lèse-majesté, que leurs biens seraient confisqués, qu’on brûlerait leurs maisons, et que les effets de leur crime s’étendraient à perpétuité sur leurs descendants.

Les habitants d’Abbeville et leur maire, Firmin de Touvoyon, accueillirent avec joie les injonctions du roi; dans les conférences qu’ils eurent avec Châtillon, on concerta un plan pour chasser la garnison

anglaise. L’avocat Formentin, dans son histoire manuscrite de Ponthieu, rédigée au xviiE siècle, a donné de précieux détails sur l’expulsion des anglais. On y voit c|ue les bourgeois d’Abbeville prirent les armes dans la nuit du 26 au 27 avril, sous la conduite du maire Firmin de Touvoyoïi, et qu’ils s’emparèrent de vive force des principaux postes occupés par les Anglais. Après trois jours de combat, il ne restait plus aux étrangers qu’une faible partie du cbâteau de Ponthieu et les corps de garde des portes Saint-Gilles et Marcadé, lorsque, le dimanche 29, Châtillon, à la tête d’un corps de troupes imposant, se présenta à la porte du Bois, où l’attendaient les officiers municipaux. Le grand maître des arbalétriers donna lecture des ordres dont il était porteur, déclara qu’il saisissait la ville au nom du roi de France et somma les bourgeois de lui donner entrée dans leurs murs. Les représentants de la ville consentirent à le recevoir, en stipulant certaines conditions qui furent consignées dans un acte dont on trouvera le texte à la suite de cette notice. Lorsque cet acte eut été signé, les Français entrèrent dans la place et s’emparèrent des derniers postes anglais qui résistaient encore. A quelques jours de là, Hugues de Châtillon, secondé par les milices municipales d’Abbeville, se rendit maître du Pont-Piemi, de Rue, de Saint-Vaiery, du Crotoy, du cbâteau de Noyelles, et il ne tarda point à soumettre le comté de Ponthieu tout entier.

Charles V, voulant reconnaître f empressement que les Abbevillois avaient mis à rentrer sous sa loi et le courage dont ils avaient fait preuve en combattant contre les Anglais, leur accorda de notables privilèges. Les actes de concession de ces privilèges se trouvant, pour la plupart, imprimés dans le recueil des ordonnances, nous nous bornerons à les analyser ici et à donner le texte de Pacte d’union perpétuelle de la ville d’Ablieville et du comté de Ponthieu à la couronne.

Par lettres données à Paris au mois de mai 1869^ Charles V con-

^ Ordonn. des rois de France, t. V, p. 176 et ville par Charles VI, novembre 1 38o. (Ar- 269. — Confirmation des privilèges d’Abbe- cbives d’Abbeville, recueil A. — Archiv. imp.

ABBEVILLE

firme aux habitants d’Abbeville les privilèges qui leur ont été accordés par les rois ses prédécesseurs.

Par d’autres lettres de mai iSôq, il les autorise à acquérir une terre de la valeur de 6o livres, ou à constituer une rente perpétuelle destinée à doter la chapelle de l’échevinage b

Plusieurs lettres royales, données sous la date du même mois, portent :

1° Que les marchandises et les denrées que les habitants d’Abbeville feront conduire par mer dans leur ville, pour leur usage particulier, seront exemptes de l’impôt qui se paye auCrotoy^ ;

2° Que l’article de la charte de commune en vertu duquel aucune forteresse ne peut être élevée dans l’intérieur de la ville est confirmé , et que les murs d’enceinte d’Abbeville ne pourront être percés de manière à permettre d’entrer ou de sortir par une autre ouverture f[ue par les portes^;

3° Qu’on ne pourra, pour quelf|ue cause que ce soit, imposer dans Abbeville ni dans les autres villes du comté aucune aide ou subside, si ce n’est au profit de ces mêmes villes et à la requête ou du consentement des maires, des échevins et des bourgeois^;

