‹ Recueil des monuments inédits de l'histoire du tiers état (volume 3)Chapitre 8 sur 223 · D’UN VICOMTE · texte numérisé non relu

D’UN VICOMTE

Jean de Nesle, comte de Ponthieu, avait institué Clément Gœre, bourgeois d’Abbeville, pour remplir dans cette ville les fonctions de vicomte. C’était, ainsi qu’on l’a vu par plusieurs articles de la charte de commune, un haut officier de justice; c’était de plus le représentant du comte de Ponthieu, dans ses rapports avec l’administration municipale. Par l’acte qu’on va lire, Jean de Nesle notifie au maire et aux échevins d’Abbeville la nomination de Clément Gœre; il leur recommande d’aider ce fonctionnaire dans l’exercice de sa charge et de faire à son égard tout ce qu’ils feraient si lui-même était présent.

Nous Jehans de Neele, cuens de Pontieu, de Monstroel et d’Aubeiuarle, et nous Jehane, par le grâce de Dieu roine de Gastele et de Lion, contesse des liens devantdis, se feme, au maieur et as eskevins d’Abevile, salut.

Nous vous mandons ke nous estaulissons pour nous Climent Goere, bourgois d’Abevile, nostre visconte d’Abevile; si vous mandons ke vous li aidiés à wai'der et à soustenir nostre droiture, et tant faites pour li ke se nous estiemes pré.sent. Et sachiés ke nous arons ferme et estaule che qu’il fera en le visconté pour nous , sauve nostre yretaige. Et en tesmoignaige de cheste chose , nous l’en avons donné ches présentes letres scelées de nostres seaus propres, qui furent faites l’an de grâce mil cclxx, le jour de feste Saint-Pierre et Saint-Pol.

Archives d’Abbeville, pièce originale, liasse intitulée Pièces relatives à l’exercice de certaines fonctions publiques en Ponthieu. — Bibl. imp. Collect. Moreau, vol. igS, fol. i8 r°. — Dom Grenier, vol. 89 (xiii° paq. n° 5), 1270.

ACTE DU SERMENT PRÊTÉ PAR LE PROCUREUR D’ÉDOUARD 1", ROI . D’ANGLETERRE, À LA COMMUNE D’ABBEVILLE, ET LETTRES DE NON- PRÉJUDICE ACCORDÉES PAR CE PRINCE.

La reine Jeanne de Castille, comtesse de Ponthieu, étant morte, à Abbeville, le i6 mars 1279, son beaü-fils Édouard P^ roi d’ Angle-

ABBEVILLE

terre, fut investi du comté. A l’occasion de cette investiture, il se rendit à Abbeville, pour recevoir l’hommage des habitants et prêter de son côté le serment de garder intacts les privilèges de la commune. Mais, au lieu de faire, suivant lïisage, ce serment de sa propre bouche, Edouard déclara qu’en raison de son titre de roi il se servirait d’un procureur pour énoncer la formule consacrée, tandis cpie lui-même y adhérerait mentalement. Les magistrats municipaux d’Abbeville protestèrent en vain contre cette prétention. Le roi passa outre, et, le 6 juin 1279, sénéchal, Thomas de Sandwich, prêta, en sa présence et en son nom, le serment dont voici la teneur ;

« Ke nous garderuns les cors et les biens de nos gens de Albeville ciim de noz homes, et leur Chartres et leur privilèges, ke eus unt de nos ancestres, cuntes de Puntif, et leur franchises et leur usages, ke il purront parleur privilèges acquere, solum les usages de France h »

Jean Feue, écuyer, prononça les mêmes paroles au nom de la reine Eléonore. Le maire et les échevins firent le serment d’hommage au roi d’Angleterre^, et, le i 5 du même mois, ce prince leur délivra des lettres de non-préjudice, dans lesquelles, après avoir relaté les faits dont on vient de lire la mention, il déclare qu’en prenant un intermédiaire pour la prestation du serment il n’a entendu porter aucune atteinte aux droits de la commune d’Abbeville, et que les comtes qui lui succéderont seront tenus, à l’exception toutefois des rois d’Angleterre, de se conformer aux anciens usages, c’est-à-dire de jurer en personne et de leur propre bouche le maintien des libertés et usages de la commune d’Abbeville.

Quoique l’acte du 6 juin 1279 ait été déjà publié, nous croyons devoir le réimprimer ici, parce qu’il est comme le point de départ

’ (iFormæ sacrameiiti qnod rex fieri fecit in «animain suam liominibus de Abbcvilia. » (Rymer, Fœdcra , etc. Londres , 1816, vol. I , part. ii,. |). 57/1.)

’ Ce serment, qui se trouve également dans Rymer, est ainsi conçu : «Ke nous bone fei et

«leauté vos porterons et à vos genz , contre totes « gens , ke pureont vivre et morrir, et obeissans «serrum à vos luz-tenaunz. [Id. ibid.) — La question du serment se présente aussi à Amiens, et elle doit figurer dans les origines de la guerre de cent ans.

XI? ET XII? SIÈCLE

d’une querelle qui dura longtemps entre la commune d’Abbeville et les rois d’Angleterre , comtes de Pontbieu,

Edouars, par le grâce de Dieu rois d’Engleterre, sires d’Yrlande, duc d’Aquitaine, cuens de Pontieu et de Monsteruel, et Alyenor, par chele meisme grâce royne, dame et contesse des lieus devantdis, se feme, à tous présens et à venir faisons savoir que, comme par le mort de noble dame Jehane, jadis royne de Castele et de Lyon , contesse de Pontieu , de Monsteroel et d’Aubemale , le terre et le contée de Pontieu nous soit eskeu, et nous soions venu à le vile d’Abbevile pour nos bornages, sairemens et fyanches à prendre du maieur, des eskevins et de toute le communité d’Abbevile en no venir; li devantdis maires, eskevins et toute ledite commuigne, pour le révérence de nostre royale majesté, nos sairemens par procureur en nos âmes ont recheu, nous personelement présens et consentans, comment que nous fussons tenu, si comme il disoient, faire les sairemens devantdis en nos personnes, et ne volons mie pour chou que il tourt à préjudice à aus, à leurs lettres et instrumens que il ont eu de nos anchiseurs contes de Pontieu, ne à leurs privilèges, usages et coustumes; et leur ottrions, pour nous et pour nos successeurs contes de Pontif, que lidit successeur conte de Pontieu, qui que il soient, par raison de le contée de Pontieu, fors les rois d’Engleterre, fâchent sairemens en leur venir as devantdit maieur, eskevins et à toute le communité devantdite , si corne nos anchiseors contes de Pontieu ont accoustumé à faire, et que à cheste fois les sairemens que nous avons fait à aus par procureur ne leur puist nuire. Et que les coses devantdites parmaignent fermes et entières d’ore en avant, nous avons commandé chest présent escrit estre confremé et enforchié du muniment de nos seaus. Donné à Abbevile, le sisime jour de juing, l’an de grâce mil cc et lxxix.

Archives d’Abbeville, Livre rouge, fol. xvi v“, et Livre blanc, fol. xv v°, avec quelques différences à la fin. -— Bibl. imp. Cartul. de Pontbieu, latin n” loi 12, fol. 6 r°. — Collection de Dom Grenier, vol. 100 (xv' paq. n° 2), p. 3i/t; vol. ii5 (xvi' paq. n° 10) , p. 3o5 ; vol. 39 ( vi' paq. n° 5 ). — Rymer, Fœdera, etc. Londres , 1816, vol. 1 , part. Il, p. 674 (texte latin). — Histoire des comtes de Pontbieu, par le P. Ignace de Jésus-Marie (texte latin), p. 211.

Edward, par le grâce de Dieu roy d’Angleterre, sire d’Yrlande, duc d’Aquitaine, conte de Pontieu et de Monstroil, et Alienor, par meisme chele grâce royne, dame, duchesse et comtesse des lieus devantdis, sa compaigne, à tous ceulx, etc. (stc)^. Comme par le dechès de nostre chière mère noble dame Jehanne, par le

* Cet acte est intitulé, par Dom Grenier, qu’il avait prêté à la ville, par procureur, lequel «Lettres de non-préjudice accordées à la ville serment devait être fait en personne par les par Edouard, roi d’Angleterre, sur le serment comtes qui ne seroient pas rois. »

6 Jnio

J 5 Juii

ABBEVILLE

grâce de Dieu royne de Castille et de Lyons, contesse de Pontieu et de Monstroil, l’onneur et le conté de Pontieu nous fussent héritablement esqueu, par quoi li maires et li eskevins d’Abeville nous demandassent serement de leurs Chartres et de leur usages donnés des seigneurs de Pontieu nos ancessours, si comme il disoient, et li avantdis maire et eskevins, pour la révérence de nostre royale majesté, ce serement ont pris de nostre loial procureur, par quoy il nous ont fait serement et féauté de estre à nous obéissans de vie et de membre et de tenir en honneur, comme à leur droit seigneur, et [à] nos lieutenans. Et pour ce que nous ne voulons mie que le serement que fait leur est par nostre procureur leur puist tourner à préjudice, voulons et créantons que par ce serement ne soient destourbé ne de leur droit alongé {sic), que nos hoirs contes de Pontieu qui ne seront roys ne facent ce, mais doit être [rec]eu le serement selon les usages de la ville d’Abeville en la manière que nos ancessours l’ont fait. Donné à Monstroil, le xv® jour de juing, l’an de grâce m cc lxxix.

Bibl. imp. Dom Grenier, vol. loo (xv' paq. n° 2 ) , p. 3i4.

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