4° Que 1 esbabitants d’Abbeville, en raison de leurs bons services, ne seront jamais séparés du domaine royal et de la couronne de France, et que les habitants du Ponthieu resteront à perpétuité les sujets et justiciables du roi de France

Trésor des chartes, reg. cxviii, pièce 89. —

Ordonn. des rois de France, t. VI, p. 536.) —

Confirmation des privilèges d’Abbeville. Vidimus donné par Hugues Âubriot, garde de la prévôté de Paris, 10 novembre 1 38o. (Archives d’Abbeville. — Le père Ignace de Jésus Maria,

Hist. (jénéalogi(iuc des comtes de Ponlhicu et des mayeurs d'AbbeiUle, Paris, 1657, in-folio, p. 38/|.) — - Confirmation des lettres de sauvegarde royale accordées à la ville d'Abbeville par le roi Charles V, 1392, février. [Ordonn. des rois de Franee, t. VII, p. 553.)

' Le P. Ignace, Histoire, p. 384-

^ Ordon. des rois de France, t. V, p. 176. — Arcb. imp. Trésor des chartes, reg. c, p. 67. — Bibliotb. imp. Dom Grenier, vol. LIX (ix® paquet, art. 5 ).

^ Ordon. des rois de France, t. V, p. 178. — Le P. Ignace, Histoire, p. 383. — Archives de l’hôtel de ville d’Abbeville, recueil A.

^ Ordon. des rois de France, t. V, p. 689. — A. 1. Trésor des chartes, rc". c, pièce 174.

® A. 1. Trésor des chartes, reg. c, p. 53. — • Ordonn, des rois de France, t. V, p. 179.

5° Que, pour le bien et profit du peuple du Ponthieu et de la ville d’Abbeville, les baillis royaux auront la connaissance de toutes les affaires contentieuses et de tous les litiges, mus et à mouvoir, tant en cas privilégiés cju’en tous autres, entre les habitants du comté de Ponthieu L et que les causes seront jugées aux assises d’Abbeville;

6° Que toutes les procédures intentées par le procureur du roi d’Angleterre contre le maire et les écbevms d’Abbeville sont mises à néant ^ ;

7° Que les habitants d’Abbeville sont autorisés à perpétuité à transporter dans toute l’étendue du royaume toute espèce de marchandise, sans avoir à payer des impôts, subsides, gabelles et autres aides établis antérieurement ou qui pourraient être établis à l’avenir

Dans le mois de juin de la même année, Charles V accorda de nouveaux privilèges aux Abbcvillois. Le 19, il maintint les maire et échevins dans le droit d’administrer la Maladrerie du Val-aux-Lépreux, située dans le ressort de leur banlieue, et d’établir dans les terres dépendantes de cette maison un garde ayant mission de saisir les voitures et les bestiaux qui causeraient du dommage aux récoltes et de condamner à l’amende les conducteurs des voitures et les propriétaires des bestiaux^.

Dans une ordonnance du même jour (19 juin 1869), Charles V s’occupa des droits perçus par les officiers des comtes de Ponthieu sur les tanneurs qui faisaient moudre et battre leur tan aux moulins du Valouverech, et sur les cambiers qui faisaient moudre leurs grains dans un moulin du comte de Ponthieu, situé à Abbeville. Les droits originairement établis étaient de 9 sous parisis par chaque muid de tan et d’un denier parisis par chaque setierde grain. Mais, comme on exigeait depuis longtemps une somme plus forte, le roi déclara

* Archives municipales d’ Abbeville, liasse ® Ordon. des rois de Fiance ^ t. \ , p. 177. —

cotée Exemptions et privilèges. Trésor des chartes ,\'eg. c, pièce 167.

* Arch. imp. Trésor des c/iaî’tcj, reg. IV ” XIX, '* Ordon, des rois de E'rance,t. V, p. ï^'^. —

folio 187, pièce iSa. Trésor des chartes, reg. c, pièce 212.

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